‹ Histoire du Canada [microforme] (volume 2)Chapitre 1 sur 6 · Histoire du Canada [microforme] · texte numérisé non relu

Histoire du Canada [microforme]

Situation désespérée de la cause métropolitaine en Canada; Québec seul reconnaît la domiuation anglaise.—Préparatifs de défense.——Un changement, défavorable aux républicains, s’opère graduellement dans l'esprit des Canadiens.—Attaque de Québec le 31 décembre : Montgomery est tué.— Le congrès envoie des secours et une nouvelle adresse aux Canadiens.— Arrivée de Franklin, de Chase et de Carroll, qui les invitent à se joindre à la confédération.—Conduite du peuple dans cette circonstance mémorable.—Les républicains manquent de tout et sont décimés par les maladies. “ Le gouverneur reçoit des secours.—Le siége de Québec est levé.——Les : Américains, battus près des Trois-Rivières, évacuent le Canada.——Ils sont &] plus heureux dans le Sud, où la campagne se termine à leur avantage. & } Proclamation de leur indépendance le 4 juillet 1776.—Débats dans le rarlement britannique.—Fameuse campagne du général Burgoyne dans la Nouvelle-York: combats de Huberton, de Benington, de Freeman’s farm, ete.— L'armée anglaise, cernée à Saratoga, met bas les armes.—Le congrès et le comte d'Estaing, amiral des flottes françaises, exhortent inutilement les Canadiens à se joindre à la nouvelle république,

Mr 2

ge Cr

L’ARRIVÉE soudaine du gouverneur à Québec ne fit que confirmer la situation désespérée de la cause anglaise en Canada. La capitale était, à peu près, le seul endroit qui reconnût encore la suprématie de la métropole. Le clergé, les seigneurs et la plupart des hommes de lois étaient toujours dévoués à l'Angle-

terre ; mais ils étaient dispersés dans les villes et dans les campagnes, et comme perdus dans la foule, Cependant leur influence était assez puissante pour qu’ils pussent espérer de diriger plus tard la volonté populaire dans toutes les parties du pays ; mais, pour le moment, les royalistes en dehors de Québec étaient réduits au silence.

Cette ville ne contenait à cette époque qu'une population de 5,000 âmes. La garnison se composait de 1800 hommes, dont 550 Canadiens. C'était un mélange de soldats, de miliciens et de matelots, abondamment pourvus de munitions de guerre et de bouche pour huit mois. Les fortifications avaient été considérablement augmentées depuis la dernière guerre, et l’on n’avait pas cessé d’y travailler depuis le commencement des hostilités. Les murailles, du côté de la campagne, étaient garnies de mortiers et de canons ; du côté de la rivière Saint-Charles et du fleuve, il y avait sur le bord du cap, au-dessus de la basse ville, des palissades et des murs hérissés de grosse artillerie. La basse ville même était défendue, au centre, par des batteries, placées sur les quais, et vers ses deux extrémités, par des barricades. Au bout de la rue Champlain, dans un endroit qui se trouve au-dessous de la citadelle qu’on à bâtie depuis, on avait dressé deux barrières, à quelque distance l’une de l’autre, avec du canon, pour fermer le sentier étroit qui courait entre le pied de la falaise et le fleuve. A l’autre extrémité de la basse ville, le bout des rues Saint-Pierre et Saut-au-Matelot avait été barricadé, et le quai, où se terminait cette barricade, était couvert d'artillerie. À une centaine de toises plus loin, une autre barrière avait été élevée dans la vieille rue Saut-au-Matelot, seule et étroite issue qui existait alors entre le cap et la rivière Saint- Charles pour communiquer du Palais à la basse ville. Plus de 150 bouches à feu étaient en batterie dans la haute et dans la basse ville aux premiers jours de décembre. Si les assiégeants avaient été plus nombreux, il eût fallu une garnison de sept ou huit mille hommes pour défendre Québec ; mais celle qui était dans la ville était plus que suffisante pour repousser les forces de l’ennemi. En effet, les Américains furent presque toujours moins nombreux que la garnison; et l’on ne sait ce qui étonne le plus dans ce siége ou de la hardiesse inconsidérée du

am fluger \LE jent,

n de dont 18 et at de sidéavait lités.

mort du basse lerie.

series, s barqui se avait , avec e pied e ville, barriouvert e bar- , seule y Saint- Plus t dans les astarnison ais celle isser les presque it ce qui érée du

naiss

général Montgomery, o* de la prudence craintive du général

Carleton.

Le colonel Arnold n'eut pas été plutôt renforcé par les troupes de Montgomery, que, sans attendre ce général, qui marchait plus lentement, il reparut devant Québec à la tête de 900 Américains et des Canadiers du colonel Livingston. La fidélité des classes supérieures à la cause métropolitaine laissait ces Canadiens sans chefs, de sorte qu'ils se trouvaient conduits dans cette occasion par des étrangers. En rejoignant son armée, Montgomery fit investir complétement la ville et occuper Beauport, la Canardière et Sainte-Foy, où il établit son quartier général. Il y a lieu de croire que son dessein n'était pas de faire un siége dans les règles et d'entrer dans la place par la brèche, car il n'avait ni ingénieurs ni artillerie de siége pour une pareille opération, Son but était plutôt de tâcher d'enlever Québec par un coup de main; et les batteries qu'il fit élever à Saint-Roch et sur le chemin Saint-Louis, à 700 verges des murailles, ne devaient servir probablement qu'à couvrir son camp et à mieux voiler son dessein.

T'outefois ce n’était pas chose facile que de surprendre une ville fortifiée et défendue par une garnison vigilante. Le désir de terminer par une action d'éclat les succès qui avaient couronné ses armes depuis qu’il était entré dans le pays, put faire mépriser à Montgomery les obstacles que présentait son entreprise. Mais il fallait du temps pour attendre l’occasion ; et, outre l’insuffisance de ses forces, il manquait d'argent et de vivres. Ses soldats, mal vêtus et peu accoutumés au climat rigoureux de la province, furent bientôt en proie à la petite vérole, qui continua de les décimer tout l’hiver. Le besoin d'argent, de vivres et de vêtements, augmenta ses difficultés ; la division qui se mit entre le colonel Arnold et ses officiers vint bientôt les accroître.

Les Canadiens, qui avaient tout perdu dans la guerre précédente par le papier du gouvernement, refusaient de recevoir celui du congrès, et les habitants de la campagne qui s'étaient montrés les plus zélés pour la cause de l'indépendance, commencaient à se refroidir. Le plus grand nombre ignoraient les démarches de deux marchands de Montréal, nommés Price et Walker, qui avaient pris sur eux de les représenter au congrès

Le) HISTOIRE DU CANADA,

uméricain, D'ailleurs l'instinct populaire, si délicat en fait d'honneur national, se trouvait blessé du rôle presque humiliant que jouaient les Canadiens. Ils s’apercevaient que petit à petit les Américains s'emparaient de l'autorité; qu'ils décidaient detoutsans presque consulter les habitants ; qu'ils nommaient les officiers, convoquaient les assemblées publiques, etc. sans demander leur consentement, Quelques Canadiens commencèrent à regarder comme une faute d'avoir laissé entrer dans le pays et se répandre au milieu d'eux des troupes en armes, à la merci desquelles ils se trouvaient sans moyen de protection. C'était là, en effet, une de ces erreurs qu’on ne tarde jamais à regretter, Ces réflexions les remplissaient d'une inquiétude à laquelle se mêlait un peu de honte. Les hommes opposés au congrès profitèrent habilement de toutes les circonstances pour augmenter l'éloignement qui se manifestait de plus en plus parmi le peuple pour la cause de la révolution. L’apparence déguenillée des troupes du colonel Arno! leur petit nombre, la conduite arbitraire de quelques-uns de leurs officiers, le moindre fait enfin devenait pour eux un sujet de critique ou de sarcasme, qu’ils tournaient contre les ‘“ congréganistes,” comme ils nommaient les Canadiens qui partageaient les idées du congrès. La prudence du général Montgomery contribua beaucoup, tant qu’il vécut, à empêcher l'explosion de sentiments d’hostilité chez le peuple, qui se disait déjà tout bas qu’il vaut mieux obéir à des compatriotes, quelle que soit la forme du gouvernement, que d’être redevable de sa liberté aux étrangers. Montgomery montrait beaucoup d’adresse pour ménager les différentes classes, et surtout pour ne point alarmer les intérêts les plus sensibles, ceux qui sont fondés sur des priviléges. Quoiqu'il connût les sentiments intimes des personnes qui jouissaient de ces priviléges, il leur montrait les plus grands égards ; et comme s’il eût ignoré les efforts du clergé pour nullifier les effets de la propagande révolutionnaire, il fit respecter partout la religion et ses ministres. Il promettait le libre exercice des cultes et la protection des biens religieux. Il assurait qu’une convention provinciale, composée de représentants librement élus, serait convoquée pour établir la forme de gouvernement qui convenait au pays. Le peuple avait d’abord été séduit par cette déclaration. Mais les hautes classes s'étaient agitées, et ils avaient persuadé aux

Mr.

moy yali de | lade fort gro:

trou aval hom Mon

’ reUus:

naiss:

post M com!

fauss COrp:

Ja cit de ce ville, devai que | Arno bourg Mate plus 1 entre matin sur le conna ces m différe cendit suivait donne II étai

fait

RS

liant ù pe- 1 aient ‘4 itles 4 y de- M èrent 4 pays ; nerci 1% ‘était ‘4 à re- h:

de à 5s au ‘4 pour # parégue- 1 | CON - h:

e fait “i asme, 4 nom- à , La qu’il de.

hez le 4 com- À j'être à atrait sur- 4 ceux à senties, il noré Île ré- D.

stres. ë, des iale, pour pays.

Mais | aux

habitants que tout cela n'était qu'une illusion, à laquelle ils se repentiraient bientôt d’avoir ajouté foi.

Pour arrêter la défection, Montgomery ne vit plus d'autre moyen que la prise de Québec et la destruction du foyer de rovalisme qui s’y était conservé. Aussi se prépara-t-il à profiter de la première nuit favorable qui s’offrirait pour tenter l'escalade, Celle du 30 au 31 décembre lui parut propice: elle était fort obscure, et il tombait une neige épaisse, poussée par un gros vent, dont le bruit empêchait de rien entendre de loin. Les troupes prirent les armes et furent haranguées par leur général avant de marcher à l’assaut, Elles formaient à peine 13 à 1400 hommes effectifs. Avec une pareille disproportion de forces, Montgomery ne pouvait compter que sur une surprise pour réussir; mais déjà, depuis plusieurs jours, le gouverneur connaissait par des déserteurs le projet des assiégeants, et tous les postes de Québec avaient redoublé d'attention.

Montgomery divisa ses troupes en quatre corps. Le premier, composé des Canadiens du colonel Livingston, devait faire une fausse attaque du côté de la porte Saint-Jean; le deuxième corps, commandé par le major Brown, était chargé de menacer la citadelle, Pendant que la garnison, attentive aux mouvements de ces deux divisions, serait occupée à la défense de la haute ville, les deux autres corps, chargés de la véritable attaque, devaient pénétrer dans la basse ville, et ensuite dans la haute, que les Américains croyaient ouverte de ce côté. Le colonel Arnold était chargé d'enlever avec 450 hommes, venus du faubourg Saint-Roch, les barricades et les batteries du Saut-au- Matelot; le géréral Montgomery lui-même s'était réservé la plus forte colonne, pour enlever la barrière de Près-de-Ville, et entrer dans la place par la rue Champlain. A deux heures du matin, toutes les troupes étaient réunies : les unes avaient mis sur leurs chapeaux de petites branches de pruche pour 8e reconnaître au milieu des ennemis ; les autres, des écriteanx avec ces mots : “ Liberté ou la mort.” Elles allèrent se placer aux différents postes qui leur étaient assignés. Montgomery desceudit par la côte du Foulon, et s’avança avec sa colonne, en suivant le rivage, jusqu’à l’anse des Mères, où il s’arrêta pour donner le signal à toutes les colonnes de marcher à l’attaque, Il était près de quatre heures du matin. Deux fusées furent

lancées, et aussitôt plusieurs signaux, que se firent les assaillants, furent aperçus par les sentinelles de la ville, qui donnèrent l’alarme. En arrivant à leur poste, les troupes chargées de défendre lès remparts du côté de la campagne, essuyèrent une forte mousqueterie. Elles y répondirent avec vivacité.

Cependant Montgomery, suivi de ses officiers, s’était remis en marche à la tête de sa colonne, qui était très-étendue. Le sentier sinueux par lequel il cheminait, pratiqué entre le fleuve et un rocher perpendiculaire, était à peine assez large pour laisser passer un homme seul ; il était en outre embarrassé de glacons, que la marée y avait accumulés, et de laneige qui ton:bait. Montgomery atteignit néanmoins la première barrière de Près-de-Ville, qu’il franchit sans difficulté; mais la seconde était défendue par une batterie masquée de sept pièces de canon, et une garde de 50 hommes, commandée par le capitaine Chabot.* Les artilleurs, rangé: près de leurs pièces chargées à mitraille, attendaient, la mèche allumée, l'apparition de l’ennemi. Montgomery fut surpris en voyant ce poste si bien préparé à le recevoir. Il s’arrôta un instant, à cinquante verges de la batterie, comme pour se consulter avec ceux qui le suivaient, puis tous ensemble ils s’élancèrent vers la barricade. Lorsqu'ils n’en furent qu’à quelques pas, le capitaine Chabot donna l’ordre de faire feu. Des cris et des gémissements suivirent cette décharge terrible. Le général Montgomery, ses deux aides de camp, plusieurs officiers et soldats étaient tombés sous ce feu d'enfilade. Le colonel Campbell, sur qui retombait le commandeinent de la colonne, voyant la confusion et la frayeur où étaient ses gens, sans tenter de donner l'assaut à la barrière, sans même tirer un coup de fusil, ordonna la retraite, qui fut une véritable fuite.

En ce moment, le colonel Arnold, après avoir traversé Saint Roch et le Palais, s’avançait pour forcer la première barricade qui barrait la vieille rue Saut-au-Matelot, lorsqu’en défilant sous le rempart de la haute ville, d’où l’on faisait un feu trèsvif, il fut atteint d’une balle qui lui fracassa la jambe. Il fut remplacé par le capitaine Morgan, ancien perruquier de Québec, mais officier plein de bravoure, qui marcha droit à l4 barrière, l’escalada, après avoir blessé la sentinelle, et enleva le poste

enr s

* Manuscrit de Sanguinet,

assail- donnèhargées uyèrent cité.

‘emis en Le sene fleuve ge pour rassé de qui ton:rrière de nde était ‘anon, et C'habot.* nitraille, . Montéàle rela batteent, puis orsqu'ils ha l’ordre cette déaides de s ce feu commanayeur où barrière, , qui fut

sé Saint arricade à défilant feu très- . Il fut Québec, barrière, le poste

avec tous ceux qui legardaient, Il ne perdit qu’un seul homme dans cette attaque : c'était le Canadien qui lui servait de guide, et dont la mort l’obligea de suspendre sa marche jusqu’au jour. Ii fut rejoint bientôt après par le lieutenant-colonel Green et le reste de la colonne, au moment où une scène singulière se passait au milieu de ses soldats. Une :rtie des citoyens de la ville, réveillés par les tambours qui battaient le rappel, accouraient au poste du Saut-au-Matelot, où ils devaient se rassembler en cas d'attaque, lorsque, rencontrant les Américains, ceuxci leur présentèrent la main en criant, ‘“ Vive la liberté!” Quelques-uns s’échappèrent, les autres furent retenus prisonniers.

A la pointe du jour la solonne ennemie occupa toutes les maisons depuis la barrière qu’elle avait enlevée jusqu’à la seconde, qui était placée dans la rue Saint-Jacques, à deux cents pas environ plus loin. Une poignée de Canadiens, qui s’étiient jetés en avant, déferdirent ce terrain pied à pied avec beaucoup d’obstination, malgré la grande supériorité des ennemis, qui crièrent plusieurs fois, en nommant des citoyens de la ville : ‘“ Amis, êtes-vous là?” et qui, arrivés près de la dernière barrière, dressèrent des échelles pour la franchir ; mais le feu de ses défenseurs devint si meurtrier qu’ils furent forcés de reculer et de se réfugier dans les maisons. Alors un milicien de la ville, nommé Charland, homme aussi robuste qu’intrépide, s’avança au milieu des balles et tira les échelles en dedans de la barricade. Cette barrière était défendue par la compagnie du capitaine Dumas, engagée dans le moment avec les Américains qui tiraient des maisons. Les combattants ainsi placés formaient un angle, dont le côté parallèle au cap était occupé par les assaillants, et le côté coupant la ligne du cap à angle droit et courant au fleuve, était défendu par les assiégés, qui avaient une batterie à leur droite. Le capitaine Dumas vit bientôt arriver pour le soutenir, les Canadiens du capitaine Marcoux, des artilleurs et des fantassins anglais.

Le général Carleton, ayant appris la retraite de la colonne qui avait attaqué Près-de-Ville, et voyant par leurs manœuvres que les troupes qui avaient menacé la porte Saint-Jean et le cap aux Diamants, n’avaient pas voulu faire d'attaque sérieuse, réunit ses principales forces au Saut-au-Matelot. 11 ordonna au capitaine Laws de prendre 200 hommes, de sortir de la haute

Les

#7 en

ar

ER te SA

cnsT

ville par la porte du Palais, et, en s’enfonçant dans la rue Saint-Charles et la vieille rue Saut-au-Matelot, d'attaquer les ennemis en queue vigoureusement. Il chargea en même temps le capitaine MceDougall de l’appuyer avec sa compagnie. Laws entra dans une maison où se trouvaient plusieurs officiers américains en délibération. A sa vue ils mirent l’épée à la main; mais celui-ci leur dit qu’il était à la tête d’un gros détachement, et qu'ils seraient tous massacrés s'ils ne se rendaient sur-lechamp; ce qu’ils firent après s'être assurés, en regardant par la fenêtre, qu’il était en effet suivi d’un grand nombre d’hommes.

Lo général Carleton avait aussi envoyé l’ordre au major Nairne et au capitaine Dambourges d'aller avec un fort détachement soutenir les troupes qui combattaient dans la basse ville. Lorsqu'ils furent arrivés sur ce point, il fut résolu de prendre l'offensive et d’attaquer les maisons occupées par l’ennemi. Aussitôt le capitaine Dambourges et les Canadiens sautèrent en dehors des barricades et allèrent planter les échelles contre la première maison occupée par les Américains, et qui fut enlevée.* Le major Nairne en fit autant de son côté. Ces deux officiers s’emparèrent ainsi des maisons les unes après les autres, Les Américains se trouvaient assaillis par tous ies côtés à la fois. Refoulés en tête, abordés vivement en queue, cernés par des forces supérieures, ayant leur ligne de retraite coupée, ils prolongèrent en vain la résistance quelque temps : ils furent obligés de poser les armes, Toute la colonne d’Arnold fut faite prisonnière ; et le gouverneur, profitant de sa victoire, fit enlever la batterie de Saint-Roch, qui n’avait pas cessé de tirer sur la ville pendant l’attaque.

Le feu avait été très-vif au Saut-au-Matelot, et l’on croyait avoir fait des pertes considérables ; mais elles se trouvèrent heurersement réduites à peu de chose. Celles des Américains furent grandes en prisonniers ; et la mort de Montgomery était

* “ Le sieur Dambourges monta par une fenêtre au moyen des échelles enlevées à l'ennemi, suivi de plusieurs Canadiens, et défonça la fenétre du pignon de la maison, Il y trouva plusieurs Bostonais. Après avoir tiré son coup de fusil, il fonça avec sa baïonnette et entra dans la chambre avec plusieurs Canadiens qui le suivaient, animés d’un même courage, lesquels jetèrent la frayeur parmi les Bostonais, qui se rendirent prisonniers.’—Journal de Sauguinet,

irrél neig barr ciers qu’il offici mire cemi voul.

qui & qu’il À gean oblig deve pour Cana res e Le décid print cours raiso qui r La taires Tout ment dans M. d homn au-de sitôt chem sèrent officie les en enfan

s la rue quer les 1e temps . Laws ers améla main; hement, t sur-ledant par a d'hom-

u major ort détasse ville.

prendre ennemi.

autèrent * contre i fut enes deux s autres, tés à la rnés par , ils proent oblifut faite enlever r sur la

croyait puvèrent Léricains ery était

es échella fenêtre brès avoir chambre rage, leedt prison-

irréparable. On trouva son corps à moitié enseveli sous la neige, avec douze autres cadavres, à une petite distance de la barrière par où il avait voulu pénétrer dans la ville. Les officiers de son armée qui étaient prisonniers, et qui ignoraient ce qu’il était devenu, ayant reconnu son épée entre les mains d’un officier de la garnison, n’eurent plus de doute sur son sort et se mirent à verser des larmes. Le gouverneur le fit enterrer décemment dans l’intérieur de la ville avec les honneurs militaires, voulant par là rendre hommage à la mémoire d’un capitaine qui s'était distingué par sa modération et son humanité depuis qu’il commandait les troupes du congrès.

Après cet échec, qui les avait beaucoup affaiblis, les assiégeants voulurent continuer le blocus de la ville ; mais ils furent obligés de s’en éloigner de deux à trois milles. Leur position devenait extrêmement difficile. Rongés par les maladies, dépourvus de vivres, et perdant tous les jours la sympathie des Canadiens, ils voyaient graduellement disparaître leurs dernières espérances.

Le gouverneur, qui avait alors une supériorité numérique bien décidée, résolut néanmoins de rester sur la défensive jusqu’au printemps, et d'attendre, pour sortir de la ville, l’arrivée des secours qu’il avait fait demander d'Angleterre. Il craignait avec raison beaucoup plus les idées que les armes des Américains, qui restèrent maîtres du pays encore quelque temps.

La lutte désormais allait plutôt se continuer entre les militaires des deux partis qu'entre les royalistes et le congrès. Tout le peuple, vers la fin de l'hiver, voulait se retirer entièrement de la lice et garder la neutralité ; il exigeait toutefois dans les campagnes, que le parti royaliste restât tranquille, car M. de Beaujeu, ayant rassemblé dans le mois de mars, 350 hommes dans les paroisses de la rive droite du Saint-Laurent, au-dessous de Québec, pour aller au secours de cette ville, aussitôt d’autres Canadiens marchèrent contre lui avec un détachement américain, surprirent son avant-garde, tuèrent et blessèrent plusieurs hommes, et auraient massacré le reste sans les officiers qui les en empêchèrent. On vit dans cette escarmouche les enfants se battre contre leurs pères, et les pères, contre leurs enfants. M. de Beaujeu ne jugea pas à propos d’aller plus loin

après cette manifestation populaire, et il renvoya ses gens dans leurs foyers.

Cependant le général Schuyler avait été informé de l’échec éprouvé devant Québec et de la mort de Montgomery, par le colonel Arnold, qui avait succédé à ce dernier dans le commandement. Il pria le congrès de la manière la plus pressante d'envoyer immédiatement 3,000 hommes en Canada. Il ajoutait qu'on ne pouvait rien retrancher de ce nombre, si l’on voulait réparer les pertes déjà essuyées et soutenir la cause commune dans cette province. Washington, qui ne pouvait détacher autant de soldats de son armée sans l’exposer, engagea le Massachusetts, le Connecticut e; le Nouveau-Hampshire à envoyer chacun un régiment au Canada; et comme le papier américain avait peu ou point de cours dans ce pays, le congrès y fit passer du numéraire. Il ordonna aussi d’y lever 1,000 Canadiens, outre le corps du colonel Livingston, et de les placer sous les ordres de Moses Hazen, qui avait résidé longtemps au milieu d’eux.

Le congrès adressa une nouvelle proclamation aux Canadiens. Il leur disait : ‘“ T'el est le sort des choses humaines, les meilleures causes sont exposées aux vicissitudes de la fortune. Mais le courage des âmes généreuses, éclairées et inspirées par le soleil de la liberté, grandit avec les obstacles. Huit bataillons se lèvent pour voler au secours de votre province; et si elle a besoin de plus de renforts, on les lui fournira.” Le congrès les priait encore une fois, de saisir l’occasion favorable qui s’offrait de prendre part à la glorieusa conquête de l’indépendance. Il recommandait de former des associations de paroisses, et d’élire des députés à la fois pour former une assemblée provinciale et pour les représenter au congrès. Mais les Canadiens, refroidis de plus en plus et toujours soumis à l’influence calme, mais efficace du clergé et de la bourgeoisie, toute monarchique, entendirent ces paroles avec une indifférence qui marquait le changement qui s'était opéré dans leurs idées depuis l’automne ; ils ne sortirent point de leur inaction.

Informées de ce qui se passait, les provinces américaines résolurent d’envoyer au Canada, pour ranimer le zèle expirant de la population, des commissaires distingués par leurs lumières et par leur patriotisme. Le célèbre Franklin, M. Chase, membre

émine cette d’eng de Ba près d mars, mes d faire é munes seule leton, regard penda les co connai pleine soumis anglais pourra raient grès ét les aut lois do raient

Les serait ] qu'il y nation, confédi pour s:

solenne de sa r biens ; à l’aute législai autres ques, ja religior soutien

rens dans

le l’échec y, par le commanpressante

Il ajoue, si l’on la cause vait détangagea le hire à enle papier le congrès 1,000 Cales placer temps au

janadiens.

les meilfortune.

irées par uit batailet si elle e congrès e qui s’ofbendance.

oisses, et se provinanadiens, e calme, archique, trquait le automne ;

aines réexpirant lumières , membre

éminent du congrès, et M. Charles Carroll furent choisis pour cette mission. Ce dernier, par une résolution spéciale, fut prié d'engager son frère, ex-jésuite, qui mourut en 1815 archevêque de Baltimore, à les accompagner pour user de son influence auprès du clergé catholique. Leurs instructions, qui sont du 20 mars, les chargeaient de représenter aux Canadiens, que les armes des colonies confédérées avaient été portées chez eux pour faire échouer les projets de la cour de Londres contre leurs communes libertés. Les colonies, devaient-ils dire, espéraient nonseulement prévenir les machinations hostiles du gouverneur Carleton, mais donner encore aux Canadiens, que les Américains regardaient comme des frères, les moyens d’assurer leur indépendance. Les intérêts des deux pays étaient inséparables : si les confédérés obtenaient, comme ils n’en doutaient pas, la reconnaissance entière de leurs droits, les Canadiens auraient pleine liberté de participer avec eux à ces bienfaits, ou de rester soumis à tous les actes de tyrannie qu'il plairait aux ministres anglais d'exercer à leur préjudice ; dans le premier cas, ils pourraient se donner telle forme äe gouvernement qu’ils croiraient la plus propre à leur bonheur, parce que le désir du congrès était de les faire entrer dans l’Union sur le même pied que les autres provinces, et il garantissait à toutes un système de lois douces et équitables, avec les différences locales qui pourraient être agréables à chacune d’elles.

Les commissaires devaient annoncer que la France n’embrasserait point la cause de la Grande-Bretagne ; bien au contraire, qu'il y avait raison de croire que son intérêt, comme son inclination, était de vivre en bonne intelligence avec les provinces confédérées. Ils devaient déclarer que les insurgents tenaient pour sacré le principe de la liberté de conscience, et promettre solennellement au peuple, au nom du congrès, le libre exercice de sa religion ; au clergé, la jouissance pleine et entière de ses biens ; et assurer que la direction de tout ce qui avait rapport à l'autel et à ses ministres serait laissée aux Canadiens et à la législature qu’ils voudraient bien se donner, pourvu que tous les autres chrétiens pussent également remplir des charges publiques, jouir des mêmes droits civils et politiques et professer leurs religions, sans être tenus de payer de dîme ou de taxe pour le soutien du clergé Enfin les commissaires devaient démontrer

aux Canadiens la nécessité de prendre sans délai des mesures décisives pour se mettre sous la protection de la confédération ; leur faire part du mode que les provinces anglaises employaient elles-mêmes pour connaître l’opinion du peuple ; conduire les affaires d’une manière régulière par des comités d'observation et d'inspection dans chsque arrondissement, et par des conventions et des comités de sûrete dans chaque province, et presser l’assemblée d’une convention, l’étiblissement d’une presse libre et l’organisation d’un nouveau gouvernement en union avec ceux des autres provinces.

Les commissaires partirent de New-York le 2 avril 1775, et n'arrivèrent à Montréal que le 29. Franklin resta dans cette ville jusqu’au 11 mai, et repartit pour son pays peu de jours après la levée du siége de Québec. Le P. Carroll le suivit le lendemain. Franklin n'avait pas été longtemps en Canada sans voir que tous ses efforts seraient inutiles. En effet, quant à lui, les Canadiens savaient la part qu'il avait prise pour engager l’Angleterre à faire la conquête de leut pays, quinze ans auparavant ; et le congrès avait fait une faute en l’envoyant auprès d’eux, parce que son nom devait plutôt réveiller dans les cœurs des souvenirs de vengeance et d’hostilité, que des sentiments de sympathie et d'union.

La mission de ces envoyés était, comme on vient de le voir, d'engager les Canadiens à joindre la révolution ; mais s'ils ne pouvaient les rallier entièrement à leur cause, il; devaient tâcher de leur faire au moins garder la neutralité, afin de faciliter l'occupation militaire de leur pays, et pour que l’on pût s’y maintenir, même malgré eux, si cela devenait ensuite nécessaire.

Pendant que Franklin s’acquittait de sa mission auprès du peuple canadien, le P. Carroll, en sa qualité d’ecclésiastique, visitait une partie des membres du clergé de Montréal et des campagnes. Il eut encore moins de succès que Franklin. Vainement voulut-il faire valoir les raisons qui pouvaient avoir quelque poids sur les hommes auxquels il s’adressait : on sut en trouver d’autres poui v répondre. On lui fit observer que depuis l’acquisition du Canada par la Grande-Bretagne, les habitants n’avaient eu à se plaindre d'aucune agression ; qu’au contrai:: le gouvernement avait filèlement rempli toutes les sti-

et l

pul:

prol subi leu leur grès laie les | liqu l’Ar aut leg les

ré à la neut étab amé que et rigu que vern onn cons l'adr octol de 1:

cien( relig sant un € dem:

leurs ‘ Co clerg clara par (

mesures dération ; ployaient duire les servation | convent presser esse libre vec ceux

1775, et ans cette de jours ‘lelendesans voir à lui, les er l’Anns aupant auprès les cœurs ments de

e le voir, S s'ils ne devaient

de facil’on pût te néces-

près du iastique, il et des ranklin.

ent avoir : On sut ver que +, les ha- ; qu’au s les sti-

pulations des traités; qu’il avait sanctionné et couvert de sa protection les anciennes lois et les anciennes coutumes, et laissé subsister l’organisation judiciaire française et les formes de leurs procédures avec une attention scrupuleuse, qui méritait leur respect et leur gratitude. Carroll répliqua que le congrès avait expressément déclaré, que si les Canadiens voulaient se réunir aux provinces qu'il représentait, leur culte et les biens des ordres religieux seraient respectés, et que les catholiques, au lieu d’être simplement tolérés, comme ils l’étaient par l'Angleterre, auraient les mêmes droits que les membres des autres religions. ‘“ Quant à cela, dirent les prêtres canadiens, le gouvernement britannique ne nous laisse rien à désirer: tous les monastères jouissent de leurs biens ; les missions fleurissent,

et l’autorité va jusqu’à rendre les honneurs militaires à nos cé-

rémonies religieuses. D’après le principe que la fidélité est due à la protection, 1: clergé ne peut enseigner la doctrine que la neutralité est compatible avec ce qui est dû au gouvernement établi.” On rappela alors à Carroll que dans les provinces américaines la religion catholique n'avait jamais été tolérée ; que les prêtres en étaient exclus sous des peines très-sévères, et que les missionnaires chez les sauvages étaient traités avec rigueur et cruauté. Les Canadiens n'étaient pas persuadés que ces mesures rigoureuses fussent l’œuvre exclusive du gouvernement royal, parce que, quand il s’agissait de catholiques, on n’était jamais bien prompt à faire respecter le droit sacré de conscience. Enfin il y avait de grandes contradictions entre l'adresse du congrès au peuple de la Grande-Bretagne, du 21 octobre 1774, et celle au peuple du Canada : l’acte de Québec de la même année ne faisait que confirmer ce droit de conscience, en garantissant aux Canadiens le libre exercice de leur religion, la jouissance de leurs biens religieux, et en les dispensant du serment du test; et cependant le congrès, animé par un esprit contraire, avait, dans son adresse au peuple anglais, demandé la proscription de leur religion, de leurs lois, de toutes leurs institutions, en un mot, leur complet asservissement. ‘ Comment, après l'expression de sentiments si hostiles, le clergé canadien peut-il mettre une pleine confiance dans la dé claration que fait le congrès dans son adresse aux Canadiens, par ces paroles : “ Nous connaissons trop bien les sentiments

‘ généreux qui distinguent votre nation pour croire que la différence de religion vous emnêche de contracter une alliance cordiale avec nous. Vous savez que la nature transcendante de la liberté élève ceux qui s'unissent pour sa canse au-dessus de toutes ces faiblesses d’un esprit étroit. Les cantons suisses fournissent une preuve mémorable de cette vérité.

“ Leur confédération est composée d’'États catholiques et d'Ë-

‘“ tats protestants, qui vivent ensemble dans la concorde et la

‘ paix ; et depuis qu'ils ont bravement conquis leur liberté, ils

‘ont pu défier et battre tous les tyrans qui ont osé envehir

‘“ Jeur territoire.”

La contradiction qu'il y avait entre l’adresse au peuple anglais et l’adresse au peuple canadien portait partout ses fruits. Lorsqu'on lut dans une assemblée nombreuse de royalistes. la partie de la première adresse qui avait rapport à la réorganisation du Canada, et la peinture qu'on faisait de la religion et des usages de ses habitants, l'assemblée ne put s'empêcher d’exprimer son ressentiment par des exclamations pleines de mépris. ‘# © le traître et perfide congrès ! s’écria-t-on. Bénissons notre bon prince, restons fidèles à un roi dont l'humanité est conséquente et s'étend à toutes les religions ; abhorrons ceux qui veulent nous faire manquer à notre loyauté par des actes déshonorants, et dont les promesses sont mensongères.”?

Ainsi les propositions solennelles du congrès finissaient par n'être plus écoutées, et le clergé et les seigneurs reprenaient leur influence sur le peuple ; car la bonne politique repose sur une franchise éclairée, et non sur des subterfuges et des finesses diplomatiques.

Quelques hommes font aujourd’hui des reproches au clergé, aux seigneurs, à la bourgeoisie, de leur résolution plus imprévoyante encore, disent-ils, qu’intéressée. Ils regrettent que d’injustes préjugés aïent pu faire perdre à leurs compatriotes l’occasion d'obtenir leur indépendance et leur liberté, sans verser peut-être une goutte de sang, car une fois expulsés du pays, les Anglais n’y seraient jamais revenus ; ils ne peuvent concevoir comment ils aient pu fermer les yeux sur les offres des colonies confédérées, qui s’engageaient à recevoir les Canadiens dans leur alliance aux conditions qu’elles avaient acceptées pour elles-mêmes, c'est-à-dire en leur laissant la faculté de so

don ble, dec men quel de ] quel nom voir tre :

une sem a tot A avait en in malg ques tant, terr:

leurs devoi leurr anglo No tendr:

bec.

eût pl décen de se ler, qi des se Arnol.

Il en à Nev Wo Thom faire 1 La mi:

a diffé- M lliance ‘44 ndante au-des- ‘antons vérité, et d'É- di le et la b.

irté, ils ke envehir 4

ple an- 4 fruits. 4

stes.la 2 ganisa- de 1 et des 4 l'expri- D mépris. ‘à 1s notre st conux qui s désho-

ent par enaient ose sur finesses

clergé, imprént que triotes ins veru pays, concedes conadiens ceptées é de so

donner telle forme de gouvernement qu'ils jugeraient convenable, pourvu qu'elle fût républicaine et qu’elle admiît la liberté de conscience. Au lieu de cela qu’a-t-on cu, disent-ils amèrement? Le gouvernement despotique de 1774, dans lequel quelques Canadiens ont été admis par politique; la constitution de 1791, avec une législature à trois branches, sur deux desquelles ils n’ont jamais eu d'influence, puisqu'elles étaient à la nomination de la métropole, qui conserva en réalité tout le pouvoir; l'union des deux Canadas en 1840, afin de faire disparaitre insensiblement notre nationalité, en nous assujettissant à une majorité anglaise! Dans cette longue période d'asservissement, d’injustices et d’humiliat‘ons, le personnel de l'exécutif a toujours été étranger et hostile aux Canadiens.

A ces reproches on répond avec beaucoup de raison, qu'il n’y avait pas de sûreté à prendre des engagements avec un peuple en insurrection et dont la cause était loin d’être gagnée ; que, malgré ses promesses, il n’était pas prudent pour des catholiques d’origine française de se fier à un congrès anglais et protestant, qui venait même de faire de vives remontrances à l’Angleterrs sur la protection qu’elle semblait accorder à leurs lois, à leurs institutions et à leurs autels ; qu’enfin la loyauté faisait un devoir aux Uanadiens de rester fidèles à leur prince, et que leur nationalité aurait couru plus de dangers avec une république anglo-américaine qu'avec une monarchie européenne.

Nous avons dit que le gouverneur Carleton avait résolu d’attendre l’arrivée des secours d'Angleterre pour sortir de Québec. Il se tint en conséquence renfermé dans la ville, quoiqu'il eût pu chasser les assiégeants loin de lui après leur échec du 31 décembre. Son immobilité donna le temps aux Américains de se remettre et de recevoir des renforts. Le général Schuyler, qui commandait sur la frontière, s’'empressa de leur envoyer des secours. Le général Wooster, qui vint succéder au colonel Arnold, voulut établir de nouvelles batteries contre la ville, Il en éleva une à la Pointe-Lévi et une autre sur les buttes à Neveu ; mais elles ne firent aucun effet.

Wooster fut remplacé dans le mois de mai par le général Thomas, qui ne trouva que 1,000 hommes environ en état de faire le service, sur les 1900 qui étaient portés sur les rôles. La misère, les fatigues et la petite vérole retenaient le reste à

l'hôpital, On avait résolu, dans un conseil de guerre tenu à Montréal, de fortifier lu rive droite de la rivière Jacques-Cartier, et de construire des chaloupes *"nonnières à Chambly ; mais dans l’état des choses, ce projet 1ts’exécuter. Les hommes et les munitions, tout manquait ne restait plus de vivres que pour six jours, et l'éloignensent croissant des Canadiens rendait les approvisionnements très-diMficiles, Dans ces circonstances, après avoir reconnu l'impossibilité de prolonger plus longtemps le siége sans exposer son armée à une ruine certaine, et sachant d’ailleurs qu'il pouvait arriver à chaque instant des secours à la ville, le général T'homas songea à donner l’ordre de la retraite ; mais il ne voulut pas se retirer sans avoir fait une dernière tentative sur la place, en usant d’un stratagème quine devait avoir aucun succès. Il lança un brâlot contre les navires en hivernage dans le port, afin que l'incendie attirat l'attention des assiégés de ce côté, et que ses troupes pussent monter à l’assaut par surprise. Mais le brûlot se consuma sans atteindre les navires, et l’attaque n’eut pas lieu. Au surplus, dans le moment même on signala des vaisseaux anglais ; et le général T'homas eut à peine le temps de faire embarquer son artillerie et ses malades pour remonter le fleuve, lorsque le gouverneur Carleton sortit de la ville à la tête de mille hommes, avec six pièces de canon, pour se mettre à sa poursuite. Ces troupes atteignirent son arrière-garde, échangèrent quelques coups de fusils avec elle, prirent son artillerie, ses munitions de guerre et de bouche, ses bagages et plus de 200 malades. Les Américains, qui avaient jeté leurs armes pour mieux fuir, souffrirent cruellement dans cette retraite. Plusieurs auraient péri sans l’humanité des Canadiens, qui leur donnèrent des vivres et des vêtements. Ils ne s’arrêtèrent qu’à Sorel, où leur général saccomba lui-même à l’épidémie quirégnait. Aprèsles avoir poursuivis quelque temps, Car!eton revint sur ses pas et rentra dans la ville, d’où il envoya des détachements pour ramasser les traînards ennemis, arrêter les habitants qui s'étaient joints aux rebelles et incendier leurs maisons ; car les Anglais, qui respectaient encore les propriétés des insurgents dans leurs anciennes colonies, suivaient leur vieille coutume dans le Canada, habité par une race étrangère. Comme en 1759, ils marchaient la {orche à la main.

Le

envoy partie de 4,0 elle rm de fai farine mesur roll, q avait pu se d'hab réal ] Jean 1400] à 5,40 celle ( avait L’a:

d'une ment par la dans & ficiers avec ] leman trume vision Spech glais Cette en arr prête plus qui é aurait avant son à Pierre

» tenu à -Cartier, y; mais hommes le vivres anadiens ces cirrolonger ne ruine que insù donner ins avoir atagème ontre les e attirät y pussent ima sans surplus, is; et le Y Son ar'- > le gouhommes, te. Ces quelques itions de es. Les , souffriient péri s vivres ur généles avoir et rentra asser les ints aux i respecanciennes à, habité at la tor-

Le congrès avait fait hâter la marche des secours qu'il envoyait au général Thomas, pour conserver au moins une partie du pays. A la fin de mai, l’armée révolutionnaire était de 4,000 hommes, répandus dans le district de Montréal; mais elle manquait de tout, à tel point que les chefs furent obligés de faire prendre de force, pour sa subsistance journalière, de la farine chez les marchands, en promettant de la payer, Cette mesure fut approuvée des deux commissaires, Chase et Carroll, qui la justifièrent auprès du congrès, en déclarant qu’elle

avait été prise pour empêcher un pillage général, qui aurait

pu se terminer par le massacre des troupes et d'un grand nombre d'habitants, Ces deux envoyés partirent à la fin de mai de Montréal pour rentrer dans leur pays. Ils rencontrèrent à Saint- Jean le général Sullivan, qui amenait un nouveau renfort de 1400 hommes, ce qui allait porter l’armée américaine en Canada à 5,400 baïonnettes. Mais elle était hors de proportion avec celle qui arrivait d'Angleterre, où la nouvelle de l'insurrection avait fait une profonde sensation.

L'aspect des affaires coloniales avait amené la résignation d’une partie des ministres, quoique la grande majorité du parlement impérial se fût prononcée pour la soumission des rebelles par la force des armes. Craignant que la désertion ne se mît dans ses propres troupes, vu que plusieurs de leurs anciens officiers commandaient les soldats du congrès, l'Angleterre traita avec le duc de Brunswick et quelques autres petits princes allemands, pour avoir un corps de 15 ou 16 mille auxiliaires, instruments passifs et sans sympathie pour les insurgés. Une division de ces troupes, sous les ordres des généraux Riedesell et Specht, fut embarquée pour le Canada avec dix bataillons anglais et des artilleurs, formant en tout 7 à 8 mille hommes. Cette armée, commandée par le général Burgoyne, s’échelonna, en arrivant à Québec, sur les hords du Saint-Laurent, pour être prête à entrer en campagne au premier signal, Le corps le plus avancé occupait les Trois-Rivières. Le général Sullivan, qui épiait de Sorel les mouvements des royalistes, crut qu’il aurait bon marché de cette petite ville s’il pouvait l’attaquer avant qu’elle fût secourue. Il fit embarquer le général Thompson à Nicolet, avec 1800 hommes, pour traverser le lac Saint- Pierre et débarquer à la Pointe-du-Lac. La nouvelle de leur

PRE ae Le

LT ps

descente fut apportée aux Trois-Rivières par un capitaine de milice, le 8 juin, à 4 heures du matin, Aussitôt les troupes qui s’y trouvaient, et celles qui venaient d'arriver dans le port et qui furent débarquées, prirent les armes et marchèrent à l'ennemi, Nombre de volontaires canadiens les rallièrent : de sorte qu'elles se trouvèrent très-supérieures aux Américains, sur lesquels elles avaient de plus l'avantage d’une bonne artillerie, Elles rencoutrèrent ceux-ci près d’une forêt, à une demi-lieue de la ville, et, après une lutte assez longue, elles les repoussèrent sur un second corps anglais, qui les prit en flanc et les dispersa dans un bois marécageux situé au nord du lac Saint- Pierre. Leur général tomba entre les mains du vainqueur avec 200 hommes. Le reste parvint avec beaucoup de peine, au bout de plusieurs jours, à rejoindre l’armée du général Sullivan.

Les troupes royales s'avancèrent, le 14, jusqu’à Sorel, que les Américains évacuèrent en se retirant sur Chambly. Burgoyne continua à les poursuivre à la tête d’une partie de l’armée et des royalistes canadiens qui s'étaient offerts comme volontaires. Sullivan, se voyant pressé, mit le feu au fort Chambly et retraita sur Saint-Jean, où le colonel Arnold arrivait avec la garnison de Montréal, après s'être vu aussi, sur le point d’être intercepté par le gouverneur, qui remontait le fleuve par la rive droite et dont les troupes occupaient déjà Varennes. L'armée révolutionnaire brûla le fort Saint-Jean, puis se replia successivement sur l’île aux Noix, sur Crown-Point et enfin sur Ticonderoga, d’où elle était partie huit mois auparavant, et où elle revenait après une campagne dont les succès et les défaites avaient varié suivant les changements des Canadiens. Quelque temps auparavant, plus de 500 rebelles, retranchés aux Cèdres, sur la rive droite de la rivière des Outaouais, s'étaient rendus au capitaine Foster, qui les avait attaqués avec 4 à 500 hommes. Cette perte, qui entraîna le massacre de plusieurs prisonniers par les sauvages, fut très-sensible aux Américains, qui l’attribuèrent à la lâcheté du commandant. Ce poste, du reste, n’était pas sans importance à cause de sa situation dans le voisinage des tribus aborigènes.

Carleton, après avoir rejeté les Américains hors des frontières du Canada, jugea qu'il était de la plus grande importance

d'obten séquem seaux, ( être ass outre u Le tout pect de leur cû zaine à du géné glais, l'île de empêch ligne, le vainque barque, forces à teries d par la comme bâtimen lui-mêm ter le fo La ca Jean, d lieu. L s’étenda gée che:

royalist.

obtenir Les A où deva nistère, assiéger furent a remport rent de:

ville de vontre-

bituine de ‘oupes qui le port et t à l'enne.

: de sorte s, sur lesartillerie, lemi-lieue 38 répoUsanc et les ac Saintvainqueur de peine, iéral Sul-

1, que les Burgoyne iée et des lontaires.

it retraita garnison itercepté droite et

révolusivement nderoga, revenait aient vae temps s, sur la S au Caommes.

sonniers i l’attri- B, n'était oisinage

ontières ortance

d'obtenir la suprématie sur le lac Champlain, Il travailla conséquemment à s’y former une flottille, Il fit armer trois vaisseaux, qui avaient été envoyés d'Angleterre par pièces prêtes à être assemblées, et une vingtaine de chaloupes canonnières, outre un grand nombre de berges et d'autres embarcations, Le tout fut placé sous les ordres du capitaine Pringle, A l'aspect de ces préparatifs, les Américains s'étaient empressés, de leur côté, d'armer deux corvettes, deux brigantins et une douzaine de petits bâtiments, qu'ils mirent sous le commandement du général Arnold, pour disputer la possession du lac aux Anglais. Les deux flottilles se rencontrèrent le 11 octobre, sous l'ile de Valcourt, et, après un rude combat, comme le vent empêchait une partie des forces anglaises de se mettre en ligne, le capitaine Pringle ordonna la retraite. Arnold, quoique vainqueur, avait perdu un brigantin, qui s'était échoué, et une barque, qui avait été coulée bas, Afin de proportionner ses forces à celles de son ennemi, il voulut se retirer sous les batteries du fort de Crown-Point; mais atteint, deux jours après, par la flottille anglaise, qui profita à son tour du vent pour recommencer l’attaque, il fat complétement défait. Quatre de ses bâtiments prirent la fuite, un cinquième amena son pavillon, et lui-même fit échouer le reste sur le rivage, y mit le feu, fit sauter le fort et se replia vers le haut du lac.

La campagne tirait alors à sa fin. Carleton retourna à Saint- Jean, d’où il descendit ensuite à Québec par la rivière Richelieu. L'armée anglaise rentra dans ses quartiers d'hiver, qui s’étendaient depuis l’île aux Noix jusqu’à Québec : elle fut logée chez les cultivateurs, où elle vécut à discrétion, traitant les royalistes et les républicains militairement et sans qu’ils pussent obtenir justice.

Les Anglais furent moins heureux dans les colonies du Sud, où devait s’exéouter une des trois opérations ordonnées par le ministère. Ils furent repoussés de Charleston, qu’ils voulurent assiéger, et obligés d'abandonner entièrement la Caroline. Ils furent aussi forcés d’évacuer Boston. La victoire importante remportée par lord Howe à Long-Island, où les Américains firent des pertes considérables, qui les obligèrent d’évacuer la ville de New-York et de se retirer derrière la Delaware, fut contre-balancée par les succès du général Washington, qui lava

7 = nt à se hands

rx -

Le Ne

Eu

la honte de la défaite de Long-Island d’abord dans la brillante affaire de Trenton, où il fit mille prisonniers, puis dans une seconde bataille qu’il livra sur les hauteurs voisines, et enfin dans la dispersion d’un corps de royalistes à Stony-Brook, où il enleva encore huit cents soldats et du canon. De sorte que, tout compte fait, le résultat général de la campagne de 1776 se trouva favorable à la cause de l’indépendance.

Pendant que la Grande-Bretagne faisait agir ainsi ses armées, elle envoyait des commissaires pour proposer un arrangement aux insurgents. Les chefs américains, redoutant l’effet des offres séduisantes de la métropole, furent d'avis que le temps était venu de se déclarer. Le congrès commença par publier un manifeste, qui contenait tous les griefs des colons. Ce manifeste fit une sensation immense. Peu de temps après, le congrès ordonna la publication du fameux pamphlet de Thomas Payne, intitulé “ Common Sense,” plaidoyer plein de sarcasmes amers contre les institutions monarchiques et la tyrannie des métropoles, et qui, du même coup, écrasa le parti royaliste et fit des républicains ardents des hommes qui s'étaient montrés jusque- 1à froids ou hostiles. Les esprits ainsi préparés, Lee proposa, le 7 juin 1776, de proclamer l'indépendance de l’Amérique. Les voix furent d’abord partagées ; mais le lendemain la majo-

rité pencha en faveur de cette proposition, qui fut emportée.

Aussitôt le congrès se déclara chambre des représentants des États-Unis d'Amérique. Le 4 juillet, le congrès publia sa déclaration d'indépendance, et consomma la séparation des treize anciennes provinces anglaises de leur métropole. Ainsi se termina la seconde partie du drame sanglant commencé entre l’Ancien et le Nouveau-Monde avec la guerre de sept ans,

Cependant le général Burgoyne était passé en Angleterre pôur régler avec les ministres le plan des opérations dans la prochaine campagne. C'était nn officier d’une suffisance et d’une ambition que ses talents pour la guerre ne justifiaient point. Le parti politique auquel il appartenait, lui avait fait, à l’occasion de sa conduite en Portugal, où il avait remporté quelques succès faciles, une réputation exagérée, qui ne fit que rendre sa chute plus éclatante, lorsqu’il passa, avec son armée, sous les fourches caudines de Saratoga.

Le Cana à Al moux Burg par 1 par 1 sur lé mini plan.

On acha amen lord sur le adroit se mo les.

leur d trois gné q versai répare conna Cette la vo march cherot nous |

Si ( pas m 1763, ne fût avait:

lonté patrie par @ gents :

respon

la brillante ans une $seenfin dans k, où il ene que, tout 76 se trou-

ses armées, rangement fret des ofe le temps par publier

Ce mani- , le congrès mas Payne, mes amers es métropoà et fit des rés jusqueee proposa, Amérique.

in la majo-

emportée.

bntants des hblia sa déà des treize insi se terencé entre pt ans, Angleterre Lans la proe et d’une point. Le l’occasion blques sucrendre sa e, sous les

Le projet du gouvernement était de faire pénétrer l’armée du Canada dans la Nouvelle-York, pour lui faire opérer sa jonction à Albany avec celle du général Howe, et pour séparer, par ce mouvement, la Nouvelle-Angleterre des provinces méridionales. Burgoyne proposa d'ajouter que, dans le cas où le mouvement par l’Hudson serait impraticable ou trop hasardeux, on le fit par le Connecticut, ou bien qu’on embarquât l’armée du Canada sur le Saint-Laurent et qu’on exécutât la jonction en mer. Le ministère repoussa cette alternative, et s’en tint à son premier plan.

On sait que George III était l’homme de son royaume le plus acharné contre les Américains. Les difficultés de cette guerre amenèrent encore des changements dans le ministère; mais lord North, dit Gibbon dans ses ‘ Mémoires,” appuyé d’un côté sur le sens majestueux de T'hurlow, et de l’autre sur l’éloquence adroite de Wedderburne, garda son portefeuille, et les chambres se montrèrent disposées à soutenir sa politique contre les rebelles. Elles votèrent les vaisseaux, les soldats, les subsides qu’il leur demanda, malgré la véhémence de l’opposition. ‘“ Depuis trois ans, dit Chatham, qu’avons-nous-fait ? Nous avons gagné quelques postes, maïs surtout nous avons appris à nos adversaires l’art de faire la guerre. Croyez-moi, hâtez-vous de réparer les griefs des Américains; écoutez leurs plaintes, reconnaissez-leur le droit de disposer de leurs propres finances. Cette reconnaissance sera un messager de paix : elle ouvrira la voie aux traités. Si nous continuons la guerre, si nous marchons à la conquête sous le canon de la France, nous marcherons sous une batterie masquée, qui s'ouvrira bientôt pour nous balayer du sol américain.”

Si Chatham haïssait la France, le duc de Choiseul ne haïSsait pas moins l’Angleterre. Une seule pensée le dominait depuis 1765, c'était de venger la honte du traité de Paris. Quoiqu'il ne fût pas dans le ministère, il le dominait par l’ascendant qu’il avait su acquérir sur la reine Marie-Antoinette. A force de volonté et d'efforts, il avait donné une marine redoutable à sa patrie, et malgré l’opposition d’une partie des ministres, il finit par entraîner l’indolent Louis XVI dans le parti des insurgents américains. Dès la fin de 1775, Lee avait ouvert une correspondance secrète avec un négociant de La Haye, M. Dumas ;

il avait vu ensuite à Londres l’ambassadeur français et Beaumarchais, qui avait été chargé secrètement de déclarer que son gouvernement était disposé à fournir des armes, des munitions et de l’argent jusqu’à concurrence de près de cinq millions de francs. On rapporte que M. de Vergennes voulait profiter de cette occasion pour reconquérir le Cap-Breton, le Canada et la Louisiane, maïs que le reste des ministres français n’avait point goûté cette proposition. Les anciens officiers de la guerre du Canada étaient prêts à reprendre les armes. Le chevalier de Lévis offrait ses services. Une armée de 10,000 hommes aurait suffi, suivant eux, pour remettre toutes ces provinces sous la domination de la France, parce que tout Canadien, délié de son serment, reprenait le titre de Français que lui avait donné sa naissance, et 30,000 fusils répandus parmi eux, auraient quadruplé l’armée et assuré le succès de l’expédition.

C’est alors que parut à Londres un volume de lettres de Montcalm à Berryer et à Molé, dans lesquelles le général français annonçait d'avance la perte du Canada et la révolution américaine. Il écrivait à son cousin M. de Berryer, le 24 août 1759*: ‘Je me consolerai du moins de ma défaite et de la perte de la colonie, par l’intime persuasion où je suis, que cette défaite vaudrait un

* Cette lettre est tirée d’une brochure publiée à Gibraltar en 1858 par le colonel Beatson, du corps du génie, et intitulée : “ The plains of Abraham. Notes original and selected.” M. Faribault, à qui l’auteur avait envoyé son ouvrage, a eu la complaisance de nous le communiquer. Cette lettre se trouve aussi parmi les pièces justificatives du livre du capitaine Eliot Warburton, “ The conquest of Canada,” publié à Londres en 1849. M. Warburton l'a tirée des “ Lettres de M. le marquis de Montealm, G. G. en Canada, à MM. de Berryer etde Ja Molé, 1757-1759, Londres 1777” M. Warburton donne quelques extraits d'autres lettres, dans lesquels on voit que Montcalm entreterinit des correspondances secrètes avec les colons anglais. Comment ces lettres sont-elles parvenues à Londres? Qui les a publiées et quel était le but de l'éditeur ? Nous l’ignorons. M. Faribault les a citées dans son catalogue, d’après un ancien catalogue fait à Londres ; mais il n’a jamais entendu dire qu'elles soient parvenues en Canada. Ces lettres sont aussi mentionnées dans le catalogue de O'Rich ‘ Bibliothaca americana nova” 1885, London, New-York, sous ce titre : “ Letters from the Marquis de Montcalm, governor general of Canada, to Messrs. de Berryer and de la Molé, in the years 1857-8 and 9, with an english translation.”

“ If these letters are genuine, y est-il dit, they show that M. de Montcalm had a very correct presentiment of what would be the consequences of attempting to tax the colonies.”

jour s’agr mêm

Si le me

Sa glaise colon pour

sur dd moi-n pourr de bo état t1 dans ] cienné ser éte à-dire liait, q toutes le jou, dépen été un préféré pour n que le colons sion où rêts, © ils à Qi *

“Je terre, & ver da la rais Jui-mêi ses hat nies an,

nçais et le déclarmes, des s de cinq 3 voulait on, le Cas français iers de la

Le che- 060 homprovinces lien, délié ait donné aient qua-

; de Montançais anméricaine.

: “Jeme a colonie, audrait un

1858 par le Abraham.

envoyé son te lettre se b Eliot War- Warburton nada, à MM.

rton donne ontcalm en- Comment

t quel était ns son catajamais ensont aussi ova” 1885,

e Montcalm, olé, in the

e Montcalm ences of at-

jour à ma patrie plus qu’une victoire, et que le vainqueur, en s'agrandissant, trouverait un tombeau dans son agrandissement même.”

Si l’on a quelque chose à reprocher à Montcalm, ce n’est point le manque de courage et de patriotisme.

Sa lettre renferme, sur les intentions secrètes des colonies anglaises, des renseignements aui méritent d’être connus. Ces colonies ne se montraient si acharnées contre le Canada que pour parvenir plus vite à leur indépendance.

“ Je les connais bien, non sur des rapports étrangers, mais sur des correspondances et des informations secrètes, que j'ai moi-même ménagées, et dont un jour, si Dieu me prête vie, je pourrais faire usage à l’avantage de ma patrie. Pour surcroît de bonheur pour eux, tous ces colons sont parvenus dans un état très-florissant ; ils sont nombreux et riches ; ils recueillent dans le sein de leur patrie toutes les nécessités de la vie. L’ancienne Angleterre a été assez sotte et assez dupe pour leur laisser établir chez eux les arts, les métiers, les manufactures; c’està-dire qu’elle leur a laissé briser la chaîne de besoins qui les liait, qui les attachait à elle et qui les faisait dépendants. Aussi toutes ces colonies anglaises auraient depuis longtemps secoué le joug, chaque province aurait formé une petite république indépendante, si la crainte de voir les Français à leur porte n’avait été un frein quiles avait retenues. Maîtres pour maîtres, ils ont préféré leurs compatriotes aux étrangers, prenant cependant pour maxime, de n’obéir que le moins qu’ils pourraient. Mais que le Canada vînt à être conquis, et que les Canadiens et ces colons ne fussent plus qu’un seul peuple, et la première occasion où l’ancienne Angleterre semblerait toucher à leurs intérêts, croyez-vous que les colons obéiraient ? Et qu’auraientils à craindre, en se révoltant ?

“ Je ne puis cependant pas dissimuler que l’ancienne Angleterre, avec un peu de bonne politique, pourrait toujours se réserver dans les mains une ressource toujours prête pour mettre à la raison ses anciennes colonies. Le Canada, considéré dans lui-même, dans ses richesses, dans ses forces, dans le nombre de ses habitants, n’est rien en comparaison du conglobat des colonies anglaises ; mais la valeur, l’industrie, la fidélité de ses habi-

tants, y suppléent si bien, que depuis plus d’un siècloils se battent avec avantage contre toutes ces colonies : dix Canadiens sont suffisants pour cent colons anglais. L'expérience journalière prouve ce fait. Si l’ancienne Angleterre, après avoir conquis le Canada, savait se l’attacher par la politique des bienfaits, et se le conserver à elle seule ; si elle le laissait à sa religion, à ses lois, à son langage, à ses coutumes, à son ancienne forme de gouvernement, le Canada, divisé dans tous ces points d’avec les autres colonies, formerait toujours un pays isolé, qui n’entrerait jamais dans leurs intérêts ; ... mais ce n’est pas là la politique britannique. Les Anglais font-ils une conquête, il faut qu’ils changent la constitution du pays; ils y portent leurs lois, leurs coutumes, ete., etc. .... Voilà les Canadiens transformés er politiques, en négociants, en hommes infatués d’une prétendue liberté, qui chez la populace tient souvent en Angleterre de la licence. . .. Je suis si sûr de ce que j'écris, que je ne donnerais pas dix ans après la conquête du Canada pour en voir l’accomplissement.

“ Voilà ce qui, comme Français, me console aujourd’hui du danger éminent que court ma patrie, de voir cette colonie perdue pour elle.”

Jamais la révolution américaine n’a été prédite avec autant de précision, et jamais l’ Angleterre n’a reçu un meilleur conseil pour la conduite qu’elle doit tenir envers les Canadiens-Français, dont elle s'obstine à vouloir détruire la nationalité, aux cris que les colons anglais d’aujourd’hui ont empruntés aux colons anglais d'autrefois. Montcalm apprend à l’Angieterre aue, tout en combattant la France, les Américains cherchaient déjà à se rallier à elle pour combattre l’Angleterre et l’expulser à son tour du Nouveau-Monde.*

Les ministres français qui étaient opposés à l’intervention, l’étaient parce qu’ils craignaient qu'après avoir se-

* Tout ce que contient cette lettre paraît si extraordinaire, quand on remonte au temps où elle a été écrite, qu’on se surprend à douter de son authenticité. Montcalm annonce avec une si grande précision les événements qui doivent arriver, qu’on n’ose croire À une prophétie. Toutefois il est certain que la lettre a été publiée en 1777, c’est-à-dire quatre ans avant le triomphe complet de la révolution américaine ; et l'exactitude des faits, la

sagesse des jugements qu’elle exprime, suffisent pour lui faire donner une place dans l’histoire,

coué en ét4 méri pense prévo neme tures améri M.Si Franc furent pulai et pl comm Frank saires veilla coura!

Cer comm engag noûm:

parati pour | ron 8 York Cette avec !

joindi refroi peupl goyne autre:

batea l’autc Mont * M minist

sse battent adiens sont journalière ir conquis ienfaits, et igion, à ses 1e forme de nts d’avec é, qui n’ent pas là la onquête, il ortent leurs iens transtués d’une ; en Angles, que je ne Jour en voir

urd’hui du olonie per-

vec autant leur conseil iens-Frannalité, aux tés aux coleterre que, haient déjà expulser à

l’intervenavoir se-

quand on reer de son aus événements utefois il est ans avant le B des faits, la e donner une

coué le jous de l’Angleterre, les provinces révoltées ne fussent en état de faire la loi à la France et à l'Espagne dans toute l’Amérique, et d’envahir leurs possessions au moment où elles y penseraient le moins.* Bien qu’anticipant l'avenir, ils ne prévoyaient pas encore toute la rapidité avec laquelle les événements marchent dans le Nouveau-Monde. Au reste, les ouvertures de Beaumarchais ne furent pas plutôt connues du congrès américain, qu’il s’empressa d'envoyer un de ses membres à Paris, M. Sileas Deane, pour entrer directement en négociation avec la France. Après mille obstacles de toutes sortes, les secours furent embarqués pour l'Amérique, dont la cause devint si populaire en France, que l’on vit le jeune marquis de Lafayette et plusieurs autres seigneurs de son âge, partir pour servir comme volontaires dans les armées révolutionnaires du congrès. Franklin, Deane et Lee furent nommés officiellement commissaires auprès de la cour de Louis XVI. Les dispositions bienveillantes de ce prince et l’espérance de secours plus réels encouragèrent puissamment la jeune république dans ses efforts.

Cependant le général Burgoyne était revenu à Québec au commencement de 1777. Ce qui se passait en France allait engagr l’Angleterre à multiplier ses efforts pour hâter le Génoûm<.it de la lutte. Burgoyne s’empressa de terminer les préparatifs de la campagne. Le gouverneur retint 3,000 hommes pour la garde du Canada, et lui donna le reste des troupes, environ 8,500 soldats et 500 sauvages, pour envahir la Nouvelle- York et opérer sa jonction avec le général Howe à Albany. Cette armée se trouva rassemblée à Crown-Point, le 30 juin, avec un parc considérable d'artillerie. Il avait été question d’y joindre un grand nombre de Canadiens; mais, malgré son refroidissement et l’incertitude de l’avenir, la masse de ce peuple était peu disposée à aller combattre la révolution. Burgoyne n'avait pu se faire suivre que par 150 habitants. Les autres étaient toujours accablés de corvées ; il y eut jusqu’à 1200 hommes employés aux travaux des chemins, ou sur les bateaux, qu’ils furent obligés, à peine d'amende, de conduire l’automne, au milieu des glaces, jusqu’à cent lieues au-dessus de Montréal, sans aucune espèce de rémunération. Il n’y avait que

* Mémoire historique et politique sur la Louisiane, par M. de Vergennes, ministre de Louis XVI, 1802.

les Anglais qui fussent exempts de ce fardeau. Burgoyne se mit en mouvement au commencement de juillet, Le 6, T'iconderoga et le mont Indépendance tombaient en son pouvoir avec 128 pièces de canon, plusieurs vaisseaux armés et une grande quantité de bagages et de munitions de guerre et de bouche. Ce succès facile enflamma son imagination. Sa confiance dans sa capacité et dans la bravoure de ses troupes n’eut plus de bornes. Après avoir ordonné à une partie de l’armée et à ses bagages de prendre la route du lac George, il laissa lui-même ce lac à sa droite avec le reste de ses forces et 42 bouches à feu, et s’avança vers le Grand-Marais (South Bay) et Sckenesborough. Le corps du général Fraser mit en déroute, chemin faisant, 2,000 Américains à Huberton. Le lendemain, l’avantgarde royale, sous les ordres du général Philips, atteignit le fort Anne et repoussa les républicains dans un nouveau combat. Ceux-ci évacuèrent le fort, après y avoir mis le feu, rompirent les chemins et se replièrent sur le fort Édouard, où le général Putnam arriva avec un secours considérable de troupes fraîches. C'était l'endroit que Burgoyne avait donné pour rendez-vous aux divisions de son armée. Mais il lui fallut tout le reste du mois pour relever les ponts et réparer les routes ; de sorte qu'il ne put paraître devant le fort Édouard, que le 28 juillet. Tandis que le général Burgoyne opérait ainsi sur l’Hudson, le colonel Saint-Léger devait faire une diversion à la tête d’environ 800 hommes, réguliers et miliciens, et d’un corps de sauvages. Il était chargé de remonter le Saint-Laurent et le lac Ontario jusqu'à Oswégo, d’enlever le fort Stanwix, bâti en 1758 sur l'emplacement qu’occupe aujourd’hui la petite ville de Rome, dans le comté d’Oneida, et d'aller se réunir, en descendant par la rivière Mohawk, au corps d’armée de Burgoyne à Albany. I] n’arriva que le 3 août devant le fort Stanwix, qu’il investit aussitôt.* Mais, après un long siége, pendant lequel il repoussa 800 rebelles, commandés par le général Herkiner, et qui venaient au secours de la place, il fut abandonné des sauvages et obligé, dans une terreur panique qui s’empara de ses troupes, de fuir avec tant de précipitation, que les Canadiens du capitaine Lernoult,

* Lettre du colonel Saint-Léger au général Burgoyne.—An original and corrected account of Burgoyne’s campaign, par Charles Neilson,

qui ocd peine |

La 1 Le gé Burgo derrièr le fort tiré lui son, P vière À les enn reur. I cer dan présenc nommé Cet: off rassem le géné Après sauvag taillé er secours quelqu l’ennen et s’écl queur, Ce fut Burgoy quemnm trefaite George un brig pendar le com nouves tranch bientô!

le fan

Burgoyne se 4e 6, T'iconouvoir avec une grande de bouche, 1fiance dans eut plus de née et à ses lui-même ce iches à feu, Sckenesboite, chemin ain, l’avantignit le fort au combat.

, rompirent 1 le général es fraîches.

‘endez-vous le reste du sorte qu’il illet.

l’Hudson, tête d’enps de sauht et le lac âti en 1758 e de Rome, ndant par à Albany.

il investit il repoussa i venaient et obligé, e fuir avec Lernoult,

original and

HISTOIRE DU CANADA. gl

qui occupaient un poste jeté en avant pour le couvrir, eurent à peine le temps d’être rappelés.

La nouvelle de cette retraite subite se répandit lentement. Le général Schuyler, trop faible pour résister à l’armée de Burgoyne, et craignant l’arrivée du colonel Saint-Léger sur ses derrières, avait fait brûler la flottille du lac George, et évacuer le fort qui commandait la tête de ce lac. Il s'était ensuite retiré lui-même d’abord à Stillwater, sur la rive droite de l’Hudson, puis dans l’île de Van-Schaick, à l'embouchure de la rivière Mohawk, où il s’était fortifié. Burgoyne voulut poursuivre les ennemis pendant qu’ils étaient encore dans le désordre et la terreur. Il détacha le colonel Baume avec 500 hommes, pour s’avancer dans l’intérieur du pays, ravager les campagnes, relever parsa présence le courage des royalistes, arrêter les fonctionnaires nommés par le congrès et frapper les villes de contributions. Cet officier pénétra jusqu’à Bennington, où les ennemis avaient rassemblé leurs magasins ; mais, le 16 août, il y fut cerné par le général Stark et les républicains très-supérieurs en nombre. Après un combat de deux heures, au commencement duquel les sauvages l’abandonnèrent, Baume fut tué et son détachement taillé en pièces ou dispersé. Le colonel Breynan, envoyé à son secours avec un gros corps de troupes, avait à peine recueilli quelques fuyards, lorsqu'il fut attaqué lui-même à son tour par l’ennemi, qui avait recu des renforts ; il manqua de munitions et s’'échappa en laissant son artillerie entre les mains du vainqueur, qui fit dans les deux combats plus de 700 prisonniers. Ce fut le commencement des désastres de l’armée royale. Burgoyne se trouvait alors sur la rivière Battenkill, et conséquemment presque coupé de sa ligne d'opération. Sur ces entrefaites, les insurgents surprirent tous les postes anglais du lac George et de sa décharge jusqu’à Ticonderoga; ils enlevèrent un brig armé, des chaloupes canonnières et plus de 200 bateaux, pendant que le général Gates, à qui Schuyler venait de remettre le commandement des troupes de cette frontière, se portait de nouveau à Stillwater, sur les hauteurs de Braemer, et s’y retranchait. Les milices qui accouraient de toutes parts, eurent bientôt grossi ses forces. Alors Gates vit arriver à son camp le fameux patriote polonais Kosciusko, qui venait servir la

Page 1