WEBSTER, N.Y
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de Kingston pour le haut du lac avec une escadrille et des renforts de troupes. La flotte américaine fut obligée de se renfermer à Sacketts-Harbor, et de laisser triompher les Anglais, qui pouvaient maintenant envahir les États-Unis de tous les côtés, mais du côté de l'Océan surtout, où leurs descentes et leurs déprédations allaient rappeler les excursions des Normands sur les côtes des Gaules et de la Bretagne dans le 9e et le 10e siècle.
Tant que la guerre contre Napoléon avait été douteuse, l’Angleterre s'était bornée à la défensive en Amérique, afin de fournir à la coalition européenne de plus grandes forces. Le duc de Wellington, que le ministre consultait sur toutes les opérations militaires de l’empire, avait approuvé ce plan. ‘ Je suis bien aise de voir, écrivait-il à lord Bathurst au commencement de 1813, que vous allez renforcer sir George Prevost. J'espère que les troupes arriveront à temps ; que sir George ne se laissera pas entraîner par l’espoir de remporter de légers avantages, et qu'il s’attachera à suivre un plan défensif. Il peut être sûr qu’il ne sera pas assez fort en hommes ni en moyens pour se maintenir dans les conquêtes qu’il pourrait faire. La tentative ne ferait que l’affaiblir, et ses pertes augmenteraient l’ardeur et'les espérances de l’ennemi, si même elles n'étaient pas suivies de'conséquences pires. Au contraire, en exécutant l’autre plan, il jettera les difficultés et les risques sur les Américains, et il est trèsprobable qu’ils seront défaits.”’*
Mais la fin de la crise européenne allait permettre à l’Angleterre d'expédier des renforts au Canada, et d'envoyer sur les côtes des États-Unis, le long de l’Atlantique, des flottes chargées de troupes pour y faire des débarquements qui obligeassent les ennemis à retirer leurs soldats des frontières canadiennes, et à demander bientôt la paix. En effet les escadres anglaises bloquèrent les principaux ports depuis la Nouvelle-Écosse jusqu’au Mexique. Deux corps d'armée, sous les ordres des généraux Ross et Packenham, marchèrent sur les villes de Washington et de la Nouvelle-Orléans, situées l’une dans le centre, l’autre dans le sud de la république. Ces attaques, par la manière dont elles étaient distribuées, devaient faire beaucoup de mal à l’ennemi.
* Gurwood : Wellington’s dispatches, Vol. X, p. 109,
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Dans le mois d’août, la général Ross débarqua avec 5,000 hommes à Benedict et S’avança vers Washington. A son approche, le commodore américain Barney brûla sa flottille dans la rivière Pautuxet, et rallia la milice à ses marins, pour arrêter les Anglais à Bladensburgh; mais il fut eulbuté et lui-même fait prisonnier. Ross prit Washington sans coup férir, brûla le capitole et les édifices publies, puis regagna ses vaisseaux. Dans le même temps une autre partie de la flotte entrait dans le port d'Alexandrie, sur la rivière Potomac, et les habitants lui livraient les vaisseaux et les marchandises qui s’y trouvaient, pour éviter le pillage et l'incendie de leur ville.
Après son expédition de Washington, le général Ross alla débarquer à North-Point, à 14 milles de Baltimore ; il s’avançait sur cette ville, lorsqu'il fut tué dans une escarmouche. Le colonel Brooke, qui le remplaça, battit le général américain Stricker, et alla bivaquer à la vue des ouvrages que les ennemis avaient élevés en face de la ville, pendant que la flotte qui le suivait bombardait le fort McHenry. Le lendemain, jugeant les Américains trop bien fortifiés dans leurs lignes pour être attaqués avec avantage, il prit le parti de la retraite. Pendant ve temps-là, les escadres qui bloquaient les ports de New- York, de New-London et de Boston, enlevaient de nombreux navires et faisaient subir des pertes immenses au commerce américain.
Les États du Sud n’étaient pas plus exempts que ceux du centre de ces irruptions dévastatrices. Dans le mois d’août, les Anglais, du consentement des autorités, prirent possession des forts espagnols de Pensacola, et préparèrent une expédition contre le fort Bowger, qui commandait l’entrée de la baie et du havre de la Mobile. Le général américain Jackson, après des reproches inutiles au gouverneur espagnol, marcha sur Pensacola, prit cette ville d’assaut et força les Anglais d’évacuer la Floride. C’est à son retour que la Nouvelie-Orléans se trouva menacée, et qu’on se hâta d’armer la milice, de proclamer la loi martiale et d’élever des fortifications pour protéger la ville.
L'’escadre anglaise qui portait l’armée du général Packenham, destinée à agir contre la Nouvelle-Orléans, entra, le 10 décembre, dans le lac Borgne, où elle battit et prit une escadrille de cha-
loupes canonnières. Packenham débarqué; livra à son tour un combat nocturne d'avant-garde, le 22, à trois lieues de la Nouvelle-Orléans, et s’avança vers les retranchements élevés à 4 milles au-dessous de la ville pour la protéger. Ces retranchements, formés de balles de coton, étaient défendus par 6,000 hommes, les meilleurs tireurs du pays. Packenham disposa 12,000 soldats en colonnes pour les enlever d'assaut. Elles marchèrent avec une parfaite régularité sur les batteries américaines. Les soldats se serraient les uns contre les autres à chaque vide que les boulets faisaient dans leurs rangs, comme la garde de Napoléon à Waterloo. Ils arrivèrent ainsi à portée de la mousqueterie. Six mille fusils s’abaissèrent soudain et vomirent la mort sur eux. En un instant les colonnes compactes des Anglais furent écrasées. Elles voulurent en vain conserver leur ordre : les tués et les blessés les embarrassaient en tombant. Elles chancelèrent, et dès lors tout fut perdu; elles tombèrent dans une confusion effroyable.
Le général Packenham fut tué en cherchant à les rallier. Les généraux Gibbs et Keene furent blessés, le premier à mort. Le soldat ne voulut plus écouter la voix des chefs, et toute l’armée prit la fuite, laissant le terrain jonché de cadavres.
Le général Lambert, à qui revenait le commandement, laissa les troupes éperdues s’éeouler vers le camp, où elles se remirent petit à petit de leur trouble. Elles avaient laissé 700 morts et plus de 1,000 blessés sur le champ de bataille. La perte de l’enremi ne fut que de 7 tués et 6 blessés. Cette disproportion, qui est la condamnation la plus forte de Paockenham, justifie la prudence du général Prevost en ne risquant point une attaque inutile à Plattsburgh.
La bataille de la Nouvelle-Orléans, dont le résultat remplit les Américains de joie, et quelques combats sur mer, précédèrent de peu de temps la cessation des üostilités. Les victoires des Américains rendirent le cabinet anglais moins exigeant, et permirent aux États-Unis de négocier avec plus de dignité, le parti de la paix pouvant maintenant lever la tête sans trop blesser l’amour-propre national.
Ce parti embrassait presque tous les fédéralistes, dont la grande majorité se trouvaient dans les États de la Nouvelle-Angleterre, dans ces États qui avaient commencé la révolution et
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conquis l'indépendance du pays. Ces anciennes provinces, de tout temps plus ou moins jalouses des nouvelles, qui oubliaient souvent ce qu’elles devaient à leurs aînées, n’avaient pas cessé de se plaindre depuis le commencement de la guerre. Elles disaient que le gouvernement général ne leur donnait pas la protection que ce qu’elles payaient pour les frais de la lutte leur donnait le droit d’avoir. L’Angleterre, qui connaissait leurs sentiments, faisait ravager leurs côtes exprès, afin de leur faire désirer plus vivement le retour de la paix. Vers la fin de 1814, des délégués, nommés par les législatures du Massachusetts, du Connecticut, de Rhode-Island et par une portion du Vermont et du Nouveau-Hampsbhire, s’assemblèrent à Hartford pour prendre en considération l’état du pays. Ce congrès fut dénoncé dans les termes les plus forts par les amis du gouvernement général. Il fut flétri comme une trahison commise au préjudice de la confédération entière, et comme un appât offert aux projets de l’ennemi. Ces querelles agitèrent profondément la république, et influencèrent les résolutions du gouvernement fédéral pour la paix.
Dès le mois d’août, les commissaires des deux nations s’assemblèrent à Gand, en Belgique, pour en discuter les conditions et signèrent, le 24 décembre, un traité fort honorable pour la Grande-Bretagne. La restitution réciproque de toutes les conquêtes faites l’une sur l’autre par les deux nations, était acceptée; et la question des frontières du Canada et du Nouveau- Brunswick, abandonnée à la décision de commissaires qui se- ‘aient nommés par les deux gouvernements. Les États-Unis signèrent auvsi dans le traité cette disposition si incompatible avec l'esclavage qui règne sur une grande partie de leur territoire, à savoir uue, comme la traite des esclaves est inconciliable avec les principes de la justice et de l'humanité, et que les deux gouvernements désiraient continuer à travailler à son abolition, ils feraient tous leurs efforts pour atteindre un but si désirable. Le silence fut gardé sur le principe que le: pavillon couvre la marchandise et sur le droit de visite.
Le traité de Gand blessa l’amour-propre des républicains américains, car en n’obtenant rien de ce qu’ils avaient voulu acquérir bar la guerre, ils se reconnaissaient incapables de se le faire donner de vive force. Une de leurs fautes, c’était
d'avoir attendu trop tard pour prendre les armes. La campagne de Russie allait commencer la décadence de Napoléon, assurer le triomphe de l’Europe sur lui, et laisser l’ Angleterre libre d'agir en Amérique. Depuis longtemps l’empereur des Français pressait les Américains de prendre les armes. Il savait que depuis la révolution, ils convoitaient les provinces anglaises, qui, adossées au nord, pèsent sur eux de tout leur poids dans toute la largeur du continent. Mais ils mirent tant de lenteur à se décider, qu’ils s’ébranlèrent au moment où leur gigantesque allié commençait à pencher vers sa ruine. Le vrai motif de la guerre était la conquête du Canada; les prétextes on étaient le droit de visite et le principe que le pavillon couvre la marchandise.
Ces prétextes subsistent encore. L’Angleterre fit une faute de ne les pas faire disparaître; car sa faiblesse en Amérique augmente tous les jours avec la marche ascendante des États- Unis. Deux choses contribuent à cette faiblesse, l'inégalité numérique croissante de la population, et le vice fondamental du gouvernement colonial, dont le point d'appui est à 1,000 lieues de distance, et dans un monde qui a une organisation sociale et politique différant essentiellement de celle de l’Amérique. Aussi Alison avoue-t-il que le traité de Gand doit être regardé plutôt comme une longue trève que comme une pacification finale. La question de la frontière du Maine resta indécise. Les États-Unis, profitant du levain laissé dans l'esprit des colons canadiens à la suite des événements de 1837, ont obtenu depuis presque tout ce qu’ils demandaient à ce sujet. Le droit de visite fera sans doute renaître les difficultés, car il est incompatible avec la dignité d’une nation libre et avec les intérêts commerciaux des États-Unis.
Le traité qui mit fin à la guerre de 1812, fut accueilli avec joie par ls Haut-Canada, où la guerre avait été une suite d’invasions cruelles et ruineuses. Il ne fut pas moins bien reçu des États-Unis, surtout de ceux qui bordent la mer. La guerre avait presque anéanti le commerce extérieur de la république, qui s'élevait avant les hostilités à un chiffre énorme. Ses exportations, qui étaient de 22 millions sterling, et ses importations de 28,000,000, en 1812, étaient déjà tombées, en 1814, les premières à 1,400,000 et les dernières à moins de trois millions.
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Deux à trois mille bâtiments de guerre et de commerce avaient été enlevés par les Anglais, qui, malgré toutes les pertes qu’ils avaient faites eux-mêmes, étaient sûrs de ruiner la marine américaine avant d’épuiser la leur, dont la force était immensément supérieure. Le trésor de la république, formé en grande partie de droits de douane, s'était trouvé par là-même ruiné dans un instant ; le gouvernement avait été obligé de recourir à des impôts directs et à des emprunts, qui s’élevèrent, en 1814, à 20 milliors et demi de piastres, somme énorme pour une nation dont le revenu était seulement de 23 millions en temps ordinaire. Les deux tiers des marchands étaient devenus inso!vables; et les États du Massachusetts, du Connecticut et de la Nouvelle-Angleterre allaient prendre des mesures pour demander la séparation de l’Union, quand arriva la paix.
La guerre de 1812 causa aussi des pertes considérables au commerce de la Grande-Bretagne. Les États-Unis tiraient pour 12 millions de marchandises des Iles britanniques ; les manufacturiers anglais durent renvoyer leurs ouvriers, dont la misère devint excessive. Ilest vrai que bientôt l’Italie et le nord de l’Europe, affranchis des armées françaises après la campagne de Russie, purent offrir une compensation dans les marchés qu’ils ouvrirent à l'Angleterre. Mais la nécessité rendit les Américains manufacturiers à leur tour; et une fois les fabriques montées chez eux, elles s’y maintinrent et leurs produits remplacent aujourd’hui une partie de ceux de l'étranger. Tel fut le premier effet permanent de la guerre. Un second effet tout aussi important, c’est que les Êtats du Nord, qui voulaient se détacher de la confédération pour s’unir à la Grande- Bretagne en 1814, sont devenus aujourd’hui les ennemis naturels de cette contrée, parce que c’est sur leur territoire que se sont établies les manufactures, et que c’est là qu’existe maintenant la véritable rivalité avec l'Angleterre. Aussi n’y a-t-il plus à craindre de dissolution pour la raison commerciale, parce qu’il s'établit tous les jours entre les États du Sud et les États du Nord de nouveaux rapports d'intérêts qui les rapprochent.
Au reste il est peu probable que les Américains cherchent à acquérir le Canada malgré ses habitants. A leurs yeux la dépendance coloniale ne paraît pas un état naturel et durable, et la conduite des métropoles elles-mêmes indique assez qu’el-
les ont le même sentiment sur l'avenir. Cette éventualité pré. occupe les politiques et les historiens de l’Angleterre; mais ni ses historiens, ni ses hommes d'État ne peuvent s'affranchir assez de leurs antiques préjugés, pour porter un jugement impartial sur ce qu’il faudrait faire pour conserver l'intégrité de l'empire. De quelque manière qu’un envisage cette question, la solution paraît difficile, car la métropole ne peut permettre aux colonies d'exercer la même influence sur son gouvernement que les provinces qui la constituent elle-même, ni donner à leurs députés le droit de siéger dans le parlement impérial en nombre proportionné à leur population, car il viendrait un temps où la représentation réunie du Canada, du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et de toutes les autres colonies, excèderait celle de l'Angleterre, qui passerait ainsi du rôle de métropole à celui de dépendance, et recevrait la loi comme telle. Cette conséquence nécessaire montre la force des obstacles que rencontre le régime colonial à mesure qu'il vieillit et que les populations s’accroissent. La séparation paraît donc inévitable, malgré le désir que l'on peut avoir de part et d’autre de l’éviter. Il ne reste à la politique qu’à travailler à reculer l’événement, et lorsque l’événement arrivera, qu’à en diminuer autant que possible les effets désastreux. Mais c’est là la prévoyance qui manque presque toujours aux métropoles, lorsque le temps est venu de donner la liberté à une colonie trop puissante. La crainte retient la main des gouvernants, et la contrainte irrite l’ardeur de la jeune nation, qui se révolte et brise ses freins. Les métropoles se trompent souvent sur les causes de révolution. Pour nous assurer la possession de nos colonies de l’Amérique du nord, dit Alison, nous devons surtout nous attacher les habitants et nous assurer leur appui. ‘ Quoique nous devions déplorer l’effet des actes coupables et de l’ambition criminelle des révolutionnai:2s du Bas-Canada, qui nous ont aliéné l'affection d’un peuple simple et industrieux, autrefois loyal et dévoué, le mal n’est pas encore sans espoir : si l’on y remédie dans un bon esprit, il peut résulter de ces maux passagers un bien durable. Ces événements, en attirant l’attention, ont fait découvrir bien des abus, qui sans cela seraient restés dans l'ombre, et nous ont montré la nécessité de les faire disparaître.” Mais l’abus est l’abîme insurmontable des gouvernements colo-
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niaux. Ceux qui dans la métropole paraissent désirer les réformes avec le plus d'ardeur, sont ceux-là même qui s’attaquent avec le moins de réserve aux réformateurs coloniaux. Les insurrections qui ont eu lieu dans les deux Canadas en 1837, n’ont été que la conséquence de la mauvaise administration de ces deux provinces, et de l’obstination du pouvoir à ne pas prêter l'oreille aux représentations solennelles de leurs députés en pleine législature pendant une longue suite d'années. Le préjugé est si difficile à vaincre, que l'historien métropolitain, en exposant le remède, justifiera presque la révolte du Haut-Canada, parce que ce pays est peuplé d'hommes de sa race, et notera d'infamie le rebelle du Bas-Canada, parce qu'il est d’uns autre origine : il attribuera la conduite de l’un à la supériorité de ses lumières et de son énergie, et la conduite de l’autre à l’ignorance et à l’ambition; en un mot, il fera de la même chose un crime «u Canadien-Français, et une vertu au Breton.
Après la campagne de 1814, sir George Prevost était descendu à Québec. Il convoqua les chambres pour le mois de janvier 1815. M. Panet avait été nommé au conseil législatif. I1 fut remplacé à la présidence de l’assemblée par M. Papineau, fils, l’un des plus jeunes membres, puisqu'il avait à peine 26 ans. Plus ardent que son père, qui s'était distingué dans nos premières luttes parlementaires, il devait porter ses principes beaucoup plus loïn que lui.
Après avoir amendé la loi des milices et augmenté les droits sur divers articles, pour faire face aux besoins de la guerre, si elle continuait, la chambre revint sur la question d’un agent en Angleterre. Elle passa à ce sujet une nouvelle résolution, qui fut repoussée, comme la précédente, par le conseil législatif. L'Angleterre, toujours opposée à ce système, déclara que le gouverneur était la seule voie constitutionnelle de correspondance entre les deux corps législatifs et la métropole.
Ce qui faisait désirer alors plus que jamais d’avoir un agent à Londres, c’est le bruit qui se répandit que toutes les colonies allaient être placées sous un seul gouvernement, selon la suggestion du juge Sewell.
L'assemblée déclara qu’elle persistait dans ses accusations contre ce juge et contre le juge Monk, et elle nomma de nouveau M. James Stuart pour aller les soutenir auprès de la métropole.
tot.
Elle était encore engagée dans cette question difficile lorsque la conclusion de la paix fut officiellement annoncée. La chambre passa aussitôt une résolution pour déclarer que sir George Prevost s'était distingué par son énergie, son habileté et sa sagesse dans les circonstances extrêmement difficiles où il s'était trouvé, et elle lui vota une somme de cinq mille louis sterling pour lui acheter un service de table en argent, vote que le conseil repoussa lorsqu'il fut soumis à son suffrage, l'année suivante, sous forme de loi, malgré l’approbation que le prince régent avait donnée à l’administration et à la conduite militaire de ce gouverneur. Lorsque le parlement fut prorogé, le président de la chambre, en présentant la loi des subsides, adressa ces paroles à Prevost : ‘“ Les événements de la dernière guerre ont resserré les liens qui unissent ensemble la Grande-Bretagne et les Canadas. Ces provinces lui ont été conservées dans des circonstances extrêmement difficiles. Lorsque la guerre a éclaté, ce pays était sans troupes, sans argent, et votre excellence à la tête d'un peuple en qui, disait-on, l’habitude de plus d’un demi-siècle de repos avait détruit tout esprit militaire. Vous plaçant au-dessus de ces préjugés, vous avez su trouver dans le dévouement de ce peuple brave et fidèle, quoique injustement calomnié, des ressources pour déjouer les projets de conquête d’un ennemi nombreux et plein de confiance dans ses propres forces. Le sang des enfants du Canada a coulé, mêlé avec celui des braves envoyés pour les défendre. Les preuves multipliées de l'efficacité de la puissante protection de l'Angleterre et de l'inviolable fidélité de ses colons, sont devenues pour ceux-ci de nouveaux titres en vertu desquels ils prétendent conserver le libre exercice de tous ies avantages que leur assurent la constitution et les lois.”
Le gouverneur accueillit ces paroles avec une véritable satisfaction. Il informa les chambres qu'il passait en Angleterre pour aller répondre aux accusations que le commodore Yeo avait portées contre lui touchant l'expédition de Plattsburgh, Avant son départ, les habitants de Québec et de Montréal lui présentèrent les adresses les plus flatteuses. Les Canadiens lui montraient d'autant plus d'affection qu'ils savaient que l’espèce de disgrâce dans laquelle il était tombé, provenait surtout de la sympathie qu’il leur avait montrée.
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Le résultat funeste de l'expédition de Plattsburgh avait fourni
à ses ennemis un prétexte pour lui faire voir leur antipathie.
Le frère de l’un des juges accusés, le solliciteur général Sewell, l'insulta dans un libelle. Yeo l'avait accusé d'avoir été la cause du triomphe des Américains. Sesennemis s'étaient ligués ensemble pour faire retomber sur lui la défaite navale de Sacketts-Harbor, afin de lui faire perdre le gouvernement du Canada. Le département militaire, en lui transmettant leurs accusations, lui avait donné jusqu’au mois de janvier 1816 pour préparer sa défense. Mais il mourut dans l'intervalle des suites des fatigues qu’il endura en faisant à pied une partie du chemin de Québec au Nouveau-Brunswick, dans la saison la plus rigoureuse de l’année, pour se rendre en Europe. Suivant l’usage des conseils de guerre, sa mort mit fin à l'enquête. Après quelques démarches de sa veuve et de son frère, le colonel Prevost, auprès du bureau de la guerre, le gouvernement reconnut publiquement les services distingués qu'il avait reçus de la victime, et permit, par une espèce de rétribution, que quelques armoiries fussent ajoutées aux armes de sa famille.
Les hommes de l’art avaient déjà approuvé le plan de campagne de sir George Prevost et la résolution qu'il avait prise à Sacketts-Harbor. Le duc de Wellington écrivit à sir George Murray : ‘ J'approuve hautement, je dirai plus, j’admire tout ce qui a été fait en Amérique, d’après ce que je puis voir en gros. Je ne puis dire si sir George Prevost a eu tort ou raison dans la décision qu’il prit au lac Champlain ; mais je suis cer- {ain d’une chose, c’est qu'il aurait été également obligé de retourner à Montréal après la défaite de la flotte. Je suis porté à croire qu’il aeuraison. J'ai dit, j'ai répété aux ministres que la supériorité sur les lacs est la condition sine qua non du succès en temps de guerre sur la frontière du Canada, même dans une guerre entièrement défensive.”
Au reste les officiers de la flottille avaient déjà été condamnés par une cour martiale.
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