PRISE D'OSWÉGO ET DE WILLIAM-HENRY
Alliances indiennes ; les cantons iroquois protestent de leur neutralité.— Préparatifs militaires.—Bandes canadiennes en campagne tout l’hiver (1755-56) ; destruction du fort Bull et dispersion d’un convoi de 400 bateaux ennemis.—Commencement de désunion entre le gouverneur et le général Montcalm au sujet de l’entreprise sur Oswégo.—Siége de cette place.—La garnison abandonnée du général Webb capitule.—Butin que l’on fait.—Les Sauvages tuent un grand nombre de prisonniers ; on ne parvient à les arrêter qu’avec beaucoup de peine.—Les fortifications d'Oswégo sont rasées.—Joie que cette victoire répand en Canada.—Les Anglais suspendent toutes leurs opérations pour le reste de la campagne.— Les Indiens ravagent leurs provinces.—Les Canadiens enlèvent Grenville à 20 lieues de Philadelphie.—Disette en Canada.—Arrivée des Acadiens qui mouraient de faim.—Ils se dispersent dans le pays.—Demande de secours en France.—Augmentation rapide des dépenses.— Montcalm suggère d’attaquer l’Acadie au lieu des forts Edouard et William-Henry.— Pitt monte au timon des affaires en Angleterre ; nouveaux efforts de cette puissance en 1757.—Elle forme et on abandonne en chemin le dessein de prendre Louisbourg, protégé par la flotte de l’amiral Dubois de la Motthe, —Des bandes canadiennes tiennent la campagne pendant l’hiver; M, de Rigaud, à la tête de 1,500 hommes, détruit les environs äu fort William- Henry.—Les tribus indiennes restent fidèles à la France, qui envoie des secours.—Prise de William-Henry après un siège de 6 jours.—La garnison forte de 2,400 hommes, met bas les armes.—Les prisonniers sont encore attaqués à l’improviste par les Sauvages, qui en massacrent plusieurs, les pillent et les dispersent.—Le fort William-Henry est aussi rasé.—La Disette va en augmentant en Canada.—Murmures des troupes.—Les dissentions deviennent plus visibles entre les chefs de la colonie.—Succès variés de la France dans les autres parties du Monde.—Elle ne pe: envoyer que quelques recrues en Amérique.—L’Angleterre y porte son armée à 50,000 hommes dont 22,000 réguliers, pour la campagne de 1758.
Daws l’hiver M. de Vaudreuil porta son attention sur l’importante affaire des alliances indiennes, surtout celle avec les cinq nations, qui cherchaient à conserver la neutralité et à faire respecter l’intégrité de leur territoire. Il reçut avec une grande distinction la ‘ députation nombreuse qu’elles lui envoyèrent, et les assura que son plus grand désir était de rester en bonne intelligence avec
elles. Ces délégués satisfaits se retirèrent en renouvelant leurs protestations pacifiques. C’est en partie pour ne pas indisposer ces peuples que le gouverneur fit raser les fortifications d’Oswégo, lorsque l’on s’empara de cette place.
La saison des opérations arrivait, mais l’ennemi qui avait appris à être plus circonspect, ne montrait pas pour se mettre en campagne le même empressement que l’année précédente. La levée de ses troupes avait éprouvé aussi beaucoup de délais inévitables. Une difficulté d’étiquette vint les accroître. D'après des règles de guerre faites à Londres, les officiers de l’armée régulière devaient avoir la préséance sur ceux de la milice coloniale. Cette distinction causa un mécontentement universel parmi la libre et fière population américaine. Elle repoussa avec dédain linfériorité que l’on voulait lui imposer, et lord Loudoun fut obligé de donner satisfaction à une exigence qui ne paraissait du reste que légitime. Il laissa donc subsister l’organisation militaire que les colonies s’était attribuée au commencement de la guerre. En Canada les mêmes diflicultés se présentèrent ; mais la sagesse du gouvernement les fit cesser aussitôt. M. de Vaudreuil, qui était ami et le protecteur des Canadiens, repoussa toute atteinte à leurs droits et à l’usage établi.
L’inactivité prolongée des Anglais, qui commençait à causer quelque étonnement en Canada, permit de mettre à exécution un projet conçu dans le temps de la construction d’Oswégo, construction qu’on avait regardée à la fois comme un acte d’hostilité et comme une menace. M. de Vaudreuil ayant la prise de ce fort à cœur, n’avait fait que l’ajourner l’année précédente ; et dans la prévision de sa réalisation prochaine, les préparatifs étaient faits pour l’exécuter. Des partis avaient été tenus tout l’hiver en campagne, entre Albany et ce fort, pour détruire les petits postes qu’on y aurait élevés et pour harceler sans cesse les communications. Dans le mois de mars, M. de Léry, à la tête de 300 hommes, prit u” magasin considérable, connu sous le nom de fort Bull, situé entre Schenectady et Oswégo. On y détruisit une immense quantité de poudre et de projectiles de guerre, dont la perte retarda beaucoup les mouvemens de l’ennemi. Le fort Bull était palissadé et garni de meurtrières. Sa prise offrit ceci de singulier, que les meurtrières au lieu d’être une pro-
tection pour la garnison, servirent aux assaillans qui s’en emparèrent avant que la garnison put s’y placer, et tirèrent par ces ouvertures du dehors en dedans de l’enceinte. Les palissades ayant été coupées à coups de hache, le fort fut pris d'assaut, et tous ceux qui le défendaient furent passés au fil de l’épée.
M. de Vaudreuil envoya dès le petit printemps, M. de Villiers avec 900 hommes pour observer les environs d’Oswégo et inquiéter les Anglais. Ce détachement eut plusieurs escarmouches. Le 3 juillet, il attaqua un convoi de 3 à 400 bateaux qui revenait de porter des armes et des vivres au fort, le dispersa, tua beaucoup de monde, leva des chevelures et fit quantité de prisonniers.*
À la suite de ce nouveau succès l'attaque fut définitivement résolue et les troupes reçurent l’ordre de se mettre en mouvement. C’est alors qne le public crut apercevoir un refroidissement entre le gouverneur et le commandant des troupes. Ces deux chefs qui s'étaient plus d’abord avaient fini par se méfier et s’éloigner l’un de l’autre. La différence de caractère et des personnes intéressées peut-être à les diviser, confirmèrent encore ce malheureux penchant. Il n’y eut dans les commencemens que leurs amis intimes qui s’aperçurent de ce changement, qui devait être si funeste dans la suite. Plus tard cette désunion devint apparente pour tont le monde.
Montcalm, par un fatal pressentiment, ne crut jamais au succès de la guerre, comme ses lettres ne l’attestent que trop ; de là une apathie qui lui aurait fait négliger tout mouvement agresseur, sans Vaudreuil, qui, soit par conviction, soit par politique, ne parut au contraire jamais désespérer, et conçut et fit exécuter les entreprises les plus glorieuses qui aient signalé les armes françaises. Tel était cependant le progrès des idées de Montcalm dans l’armée, que le gouverneur disait dans une lettre qu’il adressait
* Lettre de M. de Montcalm au ministre, du 20 juillet 1756. Il dit que l’avantage aurait été plus considérable si les Sauvages n’avaient pas attaqué troptôt. Lettre de M, de Vaudreuil, du 30 août. La plupart des historiens américains ne parlent point de cette surprise. Smollett rapporte que les Anglais étaient commandés par le colonel Bradstreet, qu’ils défirent complètement leurs assaillans après un combat de trois heures, et firent 70 prisonniers, Mais Sismondi, parlant de Smollett, observe qu’il n’a écrit en général que sur des rapports de gazette et qu’il mérite peu de croyance, observation vraie pour l'Amérique,
aux ministres, après la prise d’Oswégo, que s’il se fût arrêté à tous les propos inconsidérés qu’on tenait à ce sujet, il aurait été obligé de renoncer à une entreprise qui devait déranger si profondément tous les plans des généraux anglais. En effet Montcalm ne l’approuvait qu’à demi et avait des doutes sur le succès ; il s’exprimait ainsi dans une dépêche : # L'objet qui me fait passer à Frontenac, est un objet qui m’a paru assez militaire, si toutes les parties de détail sont assez bien combinées, et je pars sans en être ni assuré ni convaincu.”
Le fort Oswégo, bâti par les Anglais sur la rive droite du lac Ontario pour protéger leur commerce et les établissemens qu’ils voulaient former entre l’'Hudson et ce lac, acquérait en temps de guerre une double importance par sa position. Il servait d’un côté à contenir les tribus iroquoises, et menaçait de l’autre les communications entre l’extrémité inférieure et l’extrêmité supérieure du Canada, parce que les Anglais pouvaient, de ce point, attaquer le fort Frontenac et s’emparer du commandement du lac Ontario. 1l était donc important de se rendre maître de cette position, et de les rejeter dans la vallée de l’Hudson. C’est ce que le gouvernement français avait senti, et ce que M. de Vaudreuil voulut exécuter.
Ce gouverneur, qui avait dirigé une partie des préparatifs, avait si bien pris ses mesures que l’armée surprit pour ainsi dire les ennemis, que les détachemens tenus aux environs, avaient empêchés de pousser des reconnaissances au loin. Vaudreuil avait réuni 3000 hommes à Carillon, et Montcalm s’y était rendu avec grand bruit pour attirer leurs regards de ce côté. Tandis qu’ils croyaient encore ce général, qu’ils redoutaient, sur le lac Champlain, celui-ci était revenu soudainement à Montréal ; et trois jours après, le 21 juillet, il repartait pour aller se mettre à la tête des troupes expéditionnaires réunies à Frontenac, sous les soins de M. de Bourlamarque. Un camp d’observation avait été formé par M. de Villiers à Niaouré, à 15 lieues d'Oswégo. On en donna le commandement à M. de Rigaud, avec ordre de protéger d’abord le débarquement de l’armée sur la rive méridionale du lac, et ensuite d’en former l’avant-garde. Pour ne pas éprouver d’obstacles de la part des Iroquois, une partie de leurs principaux guerriers avait été attirée à Montréal, et une autre à
Niagara, où ils servaient d’otages pour la conduite de la confédération. On avait en même temps placé deux barques de 12 à 16 canons en croisière devant Oswégo, et établi une chaîne de découvreurs entre ce fort et Albany pour intercepter les couriers.
Le général Montcalm arriva à Frontenac le 29 juillet. Le 4 août la première division de l’expédition, forte de deux bataillons et de 4 bouches à feu, s’embarqua et atteignit Niaouré le 6. La seconde ou dernière division y arriva le 8; elle était formée d’un bataillon de réguliers et d’un corps de Canadiens, avec plus de 80 bateaux chargés d’artillerie, de bagages et de vivres. Ces troupes réunies formaient environ 3,100 hommes, dont 1,350 réguliers, 1,500 Canadiens et soldats de la colonie, et 250 Sauvages.* De la baie de Niaouré l’armée, pour dérober sa marche, cheminait de nuit seulement et se retirait le jour dans les bois du rivage, en couvrant les bateaux qui servaient à la transporter de feuillages épais, et parvint ainsi le 10, dans une anse à une demilieue de la place sans presque être découverte, sous la protection de l’avant-garde, qui avait continué son chemin par terre, et qui investit le lendemain le fort Ontario.
Les ouvrages défensifs d’Oswégo consistaient en trois forts ; le fort Oswégo proprement dit, dont les remparts étaient garnis de 18 pièces de canon et de 15 mortiers ou obusiers ; le fort Ontario élevé tout récemment au milieu d’un plateau dans langle formé par la rivière qui avait donné son nom au principal fort, et le lac, et enfin le fort George situé sur une hauteur à 300 toises de celui d’Oswégo qu’il dominait ; ce dernier n’était qu’un mauvais retranchement en terre garni de pieux, et défendu par quelques pièces de canon. Ces diverses fortifications avaient une garnison de seize à dix-sept cents hommes des régimens de Shirley, Pepperrell et Schuyler, noms populaires depuis l’expédition de Louisbourg. Le colonel Mercer les commandait.
Les Français ayant établi leur camp dans l’anse où ils avaient débarqué, employèrent les journées du 11 et du 12 à percer un chemin dans un bois marécageux jusqu’au fort Ontario, pour le passage des troupes et de l’artillerie. 1e colonel de Bourlamarque fut chargé de la direction du siége. La tranchée, ouverte à 90 toises de ce dernier fort, malgré un feu d’artillerie et de mousque-
* Les auteurs américains disent 5000. Nous donnons les chiffres officiels,
terie très vif des assiégés, reçut six pièces de canon. Le colonel Mercer, qui s’était transporté dans ce fort de sa personne, ne voulant pas attendre l’assaut, et ayont épuisé ses munitions, fit enclouer les canons et l’évacua. Les Français y entrèrent aussitôt. Mercer envoya alors 370 hommes "pour tenir la communication ouverte entre le fort George, où commandait le colonel Schuyler, et Le fort Oswégo où il se retira lui-même. Mais M. de Rigaud ayant passé la rivière à la nage avec un corps de Canadiens et de Sauvages le 14 au point du jour, chassa ces troupes et s’établit entre les deux forts, jetant, par ce mouvement hardi, l’intimidation parmi les assiégés et les séparant en deux. Cette manœuvre fut suivie de l’établissement d’une batterie de neuf pièces de canon sur l’escarpement de la rivière, du côté opposé au fort Oswégo, laquelle ouvrant un feu plongeant dans les retranchemens qu’il y avait autour de cette place, frappait les soldats découverts jusqu’aux jenoux et leur ota toute espérance de pouvoir s’y maintenir. À sept heures du matin le colonel Mercer fut tué, et quelques heures après les assiégés demandèrent à capituler. La rapidité des travaux du siêge, le passage audacieux de la rivière qui otait aux Anglais toute retraite, la mort de leur commandant, tout contribua à les décider à prendre une résolution queles assiégeans n’osaient pas espérer sitôt, car les assiégés avaient à peu de distance, un corps de 2,000 hommes sous les ordres du général Webb, que Montcalm s’attendait d’un moment à l’autre à voir paraître, et qu’il s’était préparé, du reste, à bien recevoir. Le colonel Mercer avait écrit à Webb, le 12 à 4 heures du matin, pour l’informer de sa situation et l’appeler à son secours; 2 heures après, la lettre interceptée était remise au général français, qui pressa davantage les travaux du siége. Le général Webb apprit en route, à Wood’s Creek, la capitulation d'Oswégo. Il s’empressa aussitôt d’embarrasser la rivière, et de rebrousser chemin avec une précipitation qui tenait presque de l’épouvante. La capitulation fut signée à 11 heures du matin. Le colonel Littlehales, qui avait remplacé le colonel Mercer, resta prisonnier avec la garnison des deux forts et les équipages des navires, formant 1,400 soldats, 300 marins et ouvriers, 80 officiers et une centaine de femmes et d’enfans. Les troupes posèrent les arn.cs. On prit sept bâtimens de 8 à 18 canons, 200 bateaux, 107 pièces
de canon, 14 mortiers, 730 fusils, une immense quantité de munitions de guerre et de bouche, 5 drapeaux et la caisse militaire renfermant 18,000 francs. Cette belle conquête ne coûta que quelques hommes. Les assiégés avaient perdu environ 150 tués ou blessés, y compris plusieurs soldats qui voulurent se sauver dans les bois pendant la capitulation, et qui tombèrent sous la hache des Indiens.
Ces barbares, se voyant frustrés du pillage de la place conquise, qu’un assaut leur aurait livré, voulaient à toute force faire un butin. Ils se jetèrent sur les prisonniers isolés, les pillèrent ou les massacrèrent. Ils envahirent les hôpitaux et levèrent la chevelure à une partie des malades. Une centaine d’hommes devinrent leurs victimes. Le général Montcalm, à la première alarme, s’était empressé de prendre des mesures énergiques pour faire cesser ces sanglans désordres ; mais il ne put réussir qu’avec beaucoup de difficulté, et encore, pour satisfaire les Sauvages excités par la soif du sang qu’ils venaient de verser, fut-il obligé de leur promettre de riches présens. “Il en coûtera au roi huit à dix mille livres, écrivit-il au ministre, qui nous conserveront plus que jamais l’affection des nations ; et il n’y a rien que je n’eusse accordé plutôt que de faire une démarche contraire à la bonne foi française”?
Toutes les fortifications d’Oswégo furent rasées, suivant les ordres du gouverneur, en présence des chefs Iroquois, qui virent tomber avec la satisfaction la plus vive ces forts élevés au milieu de leurs cantons, et qui offusquaient leur amour-propre national et leur jalousie. Cette détermination était d’une sage politique, attendu que l’on manquait de forces pour y laisser une garnison capable de se maintenir dans cette position avancée ayant le lac Ontario à dos.
L’époque de la moisson appelait depuis quelque temps le retour des Canadiens dans leurs foyers. Le gros de l’armée se rembarqua avec les prisonniers pour retourner en Canada, où la victoire de Montcalm causa une joie universelle, et fut l’occasion de réjouissances publiques. Suivant l’usage un Te Deum fut chanté dans les églises des villes, où l’on suspendit avec solennité les drapeaux pris sur l'ennemi comme des ‘rophées propres à entretenir le zèle des Canadiens et à annoncer surtout l'éloignement
du danger. Les regrets des Anglais, qui regardèrent la perte d’Oswégo comme l’événement le plus désastreux qui put leur arriver, comme un malheur national, montraient qu’on n'avait pas exagéré cette conquête. En eflet ils suspendirent aussitôt toutes leurs opérations offensives, le général Abercromby accusant le général Schuyler de ne pas lui avoir fait connaître l’état de la place. Le général Winslow reçut ordre de ne point marcher sur Carillon, et de se retrancher de manière à surveiller les routes du lac Champlain et d'Oswégo. Le général Webb fut placé au portage de la tête du lac St.-Sacrement avec 1,400 hommes, et sir William Johnson, avec 1000 miliciens, à German Flatts sur la rivière Hudson. L’expédition par la rivière Chaudière fut abandonnée ou changée en course de maraudeurs ; enfin celle qu’on avait projetée contre le fort Duquesne, fut ajournée à un temps plus propice. (Ces mesures de précautions occupèrent l'ennemi le reste de la campagne.
L’attaque d’Oswégo, dont la conception était due à M. de Vaudreuil et l’exécution au général Montcalm, fit le plus grand honneur à ces deux hommes ; mais le succès qui l’avait couronnée ne rétablit point entre eux une amitié franche et cordiale. Montcalm parut mécontent et morose; et comme s’il eût regretté une victoire obtenue contre ses prévisions, il écrivait à Paris: “ C’est la première fois qu’avec 3,000 hommes et moins d’artillerie qu'eux, on en a assiégé 1,800, qui pouvaient promptement être secourus par 2,000, et qui pouvaient s’opposer à notre débarquement, ayant une supériorité de marine sur le lac Ontario. Le succès a été au-delà de toute attente. La conduite que jai tenue à cette occasion, et les dispositions que j’avais arrêtées sont si fort contre les règles ordinaires, que l’audace qui a été mise dans cette entreprise doit passer pour de la témérité en Europe ; aussi je vous supplie, monseigneur, pour toute grâce d'assurer sa Majesté que si jamais elle veut, comme je l’espère, m’employer dans ses armées, je me conduirai sur des principes différens.” Il se plaignit encore dans l’automne de plusieurs petits désagrémens que le gouverneur lui aurait fait éprouver ; que lui et M. de Levis recevaient des lettres et des ordres écrits avec duplicité, et qui feraient retomber le blâme sur eux en cas d'échec ; que les Canadiens n’avaient ni discipline, ni subordina-
tion, etc. Les louanges que le gouverneur donnait dans ses dépêches à leur bravoure, avaient excité, à ce qu’il paraît, la jalousie des troupes régulières; et le général Montcalm qui n’aurait pas dédaigné d’être le chef du parti militaire, et qui portait peut-être déjà les yeux sur un poste plus élevé que le sien, devint vis-à-vis de la mère-patrie l’organe d’un sy ‘me de dénigrement, symptôme lointain de la désorganisation sourde qui s’introduisait déjà dans tous les élémens de l’ancienne monarchie.
Comme nous venons de le dire, la perte d’Gswégo fit suspendre aux Anglais toutes leurs opérations pour le reste de la campagne, tant sur le lac Ontario que du côté.de l’Acadie. Sur le lac St.- Sacrement les hostilités se. bornèrent à quelques escarmouches jusqu’à l’automine, où les troupes françaises rentrèrent dans l’intérieur pour prendre leurs quartiers d’hiver, laissant quelques centaines d'hommes en garnison à Carillon et à St.-Frédéric sous les ordres de MM. de Lusignan et de Gaspé.
Du côté de l’Ohio, il ne se passa rien non plus de remarquable. Mais les irruptions dévastatrices avaient continué dans la Pennsylvanie, le Maryland et la Virginie. Plus de soixante lieues de pays avaient encore été abandonnées cette année avec les récoltes et les bestiaux par les habitans, qui s’étaient enfuis au-delà des Montagnes-Bleues. Les milices américaines, habillées et tatouées à la manière des Indiens, n’avaient pu arrêter qu’un instant ces invasions passagères et sanglantes. On eut même des craintes pour la sûreté de la ville de Winchester. Le colonel Washington, qui commandait sur cette frontière, écrivit dans les termes les plus pressans au gouverneur de la Virginie pour lui exposer l’extrême désolation qui y régnait: ‘ Je déclare solennellement que je m’offrirais volontiers en sacrifice à nos barbares ennemis,, si cela pouvait contribuer au soulagement du peuple.”
M. Dumas avait fait enlever aussi, dans le mois d’août, le fort Grenville sitné seulement à vingt lieues de Philadelphie. Quelque temps auparavant, Washington avait voulu surprendre, avec 3 ou 400 hommes, Astigué, grosse bourgade des Sauvages-Loups ; et il avait déjà réussi à mettre cette tribu en fuite, lorsque ramenée à la charge par M. de la Rocquetaillade et quelques Canadiens, ell: avait mis à son tour les Anglais en déroute, et les avait dispersés dans les bois,
Ainsi partout les opérations militaires nous avaient été favorables et tout l’honneur en appartenait aux armes françaises, car avec moins de 6,000 hommes elles avaient paralysé les mouvemens de près de 12,000, rassemblés entre l’Hudson et le lac Ontario, et s’étaient emparé de leur plus forte place de guerre. Pour récompenser le zèle et le courage des troupes, Louis XV promut à un grade supérieur ou décora de la croix de St.-Louis plusieurs officiers.
Si l’on avait lieu d’être satisfait de leurs services, la situation intérieure du pays ne permettait guère cependant de se réjouir de leurs succès, qui retenaient bien, il est vrai, la guerre au-delà des frontières, mais qui étaient inutiles pour soulager les maux du peuple. Toute l’attention du gouvernement se portait alors sur la disette qui régnait, et aui était encore plus redoutable que le fer des Anglais. Le tableau de la misere et des souflrances qui s’offraient partout dans l’automne, frappait de pressentimens sinistres les hommes les plus résolus. La petite vérole venait de faire des ravages terribles, qui s’étaient étendus aux tribus indiennes. Les Abénaquis, cette nation si brave et si fidèle à la France et au catholicisme, furent p'esqu’entièrement détruits par le fléau. Il n’en resta que quelques débris, qui s’attachérent à la cause des Anglais, leurs plus proches voisins. Les récoltes avaient encore manqué, et, sans les vivres trouvés à Oswégo, on ne sait ce que seraient devenus les postes de Frontenac, de Niagara et de l'Ohio. L’intendant fut obligé de faire distribuer du pain au peuple des villes chez les boulangers, à qui l’on fournissait de la farine des magasins du roi. Les habitans affamés accouraient en foule et se l’arrachaient à la distribution. Dans le même temps, les bâtimens envoyés à Miramichi pour porter des provisions aux Acadiens, revenaient chargés de ces malheureux, qui périssaient de misère et qui ne demandaient que des armes et du pain pour prix de leur dévoûment. Leur arrivée .e fit qu’empirer le mal. On avait plus de combattans que l’on était capable d’en nourrir, et l’on fut obligé de donner de la chair de cheval à ces pauvres gens. Un: partie mourut de la petite vérole, une autre fut acheminée dans quelques seigneuries de Montréal et des Trois-Rivières, où elle fonda les paroisses de l’Acadie, St.-Jacques, Nicolet et Bécancour ; le reste traîna
pendant quelque temps une existence misérable dans les villes et dans les campagnes, où il finit par se disperser et se fondre. Enfin, dans le mois de mai 1757, le mal allant toujours en augmentant, il fallut réduire les habitans de la capitale, depuis quelque temps déjà à la ration, à quatre onces de pain par jour.
On adressa de toutes parts des lettres à la France pour y appeler son attention la plus sérieuse. Le gouverneur, les officiers généraux, l’intendant, tous demandaient des secours pour triompher et de la famine et de l’ennemi. Le succès de la prochaine campagne dépendra surtout, disait-on, des subsistances qu’on y enverra, car il serait triste que, faute de cette prévoyance, le Canada fût en danger ; toutes les opérations y seront subordonnées. Quant aux renforts de soldats, M. de Vaudreuil demandait 2,000 hommes si l’Angleterre ne faisait pas passer de nouvelles troupes en Amérique, sinon un nombre proportionné à ce qu’elle enverrait. Les réguliers qui restaient à la fin de la campagne, sans compter les troupes de la colonie, ne formaient guère plus de 2,400 bayonnettes.
Ces demandes continuelles effrayaient la France. Engagée dans une fausse route, elle voyait ses finances s’abîmer dans la guerre d'Allemagne et d'Italie, où elle n’avait rien à gagner, et ses coffres rester vides pour faire face aux dépenses nécessaires à a conservation du Canada et à l'intégrité de ses possessions américaines. Le gouvernement sentait le vice de sa position, et il n’en pouvait sortir, car le Canada était sacrifié à la politique de la Pompadour. Il chicanait sur chaque article de la dépense. Il observait que dans les temps ordinaires cette colonie ne coûtait à la France que 10 à 12 cent mille livres par année, et que depuis le commencement des hostilités, la dépense avait monté graduellement à 6, puis à 7, puis à 8 millions; que dès 1756 la caisse coloniale se trouvait débitrice, par suite de ces exercices extraordinaires, de 14 millions, dont près de 7 millions en lettres de change payables l’année suivante. L’intendant Bigot mandait que l’armée avait épuisé les magasins de tout à la fin de 56, que les dépenses des postes de l’Ohio iraient jusqu’à 2 ou 3 millions, et que celles de 57 monteraient, pour tout le Canada, à 7 millions au moins. Ces demandes faisaient redouter au ministère un surcroît encore bien plus énorme. Les politiques à vues courtes, H*
les favoris du prinée, qui pattioipalont à sés débauches et profi: taïent de ses prodigalités, s s’éériaient que le’Canada, ce pays de forêts 'et du désérts glacés; 'coûtait infiniment plus qu'il ne valait, On'ne voyait qu’une question d'argent là où se trouvait une question de puissance maritime et de grandeur nationale. ‘La France où plutôt ses’ ministres oubliaient jusqu’à l’héroisme de ses soldats sur cétte terre lointaine, pour fout nir aux excès: scandaleux dés mañîtresses royales,
Tout en enjoignant Péconomie la plus lévevt, ils’ ne ‘purent se dispenger d'envoyer les’ réhforts et les'Sécours en vivres'et'en munitions qui avaient été démandés, ” C’est''après cet envoi en 1757 que l’approvisionnement des armées qui, jusque-là; s’était fait par régie, c’est-à-dire par des emplôÿés qui’ faisaient les achats, fur mis en ‘entreprise! sur les suggestions présentées par Bigot petidant qu'il était ën Francé en 55. Cadet, riche boucher dé Québec, devint l’adjudicataire dès fournitures de Parméelet de {ous les postés pour neuf ans; Césystèmie qui subsistait en France, et qui était adopté pour prévenir lesiabhus, ‘contribua au contraire à les multiplier de ce côté-ei . Pocéan d’une manière éffrayÿante cÜfhiie 6 16 Verra plus. tard, : nt ? Cépehdant le géhiéral! Montéalni avait ivre aux ministres, au liéu d'attaquer le fort WilliamiHeñry et le fort Edouard deb sa prothaîhe campaghé-commé l'avait proposé M.ide Vaudreuil, dénx entreprises qu’il considérait, l’une'comme difficile ‘et l’autre comité impossible, dé faire plutôt une diversion sur l’Alcadie avec utié escadte ‘et des ‘troupes de France! auxquelles on‘joindrait 2,500 Canädiens: | Ce projet, qui avait’ sans doute de l’audace, ne! fut point’ goûté, Koïit que! l'on crut lé suecès inutile du trop douteux, soit qu'il était dangereux, ainsi que le:fit ‘observer M. de Lotbinière/ dé’ idivisét/les forces du Canada déjà si faibles, pour en’portér uné partie au loin dans un LR ul ce duo était toujours sérieuséméfit menacé! !°1 101
Dans la: #éponsé que reçut: eo om jui aie stitout de faire’ tdut ce ‘quidépendrait de/lui pour ramener'la bonné intelligence entre les troupes et les habitünis; et de se rap+ peter ‘qu'il’ était égalémiént ‘essentiel’de bien) traiter !les alliés indiens, bt'de' rendre à leur ‘bravoure tous lés témoignages dont ils étaient si ‘jaloux. ‘Les rapports parvenus à Patis sur la con:
duite des militaires, dont la tendance:etles prétentiohs se manifestaient'asspz, du reste, dans leurs propres! lettres, frent sans: doute motiver ces sages instructions. : Quant'au projet de M. de Vaudreuil sur les forts William-Henry et Edouärd, on ea aucune rs ‘définitive pour de moment, : 4416 {lp ee oO
‘: Pendant que la: France irsangéeit nr aire des mesures ‘défénsives peur PAmérique du nord, l'Angleterre, hon: teuse de $es défaites de la dernière lcampagne dans les: deux mondes, voulut les venger ‘dans celle qui allait ouvrir. - Pour sc réhabiliter dans l’épinion publique; 1e ministère admit dans son sein M: Pitt, devenu fameux depuis sous le nom de lord Ghatham, et M.! Lepge, deux”hommes regardés:comme:les plus: illustres citoyens du ‘royaume. : ‘fl fut décidé de pousser la:guerre avec la plus grande vigueur. ! : Dés estadres.et des troupes de renfort con sidérables furent envoyées:en Amérique:;.et afin d’émpêcher:les colonies françaises de recevoir les vivres, dont:on :savait.qu’elles avaient un \bèsoin pressant, le parlement. anglais passa unéï loi pour défendré ee de provisions hors des domaines bria | ( lCaiove FC “bio
‘Le: bruit se: relié aussioen! Françe qu'il: était aisaténs à Londres d’attaquer Louisbourg ou le Canada du côté de la:mer. Pittivoulait obtenir'à quelque prix que ce:füt:la supériorité dans lé Notivéau: Monde s'on ‘ajoutait qu'il devait y'envoyer:!10 mille hommes, et qu’il triplerait ces forces, s’ille fallait, pôoüraceomplir son dessein, ‘ Cela ne fit point chahger les’résolutrons-du‘Imiflistère français au sujet du éhiffre: des:troupes::àenvoyer;uet c’est eh vain que le maréchal de Belle-islé: voulut'en représenterüle danger dans'un mémoire qu’il soumit au conseil ‘d'état: 4Il ya pl'sieurs mois! que jinsiste, disait-il, pour que nous fassions passer en Amérique, indépendamment: des rècrües nécessaires: pour compléter les troupes de nos colonies: et de: nos régimens françaib, lés'4,000 hommes du sieur Fischer @!s. 41Tla un corps distingüé d'officiers, presque tou$ gentilshommres;, dont la plus grande partib se propose de ne jamais revenir en Europe, non plus que les soldats, ée qui fortifiérait beaucoup, pour! le présent et l’avenir, ‘les parties da ces colonies où ces troupes'seraient destinéesu. 1.176 rois ne pouvoir'trop insister. : L’on! se répéntira peut-êtré- trop tard de ne l’avoir pas fait, lorsqu'il n’y aura plus de remède.:' Je
conviens que la dépense de transport est excessivement chère ; mais je pense qu’il vaudrait encore mieux avoir quelques vaisseaux de ligne de moins et se mettre en toute sûreté pour la conservation des colonies.”
On ne sait quelle influence ce renfort eût exercé sur le résultat des opérations militaires de 59 ; mais il est déplorable de penser que le sort du Canada ait tenu peut-être à la chétive somme qu’eut coûté le transport de ces troupes en Amérique! Le conseil se contenta d’envoyer pour protéger Louisbourg, une escadre dans les parages du Cap-Breton sous les ordres de M. d’Aubigny, et d’en détacher quelques vaisseaux sous le commandement de M. de Montalais, pour croiser dans le bas du St.-Laurent. L’événement prouva, du moins pour cette année, que cette escadre qui couvrait à la fois Louisbourg et le Canada, était le meilleur secours que l’on pât nous fournir, si en effet on ne pouvait, comme l’on disait, en fournir que d’une sorte.
Dans cette situation, le Canada dut rester sur la défensive pour attendre les événemens, se tenant prêt toutefois à profiter des moindres circonstances favorables qui pourraient se présenter, et ne détachant point ses regards de tous les mouvemens que faisaient ses ennemis.
Par suite du nouveau système adopté par l’Angleterre pour pousser la guerre avec vigueur, lord Loudoun assembla à Boston, en janvier 57, les gouverneurs des provinces du Nord, la Nouvelle-Ecosse comprise, afin de s’entendre sur un plan d’opérations pour la prochaine campagne. Le plan d’attaque suivi en 55 et 56 fut abandonné, et il fut résolu de réunir ses forces au lieu de les diviser comme on avait fait jusque-là, pour les porter sur un seul point à la fois. Louisbourg qui était le point le plus saillant des possessions françaises du côté de la mer, paraissait devoir attirer le premier l’attention des Anglais, qui l’avaient vu élever avec une extrême jalousie, comme on l’a rapporté ailleurs. Ils furent d’avis de commencer par là et de se rendre maître de ce poste qui couvrait l’entrée du St-Laurent, chaque colonie fournissant so1 contingent de soldats. Des levées de troupes furent ordonnée: en conséquence dans les différentes provinces, qui s’empressèrent de faire tous les autres préparatifs nécessaires. Afin que rien ne transpirât du projet au dehors, on mit un embargo
sur les navires qui se trouvaient dans les ports: et l’on retint les parlementaires que Louisbourg avait envoyé: à Boston. La garde des frontières fut confiée aux milices. Washington commandait toujours celle des Apalaches. Deux ou trois mille réguliers furent laissés en garnison dans le fort William-Henry à la tête du lac St.-Sacrement. Au mois de juillet l’armée anglaise se montait, tel qu’il avait été projeté, à plus de 25,000 hommes, dont près de 15,000 réguliers, sans compter de nombreuses milices armées, qui pouvaient marcher au premier ordre.
Lord Loudoun partit de New-York le 20 juin avec 6,000 hommes de troupes regulières et 90 voiles pour Louisbourg. Il fut rejoint, le 9 juillet, à Halifax par la flotte de l’amiral Holburne et cinq 1utres mille hommes de vieilles troupes; ce qui portait l’armée de débarquement à 11,000. Mais pendant que l’on était encore dans ce port, l’on apprit par différentes voies à la fois que amiral Dubois de la Motthe, venant de Brest, était entré dans la rade de Louisbourg avec la flotte promise dans l’hiver ; qu’il s’y trouvait en conséquence 17 vaisseaux et 3 frégates de réunis, et que la ville était défendue par 6,000 soldats, 3,000 miliciens et 1,300 Sauvages. À cette nouvelle, lord Loudoun assembla un conseil de guerre, où il fut convenu d’un commun accord d’abandonner une entreprise qui ne promettait plus aucune chance de succès. En conséquence les troupes de débarquement retournèrent à New-York, et l’amiral Holburne cingla vers Louisbourg avec 15 vaisseaux, 4 frégates et un brûlot pour observer cette ville. Mais ayant vu en approchant de cette forteresse, l’amiral français donner à sa flotte le signal de lever l’ancre, il se hâta de rentrer à Halifax. Il revint encore en septembre, après avoir reçu un renfort de quatre vaisseaux ; M. de la Motthe à son tour plus fable que son adversaire, ne bougea pas, en obéissance aux ordres positifs de la cour de ne pas risquer la plus belle flotte que la France eût mise sur pied depuis 1703. Peu de temps après une horrible tempête éclata sur la flotte anglaise et la mit dans le danger le plus imminent. Un des vaisseaux fut jeté à la côte et la moitié de l'équipage périt dans les flots, onze autres furent démâtés, d’autres furent obligés de jeter leurs canons à la mer, et tous rentrèrent dans les ports de la Grande-Bretagne dans l’état le plus pitoyable.
258 EUSTOIRE DU CANADA:
: Malgré la disette qui regnaitlen: Canada, les hostilités n'avaient pas cessé-durant hiver, dont le froid fut d’une rigueur extrême, Dans le mois'de janvier: un: détachement, sorti du fort William: Henry, fut atteint vets Carillon'et, détruit. : Dans le mois suivant le général Montcalm forma le projet des détacher 850: hommes pour surprendre ce fort et-l’empôrter : par escalade. Le: gouverneur @rut devoir porter ce détachement à/1,500 hommess dont 800: Canadiens, 450 ‘réguliers et. 300 Indiens, et en donnale commandement à M: de Rigaud, au grand mécontentement des officiets)dés troupes et. de Montcalm/luismême, qui aurait désiré le voir conférer à M.de Bourlamarque. Ce: corpsse mit on marche le 23 févriér, traversa:les lacs Champlain et! St.-Sacrement, fit. 60 lieuesila raquette-aux pieds; portant ses vivres! sur des traîneaux, couchant aû. milieu. des: neiges :sur:des peaux d'ours, à l’abri d’une simpleltoile, : Le:18 marsilse trouvait près de Willinm-Hènry.- Mais après avoit reconnu la force de la place, M.:de Rigaud jugea ‘impossible: de lPenlever dun coup de main et dut se borner à détruire tout’ce qu’il y avait à l'extérieur des ouvrages. ' Ce .qui fut exécuté: sous le féu des Anglais; mais avec peu de perte, dans les nuits du 18 au 22. 350 bateaux, 4 brigantins de’10 à 14 ‘canons, let tous les moulins, magasins et maisons qui-étaient-palissadés, devinrent:la: proié des flammes. La garnison environnée pouriainsi dire par unemer de feu pen dant quatre jours, ne chercha àifaire aucune sortie, ni à s'opposer aux dévastationsides Français} qui né: laissèrerit debout que le corps nu de la place.' La retraite de ceux-ci fut marquée par un événemen’ ni s’est renouvelé à l’armée de Bônaparte en Esypte) par’une cause peu différente. La blancheur éblouissante de'la neige: frappa d’uhe ‘espèce d’opthalmie: le tiers: du détachement, que l’ôn fat obligé de guider par la main le resté dela ‘route, Mais deux’jours après son'atrivée, les tie avaiént racouvié la vue à l’aide de rémèdes faciles. : Lo €
Ces différens succès, et surtout la prise d'Oiwézo dans la dou nière campagne, maintenaient toujours les tribus: indiennes dans l’aliance de la Francé.! La confédération iroquoise, malgré les éfforts des Anglais; envoya: pour la secondè fois une grande ambassade à Montréal, afin de renouveler ses protestations d'amitié ; on la reçut en présence des députés des Nipissings,
dès Algonquins, des Poutouatamis et les Outaoudis. : Ces démons: trations étaient ‘importantes parce. qu’elles itranquillisaient les esprits sur'les frontières, qui n’avaïent: pas ‘encore: été sonsiblement troublées :depuis le coinméncenient de la guerre, grâce à l'énergie des habitans let des troupes: 11 ti
Les secours en hommes que le gouverneur avait démandés de France, et que, par'de nouvelles dépêches voyant les préparatifs des Anglais, il'avait prié de’ porter à 5,000 bayonnettes, n’arris vèrent en Cähada qu’en petit nombre et fort tard. Le 11 juillet on n’avait encore reçu que 600 soldats ét très peu deivivres. IL ne débarqua à Québecdans tout le cours de l’été qu'environ 1,500 hommes. : Ces délais jetèrent des: entraves dans les opé rationst Après avoir, envoyé 400 hommes au secours du fort Duquesne, pour la sûreté duqueliil'avait quelque crainte, M. de Vaudreuil fit acheminer, dès que la saison le permit, des troupes pour garhir la frontièré du lac: Champlain. M. deiBourlamarque y réunit 2,000 hommes à Carillon. : Un bataillon fut stationné à St-Jean, un second'à Chambly : deux autres gardaïent Québec et Montréal. :-Les Canadiens étaient occupés aux travaux des champs. . Sur: ces ‘entrefaites- la ‘houvelle du départ de ‘lord Loudoun de New-York pour Louisbourg détermina les'chefs à profiter de l’absencel d’une partie des forces de l’ennemi pour reprendre d'une manière plus sérieuse le projet sur: William+ Henry, dont la situation mettait toujours les Anglais à.üune. petite journée de Carillon, leur donnait le: commandement du lac St.- Sacrement et les: moyens de tomber :sur nous à l’improviste, Pour se débarrasser d’un: voisinage aussi dangereux, il fallait les rejeter sur l’Hudson ; ce que l’ondécida d'exécuter sans délai, et sans attendre plus noms les renforts ‘et les: vivres demandés enEuropesl «5 45 oc nl = ob
À Pappel:du gonverneur. les. Canadiens uniibent: des: soldats et des provisions; ils sentajent-eux-mêmes toute l'utilité de cette entreprise. : Ils se: dénantireñt dès ipetites réserves qu’ils avaient faites pour leurs familles, et se: réduisirent à vivre de maïs et de Jégumes., ‘On ne trouverait chez eux, écrivit le gouverneur à la Cour, ni fariné, ni lard; ils se sont exécutés avec. autant de générosité que de zèle pour le sérvice du roi”. L’on travailla sans bruit aux préparatifs, et toute l'artillerie était rendue à
Carillon à la fin de juillet. En très peu de temps l’armée destinée à l’expédition fut réunie. Elle consistait en 3,000 réguliers, un peu plus de 3,000 Canadiens, et 16 à 18 cents Sauvages de 32 tribus différentes, en tout 7,600 hommes. Les succès des bandes qui tenaient la campagne, étaient d’un bon augure. Le lieutenant Marin avait fait des prisonniers et levé des chevelures jusque sous le fort Edouard, dont il avait provoqué une sortie de 2,000 hommes. Rigaud, avec un détachement de 400 hommes, avait rencontré sur le lac St.-Sacrement le colonel Parker qui le dcscendait à la tête de 22 berges et 350 à 400 Américains pour faire ane reconnaissance, il l’avait attaqué, lui avait pris ou coulé à fond 20 berges, tué ou noyé 160 hommes et enlevé un pareil nombre de prisonniers, dont 5 ofliciers. Après ces préludes, le général Montcalm donna le signal du départ.
L’avant-garde, composé de grenadiers, de trois brigades canadiennes et de 600 Sauvages, formant 2,800 hommes, aux ordres du chevalier de Levis, prit la route de terre et remonta la rive droite du lac St.-Sacrement, pour protéger la marche et le débarquement du reste du corps expéditionnaire, qui suivait par eau avec le matériel du siége. Elle s’ébranla le 30 juillet.
Le 2 août au soir, le général Montcalm débarqua avec ses troupes sous la protection de l’avant-garde dans une petite baie, à une lieue de William-Henry, L’artillerie arriva le lendemain matin. Le chevalier de Levis s’avança sur le chemin du fort Edouard suivi par le reste de l’armée marchant sur trois colonnes par les montagnes, afin de reconnaître la position des ennemis et d’intercepter leurs secours ; mais la garnison, qui n’était que de 1500 hommes, avait reçu la veille un renfort de 1,200 soldats, qui la portait maintenant à 2,700 combattans. Les troupes françaises défilèrent par-derrière la place, et, en linvestissant ainsi que le camp retranché placé sous ses murs et trop fort pour être aborde l’épée à la main, elles appuyèrent leur gauche au lac, à l’endroit où est aujourd’hui Caldwell et où devait débarquer l'artillerie, et leur droite sur les hauteurs du côté du chemin du fort Edouard, sur lequel elles jetèrent des découvreurs pour être instruites à temps des mouvemens du général Webb, qui était à cinq ou six lieues avec 4,000 hommes.
Le colonel de Bourlamarque fut chargé de la direction du siége. Le colonel Monroe commandait le fort.
La tranchée fut ouverte le 4 à 8 heures du soir à ?50 toises, sous un feu de bombes et de boulets qui ne discontinua plus jusqu’au moment de la reddition, sauf quelques courts intervalles. Le lendemain, sur un rapport que le général Webb s’avançait avec 2,000 hommes, le chevalier de Levis eut ordre de marcher à sa rencontre, et Montcalm se préparait à le suivre pour le soutenir, lorsqu'il lui fut remis une lettre trouvée sur un courrier qui venait d’être tué, par laquelle le général Webb mandait au colonel Monroe que, vu la situation du fort Edouard, il ne lui paraissait pas prudent de marcher à son secours, ni de lui envoyer de renfort; que les Français étaient au nombre de 13,000; qu’ils avaient une artillerie considérable, et qu’il lui envoyait ces renseignemens afin qu'il en pût profiter pour obtenir la meilleure capitulation possible, sil n’était pas capable de tenir jusqu’à l’arrivée des secours demandés d’Albany. L’erreur du général Webb sur le nombre des assiégeans fit précipiter la reddition de la place. Le 6, au point du jour, la batterie de gauche de 8 pièces de canon et un mortier fut démasquée et ouvrit son feu. Celui des assiégés était toujours très vif. Le lendemain une nouvelle batterie commença à tirer. Le général français fit suspendre alors la canonnade, et chargea un de ses aides-de-camp, le jeune Bougainville, devenu célèbre depuis par son voyage autour du monde, d’aller porter au colonel Monroe la lettre du général Webb. Le commandant anglais répondit qu’il était résolu de se défendre jusqu’à la dernière extrémité. A neuf heures le feu recommença aux acclamations des Indiens, qui poussaient de grands cris lorsque les projectiles frappaient les murailles des assiégés. Vers le soir ceux-ci voulurent faire une sortie avec 500 hommes pour s’ouvrir une communication avec le fort Edouard; mais M. de Villiers marcha à eux avec la compagnie franche et les Sauvages et les repoussa, après leur avoir tué une cinquantaine d’hommes et enlevé quelques prisonniers. Une troisième batterie fut commencée le 8; on y travaillait encore lorsque dans l’après-midi l’on vit brilier des armes sur le haut d’une montagne voisine, en même temps que l’on observa des troupes se disposer en bataille
et beaucoup de mouvement dans le camp retranché du fort. Le 1*
rappel fut aussitôt battu ; mais après quelques coups de fusil, les soldats de la montagne rentrèrent dans le bois et disparurent, et le 9 au matin la place arbora le drapeau blanc et demanda à capituler. Les conférences ne furent pas longues. IL fut convenu que la garnison du fort et du camp au nombre de 2,372 hommes, sortirait avec les honneurs de la guerre, et se retirerait dans son pays avec armes et bagages et une pièce de canon ; qu’elle ne servirait pendant dix-huit mois ni contre les Français ni contre leurs alliés, et que les Français et les Sauvages retenus prisonniers dans les colonies anglaises, seraient renvoyés à Carillon dans les quatre mois. Le défaut de vivres empêcha d’insister pour que la garnison restât prisonnière de guerre.
On trouva dans le fort William-Henry 42 bouches à feu, une immense quantité de munitions de guerre, des vivres pour nourrir l’armée six semaines, et dans la rade plusieurs petits bâtimens,. La perte des Français fut de cinquante et quelques hommes, celle des assiégés d’environ 200.
La capitulation fut accompagnée, comme celle d'Oswégo, d’un événement toujours regrettable, mais qu’il était presqu’impossible de prévenir complètement du moins aux yeux de ceux qui connaissent quelles étaient les mœurs indépendantes des Sauvages. Les Anglais, du reste, furent eux-mêmes en partie la cause de ce qui leur arriva, ayant négligé, comme M. de Bougainville, d’après les ordres de son général, les en avait priés, de jeter leurs boissons pour empêcher les Indiens de s’enivrer lorsqu’ils entreraient dans la place.
La garnison devait se retirer au fort Edouard. Le chevalier de Levis la fit partir le lendemain matin escortée par un détachement de troupes réglées, et accompagnée de tous les interprètes des guerriers indiens. Elle n’eut pas fait une demi-lieue que les Sauvages, mécontens de la capitulation qui les avait privés du pillage comme l’année précédente, et excités par les Abénaquis qui en voulaient aux Anglais, prirent par les bois, tombèrent sur les prisonniers à l’improviste, en tuèrent quelques-uns, en dépouillèrent un grand nombre et emmenèrent le reste avec eux. L’escorte fit tout ce qu’elle put pour arrêter ces barbares, et eut même des soldats tués et blessés. Aussitôt qu’il fut informé de ce qui se passait, le général Montcalm accourut avec presque
tous les officiers. Il arracha des mains des Sauvages tous les Anglais qu’ils retenaient encore et fit rentrer dans le fort ceux qui s'étaient échappés, et qui ne pouvaient gagner leur destination sans péril. Environ 600 de ces soldats dispersés dans les bois, continuèrent à arriver pendant plusieurs jours au fort Edouard, nus, sans armes, épuisés de faim et de fatigues. Les Sauvages en emmenèrent 200 à Montréal, que le gouverneur retira de leurs mains en payant pour eux de fortes rançons ; 500 étaient rentrés dans le fort William-Henry. Le général Montcalm fit donner des habits à ceux qui avaient été dépouillés, et les renvoya dans leur pays sous la protection d’une puissante escorte, après avoir témoigné tout son regret de ce qui venait d’avoir lieu. Ces malheureux désordres dont nous venons de retracer le tableau exact, laissèrent un vif ressentiment dans le cœur des Anglais, Mais les prisonniers eux-mêmes ont rendu cette justice à leurs vainqueurs, qu’ils avaient fait tout ce que l’on pouvait attendre d’eux pour arrêter le mal, et qu’ils avaient réussi à empêcher de bien plus grands malheurs.
Le fort William-Henry fut rasé ainsi que le camp retranché, et le 16 août l’armée se rembarqua sur 250 berges pour Carillon. Sans la nécessité de renvoyer les Sauvages dans leurs tribus et les Canadiens chez eux pour fairela moisson, on eut pu inquiéter le fort Edouard. Les Américains eux-mêmes étaient si persuadés que c’était là le dessein des Français, que toutes leurs milices, infanterie, cavalerie et artillerie, avaient été mises en réquisition jusqu’au fond du Massachusetts, et que les habitans à l’ouest de la rivière Connecticut, avaient eu ordre de briser leurs voitures à roues et de faire rentrer leurs bestiaux. Il est inconcevable dit Hutchinson, que quatre ou cinq mille hommes aient pu causer tant d’alarmes. Cette crainte toutefois n’était pas sans fondement, car les instructions du gouverneur à Montcalm portaient qu'après la prise de William-Henry, il irait attaquer le fort Edouard ; mais la crainte de manquer de vivres, la nécessité de renvoyer les Canadiens pour faire les recoltes et les difficultés de réduire cette place, défendue par une garnison nombreuse et à portée de recevoir de prompts secours, avaient empêché ce général de s’y conformer, résolution qui fut plus tard la cause de difficultés fort graves entre lui et M. de Vaudreuil. Au reste, la question des
subsistances étant la plus importante pour le Canada, où la disette allait toujours en augmentant, le trophée le plus agréable de la nouvelle conquête fut 3,000 quarts de farine et de lard qu’on apporta en triomphe à Carillon, et qui furent prisés à Montréal et à Québec à l’égal d’une grande victoire.
Après cette campagne l’armée se retira dans ses lignes jusque dans l’automne, qu’elle alla prendre ses quartiers d’hiver dans l’intérieur du pays.
La récolte y avait entièrement manqué. Il y avait des paroisses qui avaient à peine recueilli de quoi faire les semailles. Les blés qui avaient la plus belle apparence sur pied, ne rendirent aucun aliment à cause de la grande quantité de pluie qui était tombée dans le milieu de l’été. L’on craignit dans l’automne que le peuple ne manquât totalement de pain dès le mois de janvier. Par précaution l’on mit deux cents quarts de farine en réserve pour la nourriture des malades dans les hôpitaux jusqu’au mois de mai. Les maisons religieuses furent réduites à une demi-livre de pain par tête par jour, et il fut proposé de fournir aux habitans des villes une livre de bœuf, de cheval ou de morue en outre du quarteron de pain qu’on leur distribuait et qui fut jugé insuffisant. 12 à 1,500 chevaux furent achetés par l’intendant pour la nourriture. Faute d’alimens pour les troupes, on les répandit dans les campagnes chez les habitans, que l’on supposait encore les mieux pourvus dans la disette générale. On ne garda dans les villes que ce qu’il fallait pour leur garnison. À la fin de septembre le chevalier de Levis ayant reçu ordre de réduire la ration des soldats, fut informé qu’ils murmuraient ; il fit rassembler les grenadiers et les réprimanda sévèrement sur l’insubordination qui se manifestait parmi les troupes, insubordination qui était excitée, à ce qu’il paraît, par les habitans et par les soldats de la colonie eux-mêmes. Il leur dit que le roi les avait envoyés pour défendre cette contrée non seulement par les armes, mais encore en supportant toutes les privations que les circonstances demanderaient ; qu’il fallait se regarder comme dans une ville assiégée privée de tout secours, que c’étaient aux grenadiers à donner l’exemple, et qu’il ferait punir toute marque de désobéissance avec la plus grande sévérité. Les murmures cessèrent pendant quelque temps. Dans le mois
de décembre la ration ayant été de nouveau réduite et les soldats obligés de manger du cheval, la garnison de Montréal refusa d’en recevoir. M. de Levis les fit réunir et les harangua de nouveau. Il leur ordonna de se conformer aux ordres qu’on leur donnait et leur dit que si après la distribution ils avaient quelque représentation à lui faire, il les écouterait volontiers. Après avoir reçu leurs rations, ils motivèrent leurs plaintes avec leur franchise habituelle, disant pour conclusion que la chair de cheval formait une mauvaise nourriture, que toutes les privations retombaient sur eux, que les habitans ne se privaient de rien, et qu’ils ne pensaient pas que la disette fût aussi grande dans le pays qu’on le disait.
M. de Levis répondit à tous leurs griefs. Il observa, qu’ils avaient été mal informés de l’état de la colonie ; qu’il y avait long-temps que le peuple à Québec ne mangeait pas de pain; que tous les officiers de Québec et de Montréal n’en avaient qu’un quarteron par jour ; qu’il y avait 2,000 Acadiens qui n’avaieni pour toute nourriture que de la morue et du cheval; et qu’ils n’ignoraient pas que les troupes avaient mangé de ce dernier aliment au siége de Prague. Il termina en les assurant que les généraux faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour leur procurer le plus de bien-être possible. Ce discours parut satisfaire les mutins, qui se retirèrent dans leurs casernes et ne firent plus de représentations.
Au commencement d’avril, l’on fut obligé de réduire encore la ration des habitans de Québec et de la fixer à 2 onces de pain et à 8 onces de lard ou de morue. On voyait des hommes tomber de faiblesse dans les rues faute de nourriture.
Tandis que le pays était ainsi en proie à une disette que semblait aggraver encore l'incertitude de l’avenir, les chefs étaient toujours divisés par des dissentions et des jalousies malheureuses. Un antagonisme sourd existait entre les Canadiens et les Français, provenant en partie de la supériorité que l’homme de la métropole s’arroge sur l’homme de la colonie. Ce mal n’était pas propre seulement au Canada. Les annales des provinces anglaises de cette époque sont remplies des mêmes querelles occasionnées par la même cause. Le général Montcalm se plaignait avec amertume que l’on cherchait à le déprécier et à lui
faire perdre de sa considération, et que le gouverneur n’était occupé que du soin de diminuer la part que les troupes de terre et luimême avaient au succès. Chaque année, chaque victoire semblait accroître son mécontentement. Une inquiétude jalouse, une ambition mal satisfaite tenaient son âme sans cesse ouverte à toutes les interprétations de la malveillance. Les efforts qu’il faisait pour flatter le soldat et captiver la popularité des Canadiens, au milieu desquels il prenait l'air “ d’un tribun du peuple,” comme il le disait lui-même, tandis qu’il les dépréciait dans ses dépêches, nous portent à croire qu’il nourrissait d’autres vues que celles de faire reconnaître ce que le pays devait à ses talens et au courage de ses troupes, car les dépêches du gouverneur rendaient à cet égard pleine justice au général et aux soldats. Mais Montcalm qui désirait le supplanter et ses partisans, cachaient soigneusement leur dessein, se bornant pour le moment à lui faire perdre, par leurs propos et leurs allusions, la confiance du soldat, des habitans et des Indiens eux-mêmes, à tous lesquels il eut certainement été cher, s’ils avaient pu pénétrer les sentimens qui animaient son âme; et que l’on trouve partout exprimés dans sa correspondance officielle, sentimens qui éta'ent d'autant plus vrais, que cette correspondance ne devait pas être connue de ceux dont elle glorifiait les services.
Cependant les ministres à Paris furent forcés de s’occuper un peu des moyens de soulagerles maux que lon souffrait en Canada, car ils savaient que le cabinet de Londres avait ordonné dans l'hiver un accroissement de préparatiss beaucoup plus formidables encore que tous ceux des années précédentes. Mais la faiblesse du gouvernement ne permit point d'organiser de secours capables d'y faire face et d'assurer le succès pour le présent et pour l’avenir. Les dépenses de la colonie pour 57 avaient de beaucoup dépassé les exercices accordés; les lettres de change tirées sur le trésor avaient monté à 12 millions 340 mille francs. La rumeur publique signalait des abus, des dilapidations considérables ; mais le silence des chefs et des autres officiers civils et militaires, les préoccupations du ministère, la vivacité de la guerre ne permettaient point de faire faire une investigation pour le présent. L'on se borna à des recomman lations d'économie et de retranchement auxquelles les besoins croissans de la guerre ne