‹ Histoire du Canada [microforme] (volume 5)Chapitre 21 sur 56 · MER SE · texte numérisé non relu

MER SE

36 HISTOIRE DU CANAPA:.

pagne, que d’ailleurs la manière avec laquelle les Français les avaient attaquées, leur avait imprimé une telle terreur,‘ qu’elles se sentaient fort peu d’envie d’aller les inquiéter sur leur propre territoire. Après ces explications, l’armée futlicenciée. On ne retint que 600 hommes pour la garde du fort Edouard et du camp du lac St.-Sacrement, auquel on donna le nom de fort William- Henry, après y avoir ajouté des travaux qui le convertirent en véritable forteresse,

La nouvelle de la défaite de Dieskau, qui avait rempli les provinces anglaises de joie, jeta le Canada pendant quelque temps dans une grande inquiétude. Le gouverneur, sensible à l’importance de se maintenir à la tête du lac Champlain, envoya sur le champ, faute d’ingénieurs réguliers, ceux qui devaient venir de France ayant été pris sur le Lys et PAlcide, M. de Lotbinière, pour élever un fort à Carillon. Il transmit en même temps l’ordre aux troupes de camper dans cette position importante, afin d’être à portée de s'opposer à l’ennemi s’il venait à déboucher par la route actuelle de Whitehall, ou par le lac St.-Sacrement, et de couvrir le poste de St.-Frédéric, qui était la clé du lac Champlain. Mais au bout de quelques semaines l’on eut des renseignemens sur les mouvemens des Anglais qui tranquillisèrent les esprits. L’on apprit d’abord le licenciement de l’armée de Johnson, et ensuite la retraite des 1,500 hommes du général Shirley, destinés à faire le siége de Niagara. Cet oficier général, mayant pu faire tous ses préparatifs dans la saison convenable, avait abandonné cette entreprise, et s’était retiré dans l’intérieur après avoir laissé 700 hommes au colonel Mercer pour garder Oswégo et bâtir deux nouveaux forts autour de cette place. Il paraît que la nouvelle du désastre de Braddock avait aussi fort découragé ses soldats, qui s'étaient mis à déserter en grand nombre ; que les cinq nations étaient opposées 1erre qui ruinait leur commerce, et enfin que larrivée 1 .s à Frontenac et à Niagara avait dissipé le peu d’ A restait à ces troupes de s'emparer de ces postes impoi

Ainsi les trois principales attaques des Anglais contre les forts Duquesne, St.-Frédéric et Niagara, avaient échouë à la fin de la campagne, et le Canada pouvait s’estimer heureux d’un résultat

* Minot: Continuation of the History of Massachusetts Bay.

qui devait dépasser ses plus hautes espérances, vu la grande supériorité numérique de ses ennemis. Les troupes françaises occupaient toutes les positions qu’elles avaient au printemps, excepté celle de Beauséjour, dont la perte n’eut, comme on l’a déjà dit, aucune influence sur le sort des événemens militaires, puisque M. de Boishébert, qui commandait dans cette partie, n'avait pas cessé de s’y maintenir.

Mais les suites de ces échecs furent désastreuses pour les frontières américaines. Les armées anglaises ayant été défaites ou obligées de retraiter, la bride fut lâchée aux bandes canadiennes et sauvages, qui dévastèrent leurs établissemens depuis la Nouvelle-Ecosse jusqu’à la Virginie avec toute la vengeance qu’inspirait la guerre injuste qu’on nous faisait. Plus de mille habitans furent massacrés ou traînés en captivité par ces guerriers redoutables, qui, comme un torrent dévastateur, ne laissaient que des ruines sur leur passage. Les populations épouvantées abandonnèrent leurs foyers, et allèrent chercher un asile dans les pro. vinces méridionales ou sur les bords de la mer. Toutes les colonies anglaises étaient dans l’étonnement en voyant le résultat de la campagne. “ Quatre armées étaient sur pied, dit Minot, un de leurs historiens, pour repousser les empiétemens des Français; nos côtes étaient gardées par la flotte du brave et vigilant Boscawen ; nous n’attendions qu’un signal pour nous emparer de la Nouvelle-France. Mais quel n’est pas notre désappointement ? On a réussi en Acadie, il est vrai, mais Braddock a été défait ; mais Niagara et St.-Frédéric sont encore entre les mains des Français; mais les barbares ravagent nos campagnes, égorgent nos habitans ; nos provinces sont déchirées par les factions et le désordre règne dans nos finances.” Les préparatifs pour l’expédition contre le fort St.-Frédéric avaient coûté Æ£80,000 à la Nouvelle-Angleterre seule, outre un grand nombre de réclamations qui restaient encore à régler. Ces provinces se voyaient donc à la fin de l’année exposées à tous les malheurs d’une guerre inspirée par leur seule ambition.

La saison des opérations tirant à sa fin, les troupes françaises vinrent prendre leurs cantonnemens d’hiver dans les environs de Montréal. La sécurité n’avait pas été un instant troublée dans l’intérieur du pays. Le contraste avec les colonies voisines nous F*

étaient favorable pour le moment. Mais l’avenir paraissait toujours menaçant et sombre. Déjà l’on souffrait depuis quelque temps de la rareté des vivrés. Le manque des récoltes dans le gouvernement de Québec, les levées considérables de grains faites par l’intendant pour la subsistance des troupes, des Sauvages et des Acadiens répandus sur les rives du golfe St.-Laurent et de la baie de Fondy, amenèrent bientô: une disette assez sérieuse, surtout parmi les habitans pauvres des villes. Ce n’était là pourtant que le prélude des maux et des privations de tous genres que devait entraîner cette longue et cruelle guerre.

On annonçait déjà que l’Angleterre devait opérer dans la prochaine campagne avec un grand accroissement d forces. L’on ne perdit point de temps en Canada pour se mettre en état de bien recevoir les ennemis, et même d’aller porter la guerre chez eux si une occasion favorable se présentait. Le gouverneur et l’intendant demandèrent, dans leurs dépêches à Paris, des secours en hommes, en matériel de guerre et en vivres. Ils comparaient la situation inégale des Français et des Anglais en Amérique. Les principaux officiers de l’armée, qui correspondaient avec les ministres, écrivaient dans le même sens, Plusieurs d’entre eux avaient des craintes qu’ils ne cherchaient pas à dissimuler: ‘ La situation de la colonie, disait M. Doreil, commissrire général des guerres, est critique à tous égards; elle exige de prompts et de puissans secours. J’ose même assurer que si l’on n’en envoie pas, elle courra les plus grands risques dès l’année prochaine.”

Toutes les correspondances faisaient ressortir, chacune à sa manière, la disproportion des deux nations dans le continent. On demandait surtout un général expérimenté pour remplacer le baron Dieskau, des ingénieurs qui manquaient totalement et des officiers d’artillerie. 4 Il faudrait, observait l’intendant, plusieurs corps en campagne le printemps prochain, et 16 ou 1700 hommes de troupes de terre et 1000 ou 1200 hommes de celles de la colonie ne suffiront pas ; il faut toujours garder une certaine quantité des dernières pour le service des trois villes ; il en faut pour les différens postes. Ainsi ce sont les Canadiens qui font la plus grande partie de ces armées, sans compter 1000 à 1200 qui sont continuellement occupés aux transports. Les Canadiens étant ainsi employés à l’armée ne labourent point leurs terres ancienne-

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ment défrichées, bien loin d’en défricher de nouvelles. Les levées qu’on va en faire dépeupleront encore les campagnes. Que deviendra la colonie? Tout y manquera, principalement le blé. On avait eu jusqu’à présent l’attention de ne faire les levées qu’après le labour du printemps. Te ménagement ne peut plus avoir lieu, puisqu’on fera la guerre pendant l’hiver, et que les armées doivent être rassemblées dès le mois d'avril. De plus, les Canadiens diminuent beaucoup ; il en est mort un grand nombre de fatigues et de maladies. Il ne faut, ajoutait l’intendant, compter sur les Sauvages qu’autant que nous serons supérieurs, et qu’on fournira à tous leurs besoins.” Telle était déjà la gravité des choses à la fin de 1755.

Cependant la deuxième année d’hostilités en Amérique allait finir, et les deux peuples ne s'étaient pas encore adressés des déclarations formelles de guerre. La diplomatie restait toujours saisie des questions en litige. Le 21 décembre, M. Rouillé, ministre des affaires étrangères, adressa à M. Fox une lettre dans laquelle il demandait une réparation éclatante des insultes faites au pavillon français par les attaques dont il avait été l’objet, et déclarait qu’il regarderait un refus comme un dssein de troubler le repos de PEurope. Le ministre anglais fit une réponse motivée, en déclarant en termes modérés mais positifs, qu’il ne pourrait y satisfaire tant que la chaîne de forts élevés au nord-ouest des Apalaches subsisterait. Après ce qui avait eu lieu, après les longs débats surtout dans la chambre des communes, il n’y avait plus d’entente possible. Louis XV fut donc obligé de vaincre ses dangereuses répugnances et de se résoudre à la guerre. Dunkirque fut fortifié, les Anglais eurent ordre de sortir de France, leurs vaisseaux furent saisis dans les ports ; on arma des escadres considérables, on menaça la Grande-Bretagne d’une descente. Celle-ci demanda des secours à la Hollande et au Hanovre. Mais ces menaces cachaient un autre projet, que le peuple anglais n’apprit que par la défaite de l’amiral Byng et la prise de l’île de Minorque.

L’Europe, comme l'Amérique, ne retentissait plus maintenant que du bruit des armes. Le 17 mai l’Anr’'eterre publia une déclaration de guerre contre la France, qui en publia une à son tour contre l’Angleterre dansle mois suivant. Ces actes r'’étaient

qu’une formalité puérile, dont on pouvait se dispenser. Le sang répandu avait déjà parlé un langage plus solennel.

Les ministres français résolurent d’envoyer au Canada deux nouveaux bataillons comme le demandait M. de Vaudreuil, et des recrues pour compléter ceux qui y étaient déjà, ainsi que des vivres et 1,300,000 livres en numéraire. L’envoi d’argent porta contre toute attente, un préjudice grave au pays, comme nous l’avons observé en parlant de son commerce, en ce que sa circulation fit baisser le papier-monnaie et les lettres de change d’un quart,

Le roi choisit le marquis de Montcalm, maréchal de camp, pour remplacer le général Dieskau. C’était un vieil officier qui comptait 35 ans de service ; il avait embrassé l’état militaire en 1721 à l’âge de 14 ans. Il avait servi en Italie et en Allemagne et s’était signalé à la bataille de Plaisance et au sanglant combat de l’Assiette, où il était colonel. Il avait reçu cinq blessures dans ces deux actions. Il s’était aussi distingué sous le maréchal de Belle-Isle dans la fameuse retraite de Prague. Mais il possédait tous les défauts des généraux de son temps; il était à la fois rempli de feu et de nonchalance, timide dans ses mouvemens stratégiques et audacieux au combat jusqu’à négliger les règles de la plus commune prudence, du reste, d’une bravoure personnelle à toute épreuve. Il s’embarqua pour le Canada avec le brigadier de Levis, officier distingué, M. de Bourlamarque, colonel du génie, des officiers d’artillerie, les deux bataillons qu’on y envoyait, formant 1000 hommes, et 400 recrues. Le général Montcalm parvint à Québec vers le milieu de mai 1756 ; les renforts continuërent à y arriver dans le cours de ce mois et du mois de juin, avec les vivres et les munitions de guerre qu’on attendait avec impatience. Ces renforts, réunis aux seize cents soldats des quatre bataillons reçus l’année précédente et aux troupes de la colonie, portaient toute l’armée régulière à un peu plus de 4000 hommes ; et ce fut à peu près toute l’aide qu’on reçut de France pendant cette guerre.

Montcalm alla rejoindre le gouverneur à Montréal, où il se tenait pour être plus près du théâtre des hostilités. Après un examen minutieux de la situation et des circonstances du pays, il fut arrêté entre ces deux chefs d’établir deux camps principaux,

l’un à Carillon et l’autre à Frontenac, afin d’être à portée d’observer les deux points sur lesquels les Anglais commençaient à rassembler leurs forces, savoir : le fort Oswégo, pour opérer par le lac Ontario, et le fort Edouard sur l’Hudson, pour opérer par le lac Champlain. Le bataillon de Béarn reçut ordre en conséquence de s’avancer jusqu’à Niagara, où quelques hommes avaient été laissés l’automne précédent, et que M. Pouchot, officier d’infanterie versé dans la science de l'ingénieur, fut chargé de fortifier. Deux autres bataillons furent dirigés sur Frontenac avec instruction de sy retrancher et de donner la main à [000 Canadiens et Sauvages jetés dans l’espace qu’il y avait entre eux et Niagara. M. de Bourlamarque fut chargé du commandement de cette frontière. Quant à Carillon, 3000 hommes dont 1500 réguliers, s’y trouvaient réunis à la fin de juillet sous les ordres du chevalier de Levis.

Il fut envoyé aussi 120 hommes pour la protection des pêcheries de Gaspé, et M. de Boishébert demeura chargé de la défense de la frontière du côté de l’ Acadie avec un corps de Canadiens et de Sauvages. Dans l’ouest, M. Dumas releva M. de Contrecœur au fort Duquesne, et M. de Belle-estre, M. Demuy au Détroit. Ces commandans avaient pour lieutenans dans les différens postes, MM. de Repentigny, d’Anglade, Hébert, Beaubassin, etc. 3,500 Canadiens et Sauvages étaient répandus sur cette frontière depuis le lac Erié jusqu’à la vallée du Mississipi en suivant la ligne de l’Ohio et des Iilinois. Les forces armées pour la défense du Canada depuis le Cap-Breton jusqu'aux Illinois s’élevèrent donc dans cette campagne, à 12,000 hommes au plus haut chiffre ; elles étaient beaucoup moindres lorsque les milices, après leurs expéditions guerrières, rentraient dans leurs foyers pour faire les semailles ou la moisson et vaquer aux autres travaux des champs.

La forteresse de Louisbourg qui était un point capital, avait à elle seule une garnison de 1100 hommes ; ce qui était encore trop peu cependant. On le sentit à la cour, eton voulut y envoyer un renfort de 600 hommes sur la frégate l’Arc-en-ciel, Mais ce vaisseau fut pris par la croisière anglaise établie sur les côtes du Cap-Breton, sous les ordres du capitaine Spry.

Tels étaient les préparatifs des Français pour la campagne de

56. Ceux de la Grande-Bretagne furent beaucoup plus formidables.

Elle ne voulut rien changer à son plan d’invasion de l’année précédente ; elle vota les finances et les soldats qu’on lui demanda pour laver la honte de la défaite du général Braddock et venger la perte de l’île de Minorque dans la Méditerranée, deux événemens qui avaient fait une sensation considérable en Angleterre. L'Amérique, principal théâtre des opérations militaires, fixa surtout V’attention des peuples britanniques, qui voyaient là leurs futures conquêtes et le siège de leur domination permanente. Le comte de Loudoun, vieil officier d’expérience, fut nommé gouverneur de la Virginie et général en chef des armées de l'Amérique du nord. Le général Abercromby y fut envoyé avec deux nouveaux régimens. 115,000 louis sterling furent votés par la chambre des communes pour aider les colonies à armer leurs milices. Les gouverneurs des diverses provinces s’assemblèrent à New-York, et résolurent de lever 10,000 hommes pour prendre le fort St.- Frédéric et s’assurer du commandement du lac Champlain ; 6,000 hommes pour faire ie siége de Niagara et couper la communication de la vallée de l'Ohio ; 3,000 hommes pour marcher sur le fort Duquesne, et enfin 2,000 pour faire une diversion du côté de Québec, en remontant la rivière Kénébec, traversant les Alléghanys et descendant la rivière Chaudière qui tombe dans le St.- Laurent à quelques milles de cette ville, et tenir tout le centre du Canada en alarmes. Ces milices devaient former, avec d’autres petits corps volans placés sur les frontières, une armée d’environ 25,000 hommes ou le double de celle des Français, outre les troupes régulières. Mais malgré cette grande augmentation de forces, et les flottes nombreuses qui couvraient les mers de ce continent, nous allons voir que la campagne de 17956 fut encore plus malheureuse pour l'Angleterre que les deux précédentes.

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