‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 9 sur 120 · D PEER · texte numérisé non relu

D PEER

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mes sont presque aussi grandes que les hommes. Les mains et les pieds sont comparativement petits. Les Indiens des prairies dépassent en agilité ceux de la zone boisée. La rareté de la barbe est maintenue par l’habitude de l’arracher. Les albinos forment de très rares exceptions. L’angle facial est peu inférieur à celui de

uropéen. L’Indien est cependant bien inférieur au blanc en talent d'adaptation.

En général, le Sauvage d'Amérique est moins démonstratif, plus taciturne que le blanc, mais il ne possède pas ce stoicisme farouche ni cette ingénuité que Rousseau et d’autres écrivains lui attribuent. Son défaut capital, peu modifié par l’éducation ou la religion, est un manque de persévérance, une absence complète d’ambitien qui l’ont empêché de s'élever au-dessus de son état. EÆn face de l’Européen, son esprit particulariste est resté le même. Il n’a rien compris à ‘a politique nouvelle qu'il devait adopter pour n’être Pas vaincu et absorbé par l'étranger.

Origine.— I]: question est probablement insoluble. On n’a pour l’élucider que des analogies dans Jes mœurs, les coutumes, l’industrie et les langues des peuples de l'Amérique et des continents européen et asiatique. Trois hypothèses sont en présence. La première attribue le peuplement très ancien de l'Amérique à l’Europe par la voie des îles du nord, et dont la découverte des Islandais au XTe siècle serait une réplique. Cette hypothèse est auiourd’hui abandonnée.

La deuxième fait remonter les aborigènes à une émigration asiatique ou polvnésienne. En effet, à l’aide du Kouro-Chivo, il est facile d'atteindre la chapelet d’ilots de l’Alaska où même. sans ce courant, de traverser le détroit de Behring qui n’a que 96 kilomètres de largeur. Les naufrages sont fréquents sur toute Ja côte occidentale de l'Amérique depuis l’Alaska jusqu’à la Californie. IT est certain, d’autre part, que les émigrations viennent du nord, d’où elles se sont Dropagées de proche en proche dans le sens longitudinal jusqu’au détroit de Magellan. Cependant diverses causes ont déterminé des déplacements en sens anposé. Ainsi à une époque relativement récente, les Sioux et les Âlgonquins ont reflué

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des rivages de l’Atlantique vers la plaine centrale et même une tribu d'Esquimaux a pris pied en Sibérie. Mais ces contre-courants n’on! pu effacer les traces du mouvement général entraînant les peuplades américaines du nord au sud.

Une troisième hypothèse fait des sauvages américains des peuplades autochtones remontant à la période glaciale préhistorique ; mais les fouilles et les découvertes archéologiques ne les font pas remonter à plus de 2,000 à 3,000 ans, ce qui aurait suffi d’ailleurs pour leur imposer à toutes la similitude du type. Par leur manque de symétrie, les mounds et les travaux de terrassements répandus notamment dans les bassins du Mississipi et de l'Ohio, n’ont pas démontré une civilisation supérieure à celle des Indiens contemporains de Colomb et de Cartier. Il appartient peut-être uniquement à la linguistique de résoudre le problème du peuplement de l'Amérique préhistorique.

Nations nord-américaines.—Iles Français du Canada et de la Louisiane entrèrent en relations étroites et continues avec au moins quatre grandes familles ethniques: les Algonquins, les Hurons-Iroquois, les Sioux et les Muskogies.

1°. La race algique habitait un territoire formant un triangle renversé dont la base se confond avec le 60e de latitude nord depuis l'Atlantique jusqu'aux montagnes Rocheuses, et dont la pointe méridionale aboutit aux environs du cap Hatteras. Elle comprenait plus de 50 tribus parlant autant de dialectes différents et réparties en trois groupes principaux (1). Les Algonquins vivent de

(1) Premier groupe—Au nord du Saint-Laurent, au nord et à l’ouest des grands Lacs: Montagnais, Atticamègues ou Têtesde-Boule, Outaouais, Algonquins proprement dits, Sauteux ou Objibwés, Cris-des-Bois et Cris-de-la-Prairie, Gens-du-Sang, Piéganes et Pieds-Noirs.

Deuxième groupe—Sur l'Atlantique: Micmacs, Etchemins ou Maléchites, Abénaquis, Mohicans, Pequods, Narragansetts, Massachusetts, Delawares, Powhatans, etc.

Troisième groupe —A l’ouest et au sud des grands Lacs et sur le Mississipi supérieur : Malomines, Sakis, Outagamis ou Renards, Potowatamis, Kikapous, Miamis, Illinois, Chouanons.

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Nations aborigènes.

chasse et de pêche et d’un peu de culture : c’est une race nomade.

2°. Les Hurons-Iroquois comprenaient une dizaine de groupes distincts (1) formant enclave sur territoire algonquin; ce sont des peuplades sédentaires. Les Troquois dépassent tous leurs congénères en intelligence, en organisation politique, en valeur guerrière. Les Hurons-Iroquois vivent davantage de culture et d'élevage et possèdent des villages fortifiés. Ils habitent le territoire des grands Lacs, ne dépassant pas au sud la vallée de la rivière Tenessee.

3°. Les Muskogies où reek habitent plus au sud et comprennent la plupart des tribus du Mississipi inférieur. Ils sont plus paisibles que les précédents et vivent surtout des produits du sol (2).

4°. Les Sioux enfin habitent le long du Mississipi supérieur et de l’Assiniboine. Ce sont à proprement parler les sauvages des plaines. Ils comprennent sept groupes différents (3). Ils ont été nommés les Iroquois de l'Ouest à cause de leur passion pour la guerre, de leur cruauté et de leur duplicité. Ils furent les derniers à entrer dans l'alliance française.

Les sauvages du bassin du Mackenzie et du versant occidental des Rocheuses (4) appartiennent à l’histoire

(1) Ce sont les Hurons ou Wyandots. les Tionontati ou Pétuneux, les Neutres, les six Cantons iroquois(en partant des sources de l’'Hudson on trouve successivement les Mohawk ou Agniers les Oneida ou Onneyouts, les Onondaga ou Onnontagués, les Cavuga ou Goyogouins, les Seneca ou Tsonnontouans: les Tuscaroras se sont incorporés aux Cinq-Cantons vers 1710), les Susquehanna, les Érié, les Nottaway, les Cheroquis, etc.

(2) Les principales tribus sont les Appalaches, les Alibamous, les Chactas, les Chicachas, les Séminoles, les Natchez, les Taensas.

(3) Les plus connus sont les Sioux de l'Est et de l'Ouest, (du Mississipi supérieur), les Kansas, le Osages, les Aïialès, (Iowa), les Winnebagos, les Mandanes, les Corbeaux, les Biloxi, etc.

(4) Ce sont les familles linguistiques des Athapascans ou Dénés, des Kootenai, des Salish, des Wakashes, des Tlingit-Haida et des Chimesyan.

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du XIXe siècle surtout. Quant aux Esquimaux, ils forment un groupe à part, l’un des plus curieux de l'espèce humaine. Ils sont disséminés sur le littoral de l'océan Glacial et de la baie d'Hudson et dans les îles polaires. Ce groupe isolé vit de mammifères marins et de caribous, habite des huttes de neige, s’habille de peaux de bêtes, porte la botte arctique et voyage sur des traineaux tirés par des chiens. C’est le plus immuable de tous les groupes indigènes d'Amérique.

Langues. 1] extrême diversité des langues est un des faits les plus curieux de l’ethnologie américaine, une preuve de la hante antiquité de la race. Le nombre de tous les dialectes atteint au moins 1,000, groupés en 150 langues très différentes les unes des autres. Sur ce nombre 70 sont parlées dans le continent septentrional, Ces langues appartiennent pour la plupart au type flexionnel. Les vocables, très variés, désignent surtout des objets mat(riels. Des nécessités d'échanges ou autres ont aussi. amené la création de langues mixtes formées de vocables empruntés aux dialectes des nations intéressées et voisines.

Le Chinook en Colombie canadienne, le Mobilien au go'fe du Mexique appartiennent à ce tvpe de langues Commerciales. A joutons aussi le langage des signes, sorte de code mimique d'usage courant entre tribus voisines, du Canada au Rio-Grande.

Religion et mythologie, ]e Sauvage en général est polythéiste. Le “Grand Esprit” n'est que le plus puissant des dieux qu'il vénère. Pour lui, tout être, animal, plante ou objet quelconque, renferme un esprit qu’il faut craindre et invoquer. Les plus puissants et les plus Secourables, suivant les cas, sont le soleil, le buffalo, le castor, l'aigle, le serpent, etc. Les nombres quatre et sept sont des nombres sacrés. Chaque individu a aussi ses Pratiques religieuses, son culte privé. Le devin ou jongleur, qui agit au nom de la tribu cumule les fonctions de médecin et de gardien du rite sacré. Iln” a de sacrifices humains, en dehors de la guerre, que chez un petit nombre de tribus. Chaque nation possède des croyances particulières sur ses origines, son histoire, sa mythologie

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et les conserve dans un ensemble de rites, de chants, de danses sacrées. Les danses rituelles les plus célèbres sont celles du Maïs dans l’est, du Soleil dans les Prairies et du Saumon sur la côte du Pacifique.

Organisation politique et sociale.—]le système du clan ou groupe de familles, basé sur la parenté maternelle, prévaut dans toute la région à l’est du Mississipi ; il est presque inconnu à l’ouest et au nord. Souvent le clan porte le nom d’un animal tutélaire auquel il rend toutes sortes d’hommages. Ainsi les Hurons ont les clans de l’Ours, de la Tortue, etc. Les mariages doivent se faire entre personnes de clans différents. Dans les limites d’une même nation il n’existe pas de solidarité impliquant l'exercice d’une autorité suprême et, aux jours de détresse, d’un semblant de dictature. Le conseil de la tribu, composé des chefs de clan, héréditaires ou élus, n'est que l'interprète et le gardien des coutumes ancestrales ; son autorité ne peut forcer personne à une action commune, qui ne se trouve que dans le clan ou dans la bande. Pas d’uni*é nationale, donc pas de discipline ni de politique d'ensemble. Les tribus étaient toujours disposées à entrer en lutte les unes contre les autres a la vue même des Européens qui les refoulaient toujours plus avant dans les forêts, les sauvages s’exterminaient mutuellement. C'était pour l’Européen envahisseur le principal gage de sa supériorité. Seule la confédération iroquoise avait réalisé (vers 1575) le princise d'unité et de paix intérieure qui lui avait assuré la supréma“ie sur la plupart des tribus échelonnées entre la baie d'Hudson et la Caroline et, sans les Européens, elle eût probablement étendu sa domination sur toute l'Amérique du Nord,

La terre, indivise, la forêt, les produits naturels étaient la propriété de tous. La division du travail domestique a fait croire à tort que l’homme était un fainéant, la femme une esclave. Il ne faut pas oublier que l'entretien de la tente ou du wigwam était chose facile. que l’éducation des enfants, abandonnés à eux-mêmes dès l’âge le plus tendre, ne demandait que peu de soins. La polygamie était pratiquée dans presque toutes les tribus; mais au wigwam, la femme jouissait d’une grande autorité. Dans

certaines tribus, la décision finale sur d'importantes questions de politique générale appartenait au conseil des matrones.

Guerre.—la guerre est Ja condition normale de l'homme à l’état sauvage. Toute l'éducation y tend comme à son aboutissement naturel, la vie étant un perpétuel combat contre les hommes, les bêtes et la nature. Chez nos sauvages, les armes offensives sont l'arc, le couteau de bois ou d’os, la massue, la lance dans les plaines, le tomahawk ou ji. hache de pierre dans la zone boisée. Le tomahawk a été vite remplacé par la petite hache de fer du trappeur. Le bouclier de bois ou de cuir est à peu prés la seule arme défensive.

La guerre est marquée au départ et au retour par un cérémonial qui varie d’une nation à l’autre. Libre à chaque individu d'y prendre part. Le commandement appartient à plusieurs chefs d'égal rang dont l'autorité souvent cesse avec la guerre. La victoire est suivie presque toujours de massacres qui atteignent toute la population, . femmes, enfants et vieillards. Le scalpement a remplacé l’ancienne coutume de la décapitation. Dans l’est, Je captif est torturé à mort, ou adopté par le vainqueur ; il prend dans la famille la place d’un défunt dont il acquiert tous les droits. À la suite de la guerre huro-iroquoise, des villages entiers se donnèrent aux Iroquois et furent incorporés en masse. Dans les Prairies, la torture est presque inconnue : on tue les guerriers, mais les enfants sont régulièrement adoptés ou soumis à une douce captivité. Sur ja côte du Pacifique et dans l'extrême nord, un dur esclavage est le partage ordinaire des vaincus.

Habitations.—]e type prédominant de l’est a été le wigwam, longue hutte dont les murs formés de piquets fixés en terre sont couronnés Par un toit en berceau, le tout recouvert d’écorce d'arbres. La cheminée est inconnue. Des ouvertures pratiquées aux deux extrémités servent de fenêtres et de passage à la fumée.

Chez les Hurons-Iroquois, le wigwam, commun à plusieurs familles, atteint jusqu’à 100 pieds de long sur 30 de large. Il se divise à l’intérieur en petites loges se fai-

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sant face de chaque côté d’une allée centrale au milieu de laquelle on entretient les feux dont chacun suffit à deux familles. Des plates-formes rangées à l’intérieur des loges servent à la fois de siège et de lit. Le plus souvent, ces huttes forment un village qu’entourent une forte palis ade à triple rang de pieux. j.es tribus nomades ont la tente conique, formée de piquets se réunissant au sommet et couverts d’écorce d'arbres ( région des forêts), de nattes (région des grands Lacs), ou de peaux de bisons (plaines du centre). Les Mandanes et les Panis avaient des huttes de bois rond couvertes en terre. Enfin, les Esquimaux habitent des souterrains ou des abris de neige durcie.

Vêtements et parures.—Ie vêtement des sauvages, souvent réduit à une courte ceinture l'été, est fait de peaux taillées en habits dans la zone des forêts, en longues robes dans les prairies. Les femmes sont toujours entièrement vêtues. On ne va nu-pieds que sur la côte du Pacifique. Ailleurs on chausse le soulier de peau, le mocassin. Pendants aux oreilles et aux narines, colliers de rassade, bracelets, broderies, panaches de plumes, telles sont les principales parures. La manière de s’arranger les cheveux que tous portent longs, varie d’une tribu à l’autre. Les Wyandots durent à leur manière de dresser leurs cheveux en forme de hure, leur nom français de hurons. Le tatouage, réservé aux hommes dans certaines tribus, sert à dissimuler leurs sentiments, ou à inspirer la terreur en temps de guerre.

Jeux et amusements.-I]e sauvage occupe les interminables loisirs que lui laissent la chasse et la guerre par le jeu, la danse, les récits et les chants. II met au jeu une passion qui va souvent aux pires excès. Des villages, des nations entières prennent partie pour les antagonistes. Le jeu de crosse (balle de bois lancée avec une raquette), connu de toutes les tribus qui vivent à l’est du Mississipi, la course à pied, dans l’est, la course à cheval, dans la pleine centrale, donnent lieu à des joutes rctentissantes de village à village, même de nation à nation. En tout temps se pratiquent aussi les jeux de dés,

de tire à la cible, d'osselets, etc. Toutes les fêtes publiques ou privées donnent lieu à des récits de guerre ou de chasse, à des danses interminables. Les chansons occupent une large place—i] y En à pour toutes les circonstances — dans toutes ces manifestations Populaires. Les instruments de musinue sont le tambour (sorte de tam-tam renferment des billes mobiles), la flûte de roseau, le sifflet de branche d'arbre. Le sauvage à la voix juste, mais il ignore le chant harmonique.

Arts et industries, (C'est dans la fubrication domestique que l’art indien se révèle tout entier, A une

mes, les engins de chasse et de pêche ( pièges, seines, harpons, hameçons), les pipes et les embarcations—le canot d'écorce de bouleau dans l’est, le canot creusé dans un tronc d'arbre au centre, le canot de peau dans l'extrême. nord. À la femme appartiennent la fabrication des ustensi-

mentation du wigwam. :.es bandes ou colliers de wampum (1) servent d’arrhes dans les négociations importantes, de tributs ou de monnaie.

Le calumet ou Pipe recourbée, de Pierre rouge ou noire, est un objet vénéré, un gage de paix, dans toute la région

avec des os, les mortiers et les vases sont de bois dans la zone des forêts, de Pierre dans la région des Prairies.

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