CONTINUATION DE LA GUERRE.—PAIX DE
Campagne de 1818.—Opérations sur les lacs Erié, Ontario et Champlain.— Combat de Frenchtowz et du fort Meigs.—Attaque de Sandusky.—Combat naval de Put-in-Bay.--Bataille de Thames.—Destruction des Criques. —Prise de Toronto.—Le colonel Harvey surprend les Américains à Burlington.—Black-Rock est brûlé.—Bataille des Chrystlers-Farm et de Ch4teauguay.—Retraite des armées américaines—Su-prise du fort Niagara. —Lewiston, Manchester brulés.—Opérations sur mer.—Trayaux du parlement à Québec.—Le juge Sewell accusé va se justifier à Londres. —I1l suggère l’untor #3 toutes les colonies.—Uampagne de 1814.—Combats de Lacolle, OC’: «wa, Lundy’s-Lane.—Attaque du jort F-‘é.— Défaite de Drummond.—Expédition de Plattsburgh.—Attaque d. : côtes des Etats-Unis. —Washington pris et la capitole brûlé.—Batai:e de la Nouvelle-Orléans.— Cessation ues hostilités.—Traité de Gaad.—Réunion des chambres. —Sir G. Prevost, accusé pour sa conduite à Plattsburgh, remet les rênes du pouvoir et passe en Angleterre.—Sa mort.—Réhabilitation de sa mémoire,
MALGRÉ les échecs de leur première campagne, les Américains ne désespéraient pas de triompher en continuant la gusrre, et ils se préparèrent à la pousser avec vigueur. Mais ils ne changèrent point leur plan d'attaque.
Ils divisèrent de nouveau leurs principales forces en trois corps. L'armée de l’ouest, commandée par le général Harrison, fut chargée d'opérer sur le lac Êrié ; l’armée du centre, aux ordres du général Dearboru, fut chargée d'opérer sur la frontière de Niagara et du lac Ontar:o ; l’armée du nord, commandée par le général Hampton, persisterait à envahir le Bas-Canada. Tons ces corps, qui formaient une masse d'hommes considérable, recurent l’ordre d'agir simultanément.
Après les désastres du général Hull dans la dernière campagne, les milices étaient accourues pour défendre la frontière de l’ouest et pour reconquérir le pays perdu. Harrison réunit ses forces à la tête du lac Érié pour attaquer les Anglais au Détroit et à Malden, un peu plus bas sur la rive gauche. Le
général Winchester se mit en marche au commencement de janvier, avec 800 hommes, pour la rivière des Miâmis, d’où il en envoya une partie à Frenchtown, situé 30 milles plus loin. Ce détachement repoussa sur sa route un corps d’Anglais et de sauvages, et prit possession du village. En apprenant ces mouvements, le général Proctor, qui était à Malden, résolut d’attaquer ce corps avancé avant qu’il eût été rejoint par le reste de l’armée américaine, qui marchait à trois ou quatre jours de distance. Il réunit 1100 hommes, dont 600 sauvages, et parut tout à coup devant Frenchtown le 22 janvier. Sans donner uux ennemis le temps de se reconnaître, il les attaqua vigoureusement à ja pointe du jour. Les Américains, retirés dans les maisons, s6 défendirent longtemps, soutenus par la peur de tomber entre les mains des sauvages, et d’éprouver les cruautés que ces barbares faisaient souffrir à leurs prisonniers. Dès le début du combat, Winchester avait été pris par le chef des Wyandots, qui l’avait remis au général Proctor. On lui dit que la résistance de ses soldats était inutile, qu’on allait incendier le village et que s’ils ne se rendaient pas, ils deviendraient la proie des flammes ou des sauvages. Alors ce général leur envoya l’ordre de cesser le feu. Ils posèrent les armes à la condition qu’ils seraient protégés contre les aborigènes. Mais cette condition ne put être exécutée complétement. Il a toujours été presque impossible de retenir les sauvages dans ces occasions. Jls trouvèrent moyen, malgré tous les efforts des officiers anglais, de massacrer beaucoup de blessés qui ne pouvaient marcher, de se faire donner de grosses rançons pour d’autres et d’en réserver plusieurs pour les mettre à la torture.
Les Américains reprochèrent ensuite amèrement aux Anglais cette violation de la capitulation. Mais ils connaissaient assez les sauvages pour s'attendre à ce qui arriva. Le combat de Frenchtown coûta plus de 200 tués ou blessés aux vainqueurs et plus de 300 aux vaincus.
Le général Harrison en apprit le résultat aux rapides de la rivière des Miâmis ; il rétrograda aussitôt de peur d’être attaqué par Proctor. Mais sur la nouvelle que celui-ci était retourné à Malden, i! revint sur ses pas avec 1200 hommes, et établit sur la rivière des Miâmis un carap retranché, qu'il appela le fort Meigs, du nom du gouverneur de l'Ohio. Il y attendait les
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troupes qui devaient le joindre, lorsque le général Proctor, qui avait résolu de l’attaquer avant cette réunion, parut à la fin d'avril devant ses retranchements et les investit. Le 5 mai, le général Clay, arrivé au secours de Harrison avec 1200 hommes du Kentucky, surprit et enleva les batteries anglaises établies du côté occidental de la rivière, pendant que la garnison du fort faisait une sortie. Mais Clay, s'étant trop attaché à la poursuite des sauvages, fut pris à dos par Proctor et coupé dans sa retraite. Cinq cents de ses soldats furent obligés de se rendre après un combat violent.
Malgré ce succès, les sauvages, déjà fatigués du siége, abandonnèrent le camp de Proctor. Les efforts du fameux T'écumseh, leur chef, pour les retenir furent inutiles. Leur départ força Proctor de se retirer à Malden.
Ce généra! voul":‘ reprendre le siége quelque temps après, avec 500 soldats et 3 à 4,000 sauvages, toujours conduits par Técumseh. Harrison était alors sur la rivière Sandusky ; il attendait la flotte, qui s’armait sous la direction du capitaine Perry à la Presqu'île, vers le bas du lac Érié, pour seconder ses opérations dans l’envahissement du Canada. Mais Proctor trouva le fort Meigs trop bien défendu pour l’attaquer avec chance de sucrès, ce qui l’engagea à lever le siége au bout de quelques jours pour se porter contre Sandusky, situé un peu plus bas sur le lac. Après avoir fait brèche dans les murailles de ce fort, il donna l'assaut avec 500 hommes, conduits par le colonel Short. Formés en colonne, les soldats s’avancèrent sous un feu meurtrier, qui les jeta un instant en désordre. S’étant ralliés, ils s’élancèrent dans le fossé pour gagner la brèche, lorsque les assiégés mirent le feu à une pièce d'artillerie qu'ils avaient placée de manière à enfiler le fossé ; la mitraille emporta la tête de la colonne et jeta l'épouvante parmi le reste des soldats, qui se dispersèrent. Après cet échec, qui coûta une centaine d'hommes, Proctor, craignant le général Harrison qui arrivait, prit le parti de la retraite. Ces hostilités du reste étaient peu importantes : on ne pouvait rien entreprendre de décisif sans le concours de la marine et sans avoir la suprématie sur l'Érié. Aussi travaillait-on des deux côtés à se former une flotte pour l’acquérir.
Les Anglais dévancèrent leurs adversaires de vitesse. Leur gouvernement envoya dans l’hiver des officiers et des matelots,
LA
qui se rendirent d'Halifax à Québec par terre, et qu’on dirigea aussitôt sur Kingston, au pied de l’Ontario, pour équiper une flottille capable de lutter sur ce lac avec celle de l’ennemi, Dans le printemps, ils furent rejoints par sir James-L. Yeo, qui arriva avec 4 à 500 nouveaux matelots pour prendre le commandement en chef de la marine canadienne. Il donna la direction des forces du lac Erié au capitaine Barclay, qui alla bloquer avec six voiles, portant 63 canons, les bâtiments américains dans le havre de la Presqu'île. Le commodore Perry commandait la flottille ennemie, qui était composée de neuf voiles et de 54 canons. À cause des bas-fonds qu’il y a dans l'entrée du hâvre, elle ne pouvait songer à sortir tant qu’elle serait ainsi bloquée, parce qu’il lui fallait débarquer son artillerie pour passer. Heureusement pour elle, Barclay fut obligé de s’éloigner pendant quelque temps, et elle en profita pour gagner le large. Elle remonta ensuite à la tête du lac, et sépara les troupes an glaises jetées sur la rive droite du fleuve, de ja flottille qui portait leurs vivres. (C'était celle de Barclay, qui livra battaille pour dégager les troupes. On en vint aux mains le 10 septembre à Put-in-Bay. Le combat dara quatre heures avec des chances diverses, dues à l’inconstance du vent. Le vaisseau du commodore américain fut même si maltraité qu’il l'abandon:na pour passer sur un autre. Maïs vers la fin de l’action le vent devint tout à fait favorable à Perry, qui réussit à amener toutes ses forcés en ligne et à couper celles des Anglais, sur lesquels il gagna une victoire complète. Tous les bâtiments de Barclay amenèrent les uns après les autres leur pavillon, et lui-même tomba couvert de blessures entre les mains du vainqueur. Cette victoire donna le lac trié aux Américains, et enleva aux Anglais les avantages qu'ils avaient obtenus sur la rive droite du fleuve.
Le général Proctor, qui avait plus de feu que de jugement militaire, reconnut alors la faute qu’il avait faite en abandonnant la guerre défensive pour la guerre offensive. En s’élançant sur le pays ennemi sans forces suffisantes, il devait tôt ou tard compromettre la sûreté du Haut-Canada ; car quels que fussent ses succès, il ne pouvait faire de conquête durable. Après la prise de la flottille de Barclay, il songea à retraiter sans perdre un instant, Ilévacua le Détroit, Sandwich et Amherstburgh ;
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il se retirait avec toute la rapidité possible, par larivière T'hames, vers le lac Ontario, lorsqu'il fut atteint par les forces supérieures de l’euuemi.
Après sa victoire, le commodore Perry avait transporté sur la rive anglaise du Saint-Laurent, l’armée américaine du général Harrison, qui s'était mise aussitôt en marche, et qui arriva à Sandwich au moment où Proctor en sortait. Sans s’arrêter, elle s’élança à sa poursuite, atteignit son arrière-garde le 4 octobre, enleva ses munitions et l’obligea lui-même le lendemain à tenter le sort des armes pour échapper à une ruine totale. Proctor s’arrêta à Moravian-Town, et rangea sa petite armée en bataille, sa droite à la rivière Thames et sa gauche à un marais, le fidèle Técumseh se plaçant à côté de lui avec ses sauvages.
Harrison disposa ses troupes sur deux lignes et fit commencer l'attaque par sa cavalerie. Les cavaliers du Kentucky, accoutumés aux pays boisés et marécageux, chargèrent les troupes de Proctor avec tant de vigueur qu'ils les rompirent et les mirent dans une déroute complète. La plupart posèrent les armes. Les sauvages seuls maïntinrent longtemps le combat avec beaucoup de courage ; mais ils furent enfin obligés de céder au nombre, après avoir vu tomber leur fameux chef sous les conps de l'ennemi. La fidélité de Técumseh à l’Angleterre, son éloquence, son influence sur les tribus de ces contrées, ont fait de lui le héros de cette guerre. Six à sept cents Anglais, y compris vingt-cinq officiers, restèrent prisonniers. Deux à trois cents parvinrent dans le plns grand désordre au bout de quelques jours à Ancaster, à la ‘6e du lac Ontario, avec le général Proctor et dix-sept officiers.
La funeste bataille de Moravian-Town rompit la confédération des sauvages formée par Técumseh contre la république américaine, remit celle-ci en possession du territoire perdu par le général Hull dans le Michigan, et ruina la réputation militaire de Proctor. Ce désastre ne termina pas cependant les opérations de la campagne sur la frontière de l'Ouest. L’éloquence de Técumse: avait soulevé les tribus du Sud. Les Criques avaient pris la hache et entonné l’hymne des combats. Ils massacrèrent 300 hommes, femmes et enfants dans l’Alabama, etils allaient poursuivre le cours de leurs ravages, lorsque le
165 IISTOIRE PU CANADA.
générz1 Jackson, s'étant jeté sur ieur pays à la tête des milices du T'ennessée, entoura une de leurs bandes, de 200 hommes, et les tua jusqu'au dernier. Il défit ensuite le gros de la nation dans les combats de Falladéga, Autossie, Emucfau, etc., et finit par en cerner les restes sur la rivière T'allapousa, à Horse-Shoe- Head, où ils s'étaient retranchés au nombre de 1,000 personnes, y compris les femmes et les enfants. Jackson emporta leurs ouvrages d'assaut. Les sauvages, dédaignant de se rendre, combattirent avec le courage du désespoir et périrent presque tous. Ainsi tomba une nation dont la bravoure indomptable doit illustrer le souvenir dans l’histoire.
La destruction des Criques fut le dernier sang répandu dans Quest.
l’erdant qu’on se battait de ce côté, l’on en faisait autant sur les 11, mais avec moins de résultats. Les opérations des armées sur la frontière de Niagara et du lac Ontario étaient marquées par une foule de combats, dont la relation est d’autant plus fastidieuse qu’on n’avait de part et d’autre aucun plan arrêté, et qu’on faisait une espèce de guerre de partisans, meurtrière à la longue et accompagnée de beaucoup de ravages, mais sans avantage important pour personne.
Le général Prevost partit de Québec au milieu de février pour le Haut-Canada. En passant à Prescott, il permit au colonel MeDonnell de faire une tentative sur Ogdensburgh, gros village américain situé sur la rive opposée du fleuve. Cet officier enleva la place, brûla les bâtiments qui y étaient en hivernage, et prit onze pièces d'artillerie et beaucoup de petites armes.
Le général Dearborn préparait alors à Sac’ ‘ts- Harbor uns expédition contre la capitale du Haut-Canada, , .incipal magasin des troupes anglaises. 1 s’embarqua le 25 avril sur la flotte du commodore Chauncey avec 1700 hommes, et débarqua, deux jours après, dans le voisinage de Toronto. Le général Sheañfe voulut lui barrer le chemin à la tête de 600 hommes, et fut repoussé en perdant beaucoup de monde. Une division de troupes américaines, conduite par le général Pyke, et l'artillerie de la flotte, attaquèrent les ouvrages qui protégeaient la ville ; au moment où Pyke allait les aborder, la poudrière sauta et en-
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Les vainqueurs y firent un butin considérable. Dearborn vou-
lut profiter du succès pour enlever le fort George, situé à la tête du lac. Il porta ses forces à Niagara, renvoya la flotte à Sacketts-Harbor chercher des renforts, et se concerta avec :;commodore Chauncey pour attaquer, à la fois par terre et per eau, le fort, où commandait le général Vincent. Le feu commença. Après une canonnade de trois jours et un combat livré sous les murailles, le général Vincent, ne conservant plus d’espérance et ayant déjà perdu près de 400 hommes tués, blessés ou faits prisonniers, démantela les fortifications, fit sauter les magasins et se retira à Queenston. Il attira à lui les soldats de Chippawa et du fort Érié, détruisit les postes anglais qui restaient encore dans cette partie dr )avs, et reprit, suivi des Américains, son mouvement de retraite ers les hauteurs de Burlington.
Pendant que ces événements se passaient dans le haut du lac, le général Prevost était dans le bas avec le commandant de notre marine. Ces deux chefs résolurert de profiter de l'absence de la flotte ennemie pour attaquei Sackett: Harbor. Prevost s’embarqua avec 1,000 hommes sur la flottille de Yeo, et parut le 28 mai devant la place. En arrivant, il enleva une partie d’un convoi de berges chargées de troupes; mais il fit une faute en ajournant le débarquement au lendemain. Il donna le temps aux ennemis d'appeler des secours, et de faire leurs préparatifs pour défendre l’approche du rivage. Aussi fut-il repoussé lorsqu’il voulut y descendre ; mais il réussit à débarquer plus loin, malgré un feu très-vif, que les ennemis firent sur lui avant de se retirer dans les abatis d’arbres qu’ils avaient préparés.
La flotiille, dont l’appui était nécessaire aux opérations de Prevost, se trouvait dans le moment fort en arrière faute de vent. Quoique ce fût beaucoup risquer que d’agir sans elle, les soldats s’élancèrent à la baïonnette pour nettoyer les bois. Ils s’avancèrent jusqu'aux ouvrages qui couvraient l’ennemi, et qui étaient composés de blockhaus et de batteries, que Prevost ne voulut pas attaquer sans l'artillerie des bâtiments. En effet leur conquête eût coûté beaucoup plus de sang qu’elle n’en valait, si l’ennemi avait fait la moindre résistance ; mais les Amé-
ricains, qui se croyaient perdus, mirent eux-mêmes le feu à leurs
magasins de marine, à leurs hôpitaux et à leurs casernes, pour prendre la fuite. “Tout fut consumé. Il ne resta plus à Prevost qu’à retourner en Canada.
Nous avons vu tout à l’heure que le générai Vincent s'était retiré sur les hauteurs de Burlington, poursuivi par l’armée américaine, qui vint camper près de lui. Harvey proposa de la surprendre, et fit agréer son projet par son général, qui lui donna 700 hommes pour l’exécuter. Il tomba sur les Américains dans la nuit du 5 au 6 juin, les chassa de leur position, fit prisonniers les généraux Chandler et Winder, et s’acquit beaucoup d'honneur dans cette surprise par son audace et son sangfroid.
Les Américains éprouvèrent encore d’autres échecs. A la fin de juin, un de leurs bataillons se crut cerné par des forces supérieures, et se rendit à discrétion au lieutenant Fitzgibbon, à quelques milles de Queenston. Dans le mois de juillet, Black- Rock fut surpris et hrûlé par les Anglais. Le colonel Bishop paya de sa vie cet audacieux coup de main.
Mais en présence des forces navales des deux nations, qui se balançaient sur le lac, rien de décisif ne pouvait être entrepris sur terre. Les deux flottes s’évitaient et se recherchaient alternativement, selon leur infériorité ou leur supériorité du moment. Après plusieurs escarmouches, elles se rencontrèrent enfin devant Toronto le 28 septembre, et, après un combat de deux heures, Yeo fut obligé d'abandonner la victoire au commodore Chauncey, et d'aller chercher un abri sous les hauteurs de Burlington. A peu près dans le même temps, lé général Vincent, qui investissait le fort George, où s'étaient retirées les troupes surprises à Burlington par Harvey, apprenait la déroute de Proctor à Moravian-Town. Il se retira au plus vite en recueillant les débris des troupes de Proctor. Il revint dans les lignes de Burlington, où les généraux américains McOlure et Porter ne jugèrent pas à propos de l’attaquer.
On touchait alors à la fin de la deuxième année de la guerre. Où en étaient les parties belligérantes de leurs projets sur la frontière du Haut-Canada? Après une multitude de combats, dont la diversité embarrasse, dont le but n’est pas bien défini, le résultat semblait favorable aux armes américaines : mais
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c'était tout. Si la flotte anglaise avait été forcée d'abandonner le combat sur les lacs ; si les Américains s'étaient emparés de la frontière de Niagara, leurs généraux, trouvant bientôt la tâche au-dessus de leurs forces, avaient résigné le commandement, Le secrétaire de la guerre avait été changé. Le général Armstrong l'avait remplacé ; mais les choses n’en allèrent pas mieux. Au contraire le succès des armes anglaises dans le Bas-Canada, va faire perdre à l'ennemi les avantages qu’il a obtenus dans le Haut, et le rejeter partout sur son territoire, à la fin de la campagne, avec d'assez grandes pertes.
Pour opérer contre le Bas-Canada, il avait résolu de réunir son armée du centre à celle du nord, et de les diriger toutes deux sur Montréal et ensuite sur Québec.
Le général Wilkinson, qui commandait la première, rassembla ses soldats, au nombre de 8 à 10,000, à French-Creek, à sept lieues au-dessous de Sacketts-Harbor, sur le Saint-Laurent ; il les embarqua sur des berges, et les fit descendre le fleuve sous la protection d’une flottille et d’un gros détachement de troupes, qui les suivait par terre, du côté du Cauada, pour nettoyer la rive.
Le général Rottenburgh, qui commandait dans cette partie du pays, et qui crut d’abord que l’armée américaine était destinée à agir contre Kingston, la fit suivre par le colonel Morrison, avec 800 hommes et quelques chaloupes canonnières. Wilkinson mit pied à terre, avec une partie de ses forces, au-dessus des rapides du Long-Sault, d’où il continua sa-route par ter. sous la protection d’une arrière-garde, commandée r:r le général Boyd.
Arrivé à Chrystlers-Farm, situé à mi-chemin entre Kingston et -
Montréal, et se voyant pressé de trop près par les Anglais, il résolut de faire volte-face pour leur livrer bataille. Le combat s’engagea le 11 novembre et dura deux heures. Les Américains, au nombre de 3,000, dont un régiment de cavalerie, furent forcés de céder la victoire à leurs adversaires, qui n’étaient que le quart de ce nombre. Ce fait d'armes, qui coûta 4 à 500 tués ou blessés aux deux partis, fit beaucoup d'honneur au colonel Mo-rison et à ses soldats ; mais il n’empêcha point l'ennemi de continuer sa route. Toutes les forces de Wilkinson se trouvèrent réunies le lendemain à Cornwall et à Saint-
Régis, au pied du Long-Saut, où elles s’arrétèrent en apprenant
le résultat de la bataille de Châteauguay et Îa retraite du général Hampton, qui marchait sur Montréal par le jac Champlain,
L'armée du nord, commandée par Hampton, était restée immobile la plus grande partie de l'été.
Dans le mois de juillet, le colonel anglais Murray avait fait irruption, à la tête de 1,000 hommes, jusque dans son voisinage. Il était parti de l’Ile-aux-Noix sur une petite flottille, s'était avancé sur le lac Champlain, avait brûlé les casernes, les arsenaux et les édifices publics de Plattsburgh, de Burlington, de Champlain, de Swanton, et était revenu sans accident, après
avoir répandu la terreur sur cette partie de la frontière.
Y\ Dans le mois de septembre, Hampton voulut agir; mais il fut arrêté par le colonel Salaberry, chargé de lui disputer l'entrée de l’Acadie avec 600 hommes. Après plusieurs escarmouches, n’osant risquer une action générale dans les bois, les Américains se retirèrent à Four-Corners, où M. de Salaberry surprit leur camp dans une reconnaissance qu'il fit avec 200 voltigeurs et 150 sauvages, et les jeta un moment dans une confusion extréme.
Mais l’heure était arrivée pour Hampton d'agir plus sérieusement, afin d'opérer sa jonction avec le général Wilkinson, qui descendait. Le chemin de la frontière au village de l’Acadie avait été coupé et rendu impraticable par des abatis d’arbres. Pour éviter ces obstacles, Hampton prit une autre route : il se dirigeæ vers la source de ia rivière Châteauguay, afin de se rapprocher aussi davantage du corps auquel il devait se joindre. Mais on avait prévu son dessein; la route avait été embarrassée et couverte d'ouvrages défensifs; et le général Prevost se tenait avec un corps d'hommes à Caughnaouaga, prêt à s'opposer à la réunion des deux armées ennemies.
A la première nouvelle de leur marche, ce général avait laissé le commandement des forces du Haut-Canada au général Rottenburgbh, et était descendu à Montréal pour faire tête à l'orage de cé côté. A son appel, une partie de la milice armée du district s’ébranla, et le reste se tint prêt à voler au secours du point menacé. à
Le 21 octobre, l’avant-garde d’Hampton repoussa les postes avancés des Anglais sur la route de Piper, à dix lieues au-dessus de l’église de Châteauguay. Aussitôt le major Henry, qui
du gé- commandait la milice de Beauharnais, en fit informer le général mplain. Watteville, et ordonna aux capitaines Lévesque et Debartzch > immo- de se porter en avant avec leurs compagnies et deux cents miliciens de Beauharnais. Ces deux officiers s’arrêtèrent à deux ait fait lieues de 1à, à l'entrée d’un bois difficile à pénétrer et qui offrait sinage. par conséquent une bonne protection. Ils y furent rejoints, le s'était lendemain matin, par le colonel Salaberry avec ses voltigeurs et les ar- une compagnie de milice. Le colonel prit la direction de tous ton, de ces corps, et remonta la rive gauche de la rivière Châteauguay , après jusqu’à l’autre extrémité du bois, où il savait qu’il y avait une excellente position défensive, entrecoupée de ravins profonds. is il fut Il y établit quatre lignes d’abatis, les trois premières à deux l'entrée cents verges l’une de l’autre, et la quatrième à un demi-mille ouches, en arrière pour défendre un gué. T'oute la journée fut employée éricains à fortifier ces lignes, dont la première avait la forme d’un angle rit leur allongé, sur la droite de la route, et suivait les sinuosités du geurs et ravin.
n extrê- Cette position obligeait l'ennemi à traverser un pays inhabité et à s'éloigner de ses vivres, tandis que les soldats chargés de érieuse- la défendre avaient tout ce qu’il fallait près d’eux, et se trouson, qui vaient fortement appuyés par derrière. Acadie La rive droite de la rivière était couverte d’un bois épais. Il l’arbres. y fut mis un fort piquet pour défendre l’approche du gué. Le e: ilse colonel Salaberry fit ensuite détruire tous les ponts à une granà se rap- de distance en avant de sa position, et abattre tous les arbres joindre. entre la rivière et un marais qui se trouvait au delà de la plaine arrassée qui était devant lui; il voulait e npêcher par là le passage de e tenait l'artillerie dont il savait l’ennemi pourvu. Il fit perfectionner ser à la tous ces ouvrages jusqu’au moment où l’ennemi parut. Les travaux exécutés permettaient de lutter contre des forces bien it laissé supérieures, et furent approuvés par le général Watteville. On al Rot- n’avait que 300 Canadiens et quelques Écossais et sauvages à l'orage opposer aux 7,000 Américains qui arrivaient avec Hampton. du dis. @ . Mais le colonel Salaberry était un officier expérimenté et doué Au point d'un courage à toute épreuve. Entré très-jeune dans l’armée, H avait servi onze ans dans les Indes orientales, où il avait ass postes sisté au fameux siége du fort Matilda par le général Prescott. au-des- Quoiqu’à peine âgé de seize ans, il avait été chargé a!1rs de
ar, qui couvrir l'évacuation de la place. Il avait commandé :acore
avec distinction une compagnie üe grenadiers dans l’expédition de la Martinique en 1795. Dans celle de Walcheren, en Europe, il était aide de camp du général Rottenburgh. Il débarqua à la tête de la brigade des troupes légères, et fut placé dans les postes avancés pendant toute la durée du siége de Flushing.
Revenu en Canada comme officier de l’état major de Rottenburgh, peu de temps avant la gnerre avec les États-Unis, il fut choisi par sir George Prevost pour lever un corps de voltigeurs canadiens, tâche qu’il accomplit avec un plein succès. Ce beau corps, organisé et discipliné en très-peu de temps, se signala par des succès constants sur l’ennemi, qui excitèrent l’émulation des autres milices.
Le général Hampton divisa son armée en deux corps. Le premier, composé de cavalerie et de fantassins, souteuus par 2,000 hommes placés un peu plus en arrière, se présenta dans la plaine pour attaquer de front la position des Canadiens sur la rive gauche de la rivière. Le second corps, formé de 1,500 hommes, sous les ordres du colonel Purdy, fut chargé d'opérer sur la rive droite et de prendre cette position à dos, après avoir franchi le gué dont nous avons parlé tout à l’heure. Trois compagnies, avec quelques miliciens et sauvages, défendaient le front de bataille de Salaberry, en avant des abatis, qui s’appuyaient à la rivière. Trois autres, avec les Écossais, avaient été distribuées entre les lignes, derrière les abatis.
Hampton porta en avant une forte culonne d'infanterie, à la tête de laquelle marchait un officier de haute stature, qui s’avança et cria en français aux vohigeurs : ‘“ Braves Canadiens, rendez-vous, nous ne voulons p&s vous faire de mal!” Il reçut pour toute réponse un coup ds fusil, qui le jeta par terre et qui fut le signal du combat. Les trompettes sonnèrent et une vive fusillade s’engagea sur toute la ligne. Elle se prolongeait depuis fort longtemps sans ac un résultat, lorsque le général américain changea ses dispor'tions pour essayer de percer la ligne anglaise par des charges vigoureuses, Il concentra ses forces et se mit à attaquer tantôt le centre des Canadiens, tantôt une aile, tantôt l’autre, sans plus de succès. Partout repoussé “ goureusement, il échoua dans ses tentatives et fut enfin oblig de se retirer après d'assez grandes pertes.
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Cependant le bruit du combat avait attiré l’attention de la colcnne du colonel Purdy, qui opérait de l’autre côté de la rivière et qui s'était égarée. Aussitôt que le colonel se fut reconnu et qu'il fut à portée, il commença l’attaque des troupes qui se trouvaient devant lui, et qui, accablées sous le nombre, reculèrent devant la trop grande supériorité de son feu. C'était au moment où celui de l’autre rive avait presque cessé par la retraite d'Hampton. Salaberry, voyant que l’action devenait sérieuse sur l’autre point, alla se mettre à ja tête des forces placées en potence le long de la rivière, et dirigea de la voix les mouvements de celles qui étaient au delà. Il fit ouvrir en même temps sur le flanc de l’ennemi, qui s’avançait, un feu si meurtrier, qu’il le jeta bientôt dans le désordre et le contraignit de retraiter avec précipitation.
Le combat durait depuis plusieurs heures. Hampton, qui croyait les Canadiens beaucoup plus nombreux qu'ils ne l’étaient, prit la résolution d’sbandonner la lutte. Ainsi 3 à 400 hommes avaient vaincu 7,000 ennemis après une lutte de quatre heures.
Le général Prevost, accompagné du général Watteville, arriva au lieu du combat vers la fin de l’action ; il complimenta les Canadiens sur leur courage, et leur commandant sur ses dispositions judicieuses. T'elle était l’arueur des combattants, qu’on vit des voltigeurs traverser la rivière à la nage, pendant le feu, pour aller forcer des Américains à se rendre prisonniers.
Après sa défaite, le général Hampton, harassé par les Canadiens, se retira d’abord à Four-Corners et ensuite à Plattsburgh, où il prit ses quarue”s d'hiver. La victoire de Châteauguay, sans être bien sanglante, vu le petit nombre des Canadiens, eut toutes les suites d’une grande bataille.
À la nouvelle de la retraite du général Hampton, comme nous l’avons dit, Wilkinson, dont l’armée était à Cornwall et à ,Saint-Régis, sur le Saint-Laurent, convoqua aussitôt un conseil ge guerre. Il y fut décidé que l’attaque de Montréc! serait abandonnée, et que les troupes seraient transportées sur la rive américaine pour y prendre leurs cantonnements. Ainsi la résistance heureuse de quelques compagnies de milice détermina la retraite d’une armée de 15 à 16,000 hommes, et fit échouer le plan d'invasion le mieux combiné qu’eût encore formé la république
des États-Unis pour la conquête du Canada. Le colonel Salaberry fut remercié par le général en clief, les deux chamvres et décoré par le prince régent. Les milices reçurent des drapeaux en témoignage de leur bonne conduite dans cette affaire. .
L'invasion du Bas-Canada ayant été repoussée, l'offensive fut reprise par nos soldats dans le Haut, que les Américains se préparèrent à évacuer. Le général Drummond, qui avait remplacé le général Rottenburgh, monta à la tête du lac Ontario. A son approche, le général McClure évacua le fort George dans le mois de décembre, et brûla le village de Newark avant de rentrer dans son pays. Le général Drummond résolut de tirer vengeance de cet acte inutile de barbarie. Le colonel Murray, à la tête de 5 à 600 hommes, surprit le fort Niagara, fit 300 prisonniers et enleva une quantité considérable de canons et d’armes de toute espèce. Le général Riall le suivait, pour le soutenir, avec deux régiments et les sauvages de l'Ouest. Riall, par représailles de l’incendie de Newark, lâcha la bride à ses troupes et aux sauvages. Levwiston, Manchester, tout le pays environnant, furent brûlés ou dévastés. Les petites villes de Black- Rock et de Buffalo furent enlevées après un combat livré dans les rues, et abandonnées aux flammes. Cette expédition dévastatrice termina les dernières opérations de la campagne de 1813, qui fut défavorable en définitive aux armes américaines sur terre comme sur mer.
En effet, sur l'Océan, après plusieurs combats de vaisseau à vaisseau, la république, n’ayant pas assez de forces pour se mesurer avec son adversaire en bataille rangée, voyait succomber ses principaux capitaines, comme le brave Lawrence, qui fut tué dans le célèbre combat livré entre la Chesapeake et la Shannon, qui prit la première à l’abordage. Les flottes anglaises ravagèrent les côtes, détruisirent les bâtiments dans la baie de Delaware, pillèrent et incendièrent les bords de la rivière Chesapeake, et étendirent leurs déprédations jusque sur les côtes de | Virginie, dont les habitants furent soumis à toute sorte d’outreges.
Les armées qui opéraient sur la frontière du Canada, ayant pris leurs quartiers d'hiver, le général Prevost descendit à Québec pour ouvrir les chambres. Elles se réunirent dans le
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HISTOIRE DU CANANA. 177
mois de janvier (1814). Les dissensions entre l'assemblée et le conseil législatif, dont la guerre avait d’abord suspendu l’ardeur, reprenaient petit à petit leur vivacité accoutumée. Elles furent plus ardentes d:ns cette session que dans la précédente, malgré les efforts du gouverneur pour calmer ies esprits. L’assemblée, qui était de bonne intelligence avec Prevost, vota, sur an message secret, une émission de billets d’armée d'un million et demi pour faire face aux dépenses militaires. La loi des juges fut reprise par l’assemblée et rejetée par le conseil, qui repoussa aussi deux autres projets, dont l’un imposait une taxe sur les fonctionnaires publics pendant la guerre, et l’autre autorisait la nomination d'un agent auprès du gouvernement impérial. Stuart accusa cette fois formellement le juge Sewell d’avoir cherché à renverser la constitution et à violer l’autorité du pouvoir législatif en imposant ses règles de pratique ; d’avoir induit le gouverneur Craig à dissoudre la chambre en 1809, et à prononcer un discours insultant pour les représentants; de l’avoir fait destituer lui-même de sa place de solliciteur général, pour la faire donner à son frère, M. Etienne Sewell ; d’avoir violé la liberté de la hambre et des élections, en faisant emprisonner MM. Bedard, Blanchet, Taschereau, trois de ses membres, et M. Corbeil, sous accusation de trahison ; enfin d’avoir employé l’aventurier John Henry pour engager une partie des États-Unis à se soulever contre le gouvernement de cette république et à former alliance avec le Canada.
Le juge Monk, de Montréal, fut acuusé en même temps de diverses malversations.
Tous ces faits graves et vrais pour la plupart, furent renfermés dans une adresse au roi, adoptée par la chambre à uno grande majorité. Stuart lui-même fut nommé pour aller la soutenir à Londres à la place de M. Bedard, qui avait été choisi d’abord, mais dont la nomination à une place de juge rendait l’absence impossible. Le gouverneur promit de transmettre l'adresse ; mais il informa les représentants qu’il ne pouvait suspendre les juges, parce qu’ils n'étaient accusés que par une seule chambre. Une requête, accompagnée d’un mémoire où se trouvaient exposés tous les sujets de plainte contre le gouvernement, fut envoyée en même temps par le peuple au prince régent,
Le juge Sewell passa en Angleterre nour 3e défendre. Str.:! ne put y aller, parce que le vote Ge l’arzent nécessaire pour payer les frais de sa mission, fut rejeté nar lo conseil. Les accusations portées contre les deux principaux juges du pays, n’eurent aucune suite, Sewell, aidé de l'influence du prince Édouard, conquit les bonnes grâces de lord Bathurst, à tel point que &a ministre non-seulement l’excusa, mais le recommanda même fortement à sir J.-C. Sherbrooke, lorsque ce gouverneur vint en Canada en 1816.*
Sewell était en effet un homme poli, grave, souple, capable de jouer le rôle que voulaient lui confier les ministres, Quoiqu’il fût l’ennemi le plus dangereux des Canadiens, il se montrait toujours très-affable à leur égard. 11 fallait à la politique de l’Angleterre un homme qui se chargeât de la dissimuler en prenan’ la direction du parti opposé aux représentants du peuple. I] dirigea ce parti jusqu'à la fin de sa vie dans les deux conseils, mais dans le conseil législatif surtout, où viarent échouer presque toutes les mesures demandées par les Canadiens.
Pendant son séjour en Angleterre, il n’avait pas trouvé de moyen plus efficace pour se venger des accusations portées contre lui, que de revenir sur les propositions de Craig au sujet de la destruction de la naticnalité française en Canada. Voyant qu’elles n’avaient pas été bien accueillies, il conseilla l’union de toutes les provinces anglaises de l'Amérique du nord, sous un seul gouvernement. Il pressa le prince Édouard d'engager les ministres à adopter sa suggestion. On trouve à la fin du rapport de lord Durbam sur les affaires du Canada, la lettre du prince par laqu: 2 i informe Sewell qu’il en parlera aux ministres à la premi:6 occasion. Sewell suggérait d'établir une chambre de trente membres pour les cinq ou six provinces; et, en transmettant son mémoire au prince, il le priait de le donner à lord Bathurst, sans lui dire d’où il venait. Lorsque l’union des deux Canadas s’est consommée, la vengeance du vieillard a dû être satisfaite, car alors le juge Sewell était bien âgé: il voyait enfin ce peuple qu’il haïssait tant, condamné à périr sous une race étrangère. pr 78
* Lord Bathurst à sir J.-O, Sherbrooke partant pour le Canada, 6 mai 1816,
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La session ne fut pas plutôt finie que le gouverneur s’occur.: des préparatifs de la campagne qui aliait s'ouvrir. Il reçut avec une grande pompe au château Saint-Louis une ambassade, composée des chefs de neuf à dix nations sauvages des pays de l'Ouest. Les ambassadeurs demandèrent des armes pour combattre, et des vêtements pour les femmes et les enfants de leurs tribus. “Les Américains, dirent-ils, prennent tous les jours nos terres. Ils n’ont aucune pitié pour nous: ils veulent nous chasser au loin vers le couchant.” Le gouverneur les exhorta à persévérer dans la lutte, et exprima tous ses regrets de la mort de Técumseh et des autres chefs tombés sous le feu des ennemis. Il renvoya ces députés comblés de présents.
La défaite que les Américains avaient subie à Châteauguay, ne leur avait pas enlevé tout espoir de s'établir dans le Bas- Canada. Ils firent une nouvelle tentative vers la fin de l’hiver. Le général Macomb, avec une division, partit de Plattsburgh, traversa le lac Champlain sur la glace, et s’avanca jusqu’à Saint-Armand, où il attendit les troupes du général Wilkinson pour attaquer Odeltown et le moulin de Lacolle. Les deux corps réunis entrèrent dans Odeltown sans coup férir. Le 30 mars, ils marchèrent contre le moulin de Lacolle, défendu par les voltigeurs, les féncibles et d’autres troupes. Mais au bout de deux heures et demie de canonnade, épuisés de froid et de fatigue, ils prirent le parti de retourner à Plattsburgh.
Après ce nouvel échec, l’ennemi modifia son plan d'opérations. Il apandonna l’attaque du Bas-Canada pour réunir tous ses efforts contre le Haut, dont l'invasion était plus facile. Mais ce plan, qui avait moins de dangers, offrait aussi moins de révuitats. Les entreprises des Américains n'avaient encore abouti qu'à des défaites ou à des succès éphémères, qui avaient coûté que.quefois beaucoup de sang, entraîné beaucoup de ravages, sans rapprocher le but de la guerre.
Ayant retiré leurs principales forces de la frontière du lac Champlain, ils les portèrent sur le lac Ontario, pour les mettre en mouvement aussitôt que la flotte de Sacketts-Harbor pourrait opérer avec elles. Les magasins de cette flotte étaient à Oswége. Le général Drummond, qui commandait dans le Haut- Canada, résolut de s’en emparer pour retarder le déparé des vaisseaux, Il s'embarqua à Kingston avec des troupes do
toutes les armes; le 5 mai, il arriva devant Oswégo, et, le lendemain, après un combat, il incendia le fort et les magasins. Mais l'ennemi avait eu la précaution de transporter d'avance la plus grande partie des objets de marine à quelques milles plus haut sur la rivière, de sorte que le but de l'expédition ne fut pas tout à fait atteint.
Drummond, après cette course, alla prendre le commandement des soldats qui défendaient la tête du lac. En les disposant, il commit la faute de les disperser de manière qu’il fallait quelques heures pour en rassembler sur un point un nombre capable de faire une résistance sérieuse. Les généraux américains Scott et Ripley, placés sur la rive opposée, voulurent en profiter. Ils passèrent le fleuve avec 3,000 hommes, et surprirent le fort Érié. Le lendemain, ils s’avancèrent contre le camp fortifié du général Riall à Chippawa, un peu au-dessus de la chute de Niagara. Les Anglais, quoique plus faibles en nombre, sortirent de leurs lignes pour livrer bataille en rase campagne. La lutte fut opiniâtre : n’ayant pu rompre l’ennemi, Riall fut ramené avec de grandes pertes et céda le terrain. Il se retira d’abord dans ses retranchements, puis il rétrograda vers les hauteurs de Burlington. Les Américains le suivirent jusqu’à Queenston, et reprirent ensuite le chemin de Chippawa. Riall voului aussi retourner sur ses pas ; mais les ennemis, le voyant revenir, s’arrêtèrent à Lundys-Lane, près du dernier champ de bataille, pour lui offrir de nouveau le combat. Il se préparait à retrziter pou la seconde fois, lorsqu'il fut rejoint par le général Drummond, à la tête de 800 hommes de renfort. Drummond prit le commandement et contremanda la retraite ; mais il fut attaqué à l’improviste avant qu’il pût faire toutes ses dispositions. Sa gauche fut forcée de plier ; elle recula en bon ordre et alla se former en potence le long du chemin, en s'appuyant sur le centre, placé sur une éminence.
Le centre cependant tenait bon contre les ennemis, qui déployaient les plus grands efforts pour s'emparer des batteries qui couronnaient cette hauteur. Les artilleurs anglais se faisaient tuer sur leurs pièces plutôt que de céder. Les Américuins firent avancer leurs canons jusqu'à quelques pas seulement des canons anglais. L’obscurité de la nuit, qui était alors venue, vccasionna plusieurs méprises. Ainsi les deux partis échangè-
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rent quelques pièces d'artillerie au milieu de la confusion, dans les charges cu’ils exécutaient alternativement l’un contre l’autre. A neuf heures le feu cessa un instant. Le reste des forces américaines entra en ligne dans le même temps qu’un surcroît de 1200 hommes arrivait à marche forcée au secours de l’armée anglaise. Les deux troupes ainsi renforcées, recommencèrent ieur combat nocturne avec plus d'acharnement que jamais. A minuit, les Américains, désespérant d’emporter la hauteur, abandonnèrent enfin le champ de bataille pour se retirer dans leur camp, au delà de la rivière Chippawa.
L'action avait duré près de six heures. Dans l'obscurité, le général Riaïl, qui avait été grièvement blessé, tomba au milieu de la cavalerie ennemie, en voulant gagner le derrière du champ de bataille, et fut fait prisonnier.
Le lendemain, les Américains jetèrent dans la chute la plus grande partie de leurs bagages et de leurs vivres, mirent le feu à Street-Mills, détruisirent le fort Chippawa et rétrogradèrent vers le fort Érié.
Les pertes des deux armées étaient considérables. Le général Drummond avait reçu une grave blessure au cou, mais il l'avait cachée à ses troupes, et était demeuré sur le champ d’honneur jusqu’à la fin du combat. Le nombre des morts et des blessés s’éleva à 7 ou 800 hommes, de chaque côté; les Américains laissèrent en outre entre les mains du vainqueur plusieurs centaines de prisonniers. Les Anglais, après avoir reçu tous leurs renforts, n’excédaient pas 2,800 hommes ; tandis que les ennemis étaient au nombre de 5,000. La milice du Haut-Canada avit montré la plus grande bravoure. ‘“ Rien, dit un écrivain, ne pouvait être plus terrible ni plus solennel que ce combat de minuit. Les charges désespérées des troupes étaient suivies d’un silence funèbre, que troublaient seuls les gémissements des mourants et le bruit monotone de la cataracte de Niagara ; c’est à peine si l’on pouvait discerner au clair de la lune les lignes des soldats aux reflets de leurs armes. Ces instants d’anxiété étaient interrompus par les éclats de la fusillade et par de nouvelles charges, que les troupes britanniques, réguliers et miliciens, essuyaient avec une inébranlable fermeté.”
Les généraux Brown et Scott ayant été blessés, le commandement de l’armée américaine échut au général Ripley, qui se retrancha au fort Érié.
Drummond voulut enlever cette place. Il fit d’abord canonner les retranchements par son artillerie, et lorsqu'il crut la brèche praticable, il forma, dans la nuit du 14 août, ses soldats en trois colonnes, pour aborder à la fois le centre et les deux ailes. La colonne du colonel Fischer atteignit son poste deux heures avant le jour, et s’empara des batteries opposées. Au bruit de cette attaque, les deux autres colonnes montèrent à l'assaut, et, après une lutte très-vive, réussirent à pénétrer, par les embrasures du demi-bastion, dans le fort qui était au centre des retranchements. L’ennemi se réfugia alors dans un bâtiment de pierre, où il continuait à se défendre avec vigueur contre les canons du bastion retournés contre lui, lorsqu'une poudrière sauta, enveloppant dans une ruine commune les soldats qui remplissaient le fort. Au bruit de cette explosion soudaine, une terreur panique s’empara des assaillants, qui posèrent les armes ou prirent la fuite, poursuivis par les Américains. Près de 1,000 soldats anglais furent tués, blessés ou faits prisonpiers, tandis que l’ennemi ne perdit pas 80 hommes.
Après ce désastre, Drummond se borna à investir la place. Le 17 septembre, les Américains voulurent faire une sortie, en profitant de la sensation que venait de produire la nouvelle de la victoire remportée par leur flotte sur le lac Champlain et de la retraite du général Prevost. Ils s’élancèrent hors de leurs lignes à la faveur d’un orage, et tombèrent sur les Anglais, dont ils détruisirent les ouvrages avancés. La perte fut encore ici de cinq à six cents hommes de chaque côté, la plus grande partie en prisonniers. Après cette attaque, la maladie, qui commençait à se mettre parmi les troupes, et l’approche du général américain Izard, qui venait de Plattsburgh avec des renforts, obligèrent Drummond à lever son camp pour retourner à Chippawa.
C'était dans le moment où la malheureuse issue de l’expédition de Plattsburgh, servait de prétexte aux accusations les plus graves contre Prevost. Ce gouverneur, que le parti anglais détestait parce qu’il paraissait avoir plus d’égards pour les Canadiens que son prédécesseur, devait être la cause de tout ce
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qui arrivait, Forcé d’abord de se taire dans le bruit des armes et devant le zèle des Canadiens, ce parti ne put se contenir longtemps, et saisit, pour recommencer ses clameurs, l’occasion d’un événement dont Prevost n’était pas la cause.
En effet, l'expédition de Plattsburgh avait été entreprise sur l’ordre des ministres, que l’abdication de Napoléon et la paix européenne mettaient à même d'employer de plus grandes forces en Amérique. Quatorze mille hommes de l’armée de Wellington, embarqués en France, avaient été débarqués à Québec dans les mois de juillet et août. Ces troupes s'étaient acheminées aussitôt vers la frontière du lac Champlain et le Haut-Canada. La division envoyée dans le Haut-Canada était commandée par le général Kempt, excellent officier de la guerre espagnole ; il avait ordre d’attaquer Sacketts-Harbor si une occasion favorable se présentait.
Le commandement de la flottille du lac Champlain fut donné au capitaine Downie, rappelé du lac Ontario. Pour compléter les équipages, un gros renfort de matelots fui tiré des deux vaisseaux de guerre qui étaient à Québec. L'armée anglaise destinée à agir contre Plattsburgh, se concentra entre Laprairie et Chambly.
Après son échec à Lacolle, le général américain Wilkinson avait été remplacé par le général Izard. Les événements d'Europe obligeaient l'ennemi à changer de tactique et à se renfermer dans la défensive. Il prévoyait déjà qu’il serait bientôt nécessaire de faire la paix, afin de ne pas avoir toutes les forces de l’Angleterre sur les bras. Izgrd partit dans le mois d’août avec 5,000 hommes, pour aller renforcer l’armée du fort Érié. Il laissa 1500 soldats seulement à Plattsburgh. C'était inviter les Anglais à précipiter leur attaque.
Prevost fit avancer son armée. Il traversa la frontière à Odeltown, et occupa Champlain et le camp retranché abandonné par l’ennemi sur la rivière Chazy. Il marcha de là en deux colonnes sur Plattsburgh, repoussant devant lui de nombreux corps de milice. Il atteignit cette petite ville le 6 septembre. Le colonel Bayard, avec la moitié du régiment de Meuron, chassa de la partie de Plattsburgh située au nord de la rivière Saranac, les Américains, qui alièrent occuper, sur la rive opposée, des hauteurs couronnées de redoutes, de blockhaus
et d’autres ouvrages de campagne, armés de grosse artillerie, La flottille du commodore MacDonough s'éloigna hors de la portée de nos canons. La flottille anglaise du capitaine Downie suivait à quelque distance le mouvement de Prevost. Elle profita du vent pour engager, à la vue de toute l’armée, le combat avec les vaisseaux ennemis, Malheureusement la frégate que montait Downie, s’avança trop, et se trouva exposée aux coups d’une frégate et de deux batteries américaines. A la première décharge, le commandant et plusieurs de ses officiers furent tués ; bientôt le bâtiment s’ensabla et la mitraïlle porta la mort sur ses ponts encombrés d'hommes. Cet échec au début de l’action fut irréparable. Le reste de la flottille prolongea vainement la lutte : le capitaine Pring, qui en avait pris le commandement, fut obligé d'amener son pavillon après deux heures de combat. Les Anglais ne sauvèront que sept à huit chaloupes canonnières.
Pendant qu’on se battait sur le lac, on en faisait autant sur le rivage. Prevost, ayant fait préparer des batteries, avait ouvert le feu et disposé sestroupes pour l’escalade. Une colonne devait forcer le pont jeté sur'la rivière qui traverse Plattsburgh, et attaquer les ouvrages de front; une autre devait défiler par derrière le camp pour cacher sa marche, traverser la Saranac à un gué qui avait été reconnu plus haut, et prendre les ouvrages à revers. Les colonnes s’ébranlèrent ; mais les obstacles qu’elles avaient à vaincre étaient nombreux, et elles furent bientôt sous le feu des ennemis. Il fallut y répondre. Le combat s’engagea sans faife de progrès. Les assaillants étaient repoussés ou contenus, lorsque l’armée américaine, qui, du sommet de ses ouvrages, avait vu la victoire de MacDonough, poussa des cris de triomphe, qui parvinrent'jusqu’aux troupes en marche vers le gué de la Saranac. Cette colonne s'était égarée. Le général Robinson, qui la commandait, inquiet de ces acclamations, envoya vers le commandant en chef pour en savoir la cause et pour demander des ordres. Prevost, voyant l’issue du combuë naval et l’inutilité d’un plus long sacrifice d'hommes pour s’emparer d’une position qu’il faudrait abandonner à cause de la perte de la flottille, lui fit dire de revenir.
En effet, sans la possession du lac, le but de la campagne était manqué. Il fit donc cesser le feu, et retirer partout les
artillerie, 1ors de la 18 Downie ost. Elle e, le comla frégate posée aux es. A la 8 officiers aille porta o au début prolongea is le comux heures it chalou-
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colonnes d'attaque. Il songea ensuite à lever son camp pour rentrer en Canada avec toute son armée, avant que le général Macomb, dont les forces augmentaient à chaque instant par l'arrivée de nombreux renforts, que les vaisseaux victorieux portaient partout où il était nécessaire, pût être en état de l'attaquer sérieusement dans sa retraite. On disait même déjà que les milices du Vermont allaient traverser le lac. Si Prevost s'était avancé davantage, il aurait subi probablement le sort de Burgoyne, car les Américains, aidés de leurs chaloupes canonnières, pouvaient détruire ses troupes, le chemin par où elles avaient à passer étant près du rivage et dans un état affreux.
Après avoir fait démonter les batteries, il ordonna aux troupes de battre en retraite, en se faisant précéder de leurs blessés. Elles se mirent en marche dans la nuit, au milieu d’une pluie qui n'avait pas cessé depuis le commencement de la campa:ra, La confusion ne tarda pas à se mettre dans leurs rangs. Beaucoup de traînards tombèrent entre les mains de l’ennemi, qui prit aussi presque toutes les munitions de guerre et de boucüe, la caisse, les rôles des troupes et les équipages. La perte fut énorme, parce qu’on avait fait des préparatifs pour passer l’hiver à Plattsburgh. Elle eût été bien plus considérable si toute l’armée américaine s'était mise à la poursuite des Anglais. Plusieurs centaines de soldats désertèrent durant ce mouvement rétrograde.
Telle fut l’expédition de Plattsburgh. Elle fut dictée par le cabinet de Londres et eut le succès des plans formés à mille lieues de distance. L'armée de Prevost était trop peu nombreuse pour pénétrer bien avant dans les États-Unis et y remporter des avantages réels; elle était trop forte pour une simple excursion. Au reste la flotte qui devait l’appuyer et sans laquelle elle ne pouvait agir, était trop faible. C'était une base que ie moindre choc pouvait briser, et c’est ce qui arriva. Le reste s’affaissa sous son propre poids. Prevost, qui fut la victime de l’expédi:ion de Plattsburgh, n’en était que l’instrument. Son malheur fut de s’être montré trop obéissant à des ordres téméraires.
Tandis qu’on perdait la suprématie sur le lac Champlain, on la reprenait sur le lac Ontario. Un vaisseau de 100 canons venait d'y être construit. Yeo y arbora son pavillon et fit voile
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