‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 43 sur 120 · CARILLON · texte numérisé non relu

CARILLON

monter vers Je nord par les Jacs Georges et Champlain,

s'avancer le plus près possible de Montréal, Magnifiquement équipée, munie de grosse artillerie et d’abondantes munitions, l’armée s’'embarqua le 5 juillet sur plus de mille chalands et s’avança dans le meilleur ordre jusqu’à la décharge du lac Georges. Jamais pareil Spectacle ne

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s'était vu en Amérique. L'armée tout entière débarua le 6 sans opposition sur la rive ouest du lac Georges et se dirigea aussitôt à travers les bois vers le fort Carillon.

L'avant-garde conduite par lord Howe se heurta bientôt contre un détachement français envoyé en observation et qui s'était égaré dans les bois. Un vif combat s’ensuivit. Le détachement français, composé d'environ 350 hommes, fut presque anéanti, mais lord Howe, l’âme de l'expédition, tomba mort aux premières décharges. L’armée anglaise coucha en ordre de bataille dans la forêt. Le 7, elle prit possession des postes avancés que Montcalm avait provisoirement établis aux deux extrémités des rapides et campa à un mille de Carillon.

Carillon était un petit fort palissadé situé sur un pla-

teau à l'extrémité d’une péninsule formée par la décharge du lac Georges. Avec le fort Saint-Frédéric, il gardait la vallée du lac Champlain, route de Montréal. Montcalm n'avait d’abord avec lui que 3,000 hommes de troupes régulières. Pouchot lui amena un détachement de 300 soldats, et le chevalier de Lévis arriva à Carillon avec 100 hommes de troupes régulières dans la nuit du 7 au 8 Montcalm avait choisi comme champ de bataille la hauteur qui domine Carillon à l’ouest, à un kilomètre environ du fort. En 2 et 3 jours, il y fit creuser un retranchement semi-circulaire en bois et en terre, garni à l'extérieur d’un abattis d'arbres renversés dont on avait appointé les branches en guise de chevaux de frise. Le 8 au matin, l’armée attendait derrière le retranchement, Montcalm au centre, Lévis à l'aile droite avec les mili. ciens et Bourlamaque à l’aile gauche.

Vers midi, l’armée d’Abercromby débouche à travers les bois et traverse fièrement au pas avec assurance la clairière montant vers le retranchement français qui reste silencieux. Tout à coup, une grêle de balles et de mitraille balaye le glacis naturel sur lequel elle s’avance et qui est aussitôt jonché de morts et de blessés. La ligne anglaise flotte un moment, recu!'e, se reforme de nouveau, et plusieurs fois de suite en six heures revient à l'assaut du retranchement. Aux attaques de front succèdent les attaques de flanc. Les Canadiens à droite, les vo'ontaires à gauche, appuyés par le canon du fort, sup-

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Portent sans broncher des chocs terribles. Les montagnards écossais Parviennent jusqu'au pied des retranchements et subissent d'énormes pertes. Lévis a ordonné une sortie aux Compagnies Canadiennes, pendant que le feu de face et de côté redoub'e et s’abat sur les assail. lants qui reculent Pour attaquer, sans plus de succès, au centre et à gauche, À 6 heures, Abercromby lance une dernière attaque aussi infructueuse que les précédentes, Æ€S rangers et les francs-tireurs coloniaux abrités dans les plis de terrain ou derrière les abattis prolongent cette dernière lutte destinée à Masquer la retraite déià commencée de l’armée anglaise. À 7 heures Ja bataille était finie.

Les Français n'avaient que 104 morts et 250 blessés : les Anglais avaient perdu au moins 2,000 hommes, officiers et soldats, Abercromby avait encore 13,000 sol. dats, mais il était déjà à bout d'efforts. Moncalm s’attendait à reprendre la bataille le lendemain, et sa vaillante armée passa la nuit à consolider les retranchements. Mais pendant ce temps Abercromby regagnait précipitamment sa base d'opération à la tête du lac Georges et s’y fortifiait. La victoire de Carillon, la Plus brillante de toute cette guerre, retarda d’un an l'invasion du Canada par le sud. Mais elle eut peu d'effet sur le reste de la Campagne. L’encerclement du Canada continuait.

garnisons de l'Ouest, qu’une centaine d'hommes sous les ordres de M. Payen de Noyan. Autant Pour faire oublier sa défaite que pour donner quelque satisfaction aux troupes coloniales, Abercromby dépêcha le colonel Brad- Street à la tête de 3,600 soldats pour s'emparer de Frontenac. Bradstreet suivit la vieille route des rivières Mobawk et Oswego, traversa le lac Ontario, et le 25 août il débarquait près du fort français. Le 27 l’investissement de la place était complet et la petite &arnison, faite prisonnière après quelques heures de combat, était en.

voyée sur parole à Montréal pour être échange contre un égal nombre de prisonniers anglais. Les fortifications furent rasées et tout ce qui ne pouvait être détruit emporté. C'était une perte sensible pour le Canada : les communications avec les pays d'en Haut étaient momentanément interrompues, la flottille du lac Ontario perdue, le prestige des Français auprès des sauvages gravement atteint.

Perte du fort Duquesne.—Apparemment, le brigadier général Forbes, chargé d’une expédition contre le fort Duquesne, rassembla à grand’peine, troupes, munitions et moyens de transport, puisqu'il ne se mit en marche que vers la fin de novembre. Mais ce retard faisait partie de son plan d'attaque. Les miliciens français et les sauvages n’aimaient pas à rester longtemps ensemble sous les armes, la saison de chasse était commencée, et les grands bois, si propices aux embuscades, se dépouillaient lentement de leur feuillage. Le capitaine Bouquet, un officier suisse, prit les devants avec un régiment d’Écossais et ouvrit de Raystown (Bedford) à Loyalhannon un chemin nouveau à travers les Alléghanys. De là, le major Grant partit avec 850 soldats pour aller reconnaître le fort Duquesne, alors gardé par 1,000 hommes. Mais il commit la faute de vouloir l'emporter d'assaut. M. des Ligneris qui y commandait lui infligea une défaite sanglante. Surpris à leur tour dans les bois, les Anglais perdirent près de 300 hommes et le reste gagna par petits pelotons la base d'opération, suivi de près par le capitaine Aubry qui, avec 600 hommes, Canadiens et sauvages, bloqua pendant deux jours le camp retranché de Loyalhannon. Une autre escouade de 45 Canadiens et sauvages, sous M. de Corbière, alla lever des chevelures et faire des prisonniers jusqu'aux environs de Raystown. Mais ce que Forbes avait prévu arriva. Peu à peu la petite garnison de Duquesne se désagrégeait. Un frère morave, Frédéric Post, détachait une à une les tribus sauvages de l’Ohio de la cause française et le brave Aubry venait de repartir avec ses hommes pour les Illinois. Que pouvait Des Ligneris avec les 300 soldats qui lui restaient, contre une armée de 6,000 à 7,000 hommes ? Plus sage que de Noyan, il disiribua aux sauvages ce qu'il

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qu'il releva de ses ruines et nomma Pittsb C'était la fin de la campagne de 1758, €

funeste à Ja Nouvelle

-France, De ] défense qui s'étendait de I

seul le centre, c'est-à-dire résisté victorieusement a Cœur de la dernière résist là ; dès 1758, Peut-on dire, Laurent inférieur sont ouvertes à l'ennemi.

le seul point fort de la colonie.

La situation en 1758.- 1];

Plus lamentable Spectacle, Partout

terres n'ayant Pas été en grande par- Par bonheur le bra

irg.

la vallée du lac Ch

ance du Canada n'est dé

des côtes pour ne PaS mourir de faim. Tout se vendait à des prix exorbitants. étaient toujours les mêmes malversations s ans l'administration qui achevaient de COnSOmmer la ruine du Pays, les même divis'ons parmi les chefs de Ja colonie: Vaudreuil avait demandé le rappel de Montcalm et Montcalm. dégoûté de sa tâche, sollicitait la faveur de quitter le pavs. automne, Boupainville et Doreil allérent p'aider Annrès de Louis XV la cause désespérée 4:

rance. Berrver, Je ministre de la marine. répondit à

leurs sollicitations qui dépeint bien toute la Situation : “Ouand le f

eu est à la maison, on ne s'occupe pas des écuries” (1 ).

aison, c'était Pour la France Ja guerre le importante à ses veux, la seu'e canh-

rt des colonies. À ce moment, b'en ain

de songer à défendre ses possessions d'outre-mer, 1à

nes

(1) Ta France envoya 328 soldats et quelques Munitions !

Québec reste

Nouvelle-France pré-

ndier les fortiango (25 novembre) ssion du fort démante!

n somme, si a longue ligne de Ouisbourg au fort Duquesne, amplain, avait u choc de l'ennemi. Mais le

jà plus toutes les avenues vers le Saint-

France projetait une descente en Angleterre. D'ailleurs la cause du Canada était depuis longtemps perdue auprès de l'opinion publique. Volt: ‘-e tournait en dérision les efforts que faisait la nati . 1r soutenir la guerre en Amérique. Il osait écrire en 1/39: “Pendant combien de temps le pauvre genre humain s'égorgera-t-il pour quelques arpents de glace au Canada?” Malheureusement ce sentiment était celui des chefs de la nation, et le peup'e se désintéressait d’une question qu'il ne pouvait comprendre. En dépit de tout, les Canad'-ns s'apprétèrent à défendre leurs foyers avec l'énergie du désespoir.

Prise de Niagara (juillet 1759).—A l'extrémité de la ligne de défense du Canada, Niagara, qui commandait la route des grands Lacs, ne pouvait soutenir une longue lutte ou du moins pouvait facilement être bloqué,laissant à découvert les autres postes. Deux armées pourtant s'y donnèrent rendez-vous, l’une sous Stanwix venant de Pittsburg, l’autre sous Prideaux venant d’AIbany. Prideaux réunit 6,000 sommes à Schenectady, remonta la rivière Mohawk et laissa Haldimand à Oswego. Pour créer une diversion, Saint-Luc de La Corne attaqua Haldimand avec 1,000 Canadiens et sauvages, mais fut repoussé. Le fort Niagara, situé à l’angle sud formé par la rivière du même nom et le lac Ontario, était défendu par le brave capitaine Pouchot avec une garnison de 500 soldats à peine. Un chemin pratiqué dans les bois conduisait en amont où se trouvaient deux avant-postes, l’un au- dessus, l’autre au-dessous de la grande cataracte. À la nouvelle de l’avance des Anglais, Pouchot envoya demander secours aux forts de la Presqu'ile, de la rivière au Bœuf et de Venango, aux coureurs d. bois et aux sauvages de Détroit et de l'Ouest.

Le 8 juillet, Prideaux somma le fort de se rendre et, sur le refu; des assiégés, commença l'investissement. L'opération fut conduite lentement et sans grande habileté. Le 24, Prideaux fut tué par l'explosion de l’un de ses propres canons. William Johnson, devenu commandant en chef fut asse- heureux de surprendre les forces de secours qui, au noinbre de 1200 hommes, tombèrent dans une embuscade dans les environs du fort, furent

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taïllées en pièces ou dispersées. Les officiers de 1 armée, Des Ligneries entre autres, tombèrent aux mains des Anglais. La défense de Nia

gara devenait impossible.

Pouchot rendit la place et la garnison fut dirigée sur New-York.

La perte de Niagara entrainait l'abandon des deux grands lacs Érié et Ontario et, par suite, de la vallée de l'Ohio où la suerre avait commencé. La vieille route de l'Outaouais était désormais Ja seule voie de communication avec Détroit, le haut Pays et la vallée du Mis- Sissipi.

Gage, envoyé par Ambherst Pour remplacer Prideaux, devait descendre le Saint-Laurent et se Joindre à lui pour

une attaque contre Je Canada central. Mais comme son chef, Gage était prudent à j’

qu'un autre mouvement d’offensive Ambherst au lac Champlain, Pen

rtifier sa ligne de c hommes à Ja tête

a petite

dant ce temps,

Ommunication et réunissait 12,000 du lac Georges.

Le 21 juillet il se Mettait en marche vers le nord, Il] trouva les fameux retranchements de Carillon abandon-

nés, mais le fort encore occupé. Bientôt une explosion formidable retentit: c'était l’arrière-

venait d’en faire sauter les fortificati

a Sortie du lac Champlain Où, retranché sur un Î elieu, ,

l'Tle-aux-Noix. il devait, 1ommes dont il

disposait, retarder le plus Possible l'avance de l'armée anglaise du centre. Le ler

août il abandonnait le fort Saint-Frédéric. C'était le moment pour Amherst de pousser activement vers Je nord, mais Craignant d’être pris à revers par les troupes du haut Saint-Laurent longtemps à Ja Poirte-à-la-Chevelure (Crown Point) POUr construire un autre fort, ouvrir un chemin vers l’est du lac Champlain jusqu’à la rivière Connecticut, bâtir des vaisseaux pour réduire les quatre petites barques françaises du ac. la mi-octobre enfin, l’armée d'Ambherst s’'embarqua sur le lac Champlain, eut à lutter contre vents et tempêtes et revint Prendre ses quartiers

avec les 2,500 ]

d’hiver à la Pointe-à-la-Cheve!ure. Seuls, Robert Rogers et ses rangers montrèrent que‘que activité. Ils firent une incursion le long du Richelieu et allèrent même lever des chevelures et faire des prisonniers dans le village abénaquis de Saint-François. Mais tout cela n’avançait guère la conquête du Canada.

Le siège de Québec.— Aperçu général.-—Avec des forces à peu près égales à celles d’Amherst, Wolfe accomplissait à Québec une œuvre autrement efficace. Pitt, avait reconnu ses talents et son mérite, et à 32 ans à peine, il l’avait mis à la tête de l'expédition principale contre le Canada. Il lui avait donné les meilleures troupes du royaume, et lui avait laissé le choix des officiers supérieurs. Les trois brigadiers généraux Monckton, Murray et Townshend étaient de bons soldats, et le commandant de la flotte, l'amiral Saunders, était un marin d’une grande habileté, ayant fait dix-neuf ans plus tôt, le tour du monde avec lord Anson, sur le Centurion (1). Ie quartier-maître général était Guy Carleton un ami personnel de Wolfe, plus tard, ainsi que Murray, gouverneur général du Canada. Le célèbre navigateur James Cook était sur la flotte occupé à des travaux d’hydrographie dans le Saint-Laurent. Enfin, le contre-amiral Durell, entré au Saint-Laurent en mai, empéchait tout secours de parvenir à Québec. De son côté, le défenseur de Québec Montcalm comprit tout de suite la gravité de la situation, il jugea Wolfe à sa véritable valeur. Abandonnant les postes extérieurs à ses officiers et à quelques centaines de soldats, colons ou coureurs de bois, il concentra toutes ses forces autour de la petite capitale de la Nouvelle-France, et résolut, ainsi qu'il le disait, “de s’ensevelir sous les ruines de la colonie”. Les troupes qui s'élevaient à 11,000 hommes de toutes armes, comprenaient un trop grand nombre de colons arrachés à leurs terres, peu disposés à un long service, et plus aptes à

(1) La flotte comprenait, outre les transports, 49 navires de guerre, le quart de toute la marine royale. [effectif de l’armée de mer, soldats et matelots. montait au chiffre énorme de 1,000 hommes. Wolf: disposait de 0,000 soldats de débarquement.

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