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Histoire du Canada [microforme]

Nous présentons au public une troisième édition de l'Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu’à l’Union accomplie en 1840.

Lorsque nous avons commencé cet ouvrage, nous n'avions pas la correspondance officielle des gouverneurs français avec la métropole, depuis la fondation de Québec jusqu’à la conquête. Nous ne possédions qu'un petit nombre de documents, lesquels jetaient peu de lumière sur notre histoire sous la domination anglaise. Il s’est fait depuis plusieurs compilations de pièces historiques d’un immense intérêt. Nous citerons la collection d’Albany, que la législature de l’État de New-York achève de faire traduire et imprimer sous les soins de M. O’Callaghan, auteur d’une excellente histoire de la Nouvelle- Hollande ; celle de la bibliothèque du parlement canadien ; les pièces publiées dans les deux derniers volumes de l'Histoire du Canada de M. Christie ; enfin, la collection des documents apportés de Paris, ou trouvés dans nos archives par M. l’abbé Ferland, de l’archevêché de Québec.

Ces précieuses acquisitions nous ont permis de rectifier certains faits, exposés d’une manière peu exacte dans nos deux premières éditions ; de parler avec plus de certitude de plusieurs événements, et d’ajouter à notre récit des détails curieux ou nécessaires. Nous r’avons pas hésité à faire la dépense d’une nouvelle impression pour que ce livre fût moins imparfait.

Il y a peu de pays en Amérique sur lesquels on ait autant écrit que sur le Canada, et il y en a peu qui soient, après tout, aussi pauvres que lui en histoires ; car on ne doit pas prendre pour telles, plusieurs ouvrages qui en

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portent le nom, et qui ne sont pas autre chose que des mémoires ou des narrations de voyageurs, comme ‘ l’'Amérique Septentrionale ” de La Potherie.

Pendant longtemps on vit paraître en France une foule de livres dans lesquels on recueillait soigneusement tout ce qui se passait en Canada, théâtre d’une lutte sanglante entre la civilisation et la barbarie. Ils avaient, pour la plupart, peu de mérite littéraire ; mais ils contenaient une multitude de choses singulières et intéressantes, qui les faisaient rechercher en Europe avec avidité. Peu à peu, cependant, lintérêt qu'excitaient ces livres s’affaiblit avec la nouveauté des scènes qui y étaient retracées, et le Canadu occupait à peine l'attention de la France, lorsque le sort des armes le fit passer sous la domination d’une autre puissance. Après cet événement, les écrivains qui laissent des matériaux pour nos annales, deviennent plus rares.

Parmi les auteurs qui sont antérieurs à la conquôûte, il faut remarquer le célèbre jésuite Charlevoix. Le plan étendu de son livre de ‘La Nouvelle-France,” l'exactitude des faits qu’il développe, son style simple et naturel, lui ont assuré depuis longtemps un rang élevé ; et le Canada, le regarde encore aujourd'hui comme le meilleur de ses historiens.

S'il s’abandonne quelquefois à une pieuse crédulité, si ses affections exercent sur lui une influence à laquelle il ne peut pas toujours se soustraire, tous les savants reconnaissent qu’il parle des hommes et des choses avec autant de modération que de jugement ; qu'il sait apprécier les événements avec sagesse et impartialité, et que ses relations avec la cour de France lui ont procuré l’avantage de puiser à des sources précieuses. Notre histoire, qui n'était encore qu’une œuvre imparfaite, a pris, sous sa plume, les proportions et le développement d’une histoire complète. S'il est tombé dans quelques erreurs sur les voyages de Jacques Cartier et sur les premiers temps de

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la colonie, pouvait-il en être autrement à une époque où la plupart des matériaux dont il avait besoin, étaient encore épars ou inconnus. Ce n'est qu’à grands frais et après des recherches infinies, qu'il a pu en rassembler assez pour son entreprise; car ce n’est que de nos jours que les gouvernements ont fait quelque chose en Amérique, pour compléter les annales des pays soumis à leur domination.

‘ependant Charlevoiy n’ëmbrasse que la première moitié des temps ao denis la fondation de Québec jusqu'à nos jours. Le but et le caractère de son ouvrage ne conviennent plus d'ailleurs aux circonstances où nous sommes et à notre état politique. Écrit principalement au point de vue religieux, il contient, sur les travaux des missionnaires, répandus au milieu des tribus indigènes, de nombreuses digressions, qui ont perdu leur intérêt pour la pluralité des lecteurs. Puis l’auteur, s’adressant à la France, est entré dans une foule de détails nécessaires en Europe, mais inutiles en Canada; d’autres détails ont perdu leur intérêt par l'éloignement des temps.

Le plan que nous avons choisi, a dû occuper sérieusement notre attention, parce que les théâtres, sur lesquels se passe l’action, pour ainsi dire, multiple de la colonisation de la Nouvelle-France, dont Québec était le centre, sont aussi divers qu'ils sont nombreux. Quoique, par son titre, cette histoire ne paraisse embrasser que le zanada proprement dit, elle embrassera en réalité toutes les colonies françaises de l’Amérique du nord, jusqu’à la paix de 1763. L'unité de gouvernement et les rapports qui existaient entre elles, ne nous permettent point d’en séparer l'histoire sans diminuer beaucoup l'intérêt de l’ensemble, et sans nous exposer à nous tromper sur l'esprit du système qui les régissait. Néanmoins nous ne mènerons pas toujours de front les événements arrivés dans ces différents pays, parce que cela produirait plu-

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sieurs inconvénients, dont le moindre serait de causer des interruptions fréquentes, qui deviendraient fatigantes à la longue pour le lecteur. Nous rapporterons les faits qui se sont passés dans chaque colonie, séparément, autant que cela pourra se faire sans nuire à l’enchaînement et à la clarté.

Dans cette méthode de présenter les faits comme par tableaux, pour que l’on puisse voir leur ensemble d’un coup d'œil, l'aperçu des mœurs des sauvages, le précis du régime civil et du régime ecclésiastique, la relation des découvertes dans l’intérieur du continent, etc., formeront autant de chapitres, qui permettront d'abréger, lorsqu'il s'agira des provinces qui dépendaient autrefois du gouvernement canadien, et qui en ont été ensuite séparées, comme la Louisiane, dont l’histoire ne nous intéresse plus que d’une manière générale,

L'époque mémorable de l’établissement du gouvernement constitutionnel dans ce pays, nous rappelle un de ces actes glorieux, dont toute une race aime à s’honorer jusque dans ses plus lointaines ramifications ; et nous devons l’avouer, nous portons nos regards sur les hommes qui ont conquis autrefois la charte des libertés anglaises, dont les fruits sont venus jusqu’à nous, —avec d'autant plus de vénération que la race normande, dont sortent une partie de nos pères, est celle qui a doté l’Angleterre de ce bienfait, cause principale de sa gloire et de sa puissance aujourd’'hui* L'histoire de cette colonie redouble d'intérêt à partir de ce moment. On voit, en effet, les sentiments, les tendances et\le génie du peuple, longtemps comprimés, se manifester soudainement ; de grandes luttes politiques et de races agitent aussitôt la société ; le gouvernement et les représentants du peuple combattent avec ardeur sur les limites extrêmes de leurs 7 # Tous les barons qui ont forcé le roi Jean-sans-terre à siguer la Grande-

Charte, écrite en français et en latin, portent en apparence des noms français. Thierry : Æistoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands.

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