‹ Histoire du Canada [microforme] (volume 5)Chapitre 2 sur 56 · U HISTOIRE DU CANADA · texte numérisé non relu

U HISTOIRE DU CANADA

Espagnols, jaloux de l’entreprise des Français, et qui avaient résolu de la faire échouer s’il était possible. Les rapports de ces prisonniers les tranquillisèrent ; mais ceux qui pouvaient fournir des renscignemens iurent enfouis dans les mines du Nouveau- Mexique. Deux jeunes gens, fils d'un Canadien nommé Talon, étant d’un âge encore trop tendre pour avoir pu faire des observations sur le pays, touchèrent la générosité du vice-roi mexicain qui les prit sous sa protection et les éleva à sa cour. Lorsqu'ils furent plus vieux, il les fit entrer dans la marine espagnole ; et après diverses aventures plus ou moins romanesques, l’un d’eux parvint en France.

Telle fut la malheureuse issue d’une expédition qui avait inspiré les plus grandes espérances et qui aurait plobablement réussi, si lon se fût borné à former un établissement là où l’on était, sans porter pour le moment son attention ailleurs. Le Texas est un des plus beaux et des plus fertiles pays du monde, mais la Salle commit encore ici la faute qu’il avait déjà faite en Canada ; il se fit suivre par trop de monde dans ses courses dans lintérieur; il était trop remuant ; il voulait toujours marcher au lieu de rester dans l’établissement commencé au Texas et d'encourager les défrichemens et l’agriculture. Quelques auteurs lui reprochent aussi d’avoir perdu de vue son premier dessein pour prendre connaissance des fabuleuses mines de Sainte Barbe ; mais rien dans Joutel ni dans le P. Zénobe* ne justifie cette assertion.f Au reste, il paraît que le génie de ce voyageur célèbre était plus propre à imaginer et à établir un vaste système commercial dans des contrées lointaines qu’à fonder un empire agricole. Ses idées avaient quelque chose de grand ; et les plans qu’il soumit à Louis XIV sont basés sur des calculs exacts et profonds qui en font le précurseur de Dupleix.

Nous nous sommes étendu sur cette expédition malheureuse parcequ’elle servit de prélude à celle de notre compatriote dans la Louisiane proprement dite, et que l’histoire du Canada devait

* Le P. Chrétien Leclerc: Premier établissement de la Foi dans la Nou-

velle- France.

f Au contraire, loin de se rapprocher des Espagnols ils’en éloigna. Voici ce qu’on lit dans le P. Zénobe : ‘“ ce fut ici que le sieur de la Salle changea sa route du nord-est à l’est par des raisons q'’il ne nous dit pas, et que nous n'avons jamais pu pénétrer. Le Mississipi était à l’est de lui.

cette marque de reconnaissance à l’homme qui a sacrifié sa fortune et sa vie pour la cause de la colonisation française en Amérique; car s’il n’a pas fondé, il a du moins beaucoup accéléré l'établissement de la Louisiane aujourd’hui si florissante. Chaque jour ajoute aussi à l'intérêt de l’histoire de ces pères du Nouveau- Monde. À mesure que ce continent se peuple, que les anciennes colonies si pauvres, si humbles à leur berceau, se changent en états, en empires indépendans, le nom de leurs fondateurs grandit; les ombres de ces nouveaux Romulus s'élèvent sur l'Amérique, et er animent les bornes extrêmes du passé.

La fondation de la Louisiane comme celle du Canada devait être accompagnée de beaucoup de vicissitudes et de malheurs. L'expérience d’un siècle n’avait point fait changer la politique coloniale de la France ; les principes larges et progressifs de Colbert étaient mis en oubli dans le temps même où cet établissement commençait à nañre ; et la pénurie du trésor le livra à un monopole encore plus dur que celui qui pesait sur le Canada. On ne saurait trop redire à la France, qui cherche aujourd’hui à répandre sa race, sa langue et ses institutions en Afrique, ce qui a été la cause de la ruine de ses colonies du Nouveau-Monde, où elle aurait dû prédominer. C’est son défaut d’association pour M: in une émigration agricole par tous les moyens légitimes , c’est l’absence de liberté politique et religieuse qui fit exclure du Canada plusieurs centaines de mille huguenots lorsqu’elle n’avait pas d’autres colons à y envoyer; c’est la passion des armes répandue parmi les colons, enfin c’est toujours la faiblesse comparative du commerce et de la marine française. Ce qui retarda la Louisiane, c’est surtout le caractère plus commercial qu’agricole qui fut donné à l’organisation du pays dans le temps même où la France perdait ses flottes dans ja guerre de la succession d’Espagne, et avec ses flottes son commerce maritime naissant. On choisit pendant longtemps les postes de la contrée qui paraissaient plus favorables au négoce qu’à lag: ‘culture. On n’abandonna ce système qu'après avoir éprouvé des désastres irréparables. Il est digne de remarque que le gouvernement anglais avait voulu comme la France empêcher ses nationaux de former des établissemens dans l’intérieur du pays et loin de la mer. Les motifs de cette politique sont exprimés, dit M. Barbé-Marbois,

dans un rapport qui ne vit le jour que fort tard. Les contrées de l’ouest sont fertiles, y remarquait-on, le climat en est tempéré, les planteurs s’y établissent sans obstacies ; avec peu de travail ils pourraient satisfaire à leurs besoins ; s n'auraient rien à demander à l'Angleterre, et point de retour à lui offrir.” Mais leurs libertés et leurs institutions politiques neutralisaient les effets de cette conduite iutéressée.

La guerre terminée par la paix de Riswick, avait fait oublier le Texas et la Louisiane à. là France ; mais la beauté de ces deux colonies méridionales y avait insensiblement attiré plusieurs Canadiens, qui finirent par s’y fixer et par en devenir ainsi les premiers fondateurs. Ils s’étaient établis vers les bouches du Mississipi et à la Mobile, afin d’être plus près des Iles françaises pour leur commerce. Aussitôt que la tranquillité fut rétablie dans les deux mondes, la cour y reporta son attention. Les Espagnols qui regardèrent de tout temps l'Amérique comme leur patrimoine exclusif, avaient vu l’entreprise de la Salle d’un œil de jalousie et apprirent sa mort et la dispersion de ses gens avec une joie qu’ils ne dissimulèrent guère, en s’empressant en même temps de prendre possession du pays pour en éloigner les Français. Ils visitèrent dans ce but différentes parties de la côte, et choisirent la baie de Pensacola, à l’extrémité occidentale de la Floride, pour y former leur établissement. Ils n’y étaient que depuis peu de temps lorsque d’Iberville parut.

À son retour de la baie d'Hudson en 1697, ce navigateur avait proposé au ministère de reprendre les projets formés sur la Louisiane, et M. de Pontchartrain s’était empressé d’agréer ses offres en lui donnant deux vaisseaux. Il partit de la Rochelle accompagné de MM. de Sauvole et Bienville en ceptembre 1698. Obligé par le mauvais temps de relacher à Brest, il remit à la voile à la fin d’octobre et parvint à St.-Domingue au commencement de décembre, en repartit le 1 janvier à la recherche du Mississipi qu’il ne put rouver d’abord. Il passa par Pensocola dont les Espagnols lui refusèrent l'entrée, par la baie de la Mobile, revint à St.-Domingue, et plus heureux que la Salle, trouva enfin l'embouchure du fleuve que l’on cherchait depuis si longtemps, perdu au milieu de terres basses couvertes de roseaux. On salua le nouveau tributaire de l’Océan au chant du Te Deum; on le

remonta quelque temps en appercevant çà et là des naturels, qui remirent une ‘lettre de Tonty à la Salle de 1686. Après s’être avancé assez loin, l’on revint sur ses pas, puis on remit à la voile pour Europe. A son retour en France, d’Iberville ft nommé gouverneur-général de la nouvelle contrée, pour laquelle il repartit avec une colonie composée presque entièrement de Canadiens, qu’il débarqua dans la baie de Biloxi entre le Mississipi et Pensacola. Ce pays, avec un climat brûlant et un sol sablonneux et aride, présente une côte de quarante lieues d’étendue où aucun bâtiment ne peut aborder ; l’on ne songeait sans doute qu’aux avantages d’un commerce momentané en choisissant cette situation, et l’on croyait que les inconvéniens en seraient compensés par la facilité des communications avec les Sauvages voisins, avec les Espagnols, avec les Iles françaises et enfin avec l’Europe.

C’est à son retour de France l’année suivante que d’Iberville apprit l’apparition de quelques Anglais, venant de la mer, sur le Mississipi, tandis que d’autres, venant par terre de la Caroline, s'étaient avancés jusque chez les Chicachas sur la rivière des Yasous. L’attention de cetté nation avait été attirée sur la Louisiane par une espèce de trahison du P. Hennepin * qui, en dédiant au roi Guillaume III une nouvelle édition de son voyage en Amérique, dans laquelle il donnait les découvertes de la Salle pour les siennes propres, invitait ce prince protestant à en prendre possession pour sa couronne et à y faire prêcher l'Evangile aux infidèles. Guillaume goutant cette suggestion, avait envoyé trois bâtimens chargés de Huguenots pour commencer une colonie sur le Mississipi ; ces religionnaires poussèreut jusqu’à la province de Panuca, pour se concerter avec les Espagnols et chasser leurs compatriotes catholiques de Biloxi ; f mais leur projet n’eut point de suite, car ceux-ci éprouvèrent à peine quelqu’opposition de la part des Espagnols; et plus tard les rapports d’amitié et d’intérêt qui s’établirent entre les deux royaumes au commencement du siècle mirent fin aux réclamations de la cour de Madrid.

Un grand nombre de Huguenots s’étaient établis dans la Vir-

* Le roi de France donna ordre d’arrêter ce moine s’il se présentait en Canada :" Correspondance officielle.

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ginie et dans plusieurs autres provinces anglaises depuis la révo-. cation de l’édit de Nantes. Ils furent une grande acquisition pour la Caroline. Le Massachusetts leur donna le droit de représentation dans sa législature. Ils fondèrent plusieurs villes maintenant florissantes. Ces malheureux, qui n’avaient pu nerdre le souvenir de leur ancienne patrie, firent prier encore sous XIV de leur permettre de s'établir dans ses domaines ; ils lui indiquèrent la Louisiane, assurant qu’ils y vivraient en sujcts soumis, qu’ils ne demandaient que la liberté de conscience ; que leur grand nombre rendrait en peu d’années ce vaste pays florissant. Louis XIV, qui s’attachait d'autant plus à son sceptre qu’il approchait du tombeau, les refusa. 4 Le roi, écrivit Pontchartrain, n’a pas expulsé les protestans de son royaume pour en faire une république en Amérique.” Ils renouvelèrent encore leur demande sous la régence du duc d'Orléans ; ce prince dissolu fit la même réponse que son oncle le feu roi, quoiqu’il eût fort peu de religion d’aucune sorte. Ainsi la France, on ne peut trop le redire, qui n’avait point de colons à envoyer en Canada ni dans la Louisiane, refusait encore une fois la seule chance de fonder un empire de ses enfans en Amérique, aimant mieux laisser ce continent à une nationalité étrangère qu’à des fils apostasiés. Donnons comme Canadiens français un souvenir à ces proscrits, à ces hommes qui furent peut-être les frères, les parens, les amis, les concitoyens de nos ancêtres, et qui vinrent comme eux chercher une nouvelle patrie dans ce continent encore sauvage. « Le souvenir, dit un américain, des services distingués que leurs descendans ont rendus à notre pays et à la cause de la liberté civile et religieuse, doit augmenter notre respect pour les émigrés français, et notre intérêt pour leur histoire. M. Gabriel Manigault, de la Caroline du sud, donna au pays qui avait offert un asile à ses ancêtres, $8220,000 pour soutenir la guerre de l'indépendance. Il rendit ce service au commencement de la lutte, et lorsque personne ne pouvait encore dire si elle se terminerait par une révolte ou par une révolutions Des neuf présidens de l’ancien Congrès, qui dirigèrent les Etats-Unis pendant la guerre de la révolution, trois descendaient de réfugiés protestans français, savoir : Henri Laurens, de la Caroline du sud, le célèbre Jean Jay, de la Nou-

velle-York, et Elias Boudinot, du Nouveau-Jersey.”* Un autre de leurs descendans, M. Légaré, est mort en 1843, procureurgénéral des Etats-Unis et membre conséquemment de l’administration de Washington.f

Cependant d’Iberville après avoir remonté le Mississipi jusque chez les Natchez, où il projeta de bâtir une ville, revint à Biloxi pour y établir son quartier général. Il y laissa M. de Sauvole

* Memoir of the French Protestants who settled at Oxford, Massachusetts, À. D. 1686, with a sketch of the entire History of the protestants of France, by A. Holmes, D, D., Corresponding Secretary ; Collection of the Massachusetts Historical Society, vol. IT, of the 3rd series.

Voici d’après le Dr. Ramsay les noms des principaux Huguenots qui vinrent s’établir dans la Caroline après la révocation de l’édit de Nantes, et qui ont formé les souches des familles aujourd’hui existantes les plus respectables de cet Etat.

Bonneau, Dutarque, Gourdine, Neufville, Bounetheau, De la Consilière, Guérin, Prioleau, Bordeaux, De Leiseline, Herry, Peronneau, Benoist, Douxsaint, Huger, Perdrian, Boiseau, Du Pont, Jeannerette, Porcher, Bocquet, Du Bourdieu, Légaré, Postelle, Bacot, D’Harriette, Laurens, Peyre, Chevalier, Faucherand, La Roche, Poyas, Cordes, Foissin, Lenud, Ravenel, Couterier, Foysoux, Lansac, Royer, Chasteignier, Gaillard, Marion, St.-Julien, Dupré, Gendron, Mazyck, Simon, Delysle, Gignilliat, Manigault, Serre, Dubose, Guérard, Mellechamp, Sarazin, Dubois. Godin, Mauzon, Trezevaut, Deveaux, Girardeau, Michau.

Beaucoup d’autres noms des plus respectables ont été omis ; et un plus grand nombre encore a été changé pour en adapter l’ortographe à la prononciation anglaise. Ainsi Beaudouin s’écrit aujourd’hui Bowdoin, Un membre de cette famille fut gouverneur du Massachusetts en 1785et6. Les noms des principaux émigrans français sont ceux de Beurnon dont parle La- Hontan, Boudinot, Daillé, Faneuil, Huger, Manigault, Prioleau, Laurens, etc, Elias Boudinot fut président du Congrès en 1782, directeur de l’Hôtel des monnaies, premier président de la société biblique américaine dont il fut le créateur. Jay fut deux fois ambassadeur, à Paris en 1783, à Londres en 1795 ; il fut aussi gouverneur de la Nouvelle-York et Juge-en-chef des Etats-Unis. François Manigault s’est très distingué dans la guerre de la révolution. Prioleau était petit fils d’Antoine Prioli, élu doge de Venise en 1618,

pour commandant, et écrivit au ministère que les hommes d’expérience dans les affaires de l'Amérique étaient d’opinion, que jamais on n’établirait la Louisiane sans rendre le commerce libre à tous les marchands du royaume. Le gouvernement pensait alors tirer de grands avantages de la pêche des perles et de la vente du poil de bison que l’on disait susceptible d’être filé comme la laine. Les rapports sur les découvertes de mines d’or, d’argent et de cuivre à l’ouest du Mississipi, ne cessaient point non plus de circuler, et entretenaient des espérances trop éblouissantes pour ne pas faire constater l’existence de quelques-unes d’elles. D’Iberville envoya M. Lesueur, son parent, pour aller prendre possession d’une mine de cuivre dans la rivière Verte, au nord-ouest du Sault-St.-Antoine, que la trop grande distanc: dans l’intérieur força bientôt néanmoins d'abandonner. Quant aux prétendues mines d’or et d’argent qui faisaient tant de bruit, mais beaucoup plus en Europe qu’en Amérique, elles se dissipèrent peu à peu comme les illusions qu’elles avaient fait naître; non qu’il n’en existât pas dans ces contrées, mais parce qu’elles n’étaient pas encore découvertes ou qu’elles étaient trop éloignées pour être exploitées avantageusement. Nous ne dirons donc rien de ces expéditions, qui, ayant été inspirées par le désir d’un gain prodigieux, finissaient le plus souvent par la honte et la ruine. Tels furent surtout les essais tentés par un Portugais nommé Antoine, échappé des mines du Nouveau Mexique, et que l’on employa pendant quelque temps à fouiller sans succès le sol de la Louisiane. Le seul résultat fut de conduire les Français de proche én proche jusqu’à la source des affluens du Mississipi dans le voisinage des Montagnes-Rocheuses. L’on remonta ainsi la rivière Rouge, l’Arkansas et le Missouri, à la poursuite de richesses qui fuyaient sans cesse comme les mirages du désert.

En 1701, d’Iberville commença un établissement sur la rivière de la Mobile, et Bienville, son frère, devenu chef-résident de la colonie par la mort de M. de Sauvole, car il paraît que d’Iberville en resta toujours gouverneur, retira les habitans des sables arides de Biloxi pour les transporter dans la nouvelle localité. Cette rivière n’était navigable que pour des pirogues, et le sol quelle baïgnait n’était propice qu’à la culture du tabac; mais suivant le système d’alors, qui était de fixer la colonie hors du fleuve” on voulait se rapprocher de l’île Dauphine ou du Mas-

sacre tout vis-à-vis, dans laquelle se trouvait le seul port de ces parages qui offrit les avantages de Biloxi quant à la proximité des Espagnols, des Iles et de l’Europe, quoiqu’elle fût d’ailleurs sauvage et stérile ; la Mobile devint par cette nouvelle résolution le chef-lieu de la Louisiane.

Petit à petit cependant la Louisiane se peuplait sous la protection de son fondateur, qui ne cessa point d’exercer une grande influence sur elle jusqu’à sa mort arrivée en 1706. D’Iberville expira avec la réputation d’un des plus braves et des plus habiles officiers de la marine française. Né en Canada d’un ancien colon normand, nommé Lemoine, il avait commencé à servir son pays dès son bas âge, ayant fait l’apprentissage des armes dans une rude école, nos guerres avec les Sauvages et avec les Anglais, Outre l’intelligence et la bravoure nécessaires partout aux chefs, il fallait en Amérique aux chefs comme aux soldats une force de corps infatigable pour résister aux marches prodigieuses qu’on était obligé d’entreprendre au milieu de pays incultes dans toutes les saisons de l’année. Il fallait savoir manier le fusil comme la hache, l’aviron comme l’épée. S1 d’Iberville excellait dans ce genre de guerre si difficile et si meurtrier sur terre, il n’était pas moins habile sur mer, et sil fût né en France, il serait parvenu aux plus hauts grades de la marine militaire. Il livra une foule de combats navals, quelquefois contre des forces bien supérieures, et resta toujours victorieux. Il ravagea deux fois la partie anglaise de Terreneuve et prit sa capitale ; il enleva Pemaquid, conquit la baie d'Hudson, fonda la Louisiane, et termina à un âge peu avancé sa carrière devant la Havane, en servant glorieusement sa patrie comme chef d’escadre. Depuis trois ou quatre ans qu’il avait eu la fièvre jaune sa santé était restée chancelante. Sa mort fut une grande perte pour la Louisiane qu’il servait puise samment, surtout à la cour où son influence était grande. Les colonies, dit Bancrofi, et la marine française perdirent en lui un héros digne de leurs regrets. C’est au marquis de Denonville qui avait su apprécier ses talens, qu’il avait dû son avancement et la faveur du roi. Louis XIV, qui aimait déjà sa noblesse naissante du Canada, l’avait fait de capitaine de frégate capitaine de vaisseau en 1702.*

* Gazette de France du 15 juillet 1702: Notes historiques : manuscrits de M. A. Berthelot,

Deux ans après la mort de cet officier éminent, M. Diron d’Artaguette vint à la Louisiane en qualité de commissaire-ordonnateur, charge qui correspondait dans les colonies naissantes à celle d’intendant dans les établissemens plus avancés, et qui tenait à la fois, comme celle-ci, du civil et du militaire. Ce nouveau fonctionnaire travailla avec peu de succès à mettre les habitans en état de cultiver le sol. Rien ne progressait plus ; ni la population, ni le commerce, ni les défrichemens. (Cependant en Europe on avait la plus haute idée du pays. Comme on voyait la France s’opiniâtrer à le soutenir au milieu d’une guerre désastreuse, l’on conjectura qu’elle en tirait des secours prodigieux, et l’île Dauphine attira dès lors, pour comble de malheurs, l’attention des corsaires qui la ravagèrent en 1711 ; ils causèrent des dommages au gouvernement et aux particuliers pour 80,000 francs.

‘ Une colonie, dit Raynal, fondée sui de si mauvaises bases, ne pouvait prospérer. La mort de d’Iberviile acheva d’éteindre le peu d’espoir qui restait aux plus crédules. On voyait la France trop occupée d’une guerre malheureuse pour en pouvoir attendre des secours. Les habitans se croyaient à la veille d’un abandon total ; et ceux qui se flattaient de pouvoir trouver ailleurs un asile, s’empressaient de l'aller chercher. Il ne restait que vingt-huit familles, plus misérables les unes que les autres, lorsqu’on vit avec surprise Crozat demander en 1712 et obtenir pour seize ans le commerce exclusif de la Louisiane.” Mais avant d’aller plus loin dans l’histoire de cette contrée, nous allons reprendre où nous l’avons laissée celle du Canada que la guerre de la succession d’Espagne vint troubler avant qu’il eût à peine goûté le repos dont il avait tant de besoin, après la lutte acharnée qu’il venait de soutenir contre les colonies anglaises et contre les cinq nations.

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