S0 HISTOIRE DU CANADA
Elle eut encore assez d'influence pour faire rejeter par la métropole la loi de 1799, laquelle assurait au peuple le pouvoir de taxer et de contrôler la perception et l'emploi du revenu public. Elle cria à la trahison lorsque la chambre passa un autre statut pour charger le budget de la colonie de toute la dépense civile, dont une partie était alors payée par la mère patrie : et l’on verra par la suite comment elle profita de la suspension de l’Acbeas corpus pour intimider la chambre, en emprisonnant ses membres et en usurpant une autorité que lui refusait la loi.
Dès le début du gouvernement constitutionnel, les hommes et les partis se dessinent assez pour faire connaître leur caractère, leurs tendances et leur esprit. Le parti anglais, voyant ses espérances déçues, se rallia au gouvernasment avec beaucoup de dépit. Cependant son rôle était encore fort beau : il dominait dans le conseil législatif, le conseil privé et l’administration. Le parti canadien ne régnait que dans la chambre d’assemblée, qui fut bientôt en opposition ouverte avec les deux autres branches de la législature et tous les fonctionnaires publics, qui la détestaient déjà. De là les longs démêlés qui vont remplir nos annales malgré l'introduction du principe électif, et dans lesquels les Canadiens vont se présenter à nous sous un aspect nouveau. Intrépides et persévérants sur les champs de bataille durant la domination française, on va les voir, sous le gouvernement anglais, montrer la même constance dans une lutte d'un autre genre, et se distinguer par leur énergie et par des talents qu’on ne leur avait pas encore connus.
Les deux hommes qui vont fixer les premiers notre attention sur le théâtre parlementaire, seront MM. Bedard et Papineau, que la tradition nous représente comme des patriotes doués de grands talents oratoires. Ils furent dans la législature les plus fe:mes défenseurs de nos droits, et les partisans les plus désintéressés et les plus fidèles de l’Angleterre, a: service de laquelle le dernier s'était déjà distingué par son ”èle durant la révolution américaine.* Sortis tous les deux des rangs du
* Un officier canadien, M. Lamothe, avait apporté eu Canada des dépéches de lord Howe au général Carleton; elles étaient adressées au séminaire de Montréal. M Papineau, alors jeune homme, se joignit à M. Lamothe pour les porter à Québec. Munis de ces lettres, qu’ils avaient ca-
chées dans des bâtons creux, ils se mirent en chemin par la rive droite du fleuve, évitant les troupes révolutionnaires et les Canadiens qui avaient
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peuple, ils avaient reçu une éducation classique au collége de Québec. M. Papineau fut bientôt le premier orateur des deux chambres. Une stature élevée et imposante, une voix pleine et sonore, une éloquence véhémente et argumentative, lui donraient une g'ande influence dans les assemblées publiques. 11 conserva jusqu’à la fin de ses jours un patriotisme pur et la confiance de ses concitoyens, qui aimaient à entourer de leur respect ce vieillard, dont la tête droite et couverte d’une longue chevelure blanche, conservaic encore le caractère de l’énergie et de la force.
M. Bedard était loin d’avoir les mêmes avantages physiques. A une figure dont les traits, fortement prononcés, étaient irréguliers et durs, il joignait une pose peu gracieuse et un extérieur extrémement négligé. Bizarre et insouciant par caractère, il prenait peu d’intérêt à la plupart des matières qu’on discutait dans la chambre, et il parlait en général avec négligence ; mais lorsqu’une question attirait son attention et l’intéressait vivement, il sortait de son indifférence apparente avec une agitation presque fébrile. Embrassant d’un coup d’œil son sujet, il l'abordait largement, mais non sans quelque embarras : en commençant sa parole était difficile et saccadée ; mais bientôt la figure énergique ds l’orateur s’animait, sa voix devenait ferme et puissante ; de ce moment sa phrase jaillissait avec abondance et avec éciat. Il combattait ses adversaires avec une force de logique irrésistible, et rien » était capable d'intimider son courage ou de faire fléchir ses convictions. C’est ainsi que nous allons le voir lutter d’abord contre les prétentions extravagantes de l’oligarchie anglaise, et ensuite contre la tyrannie du goüverneur sir James Craig, dont il brava le despotisme, en se mettant au-dessus des verreurs du public, qui admirait sa fermeté sans imiter toujours son indépendance.
T'els sont les deux hommes que les Canadiens vont prendre pour chefs dans les premières années du régime parlementaire. embrassé leur parti, et marchant de presbytère en presbytère. Ils parvinrent à Québec le 11 mars, et, après avoir délivré leurs dépêches, ils entrè-
rent dans la compagnie du capitaine Marcoux en qualité de volontaires, et servirent jusqu’à la levée du siége.
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