DÉCOUVERTE DES MONTAGNES-ROCHEUSES
qui 1713-1744.
z les Etat du Canada: commerce, finances, justice, éducation, divisions parois-
ance. siales, population, défenses.—Plan de M. de Vaudreuil pour l'accroisse-
aires ment du pays.—Délimitation des frontières.—Perversion du droit des
\gnie gens au sujet du territoire.—Rivalité de la France et de la Grande-
à la Bretagne. —Différends relatifs aux limites de leurs possessions, —Frontière de l’est ou de l’Acudie.—Territoire des Abénaquis—Les Américains
claré veulent s’en emparer.—Assassinat du P. Rasle—Le P, Aubry propose
s de / pour limite uve ligne tirée depuis Beaubassin jusqu’à la source de l'Hud-
Uva- son.—Frontière de l’ouest.—Principes différents invoqués par les deux
e fut À nations; elles établissent des forts sur les territoires qu'elles réclament ;
inois empiétements.—Prétentions des colonies anglaises ; elles veulent aceaparer la traite avec les sauvages.—Plqn de M. Burnet.—Le commerce est
APE défendu avec ie Canada —Etablissement de Niagara par les Français,
à ses et d'Oswégo par les Anglais.—Plaintes qu'ils s’adressent mutuellement. —
gra- Fort Saint-Frédéric élevé par M. de la Corne sur le lac Champlain; la
> en contestation dure jusqu'à la guerre de 1744.—Progrès du Canada.—Emi-
gration ; perte du vaisseau le Chameau.—Mort de M. de Vaudreuil (1725); qualités de ce gouverneur.—M. de Beauharnais lui succède.—M, Dupuy, intendant.—Son caractère.—Mort de M. de Saint-Vallier second évêque de Québec; difficultés qui s'élèvent relativement à son siége ; elles
sont portées devant le conseil supérieur.—Le clergé récuse le pouvoir civil-—Le gouverneur se rallie au parti clérical.—Il veut interdire le conseil, qui repousse ses prétentions.—Il donne des lettres de cachet pour exiler deux membres.—L'intendant fait défense d’obéir à ces lettres.— Décision du roi.—Le cardinal de Fleury premier ministre. M. Dupuy est rappelé. —M. Daigremont et ensuite M. Hocquart le remplacent comme commissaires-ordonuateurs ; le dernier lui succède dans la charge d'intendaut.—Conduite peu honorable du conseil.—Mutations diverses du siége épiscopal jusquà l'élévation de M. de Pontbriant.—Soulèvement des Outagamis (1728); expédition des Canadiens; les sauvages se soumettent.— Voyages de découvertes vers la mer Pacifique; M. de la Véreudrye.—Il découvre les Montagnes-Rocheuses en 1743.—Apparences de guerre; M. de Beauharnais se prépare aux hostilités,
Nous revenons maintenant au Canada, dont nous reprenons l'histoire en 1713. Après une guerre d’un quart de siècle, oui
n'avait été interrompue que par quatre ou cinq années de paix, les Canadiens avaient suspendu à leurs chaumières les armes qu’ils avaient illustrées dans tant de combats pour la défense de la patrie, et ils avaient repris paisiblement leurs travaux champêtres. Beaucoup d'hommes étaient morts sous les drapeaux, Un plus grand nombre encore avaient été envoyés dans les différents postes établis sur les lacs et dans la vallée du Mississipi, d’où ils ne revinrent jamais. Cependant, malgré ces pertes et les troubles du temps, malgré la nullité de l’émigration française, qui se réduisait à quelques commerçants et à quelques rares soldats, le chiffre des habitants n'avait pas cessé de s’accroître. Après la guerre, il augmenta encore plus rapidement, et, sous l’administration douce et sage de M. de Vaudreuil, le pays fit bientôt pur ses seuls efforts des progrès considérables. Je gouverneur, qui était allé passer deux ans en France, revint en Canada en 1716. Son influence était grandie par le commerce qu’il avait eu avec les ministres de Louis XIV. M. de Vaudreuil avait du reste un très-grand moyen d'influence à la cour: sa femme, la marquise de Vaudreuil, était sous-gouvernante des enfants du Ance de Berry. Son mérite personnel et sa conduite l’avai :t fait choisir pour remplir cette place de confiance. A la mort du duc d'Alençon, elle voulut venir rejoindre son mari en Canada; mais le duc de Barry l’engagea à rester en France pour l'éducation de ses autres enfants.
M. de Vaudreuil apporta à Québec la nouvelle de la mort de Louis XIV, et proclama son successeur. Il s’appliqua aussitôt à guérir les maux du passé. Conduisant avec habileté les négociations commencées avec les Iroquois, il désarma ces tribus guerrières, et les détacha tout à fait des Anglais, en les persuadant que leur intérêt était de rester neutres dans les luttes des Llancs qui les environnaient de toutes parts. Libres dès lors des obstacles qui avaient si souvent entravé leurs entreprises jusque-là, les Canadiens purent se livrer à l’agriculture et au commerce. À aucune autre époque, si ce n’est peut-être sous l’intendance de Talon, le commerce ne fut l’objet de tant de sollicitude de la part du pouvoir. Une multitude de décrets furent rendus pour le régulariser, Ces décrets sont fortement empreints de l'esprit du temps, de cet esprit exclusif qui a ca-
ractér moins Un l’actio sait qt toutes régler, d'hui 1 pressa d’euxfonds « dent q siste à sible, ainsi :
public, en Fra quelqu du roy:
de cart cheter, avoir l’ gement le chap quelles eut le] Aprè s’OCCu] rendue que le gestion l’inten deman tait l’a tribun:
honora usage tait da
, les nes e de aux dra- OyÉS e du QU tion ques s’aClent, 1, le bles.
vint *0M- . de à la vert Sa conoinres-
ractérisé la pusitique des métropoles, mais ils annonçaient du moins qu’on s’occupait des intérêts du pays.
Un des grands embarras qui ne cessaient point de paralyser l’action du gouvernement, c'était le désordre des finances. On sait que les finances sont étroitement liées au commerce, et que toutes les questions qui y touchent, sont les plus difficiles à régler, surtout lorsque le crédit est ébranlé ou détruit, Aujourd’hui les besoins du luxe et des améliorations sont si grands, si pressants, l'argent est si abondant, que les capitalistes courent d'eux-mêmes au-devant des emprunteurs pour leur fournir des fonds qui ne leur seront peut-être jamais rendus ; ils ne demandent que la garantie de l'intérêt; et l'habilité des financiers consiste à trouver le secret d'en payer un qui soit le plus bas possible, A l’époque où nous sommes parvenus, il n’en était pas ainsi : les capitalistes étaient défiants et exigeants ; le crédit public, en butte à toutes sortes d'abus, était presque nul, surtout en France, De là les difficultés que rencontrait l’État depuis quelques années. Le Canada souffrait encore plus que le reste du royaume de ce désordre funeste. Détenteur d’une monnaie de carte que la métropole, sa débitrice, était incapable de racheter, il fut obligé de sacrifier la moitié de sa créance pour avoir l’autre moitié, parce qu’il ne pouvait attendre. L’arrangement de cette affaire, dont nous parlerons plus en détail dans le chapitre sur le commerce, fut une des questions dans lesquelles la dignité du gouverneur comme représentant du prince, eut le plus à souffrir.
Après avoir réglé la question des finances, M. de Vaudreuil s’occupa de la réforme de l’administration intérieure, réforme rendue nécessaire par l’accroissement du pays. Il fut ordonné que les officiers subalternes d'épée rendraïent compte de leur gestion au gouverneur, et les officiers subalternes de justice, à l’intendant et non au conseil comme c’était l’usage. Les lois demandaient une révision, le code criminel surtout, qui admettait l’application de la question, quoique pour l’honneur de nos tribunaux, ils eussent rarement recours à une pratique qui déshonoraiït à la fois la raison et l’humanité; mais elle était en usage alors dans presque tous les pays de l’Europe ; elle existait dans notre code, et l’on s’en prévalut jusque dans les der-
uières années de la domination française.* L'éducation était aussi l’un des objets essentiels qui demandaient les soins du gouvernement, Æn 1722, M. de Vaudreuil établit huit maîtres d'école en différents endroits du pays pour contribuer à l’enseignement avec les jésuites, les récollets et les frères Charon ou les frères des écoles chrétiennes, L'agriculture avait besoin d'encouragement. Enfin les fortifications de Québec occupèrent aussi l'attention, On avait commencé, vers 1709, à fortifier cette ville sur les plans de M. Levasseur., Plus tard, en 1711 ou 1712, on avait jeté les fondements de deux tours près des bastions de Saint-Jean et du Palais, et élevé un mur derrière l'Hôtel- Dieu sur la côte du Palais. Il paraît que ces nouvelles fortifications avaient été faites sur les plans de M. de Beaucourt. Mais tous ces plans étaient défectueux, et les travaux avaient été suspendus. M. de Vaudreuil recommanda au régent, en 1716, de fortifier Québec, car cette ville prise le Canada était perdu.* Après quelques délais les travaux furent continués, en 1720, sur les plans de M. Chaussegros de Léry, ingénieur, après avoir été approuvés par le bureau de la guerre. Deux ans après, il fut résolu aussi de ceindre Montréal d’un mur de pierre avec bastions ; mais, par suite de l’état précaire des finances du royaume, cette dépense fut en partie payée par les habitants et les seigneurs de la ville.
M. de Vaudreuil fit faire une nouvelle division paroissiale de la partie habitée du pays, déjà partagée en trois gouvernements : Québec, Trois-Rivières et Montréal. On y forma quatre-vingtdeux paroisses, dont quarante-huit sur la rive gauche du Saint- Laurent et trente-quatre sur la rive droite. La baie Saint-Paul et Kamouraska étaient les deux dernières à l’est, l’Ile-du-Pads et Châteauguay, les dernières à l’ouest. Cet acte important fut
* Procédures judiciaires déposées aux archives provinciales. Entre autres cas, nous avons remarqué ceux d'Antoine Halié et de Gaulet, accusés de vol en 1730, et celui de Pierre Beaudoin dit Cumberland, soldat de la compagnie de La Corne, accusé d'avoir mis le feu aux Trois-Rivières en 1762. Ce dernier subit le supplice des brodequins, instrument de torture dont on comprimait les jambes de l'accusé, M. Faribault s’ocupe à recueillir quelques-unes de ces procédures, et à les mettre en ordre pour les conserver, Rien ne sera plus propre à l'étude de la jurisprudence criminelle sous le
régime français, que ces pièces authentiques. # Documents de Paris, 2e, série,
consom Québec On fi velle-F Acadie cette p« M. de un rece la préci 25,000 62,000 produit considé minots et 4,50 de taba faisait e outre 1 Maux 8 Ce d tion hab Le total pénible:
gers du devenai tion de ler. D n’a act depuis .
compag font en est rép:
glaises etonn un grar qu’à l” Londre demant quoi ils
consommé, en 1722, par un arrêt du conseil d'État enregistré à Québec,
On fit aussi le recensement. On comptait dans toute la Nouvelle-France, en 1679, 10,000 âmes, dont 500 seulement en Acadie ; et 22,000 arpents de terre en culture, Huit ans après, cette population n'avait eu qu'une augmentation de 2,300 âmes, M. de Vaudreuil, voulant réparer un oubli, donna l’ordre de faire un recensement tous les ans pendant quelques années avec toute la précision possible. On trouva, en Canada, par celui de 1721, 25,000 habitants dont 7,000 à Québec et 8,000 à Montréal ; 62,000 arpents de terre en labour et 12,000 en prairies, Les produits de ces 62,000 arpents de terre atteignaient un chiffre considérable ; ils s’élevaient à 282,700 minots de bled, 7,200 minots de maïs, 67,400 minots de pois, 64,000 minots d'avoine, et 4,500 minots d'orge ; on avait aussi recueilli 48,000 livres de tsbac, 54,600 livres de lin et 2,100 livres de chanvre ; ce qui faisait en tout 416,000 minots de grain, ou 6% minots par arpent, outre 1% livre de tabac, lin ou chanvre. Le nombre des animaux se montait à 59,000 têtes, dont 5,600 chevaux.
Ce dénombrement fait voir que près de la moitié de la population habitait les villes, signe que l’agriculture était fort négligée. Le total des habitants faisait naître aussi, par son faible chiffre, de pénibles réflexions. Le gouverneur, qui prévoyait tous les dangers du voisinage des colonies anglaises, dont la force numérique devenait de plus en plus redoutable, appelait sans cesse l’attention de la France sur ce fait, qu’elle ne pouvait plus se dissimuler. Dès 1714, il écrivait à M. de Pontchartrain : ‘“ Le Canada n’a actuellement que 4,484 habitants en état de porter les armes depuis l’âge de quatorze ans jusqu’à soixante, et les vingt-huit compagnies des troupes de la marine que le roi y entretient ne font en tout que six cent vingt-huit soldats. Ce peu de monde est répandu dans une étendue de cent lieues. Les colonies anglaises ont soixante mille hommes en état de porter les armes, et on n&æpeut douter qu’à la première rupture, elles ne fassent uo grand effort pour s’emparer du Canada, si l’on fait réflexion qu’à l’article XXII des instructions données par la ville de Londres à ses députés au prochain parlement, il est dit qu'ils demanderont aux ministres du gouvernement précédent, pourquoi ils ont laissé à la France le Canada et l'île du Cap-Breton ?”
Dans son désir d'augmenter la population, il proposa inutilement de faire du Canada une colonie pénale.
Le voluptueux Louis XV, livré aux plaisirs et à un commerce d'esprit puéril, répondit aux remontrances de Vaudreuil en faisant quelques efforts, qui cessèrent bientôt; il envoya à peine quelques émigrés. La plupart des Français qui se fixaient en Canada étaient des soldats, qui recevaient leur congé à condition qu’ils se ‘arieraient et resteraient dans la colonie ; ils recevaient une année de solde en quittant les drapeaux.* Ona cru jusqu’à nos jours que l’émigration s’était faite seulement d’un petit nombre de provinces de France. On a répété que les Canadiens descendaient en grande partie d'émigrés venus de la Normandie ; mais cette erreur répandue par Charlevoix, ne peut plus subsister. Des recherches faites avec soin dans les archives forrnissent des données suffisantes pour nous autoriser à dire avec plus d’exactitude que les ancêtres des Canadiens- Français viennent du nord-ouest de la France, c’est-à-dire de cette partie de la France qui est située entre les Pays-Bas, Paris, Bordeaux et l'Atlantique. La Normandie, le Poitou, le pays d’Aunis, la Saintonge, la Bretagne, la Picardie, l’Angoumois, paraissent avoir fourni séparément plus d’émigrés qu'aucune autre province, mais la ville de Paris en a fourni à elle seule plus qu'aucune de ces provinces. Au reste on trouvera dans la note ci-dessous des chiffres qui aideront à former un jugement exact sur ve point.t Les émigrants français qui
* Lettres de MM. de Frontenac et de Champigny en 1698, 2e série.
+ Nous avons compulsé les études de trente-trois notaires, sur trente-cinq qui ont exercé leur profession avant ou pendant l’an . .00, et dont les minutes sout à Québec, Nous avons cru devoir nous arrêter à cette époque parce que la plupart des émigrés français qui se sont fixés en Canada, y sont venus dans le 17e siècle.
Une chose que nous avons remarquée, et qui mérite d'être notée, c'est qu'un grand nombre de eontrats portent la signature des époux et des parents cu amis, preuve que l'éducation était plus répandue parmi les colons qui venaient d'outre-mer, qu’on ne le pense généralement, Les aontrats de mariage sont signés par plusieurs témoins et quelquefois par le gouverneur lui-même. J'en ai vu trois ou quatre qui portent sa cignature dans l’étude de M. Audouart. Les épouses dont l’âge est presque toujours indiqué, ont ordinairement quinze à seize ans et quelquefois douze à treize seulement.
sont ver que des de bonn traite d leurs tr:
gateurs, plus tra dents, q
Flandre,
Picardie,
Normand
Bretagne, Poitou...
Beauce, .
Pays d'A Saintonge Perche, .
Anjou, ..
Limousin, Maine, ..
Touraine, Brie, ....
Berri, ...
Orléanais, Bourbonn:
Angoumoi Périgord, Guienne,
Ile de Ré, Vexin-le-] Nivernais Gatinais,
Blaisois,
Portugal, Allemagn Angleterr Irlande, , Espagne, Hollande, Nouvelle- Savoie, ..
Écosse,
HISTCIRE DU CANADA. 105
sont venus en Canada, étaient plutôt des chercheurs d'aventures que des hommes poussés par la faim; des jeunes gens souvent de bonne famille, qui croyaient: trouver en Amérique dans la traite des pelleteries, une fortune qui les dédommagerait de leurs travaux et des dangers « n’ils auraient courus ; des navigateurs, des matelots, qui laissaient l'Océan pour mener une vie plus tranquille à l’ombre d’une chaumière ; des catholiques ardents, qui passaient en Canada pour fuir le voisinage des hu-