COMMERCE
De l’Amérique et de ses destinées.—But des colonies qui y ont été étas blies.—Le génie commerçant est le grand trait caractéristique des populations du Nouveau-Monde,— Commerce canadien: effet destructeur des guerres sur lui.—Il s’accroît cependant avec l’augmentation de la population.—Son origine: pêche de la morne.—Tiaite des pelleteries de tout temps principale branche du commerce de la Nouvelle-France.—Elle est abandonnée au monopole des particuliers on de compagnies jusqu’en 1731, qu’elle tombe entre les mains du roi pour passer en celles des fermiers. — Nature, profits, grandeur, conséquences de ce négoce; son utilité politique.—Rivalité des colonies anglaises; moyens que prend M. Burnet, gouverneur de la Nouvelle-York, pour enlever la traite aux Français.— Lois de 1720 et de 1727.— Autres branches de commerce : pêcheries, combien elles sont négligées.—Bois d’exportation.—Construction des vaisseaux.—Agriculture ; céréales et autres produits agricoles. —Jin-seng.— Exploitation des mines.—Chiffre des exportations et des importations. — Québec, entrepôt général.— Manufactures : introduction des zvuiers pour Ja fabrication des toiles et des draps destinés à la consommation intérieure.— Salines.—Etablissement des postes et messageries (1745).—Transport maritime.—Taxation : droits de douane imposés fort tard et très modérés.—Systèmes monétaires introduits dans le pays ; changemens fréquens qu’ils subissent et perturbations qu’ils causent. —Numéraire, papier-monnaie : cartes, ordonnances ; leur dépréciation.—Faillite du trésor, le papier est liquidé avec perte de 5/8 pour les colons en 1720.—Observations générales.—Le Canadien plus militaire que marchand.—Le trafic est permis aux fonctionnaires publics ; affreux abus qui en résultent.—Lois de commerce.— Etablissement du siége de l’Amirauté en 1717 ; et d’une bourse à Québec et à Montréal.—Syndic des marchands.—Le gouvernement défavorable à l’introduction de l’esclavage au Canada.
Sr la découverte du Nouveau-Monde a exercé une influence salutaire sur la destinée des Européens,* elle en a eu une bien
1 The discovery of America was, in this way, of as much advantage to Europe, as the introduction of foreign commerce would be to China. It
funeste pour les nations indiennes qui peuplaient les forêts de PAmérique. Leur amour de l’indépendance, leurs mœurs belliqueuses, leur intrépidité ont retardé et retardent encore à peine leur ruine d’un jour: au contact de la civilisation elles tombent et s’effacent avec plus de rapidité encore que les bois mystérieux qui leur servaient de retraites, et bientôt, pour nous servir des paroles poétiques de Lamennais, elles auront disparu sans laisser plus de trace que les brises qui passent sur les savanes et que les flots poussés par une force invisible entre les bancs de corail. En moins de trois siècles, en effet, elles ont disparu d’une grande partie du continent, et que sont-elles devenues? Ce n’est pas ici le lieu de rechercher les causes de cet anéantissement de tant de peuples dans un si court espace de temps que l’imagination en est étonnée, cela nous menerait trop loin, et d’ailleurs nous offrirait des images trop tristes pour l’orgueil de l’homme, dont les succès sont achetés aux dépens de ses semblables. Nous abandonnerons à l’oubli qui les couvre ces hécatombes muettes sur lesquelles ne s'élève aucun monument, aucun souvenir, et puis que leur histoire garde le silence, nous tournerons nos regards en plaignant leur destinée vers des peuples dont les grandes actions ne passeront pas, et dont la hardiesse et le génie transportés d’Europe en Amérique, ont donné un nouvel essor aux progrès de la civilisation. C’est une ère incomparable que celle de l’établissement d’un immense et fertile continent par des populations qui foulant aux piedsles dépouilles sociales des temps passés, ont voulu inaugurer une arche d’alliance nouvelle, une société sans privilèges etsans exclusion. Le monde n’avait encore rien vu de semblable. Cette nouvelle organisation doit-elle atteindre les dernières limites de la perfectibilité humaine? On le croirait si les passions des hommes n’étaient partout les mêmes, si l’amour des richesses surtout n’envahissait aujourd’hui toutes les pensées, et n’était devenu, comme celui des armes au moyen âge, la première idole de l'Amérique. Rien n’y entrave les lumières, ni vieux préjugés, ni vieilles doctrines, ni institutions antiques. La place du bon et du beau est libre. Mais le désir d’adoucir le sort de la vie maté-
provided a new employment for that stock which this industry accumulated.”? Brougham : Colonial policy of the European powers.
rielle s’est emparé de nos passions et domine aujourd’hui toutes les âmes. Le temps des massacres et des guerres de destruction pour le plaisir de se détruire disparaît tous les jours avec la barbarie du globe, et la lutte se transporte dans la carrière où le prix convoité, ambition suprême, sera le borheur de posséder les moyens de vivre avec luxe. Quelle sera la durée de cette carrière qui mène peut-être trop vite à la sensualité, on n’en sait rien.
Le commerce commençait déjà à prendre de l’essor. L’établissement de Amérique Paugmenta, et maintenant il embrasse tout, et du rang le plus humble tend continuellement à occuper la première place et à exercer la plus grande influence dans la société. Les armes, la mitre ont tour à tour exercé leur domination sur le monde, le négoce vient leur succéder. S'il ne parait pas aussi vénérable ou aussi magnifique que ces deux antiques puissances, il veut du moins rêgner d’une manière absolue sur toute l'Amérique ; son temps paraît arrivé et son activité semble destinée à précipiter de gré ou de force sous son joug les contrées dont l’industrie est trop lente à se réveiller. C’est donc aux peuples et aux gouvernemens à se préparer pour fournir une carrière qui doit les mener à la puissance ; témoin les Etats-Unis dont les progrès ont de quoi effrayer les : zilles nations guerrières et aristocratiques de l’Europe, jusqu’à ce qu’enfin le pain manquant par la double action de la centralisation et du nombre, la faim arme de nouveau les hommes les uns contre les autres pour le partage des dépouilles terrestres, et ramène le règne de la force et de l'épée.
Mais avant de parvenir au degré de grandeur auquel ce continent semble devoir atteindre, il a dû payer tribut et soumission aux métropoles qui l’ont peuplé. Il a dû comme l'enfant reconnaître leur autorité jusqu’à ce qu’il fût adulte, jusqu’à ce qu’il fût homme fait, c’est la loi de la nature. C’est à ce titre et pour l’indemniser de sa protection, que l’enfant travaille pour son père. Aussi l’Europe a dit par la bouche de Montesquieu : “ Les colonies qu’on a formées au delà de l’Océan sont sous un genre de dépendance dont on ne trouve que peu d’exemples dans les colonies anciennes, soit que celles d’aujourd’hui relèvent de