‹ Histoire du Canada [microforme] (volume 5)Chapitre 13 sur 56 · HIS OIRE DU CANADA · texte numérisé non relu

HIS OIRE DU CANADA

bles religieux qui agitaient le royaume à l’occasion de la bulle unigenitus. Cette bulle proclamait l’infaillibilité du pape; et le cardinal avait promis de se vouer à sa défense pour obtenir le chapeau, “ Comme prêtre, dit un auteur, il oublia qu’il se devait à la France et non à la cour de Rome; il se fit juge opiniâtre des consciences, quand il ne fallait être que conciliateur. Il avait des yues bornées, peu de génie, beaucoup d’égoïsme ; il craignait les Jésuites et les servait afin de ne pas les avoir pour ennemis.”

Le concile provincial d’Ermibrun tenu en 1727, ayant condamné l’évêque de Senez, accusé d’avoir attaqué la fameuse bulle, le parlement et le barreau s’élevèrent contre le jugement, le parlement qui bravait alors la cour de Roine, en refusant la légende de Grégoire XIT béatifié à la sollicitation des Jésuites, et qui sélevait devant le cardinal comme l’opposant de ses vues. On conçoit quelle amertune cette conduite laissait dans le cœur du ministre, et dans quelle disposition d’esprit il reçut la nouvelle des démêlés entre le chapitre et le conseil supérieur de Québec image du parlement de Paris. La querelle canadienne se confondit à ses yeux avec la querelle française. Dupuy fut immédiatement rappelé, et l’ordre envoyé au conseil supérieur de lever les saisies du temporel des chanoines et du curé de la cathédrale, qu’il avait ordonnées dans le cours des procédures.

Il y eut alors dans ce corps un revirement peu honorable pour son indépendance. MM. d’Artigny et Gaillard, s’étant présentés pour y prendre place comme à l'ordinaire, furent informés par M. Delino, qui le présidait en l’absence de son chef disgracié, qu’ils ne pourraient être admis jusqu’à ce que le roi se fût prononcé sur la lettre de cachet du gouverneur. Leur suspension, car c’en était une, dura jusqu’à l’arrivée du nouvel intendant, M. Hocquart, l’année suivante, qui leur permit de reprendre leurs sièges, pour assoupir l'affaire plus vite.

Telle fut cette grande querelle dans laquelle le conseil finit par jouer le rôle servile qui ne caractérise que trop souvent les autorités coloniales. Dupuy avait remis sa charge aux premiers avis, afin de ne point portager la honte de ces rétractations.

Quant à l’élection de l’évêque, la position prise par l’autorité civile fut maintenue, puisque M. de Mornay succéda à M. de St.- Vallier en vertu de son droit de second dignitaire du diocèse.

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Mais il ne vint point en Canada. M. Dosquet, nommé évêque de Samos, arrivé avec M. Hocquart en 1729, y fit les fonctions de pontife comme coadjuteur jusqu’en 1735, époque de la résignation de M. de Mornayÿ et de la sienne. M. de Pourroy de l'Auberivières choisi pour remplir le siége vacant, mourut en arrivant à Québec en 1939. Enfin M. Dubreuil de Pontbriant, fut élu pour le remplacer. C’est le premier Canadien qui ait porté la mitre, et sa nomination interrompit ces mutations fréquentes qui arrivaient depuis quelque temps au siège épiscopal.

C’est en 1728 que tout à coup le bruit du tambour retentit sur les places publiques, et annonça aux habitans qu’il se passait quel que chose d’inaccoutumé parmi les peuplades de l'Occident, c'était un débris d’une des nations du Michigan qui avait repris les armes, les Outagamis. On croyait les avoir détruits en 1715, et dès deux ans après M. de Vaudreuil avait été obligé de faire marcher contre eux M. de Louvigny avec quelques hommes, qui les avait forcés de céder leur pays à la France. Mais ils n’avaient pu rester longtemps tranquilles ; ils s'étaient recrutés et avaient repris leurs anciennes habitudes de pillage. Ils rôdaient continuellement dans le voisinage des postes français, infestaient de brigandages et de meurtres les rives du lac Michigan et les routes qui conduisaient du Canada à la Louisiane, entravaient le commerce et rendaient les chemins impraticables à plus de cinq cents lieues à la ronde. Ils engagèrent même plusieurs autres tribus à suivre leur exemple. M. de Beauharnais poussé à bout jura de les exterminer. Mais comment saisir des hommes nomades, qui disparaissaient dans des régions inconnues sans qu’on pôt suivre leur trace ?

C’est ce que l’on essaya. 450 Canadiens et 7 à 800 Sauvages, commandés par M. de Ligneris, entrèrent sur leur territoire. Une portion de cette petite armée s’était mise en route, au commencement de juin, de Montréal. Elle avait remonté la rivière des Outaouais en canot, traversé le lac Nipissing et pénétré, par la rivière aux Français, duns le lac Huron, où les Sauvages qui devaient former le reste du corps l’avait ralliée. Le corps entier atteignit Michilimackinac le 1 août, et débarqua le 14 à Chicago, au fond du Michigan, après deux mois et neuf jours de marche depuis le départ de Montréal.

Les premiers ennemis qu’il eût à combattre, furent les Malhomines ou Folles-Avoines, ainsi nommés parce qu’ils se nourrissaient d’une espèce de riz qui croît en abondance dans les plaines marécageuses situées au sud du lac Supérieur. Le lendemain cette tribu, que les Outagamis avaient entraînée dans leur alliance, se présenta rangée en bataille sur le rivage pour s’opposer au débarquement des Français. Mais à peine leurs canots eurent-ils touché la terre, que les Canadiens et leurs alliés saisissant leurs haches et leurs fusils, s’élancèrent vers les Malhomines avec de grands cris. La mêlée fut extrêmement vive, mais l’ennemi, rompu partout, fut complètement défait après avoir essuyé des pertes considérables.

Le bruit de l’arrivée et de la victoire de Ligneris se répandit au loin en un instant. Toutes les tribus prirent la fuite, les Outagamis les premiers. On se mit à leur poursuite ; on remonta la rivière aux Renards jusqu’à sa source, on s’avança jusqu’à leur dernier asyle sur une rivière qui tombe dans le Ouisconsin, à une trentaine de lieues du Mississipi, mais on ne put les atteindre. Il fallut se contenter de détruire les frèles bourgades qu’ils s’étaient élevées depuis 1715, avec les dépôts de maïs qui sy trouvaient, et de ravager le plat pays pour leur ôter tout moyen de subsistance, Pas une bourgade, pas une cabane, n’échappa aux flammes. Cette irruption brusque et dévastatrice, dont le roi avait cru le succès douteux, rendit, pour quelque temps, la paix à ces contrées, et la sûreté aux communications entre le Canada et la Louisiane, que l’on désirait plus que jamais rapprocher l’un de l’autre.

Tandis que le gouvernement punissait ainsi le soulèvement des Sauvages, il ne perdait pas de vue l’honorable mission qu’il s’était imposée, la découverte et l’exploration de l’intérieur du continent. On avait découvert les deux grands fleuves et tous les grands lacs de Amérique du Nord ; on avait remonté à une grande distance les tributaires du Mississipi qui prennent leurs sources dans les Montagnes-Rocheuses ; on ambitionnait maintenant la gloire d’atteindre la mer Pacifique, qu’un Sauvage Yasou, au rapport de Lepage Dupratz, avait déjà visitée. Une pareille entreprise avait été formée plusieurs fois chez les Français. M. de Beauharnais voulut s’en occuper sérieusement et l’accomplir. Le R

plus difficile lui semblait fait, car l’on supposait alors le continent moins large au nord qu’il ne l’est en eflet; et que la mer, au lieu de reculer vers l’ouest, se rapprochait de l’est en s’élevant au pole. La figure de l’extrémité de l'Amérique du Sud, qui finit en pointe à la terre de Feu, et la longitude de la partie alors connue des côtes occidentales du continent, partie qui ne venait guère en deçà du Mexique, pouvaient faire tomber dans cette erreur.

Le gouverneur, sous l'inspiration du ministre, M. de Maurepas, envoya une expédition sous la conduite de M. de la Vérandrye, qui sans posséder l’énergique persévérance de la Salle et de Perrot, avait néanmoins l'expérience des voyages, et pouvait faire espérer un résultat satisfaisant. Il partit en 2738 avec ordre de prendre possession des pays qu’il pourrait découvrir au nom du roi, et d’exaininer attentivement les avantages que l’on pourrait retirer d’une communication entre le Canada ou la Louisiane et l’océan Pacifique. Le gouvernement avait intention de prolonger la ligne des postes de traite jusque sur cette mer. Les regards des Européens sans cesse tournés vers l’Occident, semblaient chercher cette terre promise qui avait embrasé le génie de Colomb, ce ciel mystérieux qui fuyait toujours, et vers lequel une puissance secrète semble pousser continuellement la civilisation.

La Vérandrye passa par le lac Supérieur, longea le pied du lac Winnipeg, remonta la rivière des Assiniboils, et s’avança vers les Montagnes-Rocheuses qu’il n’atteignit pas cependant, s’étant wouvé mêlé dans une guerre avec les naturels dans laquelle il perdit une partie de ses gens, et fut obligé de s'arrêter. Ce voyageur a raconté au savant suédois, Kalm, qui visitait le Canada en 1749, qu’il avait trouvé dans les contrées les plus reculées qu’il avait parcourues, et qu’il supposait à 900 lieues de Montréal, de grosses colonnes de pierre d’un seul bloc, quelquefois appuyées les unes contre les autres, d’autres fois superposées comme celles d’un mur; que ces pierres n’avaient pu être disposées ainsi que de main d'homme, et qu’une d’elles était surmontée par une autre fort petite n’ayant qu’un pied de long sur quatre ou cinq pouces de large, portant sur deux faces des caractères inconnus, Cette petite pierre fut envoyée au secrétaire

d'état, à Paris. Plusieurs des Jésuites qui l’avaient vue en Canada, dirent à Kalm que les figures qu’elle portait ressemblaient aux caractères tartares. Les Sauvages ignoraient par qui ces blocs avaient été apportés là, et disaient qu’ils y étaient depuis un temps immémorial. L'origine tartare des caractères paraît très probable à Kalm, et servirait à confirmer l’hypothèse d’une émigration asiatique qui serait la souche d’au moins une partie des Sauvages de l'Amérique.

L'on donna aux contrées découvertes par la Vérandrye, le nom de “ Pays de la mer de Ouest” parce que l’on croyait s'être arrêté à peu de distance de cette mer; et on y établit une chaîne de petits postes pour contenir les Indigènes et faire la traite des pelleteries. Le plus reculé fut d’abord celui de la Reine, à 100 lieues à l’ouest du lac Winnipeg sur la rivière des Assiniboils ; on en construisit ensuite trois autres en gagnant toujours le couchant ; le dernier prit le nom de Paskoyac, de la rivière qui passait à ses pieds.

Sous l’administration de M. de la Jonquière, on voulut organiser une nouvelle expédition pour continuer les découvertes et faire la traite. L’intendant Bigot était alors en Canada ; il forma dans ce but une société composée du gouverneur et de lui-même, de MM. Bréard, contrôleur de la marine, Legardeur de St.-Pierre, officier plein de bravoure et fort aimé des Indiens, et de Marin, capitaine décrié par sa cruauté, mais redouté de tous ces peuples. Ces deux derniers furent chargés de l’œuvre double de l’association. Marin devait remonter le Missouri jusqu’à sa source, et de là suivre le cours de la première rivière sur laquelle il tomberait, et qui irait se jeter dans l’océan Pacifique. St.-Pierre, passant par le poste de la Reine, devait aller le rejoindre sur le bord de cette mer à une certaine latitude. Mais tout cela était subordonné à la spéculation pour laquelle on s'était associé, c’est-àdire que l?s voyageurs pourraient interrompre leur marche dès qu’ils croiraient avoir amassé assez de pelleteries pour les charger. Ils ne furent pas loin, et s’en revinrent nantis d’une riche moisson. Les associés firent un profit énorme. Smith fait monter la part seule du gouverneur à la somme de 300,000 francs.

La France ne retira rien de cette expédition, dont l’Etat fit tous les frais,

Mais l’apparence hostile que prenaient les relations coloniales des Français et des Anglais, devenait de plus en plus menaçante, et la tournure des affaires en Europe n’annonçait que trop une rupture prochaine entre les deux nations. La question des frontières, tenue en suspens par l'impossibilité de concilier les prétentions avancées de part et d’autre, laissait du reste depuis longtemps les colons dans l’attente d’une guerre plus ou moins éloignée. M. de Beauharnais avait dès 1734 écrit une dépêche en chiffres au ministre pour lui exposer la situation du Canada et les mesures à prendre pour sa défense. Revenant toujours à la nécessité de fortifier Québec, il répétait ce qu’on avait dit tant de fois, que cette ville était la clef du pays et l’abord des secours venant de Franse ; que si les ennemis s’en rendaient maîtres ils le seraient bientôt de toute l'Amérique. Cette fois le roi fit répondre qu’il serait d’autant plus inutile de fortifier Québec qu’on ne pourrait le faire assez solidement pour le rendre imprer le. Le pays devait accomplir ses destinées.

En 1735 Raensalaer, seigneur d’Albany, sous prétexte de voyager pour son amusement, mais dans la prévision de la reprise des armes, vint en Canada et informa secrètement le gouverneur, que dans les dernières guerres l’on avait ménagé leur pays, que M. de Vaudreuil avait recommandé à ses alliés de n°y pas faire de courses, que la Nouvelle-York avait fait la même chose de son côté, et qu’elle était encore disposée à en user de même. En 1740 la guerre étant devenue encore plus imminente, M. de Beauharnais fit mettre, sur les ordres de Paris, les forts de Chambly, St.-Frédéric et Niagara en état de défense. Il travaillait en même temps à resserrer les liens qui unissaient les Sauvages aux Français. Il tint de longues conférences avec eux en 1741, où il put s’assurer que, s’ils n’étaient pas tous très attachés à notre cause, la puissance croissante de nos voisins excitait assez cependant leur inquiétude et leur jalousie pour leur faire préférer notre alliance à la leur. L’on faisait bien de ménager ces peuples qui, d’après un dénombrement exécuté en 1736, de toutes leurs tribus depuis les Abénaquis jusqu’aux Mobiles, comptaient encore plus de 15,000 guerriers.

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