‹ Histoire du Canada [microforme] (volume 3)Chapitre 4 sur 64 · DISCOURS PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

NN

L’mIsToIRE est devenue, depuis un demi-siècle, une science analytique et rigoureuse : non seulement les faits, mais leurs causes, veulent être indiqués avec discernement et précision, afin qu’on puisse juger des uns par les autres. La critique sévère rejette tout ce qui ne porte pas en soi le sceau de la vérité. Ce qui se présente sans avoir été accepté par elle, et sans avoir été discuté et approuvé au tribunal de la saine raison, est traité de fable et relégué dans le monde des créations imaginaires. Au double flambeau de la critique et de la raison s’évanouissent le merveilleux, les prodiges, et toute cette fantasmagorie devant laquelle les nations à leur enfance demeurent frappées d’une secrète crainte, ou saisies d’une puérile admiration ; fantasmagorie qui animait jadis les sombres forêts du Canada dans la vive imagination de ses premiers habitants, ces indigènes belliqueux et barbares, dont il reste à peine aujourd’hui quelques traces.

Cette révolution dans la manière d'apprécier les évènements, est le fruit incontestable des progrès de l’esprit humain et de la liberté politique. C’est la plus grande preuve que l’on puisse fournir du perfectionnement graduel des institutions sociales. Les nuages mystérieux qui enveloppaient le berceau de la Grèce et de Rome,* ont perdu toute leur horreur ; l’œil peut oser maintenant en scruter les secrets ; et s’il pénètre jusqu’à l’origine du

* Les historiens de ce continent n’ont point à surmonter les difficultés qui ont embarrassé pendant longtemps ceux de l’Europe par rapport à la question de l’origine des races. Ils peuvent indiquer sans peine le point de départ des flots d’émigrants venus de l’Ancien-Monde, et suivre leur route jusque dans la plus obscure vallée de l'Amérique,

si

D à "EEE

SE

xil DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

peuple lui-même, il voit le merveilleux disparaître comme ces légers brouillards du matin aux rayons du soleil. Cependant bien qu’on ait donné aux premiers rois une origine céleste, bien que l’adulation des zélateurs de la monarchie, les ait enveloppés de prodiges; pour le peuple, aucun acte surnaturel ne marque son existence ; sa vie prosaïque ne change même pas dans les temps fabulenx.

À venir jusqu’à il y a trois siècles à peu près, une ignorance superstitieuse obscurcissait et paralysait l’intelligence des peuples. Les trois quarts du globe qu’ils habitent étaient inconnus; ils ignoraient également la cause de la plupart des phénomènes naturels, qui les ravissaient d’admiration ou les remplissaient de crainte ; les sciences étaient enveloppées de pratiques mystérieuses ; l’alchimiste passait pour un devin ou un sorcier, et souvent il finissait par se croire lui-même inspiré par les esprits.

L'invention de Pimprimerie et la découverte du Nouveau-Monde commencèrent à dissiper les nuages qui avaient couvert le moyen âge de si épaisses ténèbres. Mais Colomb livrant l'Amérique à l’Europe étonnée, et dévoilant tout à coup une si grande portion du domaine de l'inconnu, porta peut-être le coup le plus funeste à l'ignorance et à la superstition.

La liberté aussi, quoique perdue dans la barbarie universelle, ne s'était pas tout à fait éteinte dans quelques montagnes isolées; elle contribua puissamment au mouvement des esprits. En effet l’on peut dire que c’est elle qui lPinspira d’abord, et qui le suutint ensuite avec une force toujours croissante.

Dès ce moment, le penple apparaît dans l’histoire. Jusque-là il a été comme un fond pâle sur lequel se sont dessinées les ombres gigantesques et menaçantes de ses maîtres. Nous ne voyons agir que ces chefs absolus qui . viennent à lui armés d’un diplôme divin; le reste des hommes, plèbe passive, masse inerte et souffrant, ne

mme oleil.

y une de la uple, a vie lenx.

, une linqu’ils nt la es rainte ; irieuer, et ar les

Nou-

qui bres.

e, et aaine ste à

uniques nouc’est avec

oire.

sont e ses qui des , ne

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. xiii semble exister que pour obéir. Aussi les historiens courtisans s’occupent-ils fort peu du peuple pendant une longue suite de siècles. Mais à mesure qu’il rentre dans ses droits, l'histoire change quoique lentement ; elle se modifie quoïqu’elle paraïsse encore soumise à l’influence des préjugés qui s’évanouissent. Ce n’est que de nos jours que les annales des nations ont réfléchi tous leurs traits avec fidélité, et que chaque partie du vaste tableau a repris les proportions qui lui appartiennent. A-t-il perdu de son intérêt, de sa beauté? Spectacle sublime ! Nous voyons maintenant penser et agir les peuples ; nous voyons leurs besoins et leurs souffrances, leurs désirs et leurs joies; mers immenses, lorsqu'ils réunissent leurs millions de voix, agitent leurs millions de pensées ; lorsqu’ils marquent leur amour ou leur haine, les peuples produisent un effet autrement puissant et durable que la tyrannie même si grandiose et si magnifique de l’Asie. Mais il fallait la révolution batave, celle d'Angleterre, celle des colonies anglaises de l'Amérique, et surtout la révolution française, pour rétablir solidement le lion populaire sur son piédestal.

Cette époque si célèbre dans la science de l’histoire en Europe, est celle où l’on voit apparaître les premiers essais des historiens américains de quelque réputation. On ne doit donc pas s’étonner si l'Amérique, habitée par. une seule classe d’hommes, le peuple, dans le sens que l’entendent les vieilles races privilégiées de l’ancien monde, la canaille comme disait Napoléon, adopte dans son entier les principes de l’école historique moderne qui regarde la nation comme la source de tout pouvoir.

Les premiers hommes qui aient commencé à dissiper les fantômes qui défendaient le sanctuaire de la royauté absolue contre les attaques sacriléges du grand nombre, sont un Italien et un Suisse, nés par conséquent dans les deux pays alors les plus libres de l’Europe. Laurent Valla donna le signal au 12e siècle. Glareanus, natif de

en

xiv DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

Glaris, marcha sur ses traces. ‘ La Suisse est un pays de raisonneurs, dit Michelet. Malgré cette gigantesque poésie des Alpes, le vent des glaciers est prosaïque; il souffle le doute.”’*

L'histoire des origines de Rome exerça leur esprit de critique. Erasme, Scaliger et d’autres savants hollandais vinrent après eux. Le Français, Louis de Beaufort, acheva l’œuvre de destruction ; mais s’il démolit, il n’édifia point. Le terrain étant déblayé, le célèbre Napolitain, Vico, parut et donna (1725) son vaste système de la métaphysique de l’histoire, t dans lequel existent déjà, en germe du moins, tous les travaux de la science moderne. Les Allemands saisirent sa pensée et l’adoptèrent; Niebuhr est le plusillustre de ses disciples.

Cependant la voix de tous ces profonds penseurs fut peu à peu entendue des peuples, qui proclamèrent, comme nous venons de le dire, lun après l’autre, le dogme de la liberté. De cette école de doute, de raisonnement et de progrès intellectuels, sortirent Bacon, la découverte du Nouveau-Monde, la métaphysique de Descartes, l’immortel ouvrage de l'Esprit des lois, Guizot, et enfin Sismondi, dont chaque ligne est un plaidoyer éloquent en faveur du pauvre peuple tant foulé par cette féodalité jadis si puissante, mais dort il ne reste plus que quel-

.-ques troncs décrépits et chancellants, comme ces arbres,

frappés de mort par le fer et le feu, que l’on rencontre

“dans un champ nouvellement défriché.

Il est une remarque à faire ici, remarque qui semble toujours nouvelle tant elle est vraie. IL est glorieux pour le christianisme de pouvoir dire que les progrès de la civilisation moderne sont dus en partie à l'esprit de ce livre fameux et sublime, la Bible, objet continuel des

* Histoire Romaine. Nous suivons ici Les données de ce savant et ingénieux historien, et Niebuhr,

+ Son lire, dédié au pape Ciément XII, porte le titre de la Nouvelle Science (Scienza nuova.) La Biographie universelle contient un article trèsdétaillé sur cet auteur et sur ses ouvrages,

n pays itesque que; il

prit de Ilandais eaufort,

, il n’é- Napolième de nt déjà, nce MO- *adoptè-

eurs fut amèrent, le dogme nnement couverte tes, l’imbnfin S1isquent en féodalité jue quelbs arbres, encontre

ni semble glorieux rogrès de brit de ce nuel des

ant et iugé-

la Nouvelle article très-

Page 1