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la Mobile (1701.)—M. de Bienville remplace M. de Sauvole.—La Mobile fait des progrès.—Mort de M. d’Iberville; caractère et exploits de cet homme de guerre.— M, Diron d’Artaguette commissaire ordonnateur (1708.)—La colonie languit.—La Louisiane est cédée à M. Crozat en 1712, pour 16 ans.
ON donnait autrefois le nom de Louisiane à tout le pays situé sur le golfe du Mexique, et qui s'étend depuis la baie de la Mobile, à l’est, jusqu'aux sources des rivières qui tombent dans le Mississipi, à l’ouest, c’est-à-dire jusqu'au Nouveau-Mexique et à l’ancien royaume de Léon. Aujourd’hui ce vaste territoire est divisé en plusieurs États : le Texas, à l'occident, depuis le Riodel-Norte jusqu’à la Sabine ; la Louisiane proprement dite, au centre, depuis cette dernière rivière jusqu’à la rivière aux Perles ; et le Mississipi, à l’est, depuis la rivière aux Perles jusqu’à quelque distance de ia baie de la Mobile ; l'intervalle qui reste jusqu’à cette baie fait partie de l’Alabama. Au nord de ces États, il y a encore ceux de l’Arkansas, du Missouri, de l'Illinois, ete. A l’époque où nous sommes arrivés dans cette histoire, toutes ces contrées étaient inconnues. Ferdinand de Soto, voyageur espagnol, ancien compagnon de Pizarre, n'avait fait que les traverser, dans les années 1539 et 1540, en courant après un nouveau Pérou. Parti de la baie du Saint-Esprit dans la Floride, avec plus de 1,000 hommes de troupes, il s'était avancé au nord jusqu'aux Apalaches; de là, se tournant vers l’ouest, il avait suivi quelque temps le pied de ces montagnes pour se rabattre vers le sud, où il était venu traverser la rivière Tombeckbé près de sa jonction à celle d’ Alabama ; il s’était dirigé ensuite vers le nord-ouest, et était allé passer le Mississipi au-dessus de la rivière des Arkansas; se tournant encore au sud, il avait franchi la rivière Rouge, qui avait été le terme de sa course, et sur le bord de laquelle il était mort, en 1542, sans avoir trouvé ce qu'il cherchait. Moscosa, son lieutenant, l’ayant remplacé, avait marché vers l’occident dans l'intention d’atteindre le Mexique; mais, arrêté par les montagnes, il était revenu sur ses pas, et était descendu vers la mer pour se rembarquer, n’ayant plus que 850 hommes avec lui* De cette expédition,
* Carte de la Louisiane, etc., 1782, par G. Delisle, de l’Académie f ançaise, elle se trouve dans “l’Itinéraire de la Louisiane,” petit livre sans au-
cun mérite, Garcilasso de la Vega: Histoire de la conquête de la Floride par Ferdinand de Soto, traduction de P. Richelet.
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de même que des rares voyages entrepris plus tard par les Espagnols sur les côtes septentrionales du golfe, il n'était resté que de vagues souvenirs,
Nous avons vu l'accueil gracieux que La Sale avait reçu de Louis XIV, en 1683, à son retour de la découverte de l’embouchure du Mississipi. La Sale proposa au monarque de réunir au Canada la vallée qu’arrose ce grand fleuve, et d'assurer ainsi à la France le domaine des pays intérieurs situés entre la mer du Nord et le golfe du Mexique. Ce vaste projet fut bien accueilli du roi, qui aimait tout ce qui avait de la grandeur, et La Sale lui-même fut chargé de le mettre à exécution en colonisant la Louisiane.
Quatre vaisseaux furent mis sous ses ordres. C'étaient le Joli, de 40 canons, capitaine Beaujeu ; la Belle, de 6 canons, donnée en présent par le roi: l'Aimable, de trois cents tonneaux, appartenant à un armateur de La Rochelle, et un autre petit navire, nommé le Saint-François, qui était frété pour Saint- Domingue. La Sale s’embarqua avec quatre à cinq cents personnes, y compris les équipages. Parmi elles se trouvaient des Canadiens, des gentilshommes et huit missionnaires. Cette petite escadre, commandée par M. de Beaujeu, homme vaniteux et jaloux, fit voile de La Rochelle le 24 juillet 1684. A peine fut-elle en mer que la mésintelligence se mit entre les deux chefs. Bientôt cette mésintelligence dégénéra en une haine profonde, qui eut les conséquences les plus désastreuses. La première fut la perte de l’un des navires, qui fut enlevé par les Espagnols sous l’île de Saint-Domingue. Ensuite, trompés par la direction des courants du golfe du Mexique, et par des observations faites avec des instruments astronomiques inexacts, les Français se crurent à l’est, tandis qu'ils étaient à l’ouest de la principale bouche du Mississipi. Les terres, dépourvues d’arbres et plus basses même que ce fleuve, qui n'est retenu dans son lit que par des atterrissements et des digues naturelles, ne présentaient, au bord de la mer, aucun signe qui pût guider les vaisseaux. Les Français passèrent devant le fleuve sans le reconnaître. Quelques jours après, La Sale, sur les indications des sauvages de la côte, soupçonna quelqu’erreur, et voulut que l’on virât de bord ; mais Beaujeu, de plus en plus offensé d’être commandé par un
homme qui n'était pas militaire, et que la cour avait mis audessus de lui malgré ses représentations,* refusa de l'écouter.
On continua à voguer à l'aventure vers l'ouest. Le 14 février, on arriva en face de la baie de Saint-Bernard, aujourd'hui baie de Matagorda, dans le T'exas, à 120 lieues au delà du fleuve que l'on cherchait. La Sale, n'ayant découvert aucune trace du Mississipi, prit la résolution presque désespérée de débarquer son monde en cet endroit, et il donna l’ordre au commandant de l’Aimable d'entrer dans la baie, Cet officier, faisant semblant d’obéir, se jeta sur les rescifs,t où le navire et une partie de la cargaison furent perdus. (Ce malheur était d'autant plus grand que ce bâtiment portait les munitions de guerre et presque tous les outils.
Beaujeu, loin de punir le coupable, le reçut sur son bord pour le soustraire à la vengeance de La Sale ; il refusa à celui-ci, sous des prétextes frivoles, divers objets pour remplacer ceux qui avaient été perdus, et mit à la voile le 14 mars, abandonnant à leur sort les colons, au nombre d’environ cent quatre-vingts, sur la plage inconnue où le hasard les avait conduits.
Ces colons commencèrent à cultiver la terre, et à se construire un fort pour se mettre à l'abri des attaques des sauvages. Lorsque ce fort fut assez avancé, La Sale en fit commencer un second, à deux lieues plus haut, sur la rivière aux Vaches, dans un endroit plus avantageux. Placé sur une éminence, ce fort, auquel il donna le nom de Saint-Louis, avait une vue superbe
sur la campagne et sur la mer. La plupart des artisans qu’on
avait amenés ne savaient pas leurs métiers, et les constructions marchaient fort lentement. Pendant ce temps les grains semés périrent par la sécheresse ou par le dégât des bêtes sauvages. Les nombreux contre-temps qu’on avait déjà éprouvés, avaient mécontenté ou découragé plusieurs colons ; des mutineries, suscitées par le turbulent Duhaut, l’un d'eux, auraient déjà éclaté sans la prudence de Joutel, l’auteur de la meilleure relation que nous ayons de cette expédition malheureuse. La maladie vint à son tour aggraver la situation et enlever les hommes les plus utiles. En peu de temps l’état du fort Saint-Louis devint dévol. XI
4 Joutel: Journal historique.
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sespéré, Pour surcroît de malheur, les indigènes prenaient chaque jour une attitude plus menaçante, La 5... dissimulait ses chagrins et ses inquiétudes avec sa fermeté ordinaire, Le premier à l’œuvre, il donnait l'exemple du travail avec un visage calme et serein. Les ressources de son esprit semblaient se multiplier avec les obstacles ; mais son naturel sévère devenait plus inflexible sous cette apparence de sérénité, et dans le moment où ses gens s'épuisaient de fatigues, il punissait les moindres fautes avec la dernière rigueur, Peu compatissant dans son langage, il adressait rarement une parole de douceur et de consolation à ceux qui souffraient avec le plus de patience. Une tristesse mortelle s'empara insensiblement de ses gens, qui, devenus indifférents pour tout, semblaient donner par là-même plus de prise à la maladie: une trentaine de victimes succombèrent à ce dégoût fatal de la vie. Le caractère de La Sale n’a que trop contribué à son infortune. Sa fierté dédaignait les moyens de persuasion. Un autre chef, moins capable, moins juste même que lui, mais plus insinuant, se fût emparé des cœurs, et eût réussi par une douceur affable là où il échouait par une inflexibilité silencieuse.
Le pays où les colons s'étaient fixés, partout plat et uni, possède un climat sain et chaud, un air pur, un ciel serein qui donne rarement de la pluie. On n’y voit que des plaines à perte de vue, entrecoupées de rivières, de lacs et de bocages riants,. Mais dans ces bocages, sous les palmiers aux formes sveltes et élancées, se glissaient des léopards et des tigres ; dans ces rivières si limpides circulaient d'énormes saïmans ; le serpent à sonnettes rampait aussi sous l’herbe dans ces belles prairies émaillées de fleurs, qui charmaient les regards des Français. Une multitude de peuplades barbares erraient dans ces contrées, où les êtres vivants faisaient contraste avec la nature inanimée. Charlevoix appelle Clamcoëts les sauvages qui occupaient le littoral de la mer; les Cénis étaient plus reculés dans l’intérieur: ils allaient toujours à cheval et se servaient du mors et de l'étrier comme les Espagnols, auxquels ils avaient sans doute emprunté cet usage.
La Sale songea à se remettre à la recherche du Mississipi. II fit à cet effet, du côté du Colorado, une première excursion de quelques mois, dans laquelle il perdit plusieurs de ses compa-
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