U2 HISTOIRE DU CANADA
cause de la liberté en qualité de volontaire.
Pendant ce temps-là Burgoyne avançait toujours ; il avait traversé sur la rive droite de l’Hudson, et se dirigeait avec lenteur vers Albany, lorsqu'il fut arrêté par les retranchements de Gates «nr les hauteurs de Braemer. Les deux armées se livrèrent à Freeman’s Farm, le 19 septembre, un combat longtemps disputé, dans lequel le champ de bataille resta aux royalistes. La perte de chaque côté fut de 3 à 400 hommes. Mais ce combat ne décida rien ; seulement il parut surprendre le général anglais, car après avoir examiné les ouvrages qui couvraient les rebelles, il hésita à attaquer. Hésiter avec des troupes régulières devant des milices, c’était presque une faute, car c'était donner à celles-ci le temps de recevoir des renforts et de fortifier leurs lignes; c'était surtout élever leur confiance dans leur valeur et dans leurs forces. Burgoyne resta en position devant leurs retranchements jusqu’au 7 octobre ; le manque de vivres le força enfin de sortir de son camp pour tenter le sort des armes. La victoire fut chaudement disputée; mais les Anglais furent battus et rejetés dans leurs lignes, dont un quartier fut enlevé par l’intrépide Arnold. La nuit seule mit fin au combat et sauva les restes de l’armée anglaise, qui avait perdu 700 hommes et qui aurait été écrasée par la grande supériorité numérique des républicains. La nouvelle de la retraite du colonel Saint-Léger arriva sur ces entrefaites et acheva d’éteindre le peu d'espoir qui restait encore dans le cœur des troupes de Burgoyne. Il songea à rétrograder, il n’y avait pas un moment à perdre; car déjà sa sûreté était gravement compromise, parce que le lac George sur ses derrières était tombé au pouvoir de l'ennemi. Dès le lendemain au soir, abandonnant ses blessés et ses malades à la générosité des vainqueurs, et laissant son camp tendu et les feux allumés pour mieux cacher sa retraite, il se mit en marche au milieu de l'obscurité et du silence. C'était humiliant pour ce général qui s'était écrié en traversant l’Hudson : ‘“ Les Bretons ne reculent jamais!” Mais atteint et complétement entouré sur les hauteurs de Saratoga par seize mille hommes, il fut obligé de mettre bas les armes le 16 octobre. Les Anglais, au nombre de 5,800 hommes, furent transportés à Boston; ils y restèrent longtemps prisonniers, car le congrès exigea, avant de leur permettre de retourner en Europe, que la capitulation fût
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ratifiée par la métropole, et celle-ci ne pouvait se résoudre à donrer une sanction qu’elle regardait comme moins humiliante encore pour l’honneur de ses armes que pour sa suprématie sur des colons rebelles.
La conduite de Burgoyne, qu’on accusait d’imprévoyance et de lâcheté, devint l'objet d’une investigation devant la chambre des communes en 1779; mais ses amis politiques y étaient si puissants que le ministère jugea à propos d'abandonner l’enquête. Ce général voulut faire retomber le blâme sur les Canadiens ; mais il n’y avait dans son armée de 8,000 hommes, que 148 combattants de notre nation, lesquels furent presque tous tués ou pris à l’affaire de Bennington. Burgoyne se plaignit aussi en termes peu mesurés de la conduite de M. de Saint-Luc, commandant des sauvages ; cet officier repoussa facilement les attaques d’un homme qui était meilleur parleur que capitaine.
Comme nous venons de le voir, le désir bien décidé de la masse des Canadiens était de rester neutre dans la lutte des États-Unis. En vain le congrès les pressa une seconde fois de se joindre à eux ; en vain Washington lui-même ajouta le poids de sa parole à ces sollicitations, ils restèrent sourds à tous leurs appels. Le comte d'Estaing, chargé du commandement de la flotte française qui croisait dans les parages de l'Amérique en 1778, n’eut pas plus de succès dans l’appel qu’il leur adressa, et dans lequel il leur rappelait les liens naturels qui unissaient les Canadiens aux Français.
Ses paroles, parties de l'Océan, n’eurent aucun écho dans les chaumières canadiennes, où les souvenirs du passé, après lo premier tressaillement causé par l'insurrection des colonies, avaient depuis longtemps confirmé les habitants dans leur résolution de laisser la métropole et les colons de race anglaise régler leurs différends ensemble, car ils ne voyaient dans les Américains que d’anciens ennemis. Le mot de Lafayette aux gentilshommes canadiens prisonniers à Boston: ‘“ Eh quoi! vous vous êtes battus pour rester colons, au lieu de passer à l’indépendance! restez donc esclaves!” n’était parfaitement juste que pour le petit nombre de leurs compatriotes qui avaient pris les armes,
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