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contrées nouvelles ; ses enfants jalonnaient les rives du Saint- Laurent et du Mississipi dans un espace de douze cents lieues ! Une partie disputaient les bords glacés de la baie d'Hudson aux traitants anglais, tandis qu’une autre partie guerroyaient avec les Espagnols presque sous le ciel brûlant des tropiques. Ta puissance française en Amérique semblait reposer sur eux. Ils se multipliaient avec une incroyable énergie pour faire face ru nord et au sud. Partout pleins de dévouement et de bonne volonté, ils se sacrifiaient pour faire triompher la cause de leur patrie. Au nom de leur roi, ils obéissaient sans calculer ni les sacrifices ni les conséquences, et nous verrons dans le cours de ce chapitre, que ce fut à eux principalement que la France dut la conservation de la Louisiane, comme c’était à eux encore qu’elle devait celle du Canada depuis un quart de siècle. Mais le flot toujours croissant de l’émigrat a anglaise devait finir par les surmonter et par arracher leur puy: : la France, qui, n’envoyant plus d’émigrants, dépeuplait le Canada pour peupler les bords du Mississipi.
En même temps qu’elle fortifiait le Cap-Breton, la France s’oc-
| cupait de l'établissement de la Louisiane, et réclamait l’immense
territoire arrosé par le Mississipi et se° innombrables affluents.
La Mobile ne conserva guère plus longtemps que Biloxi le nom de chef-lieu. Les désavantages de cette position la firent abandonner pour l’île Dauphine, que d’Iberville avait nommée île du Massacre, parce qu'il y avait vu des ossements humains épars sur le sol. Cette île basse et d’un aspect fort triste, est couverte de sable blanc et tout à fait dépourvue de végétation. On ia choisit cependant à cause d’un bon port qu'elle pos-
L sède.
La France, absorbée dans la guerre de la succession d'Espagne, ne put se charger de l'établissement de la nouvelle colonie, qu’elle abandonna aux efforts des particuliers. Il existait alors à Paris un négociant habile, qui avait acquis une fortune considérable dans le commerce. Il avait rendu des services signalés au royaume en important une grande quantité de matières d’or et d'argent dans un temps où l’on en avait un pressant besoin. Le roi l’avait nommé conseiller secrétaire de la maison et couronne de France au département des finances. Ce marchand se nommait Crozat. La cour lui abandonna, en 1712, l’ex-
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ploitation des mines de la Louisiane, et, pour seize ans, le privilége exclusif du commerce de cette contrée ; c'était agir contrairoment à l'esprit du mémoire de MM. Raudot, dont nous avons parlé dans le dernier chapitre. M. Crozat, qui avait attribué à un système vicieux le peu de succès qu'on avait eu jusqu'alors sur le Mississipi, se mit en frais d'utiliser sur-lechamp sa gigantesque concession.
Louis XIV nomma M. de la Mothe-Cadillac gouverneur en remplacement de M. de Muys, mort en se rendant en Amérique. M. Duclos eut la charge de commissaire ordonnateur à la place de M. d’Artaguette, rentré en France, et l’on établit pour trois ans un conseil supérieur, composé de ces deux fonctionnaires et d'un greffier, avec pouvoir de s’adjoindre des membres. Ce conseil était revêtu d’attributions judiciaires pour les affaires civiles et criminelles. Il devait procéder suivant la coutume de Paris, qui fut seule reconnue dans le pays, comme elle l’était déjà en Canada.
M. de la Mothe-Cadillac débarqua à la Louisiane en 1713. Crozat se l’était associé pour l’intéresser à son négoce. La colonie devint plus que jamais une entreprise commerciale, absorbant l'attention du gouverneur. Il trouva en arrivant que les colons vivaient misérablement dans un des plus beaux pays du monde, faute d'argent et de débouchés pour l’écoulement des produits. Après avoir jeté les yeux autour de lui, il voulut établir des relations avec ses voisins, surtout avec les Espagnols. Il envoya dans ce but un navire chargé de marchandises à Vera-Cruz. Le vice-roi du Mexique, fidèle aux maximes exclusives de son temps et de son pays, empêcha le débarquement de la cargaison et ordonna au navire de s'éloigner. Malgré le mauvais succès de cette première tentative, Cadillac voulut en faire une seconde par terre. Il en chargea M. Juchereau de Saint-Denis, qui était établi à la Louisiane depuis quatorze ans.
Saint-Denis était un des voyageurs canadiens les plus intrépides de son temps. Il fit deux voyages au Mexique, qui furent remplis d'aventures galantes et romanesques. Il ne fut de retour de son second voyage qu’en avril 1719.
Tandis que le gouverneur cherchait ainsi à établir le commerce avec le Mexique, il envoyait faire la traite chez les Natchez et chez les autres nations du Mississipi, où ses agents trou-
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vèrent des Anglais de la Virginie, pour lesquels les Chicachas allaient devenir de nouveaux Iroquois. La lutte sourde qui exjstait dans le Nord allait se répéter dans le Sud, et partager de la même manière et pour la même raison, les indigènes entre les deux peuples rivaux. Bientôt l’on vit, en effet, d'un côté, plusieurs tribus, ayant à leur tête les Alibamons et les Chactas, tomber sur la Caroline pour y commettre des ravages et des massacres ; et, de l’autre, les Natchez tramer, en 1716, la destruction des Français, qui ne furent sauvés que par la promptitude et la vigueur avec lesquelles M. de Bienville sut agir. Mais les Natchez furent cruellement punis de leur faute; ils furent obligés d'élever de leurs propres mains, au milieu de leur principal village, un fort pour ceux-là mêmes qu'ils avaient voulu détruire. C'était la première humiliation que subissait leur grand chef, qui prétendait descendre du soleil, et qui en portait le nom avec orgueil. Ce fort, situé sur le fleuve Mississipi, couronnait un cap de 200 pieds d’élevation ; Bienville lui donna le nom de Rosalie, en mémoire de madame de Pontchartrain, dont le mari, ministre d'État, protégeait la famille des Le Moine. Ce fut en 1715 que M. du Tisné jeta les fondements de Natchitoches, maintenant l’une des villes les plus florissantes de l'Amérique.
Cependant les hautes espérances que Crozat avait conçues de la Louisiane, s'étaient dissipées peu à peu; il y avait à peine quatre ans qu’il possédait le commerce exclusif de cette province, et déjà ce commerce était anéanti. Le monôpole de ce grand fermier avait tout frappé de mort. Avant lui, s’y faisait quelques affaires. Les habitants de la Mobile et de l’île Dauphine expédiaient des provisions, des bois, des pelleteries aux Espagnols de Pensacola, aux îles de la Martinique, de Saint-Domingue et en France; ils recevaient en retour les denrées et les marchandises dont ils avaient besoin pour leur consommation ou pour leur trafic avec les sauvages. Crozat n’y eut pas plutôt fait reconnaître son privilége, que cette industrie naissante commença à languir et finit par s’éteindre. Les navires des Iles cessèrent de venir; il fut défendu d’aller à Pensacola, d’où provenait tout le numéraire de la colonie, et de vendre les marchandises à d’autres qu'aux agents de Crozat, qui donnaient les prix qu’ils voulaient. Le prix des pelleteries fut fixé si bas que les chasseurs
préférèrent les porter au Canada ou dans les colonies anglaises, Le concessionnaire, à l'aspect de la décadence des affaires, n’en voulut pas voir la cause là où elle était ; il adressa de nombreuses représentations au gouvernement, qui ne les écouta point. Enfin, épuisé par ses avances et trompé dans son espoir d'ouvrir des communications avec le Mexique pour y verser ses marchandises et en tirer des métaux, il remit son privilége, plus onéreux que profitable, au roi, qui le concéda à la compagnie d'Occident, dont le succès étonna d’abord toutes les nations.
Un aventurier écossais nommé Jean Law, homme plein d'imagination et d’audace, et qui cherchait avec avidité l’occasion d'attirer sur lui l’attention de l’Europe par quelque grand projet, crut trouver, dans la situation financière de la France, un moyen de parvenir au but qu’il désirait. Après avoir fait une étude de l’économie politique, dont Turgot et Smith devaient plus tard faire une science, il se présenta à Paris comme le sauveur de la nation et le restaurateur de ses finances délabrées. Quel remède a-t-il trouvé pour combler l’abîme de la dette nationale, qui devient de jour en jour plus profond, malgré tous les efforts que l’on fait pour le fermer? Le papier-monnaie et les mines imaginaires de la Louisiane, le pays même que Crozat vient de rejeter avec dégoût, après y avoir perdu des sommes considérables ! Il n’y a que l’état déplorable de la France à cette époque qui ait pu entraîner le peuple, le roi et ses ministres, dans ces illusions, vers lesquelles ils se portèrent avec une ardeur qui se communiqua à d’autres pays.
Depuis Ferdinand de Soto, qui était parvenu dans la Louisiane en 1539, il était resté dans l’imagination des peuples que cette contrée était remplie de métaux précieux. Les rapports de d’Iberyille lui-même avaient entretenu cette croyance. Law voulut l’exploiter.
Il commença ses opérations en établissant, avec la permission du régent, en 1716, une banque, qui possédait un capital de 1200 actions de mille écus chacune. Cette banque augmenta d’abord le crédit, et produisit beaucoup de bien, car elle pouvait acquitter ses obligations assez facilement ; mais il fallut bientôt étendre les opérations pour parvenir au but que l’on avait eu en vue en la fondant. Law rétablit, en 1717, la compagnie d'Occident, et lui fit obtenir la Louisiane, ainsi que ‘les privilé-
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ges d’une compagnie du Canada ou du Castor, formée en 1710, d'une compagnie de Saint-Domingue, établie en 1698, des compagnies du Sénégal et de Guinée, d'une compagnie de la Chine, créée vers 1700, et enfin ceux de la compagnie des Indes-Orientales elle-même. On lui avait donné en outre la ferme du tabac et une foule d'autres avantages.”* Dans la supposition du succès, une pareille société devait dégénérer en monopole. Mais à cette époque on était incapable de juger des avantages ou des désavantages de cette immense entreprise commerciale ; et jusqu’à nos jours les hommes les plus éclairés ont différé d'opinion à ce sujet.
Quoiqu'il en soit, les actions de la compagnie d'Occident se payaient en billets d'État, que l'on prenait au pair, quoiqu'ils ne valussent que cinquante pour cent dans le commerce. Dans un instant le capital, fixé à cent millions, fut rempli; chacun s’empressait de porter à la caisse de la compagnie un papier décrié, croyant le voir bientôt racheté en or de la Louisiane. Les c:4anciers de l’État, qui entrevoyaient leur ruine dans l’abaissement graduel des finances, se livrèrent à cette spéculation, qu'ils regardaient comme leur seul moyen de salut. Les riches, entrafnés par le désir d'augmenter leur fortune, s’y lancèrent avec des rêves dont Law avait soin de nourrir la cupide extravagance.
Cependant le gouverneur et le commissaire ordonnateur de la Louisiane avaient été changés. M. de la Mothe-Cadillac avait eu pour successeur M. de l’Espinay, et M. Duclos avait été remplacé par M. Hubert; mais, quelque temps après, on donna à ces deux fonctionnaires un supérieur dans la personne de M. de Bienville, qui fut nommé commandant général de tout le pays.
Les Français occupaient alors Biloxi, l’île Dauphine, la Mobile, Natchez et Natchitoches sur la rivière Rouge. Ils . avaient aussi commencé des habitations sur plusieurs autres points. Biloxi était redevenu le chef-lieu, et l’île Dauphine, qui avait perdu son port peu après son établissement, par un coup de mer qui en avait fermé l'entrée, avait été abandonnée pour l’île aux Vaisseaux. Mais on commençait à croire que les bords du Mississipi offraient une situation plus avartageuse pour * Léon Guérin, vol, 4. F
une capitale, et l’on résolut d’aller ouvrir la forêt sur la rive gauche de ce fleuve, dans un endroit que Bienville avait déjà remarqué à trente lieues de l'Océan. Ce gouverneur, avec quelques pauvres charpentiers et faux-sauniers, y jeta, en 1718, les fondements d’une ville qui est aujourd’hui l’une des plus populeuses et des plus riches du Nouveau-Monde. Il lui donna le nom de Nouvelle-Orléans, en l’honneur du duc d'Orléans, régent du royaume. La Louisiane avait eu pour fondateur un Canadien illustre dans nos annales ; la capitale de ce beau pays devait encore son existence à un autre de nos compatriotes. M. de Pailloux fut nommé commandant de la ville naissante. L'année suivante, un navire vint jeter l’ancre dans le port; on fut agréablement surpris de trouver seize pieds d’eau dans l’endroit le moins profond du Mississipi; ou ne croyait pas que le fleuve fût navigable si haut pour les gros bâtiments. Le gouvernement ne fut transféré néanmoins à la Nouvelle-Orléans qu’en 1723. On ne pouvait se résoudre à la Louisiane à perdre la mer de vue, tandis qu’en Canada l’on cherchait au contraire à s’en éloigner, en s’avançant toujours sur le Saint-Laurent pour faire la traite des pelleteries dans les forêts.
Dès que la compagnie d'Occident fut en possession de cette fertile contrée, elle y organisa un nouveau gouvernement, et s’efforçca d'y envoyer une colonie nombreuse pour la prompte exploitation des terres et des mines, dont les précieuses richesses devaient payer la dette nationale.
Dans la nouvelle organisation, Bienville fut inaintenu à la tête du pouvoir comme gouverneur général et directeur de la compagnie en Amérique ; M. de Pailloux fut nommé major général; Dugué de Boïisbriand, commandent aux Illinois, et Diron, frère de l’ancien commissaire ordonnateur, inspecteur-général des troupes.
La Louisiane, comme on l’a dit, avait été cédée à la compagnie en 1717; dès le printemps suivant, huit cents colons s'étaient embarqués à La Rochelle sur trois bâtiments pour aller s’y établir. Il y avait parmi eux des gentilshommes et d'anciens officiers, au nombre desquels était Lepage Dupratz, qui a laissé d’intéressants mémoires sur les événements arrivés de son temps dans la colenie. Cette émigration s'était dispersée sur différents points, Les gentilshommes étaient partis avec l’es-
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poir d'obtenir des seigneuries en concession, et d'introduire dans la nouvelle province une hiérarchie nobiliaire comme il s’en formait une en Canada. Le régent créa pour eux des duchés, des marquisats, des comtés, etc. Law lui-même obtint une terre de quatre lieues carrées à Arkansas, qui fut érigée en duché et pour laquelle il fit partir quinze cents Allemands et Provençaux. Il se proposait de faire suivre ces premiers colons par 6,000 Allemands du Palatinat, lorsqu’en 1720 croula sa puissance éphémère et avec elle l’'échafaudage de ses magnifiques projets, entraînant la ruine de la fortune publique de la France et d’une multitude de fortunes particulières. Le contre-coup de cette chute, inouïe chez les modernes, ébranla profondément la jeune colonie, et l’exposa aux désastres les plus déplorabies. Plus de mille colons rassemblés à grands frais disparurent avant l’embarquement à Lorient. ‘ Les vaisseaux qui portaient le reste ne firent voile des ports de France qu'en 1721, un an après la disgräce du ministre ; et il ne put donner lui-même aucune attention à ce débris de sa fortune. La concession fut transportée à la compagnie.” La compagnie ne fit point contremander le départ des colons. Ils furent entassés sans choix et péle-mêle dans des navires, et jetés, en arrivant en Amérique, sur la plage de Biloxi, où ils se trouvèrent, par suite de la banqueronte de Law, sans moyens d’exister«e. Ils se rendirent comme ils purent à leurs différentes destinations. On n'avait pas à Biloxi assez d’embarcations pour les transporter tous sur le Mississipi. Il y eut encombrement ; les provisions manquèrent et la disotte apparut avec toutes ses horreurs. Ces malheureux n'eurent bientôt “lus pour vivre que les huîtres qu’ils pêchaient sur le rivage de la mer. Plus de cinq cents personnes moururent de faim. Le chagrin c5 le désespoir en conduisirent beaucoup d’autres au tombeau. La mésintelligence, la discorde, suite ordipaire du malheur, s’empara de ceux qui restaient; il se forma des complots, et l’on vit une compagnie de troupes suisses, qui avait reçu l’ordre de se rendre à la Nouvelle-Orléans, passer, officiers en tête, à la Caroline chez les Anglais.
Tant de désastres firent enfin abandonner Biloxi, cette rive funeste, et la Nouvelle-Orléans devint définitivement la capitale de la Louisiane en 1723.
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Il ne faut pas croire cependant que ces efforts, tout mal dirigés qu’ils ont été, n’aient produit aucun résultat. Nombre d'établissements commencés alors au milieu du deuil et des larmes, réussirent, et ont pris aujourd’hui un développement considérable. Sans doute on eût pu faire mieux, mais Raynal exagèro singulièrement le mal. Une colonisation forte, puissante, s’opère graduellement, se consolide par ses propres efforts et par la jouissance d’une certaine liberté. Ne fût-il mort personne à Biloxi, les émigrés eussent-ils tous été des cultivateurs laborieux, intelligents, persévérants, le succès prodigieux qu'on attendait de leurs labeurs ne se serait pas réalisé. On a vu jusqu’à quel degré l’on avait élevé les espérances de la France : les mines du Mississipi devaient payer la dette nationale ; la Louisiane elle-même, dans l'imagination des faiseurs de projets, allait à jour nommé, relever le commerce français et former un empire capable de lutter avec celui qui s'élevait entre elle et le Canada. On fut trompé, comme on devait l'être, dans toutes ces espérances, et le désappointement que l’on en éprouva fut si vif, que longtemps après il influençait encore la plumeirritable de l’historien des deux Indes, et que le sage Barbé-Marbois ne put au bout d’un siècle échapper entièrement à l'impression profonde qu’il avait laissée dans sa patrie.
‘ Dans leur appréciation du système de Law, les uns comme M. Barbé-Marbois, disent qu'après avoir persuadé aux gens crédules que la monnaie de papier peut, avec avantage, tenir lieu des espèces métalliques, on tira de ce faux principe les conséquences les plus extravagantes ; qu’elles furent adoptées par l'ignorance et la cupidité, et peut-être par Law lui-même, car il portait de l’élévation et de la franchise jusque dans ses erreurs.
‘“ Les hommes éclairés résistèrent cependant, et beaucoup de membres du parlement de Paris opposaient à ses impostures les leçons de l’expérience, Vaine sagesse! Jean Law parvint à persuader au public que la valeur de ses actions était garantie par des richesses inépuisables, que recélaient des mines voisines du Mississipi. Ces chimères appelées du nom de système de Law, ne différaient pas beaucoup de celles qu’on s’est efforcé de nos jours de reproduire sous le nom de Crédit. Quelquesuns ont prétendu que tant d'opérations injustes, tant de violations des engagements les plus solennels, étaient le résultat
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d'un dessein profondément médité, et que le régent n’y avait consenti que pour libérer l’État d’une dette dont le poids était devenu insupportable. Nous ne pouvons adopter cette explication. Ilest plrs probable qu'après être entrés dans une voie pernicieuse, ce prince et son conseil furent conduits de faute en faute à pallier un mzl par un mal plus grand, et à tromper le public en se faisant illusion à eux-mêmes. Si au contraire ils avaient agi par suite d’une mesure préméditée, il y aurait encore plus de honte dans cet artifice que dans la franche iniquité du Directoire de France, quand, en 1797, il réduisit au tiers la dette publique.”
D'autres auteurs, ayant Say à leur tête, attribuent la ruine du système de Law à une autre cause. ‘ Les gouvernements qui ont mis en circulation des papiers-monnaies, dit cet économiste, les ont toujours présentés comme des billets de confiance, de purs effets de commerce, qu’ils affectaient de regarder comme des signes représentatifs d’une matière pourvue de valeur intrinsèque. T'els étaient les billets de la banque formée, en 1716, par l'Écossais Law, sous l'autorité du régent. Ces billets étaient ainsi c gus :
“ La banque promet de payer au porteur à vue....livres, en monnaie de même poids et au même tâtre que la monnaie de ce jour, valeur reçue, à Paris, etc.
“ La banque, qui n’était encore qu’une entreprise particulière, payait régulièrement ses billets chaque fois qu’ils lui étaient présentés. Ils n'étaient point encore un papier-monnaie. Les choses continuèrent sur ce pied jusqu’en 1719, et tout alla bien.* A cette époque, le roi ou plutôt le régent remboursa les actionnaires, prit l'établissement entre ses mains, l’appela banque royale, et les billets s’exprimèrent ainsi :
“ La banque promet de payer au porteur à vue... livres, :5N ESPÈCES D'ARGENT, valeur reçue à Paris, etc.
“ Ce changement, léger en apparence, était fondamental. Les premiers billets stipulaient une quantité fixe d'argent, celle qu’on connaissait au moment de la date sous la dénomination d’unelivre. Les seconds, ne stipulant que des Zivres, admettaient toutes les variations qu’il plairait au pouvoir arbitraire d’intro-
* Voyez dans Dutot, volume IT, page 200, quels furent les très-bons effets du système dans se commencements,