‹ Histoire du Canada [microforme] (volume 3)Chapitre 47 sur 64 · IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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Le peu de durée de la paix ne permit point de régler la question des pêcheries sur les côtes de l’Acadie.

Quant au pays des Iroquois, on n’osa pas encore en disposer de peur d’irriter une confédération dont l’amitié était briguée par les deux peuples ; mais les deux gouvernements anglais et français, tâchèrent, par toutes sortes de subtilités, l’un, d’amener les cinq nations à reconnaître une suprématie européenne, l’autre, de les empêcher de tomber dans le piége, en les engageant à maintenir leur indépendance et leur neutralité. Richard, comte de Bellomont, vint remplacer, après le traité de Riswick, le colonel Fletcher à la tête du gouvernement de la Nouvelle-York. Il envoya le colonel Schuyler et le ministre Delius vers le comte de Frontenac, pour l’informer de la conclusion de la paix, régler l’échange des prisonniers et s’entendre sur certains points du'traité. Frontenac leur fit un accueil très-gracieux. Mais ils réclamèrent les contrées iroquoises avec celles de l’Ouest, Michilimackinac et tout ce qui est au midi de ce poste, sous prétexte que la Nouvelle-Belgique, avant d’être Nouvelle-York, embrassait tous ces pays. On leur demanda sur quoi ils fondaient leur prétention. ‘“ Pour nous, dit le chevalier de Callières, le droit de découverte et celui de possession, sont nos titres tant sur le pays des Outaouais que sur celui des Iroquois: nous en avions pris possession avant qu'aucun Hollandais y eût mis le pied ; et ce droit, établi par plusieurs titres en divers lieux des cantons, n’a été interrompu que par la guerre que nous avons été obligés de faire à cette nation, à cause de ses révoltes et de ses insultes.”

Les prétentions des deux couronnes étaient bien claires. Dans les négociations pour l’échange des prisonniers, M. de Bellomont chercha de nouveau à faire admettre que les TIroquois étaient sujets anglais ; mais le comte de Frontenac se contenta de répondre, qu’il devait avoir une conférence avec ces peuples, qui lui avaient laissé un otage pour garantie de leur parole, et qu’il traiterait directement avec eux. Malgré cette complète divergence dans les vues des deux gouvernements, la correspondance continua encore quelque temps après le départ des envoyés.

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Le gouverneur canadien profita habilement des circonstances pour décider les cantons à traiter avec lui aux conditions qu’il voulait. Les fautes des Anglais contribuèrent beaucoup à cet heureux résultat. La sympathie religieuse des Iroquois les faisait incliner vers la France ; leurs intérêts commerciaux les portaient vers l'Angleterre. La Nouvelle-York, pour détruire l'influence religieuse que la France exerçait par le moyen des jésuites, passa une loi, en 1700, pour punir de mort tous les prêtres catholiques qui entreraient volontairement dans les cantons. Elle oubliait que cette mesure, outre la barbarie qui la caractérisait, froissait le sentiment religieux d’une partie de la confédération, et portait atteinte à l’indépendance de toutes ces peuplades. Les envoyés français ne manquèrent pas de profiter de cette faute, aggravée encore par l’ordre de Guillaume III au comte de Bellomont de faire cesser tout acte d’hostilité entre les parties belligérantes, et de contraindre les cantons à désarmer. Communiquée au chevalier de Callières, cette lettre fut aussitôt transmise au canton d'Onnontagué, pour faire connaître aux Iroquois que le roi d'Angleterre les regardait comme des sujets, et que, d’après les ordres positifs qu’il donnait, ils ne devaient plus attendre de secours de lui. Lorsqu'ils se virent abandonnés de ce côté et menacés de l’autre, ils songèrent sérieusement à déposer les armes.

Ils envoyèrent dans l'été de 1700 dix ambassadeurs ‘“ pour pleurer les Français morts pendant la guerre.” Ces ambassadeurs furent reçus à Montréal avec pompe dans un grand conseil, où assistèrent les députés de la plupart des alliés du Cana-

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094 HISTOIRR DU CANADA.

da. Les délibérations furent rapides, car tout le monde avait besoin de repos. L'orateur des cantons parla avec une sage réserve, et s’ouvrit assez pour obliger M. de Callières à se prononcer sur ce qu’il ferait dans le cas où les hostilités éclateraient entre eux et les Anglais. Il fit connaître l’indignation qu’avaient excitée les ordres et les menaces du gouverneur de la Nouvelle-York, et dit que, commé le refus de s’y soumettre pourrait leur attirer la guerre, il espérait que ses compatriotes trouveraient à Cataracoui, outre les marchandises qu’ils ne pourraient plus se procurer à Albany, les armes et les munitions dont ils auraient besoin. Le fameux chef huron Le Rat, qui avait sans doute abandonné depuis longtemps le projet impossible de réunir toutes les nations indigènes en une seule confédération, prononça ensuite quelques paroles. “J'ai toujours obéi à mon père, dit-il, je jette ma hache à ses pieds; je ne doute point que les peuples du couchant ne fassent comme moi. Iroquois, suivez mon exemple.” Les articles préliminaires de la paix furent signés le 18 septembre, entre la France et ses alliés d’une part, et la confédération iroquoise de l’autre. Le gouverneur général, l’intendant, le gouverneur de Montréal, le commandant des troupes, les supérieurs ecclésiastiques qui se trouvaient à l’assemblée, apposèrent leurs signatures au bas du traité, ainsi que les sauvages, qui mirent sur le papier les signes héraldiques de leurs nations. Les Onnontagués et les Tsonnonthouans tracèrent une araignée ; les Goyogouins, un calumet ; les Onneyouths, un morceau de bois en fourche avec une pierre au milieu ; les Agniers, un ours ; les Hurons, un castor; les Abénaquis, un chevreuil ; les Outaouais, un lièvre. On affecta plus de gravitérque d'ordinaire à cette cérémonie, et l’on verra tout à l'heure que la confirmation du traité fut encore beaucoup plus solennelle. Le succès de cette longne négociation était dû en grande partie à la conduite de M. de Frontenac pendant la guerre, et à l’attitude qu’il avait prise au début des pourparlers de la paix. Quoiqu’ii fût mort déjà depuis deux ans, lorsque le traité fut signé, l'influence qu’il s'était acquise sur les sauvages par ses actes et par ses conseils, lui avait survécu, et les sauvages semblaient le craindre encore dans son tombeau,

Ce gouverneur, dont on a dit autant de mal que de bien, était mort le 28 novembre 1698, à l’âge de soixante-dix-buit ans.

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tempérament qu'il avait dans, sa jeunesse ; sa fermeté, son énergie, ses talents brillaient en lui comme dans ses plus belles années. Ce qu'il avait fait pour retirer le pays des dangers dans lesquels l'avait précipité son prédécesseur, augmenta les regrets universels que causait sa perte. Il emporta dans la tombe l’estime des Canadiens, qu’il avait gouvernés durant l’une des époques les plus critiques de leur histoire : il avait trouvé la Nouvelle-France ouverte, attaquée de toutes parts et sur le bord de l’abîme ; il la laissait agrandie et en paix. Il a été jugé diversement par les différents partis qui divisaient alors le Canada. Le parti clérical, dont il avait voulu s’affranchir et restreindre en même temps l'influence dans les affaires politiques, l’a peint sous un jour peu favorable. Il lui reproche deux torts très-graves à ses yeux, c’est d’avoir été secrètement janséniste,* et d’avoir toléré et encouragé la traite des boissons chez les sauvages. Aujourd’hui, que Pascal est réclamé comme une des lumières du catholicisme, on doit être indulgent sur le premier reproche. Le second est plus considérable: il fut en toute probabilité la cause première de son rappel en 1682. On a vu qu’à cette époque, ses démêlés avec l’intendant Duchesneau avaient obligé la cour de les rappeler tous deux. La traite des boissons avec les sauvages était défendue. L'intendant, comme chef de la justice, avait voulu faire observer les ordonnances prohibitives, et le gouverneur non-seulement y avait mis des entraves, maïs avait encore favorisé les traitants qui violaient les lois. Il faut lire les dépêches de Ducherneau pour se faire une idée de l’excès des dissensions qui régnaient entre ces deux hommes. Il accusait le gouverneur de aire la traite avec les indigènes par le moyen de Du Luth, qu’il qualifiait de chef des violateurs de la loi. Il assurait que Frontenac prolongeait son séjour à Montréal pour veiller aux intérêts de ses spéculations, et que l'exemple qu’il donnait en violant lui-même les ordonnances, faisait que personne ne Er Pour ce qui est de sa lecture habituelle, ne La faisait-il pas souvent dans les livres composés par les jansénistes ; car il avait plusieurs de ces livres qu’il préconisoit fort, et qu’il prétait volontiers aux uns et aux autres.” Notes au bas de l'oraison funèbre de M. de Frontenuc, prononcée dans l'église des récollets à Québec, par le P. Goyer le 19 décembre 1698, (manuscrit.)

voulait les observer. Ces rapports faits à Paris, angmentaient la haine de Fronterac pour l’intendant, et celui-ci se plaignit au ministre, qu’il avait été obligé un jour de sortir du cabinet du gouverneur pour éviter ses injures.

Dans sa seconde administration, Frontenac se laissa encore entraîner quelque peu dans les mêmes fautes ; nous disons fautes, car le commerce devait être défendu aux gouverneurs pour toutes sortes de raisons. Peut-être était-il convaincu que sa politique était la meilleure, indépendamment de son intérêt personne}, et que la traite devait être, autant que possible, abandonnée à la concurrence générale, comme elle l'était chez les Anglais. El est indubitable que plus le nombre des traitants était grand, plus on approchait de cette liberté ; mais on aurait pu augmenter la liberté du commerce sans permettre aux gouverneurs ni aux autres fonctionnaires de trafiquer. Frontenac, du reste, faisait la traite par nécessité. Il appartenait à une famille réduite à l’indigence, et le roi sans doute l’avait envoyé en Canada pour cacher sa pauvreté, et pour lui fournir l’occasion de faire quelques épargnes.

Frontenac se faisait encore des ennemis par sa hauteur et par sa jalousie, deux défauts très-graves dans un homme placé à Ia tête d’un gouvernement. Ce fut pour lui une source de difficultés et de chagrins.

En le jugeant comme homme d'État, en l’appréciant d’après l’ensemble de ses actes et les résultats de sa politique, on doit le ranger parmi le petit nombre d’administrateurs qui ont rendu des services réels an pays. (Charlevoix lui-même le reconnaît en disant que la Nouvelle-France lui devait tout ce qu’elle était à sa mort, et que l’on s’aperçut bientôt du grand vide qu'il y laissait. L’abolition de la compagnie des Indes oecidentales, l'introduction de l'ordonnance de 1667, le droit d’emprisonnement limité au gouverneur, au procureur général et au : conseil souverain, tels sont les principaux actes qui ont eu lieu sous sa première administration, de 1672 à 1682. Il fut l’un des auteurs du système que la France imagina en Amérique, pour étendre et consolider son influence. Ce système consistait à former des alliances avec les sauvages, et à établir cette chaîne de forts qui s’étendit dans la suite jusqu’à la baie du Mexique.

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Le voisinage des Anglais, qui venaient de s'emparer de la Nouvelle-York, nécessitait à ses yeux ces sages précautions.

Sa seconde administration, qui commença à une époque si funeste, est entièrement remplie par les guerres dont nous venons de tracer le glorieux, mais trop sanglant tableau. La conduite qu’il tint à l'égard de la confédération iroquoise, et les conseils qu'il lui donna sur la politique qu’elle devait suivre avec ses voisins, produisirent d’heureux résultats pour le pays, car après cette guerre le Canada fut peu inquiété par ces tribus.

Il avait en général des idées étendues et justes pour l’agrandissement de la colonie ; mais l’état de la métropole et la politique de son gouvernement, ne lui permirent pas toujours de suivre un système favorable au développement des immenses contrées qui portaient le nom de Nouvelle-France.*

Le chevalier de Callières, depuis longtemps gouverneur de Montréal, fut nommé pour remplacer le comte de Frontenac.

* A l’année 1699, le duc de Saint-Simon rend compte en ces termes de la mort du comte de Frontenac :

“ On eut nouvelles de la mort du comte de Frontenac à Québec, où il “ était pour la seconde fois gouverneur général depuis près de dix ans. 11 “avait gagné tellement la confiance des sauvages, la première fois qu'il eut “cet emploi, qu'on fut obligé de le prier d’y retourner. Il y fit toujours “ parfaitement bien, et ce fut une perte. Le frère de Caïllère commandait “ sous lui, et lui succéda. M. de Frontenac s'appelait Buade, et il était fils “ d’une Phélipeaux, nièce et fille de deux secrétaires d'Etat ; il était frère “ de Mme. de Saiut-Luc, dont le mari était chevalier de l’ordre et lieute- ‘“ nant général de Guyenne, Frontenac était un homme de beaucoup d’es- “ prit, fort du monde et parfaitement ruiné.”

Enfin, en février 1707, Saint-Simon rend compte de la mort de Mme. de Frontenac.

“ Mourut aussi Mme. de Frontenac, dans un bel appartement que le feu due “ du Lude, qui était fort galant, lui avait douné à l’Arsenal, étant grand “ maître de l'artillerie. . . . C'était une demoiselle du Poitou, de parents pau- “vres et peu connus, qui avait été assez aimable, et qui perça par son “esprit....Son mari, qui comme elle avait peu de bien, et comme elle “ aussi beaucoup d’esprit et de bonne compagnie, portait avec peine le poids “ de son autorité. Pour l'en dépétrer et lui donner de quoi vivre, on lui “ procura, en 1672, le gouvernement du Canada, où il fit si bien longues ‘ années qu'il y rut renvoyé en 1689. Mme. de Froutenac était extrêmement “ vieille, et voyait encore chez elle force bonne compagnie.” M. de Frontepac ne laissa aucun enfant. Il avait eu un fils, et ce fils avait été tué à la tête d'un régiment qu'il commandait au service de l’évêque de Munster, ailié de la Frauce, OC, de Laroche-Héron. Journal de Québec, 1854,

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C'était un homme qui avait une grande expérience des affaires du pays, et qui était aimé des troupes à cause de son intrépidité, Un jugement sain, de la pénétration, du désintéressement, un flegme qui le rendait maître de ses préjugés et de ses passions, l'avaient recommandé depuis longtemps aux Canadiens et aux sauvages.

7 Le chevalier de Vaudreuil fut nommé au gouvernement de Montréal, poste important, que son activité, sa bonne mine, des manières aimables et nobles, sa popularité parmi les soldats, le rendaient très-digne d'occuper. Convaincu enfin de l’importance de Cataracoui, le roi recommanda d’y nommer aussi pour commandant un officier intelligent et capable de prendre une décision dans toutes les circonstances où il pourrait se trouver. Le chevalier de Callières suivit à l'égard des Iroquois la politique de son prédécesseur. Il avait mis lui-même la dernière main au traité nréliminaire du 18 septembre. Ce traité, que les Anglais traversèrent jusqu’à la fin, fut confirmé, le 4 août 1701, dans une assemblée générale tenue sous les murs de Montréal. Une vaste enceinte garnie de gradins, avait été élevée dans la plaine, et l’on y avait réservé une place pour les dames et l’élite de la ville. Les soldats furent rangés à l’entour, et treize cents sauvages vinrent s’y asseoir dans l’ordre qui avait été indiqué. Jamais on n’avait vu réunis les députés de tant de nations diverses. Les Abénaquis, les Iroquois, les Hurons, les Outaouais, les Miâmis, les Algonquins, les Pouteouatamis, les Outagamis, les Sauteurs, les Illinois, enfin les principales nations depris le golfe Saint-Laurent jusque vers le bas du Mississipi, y avaient des représentants. Cette nombreuse assemblée offrait l'aspect le plus varié et le plus bizarre par l’étrangeté des costumes et la diversité des idion.es. Le gouverneur occupait une place où il pouvait être vu et entendu de tout le monde. Trente-huit députés vinrent signer le traité définitif, Un Te Deumn fut ensuite chanté. Un festin, des salves d'artillerie, des feux de joie terminèrent une solennité qui assurait la paix de l'Amérique septentrionale, et ensevelissait dans le sein de la terre cette hache de guerre qui, depuis tant d'années toujours levée et toujours sanglante, avait tenu dans l’effroi tous les peuples depuis la baie d'Hudson jusqu’au golfe du Mexique.

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Le consommation de ce grand acte fut accompagnée d’un événemont qui fit une impression profonde sur les esprits, et qui fournit une nouvelle preuve du respect que le vrai patriote impose même à ses ennemis, Dans une des conférences publiques, tandis que l’un des chefs hurons parlait, Le Rat, ce célèbre sauvage dont le nom a été cité aéjà plusieurs fois, perdit connaissance. On le secourut avec d'autant plus d’empressement, qu’on lui avait presque toute l'obligation de ce merveilleux concert et de cette réunion, sans exemple jusqu'alors, des députés de tant de nations diverses pour conclure une paix générale. Lorsqu'il fut revenu à lui, il montra le désir de dire quelque chose; on le fit asseoir dans un fauteuil au milieu de l’assemblée, et tout le monde s’approcha pour l'entendre. Il parla au milieu d’un silence profond. Il exposa avec modestie et dignité ce qu’il avait fait pour amener une paix universelle et durable. Il appuya beaucoup sur la nécessité de cetta paix, et sur les avantages qui en reviendraient à toutes les nations, en démëlant avec une adresse étonnante les intérêts des unes et des autres. Puis il se tourna vers le gouverneur général, et le conjura de justifier par sa conduite la confiance qu'on avait en lui. Sa voix s’affaiblissant, il cessa bientôt de parler. Doué d’une grande éloquence et de beaucoup d'esprit, il reçut encore dans cette circonstance imposante, ces vifs applaudissements qui couvraient sa voix chaque fois qu’il l’élevait dans les assemblées publiques.

Sur la fin de la séance, il se trouva plus mal. On le porta à l'Hôtel-Dieu, où il expira sur les deux heures après minuit. Les Hurons sentirent toute la perte qu’ils venaient de faire. Jamais sauvage n’avait montré plus de génie, plus de valeur, plus de prudence, plus de connaissance du cœur humain. Des mesures presque toujours justes, les ressources inépuisables de son esprit, lui assurèrent des succès constants. Passionné pour le bien et la gloire de sa nation, ce fut par patriotisme qu’il rompit, avec cette résolution qui compte le crime pour rien, la paix que le marquis de Denonville avait faite avec les Iroquois contre ce qu’il croyait être les intérêts de ses compatriotes.

Le Rat ou Kondiaronk, son nom huron, brillait autant dans les conversations que dans les assemblées publiques, par son esprit et ses réparties vives, pleines de sel et ordinairement sans

réplique. Il était le seul homme en Canada qui pôût en cela tenir tête au comte de Frontenac, qui l'invitait souvent à sa table; et il disait qu’il ne connaissait parmi les Français que deux hommes d'esprit, le gouverneur et le P. de Carheil. L’estime qu’il portait à ce jésuite fut ce qui le détermina, dit-on, à se faire chrétien.

Sa mort causa un deuil général. Son corps fut exposé, et ses funérailles, auxquelles assistèrent le gouverneur, toutes les autorités et les ambassadeurs sauvages qui se trouvaient à Montréal, se firent avec pompe et avec les honneurs militaires. Il fut inhumé dans l’église paroissiale. Son influence et le cas que l’on faisait de ses conseils parmi sa nation étaient tels, qu'après la promesse que M. de Callières avait faite à ce chef mourant, de ne jamais séparer les intérêts des Français de ceux des Hurons, ceux-ci gardèrent toujours aux premiers une fidélité inviolable.

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