‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 3 sur 76 · LS · texte numérisé non relu

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gnons, qui furent massacrés par les sauvages, ou qui périrent dans le naufrage de la Belle, le seul bâtiment qui lui fût resté après le départ de Beaujeu. Une seconde exploration, qu'il poussa jusque chez le Cénis, ne fut pas plus heureuse, et, sur vingt hommes qui l’avaient suivi, il n’en ramena que huit. Les maladies, les chagrins, les accidents faisaient en même temps d’affreux ravages parmi les colons de la baie de Saint-Bernard. II se proposait d'envoyer chercher des secours dans les Iles, et de ranger ensuite le golfe âu Mexique jusqu’à ce qu’il eût trouvé le Mississipi; mais la perte de son navire rompit tous ses projets, et d’ailleurs ses ressources s’épuisaient chaque jour. Placé à six ou sept cents lieues de tout homme civilisé, il ne lui restait plus qu’à faire demander des secours en France par la voie du Canada.

11 résolut d’aller lui-même à l'Illinois: ce dessein eût été insensé si sa présence n'avait pas été nécessaire à Québec pour faire taire ses ennemis toujours prêts à déprécier ce qu’il faisait. 11 partit, dans le mois de janvier 1687, avec dix-sept hommes, laissant vingt personnes à Saint-Louis, preuve qu’à cette époque le nombre des colons était déjà réduit de cent quatre-vingts à trente-sept. Un Canadien, M. Le Barbier, y fut laissé pour commandant. ‘Nous nous séparâmes les uns des autres d’une manière si tendre et si triste, dit Joutel, qu’il semblait que nous avions tous le secret pressentiment que nous ne nous reverrions jamais.”

Ya marche fut lente et pénible. Le 16 mars, La Sale était encore sur l’un des affluents de la rivière de la Trinité, lorsqu'une sanglante tragédie vint compléter les désastres qui avaient déjà frappé son entreprise. Juelques hommes, à la tête desquels était Duhaut, s'étant isolés du reste de la troupe, eurent un démêlé avec un neveu de La Sale, nommé Moragnet, Comme son oncle, Moragnet montrait beaucoup de hauteur : ils résolurent de le tuer, et de faire subir le même sort à deux de leurs compagnons pour cacher leur forfait. A peine, cependant, avaient-ils commis ce triple assassinat, que, craignant la justice de La Sale, et entraînés d’ailleurs sur la pente du crime, ils crurent que leur venge. nce resterait incomplète tant que ce chgf, lui-même respirerait, et sa mort fut aussi résolue. La Sale, ne voyant pas revenir son neveu, eut quelque soupçon de ce qui

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était arrivé; il demanda si Moragnet n'avait pas eu quelque difficulté avec Duhaut, et il partit pour aller à sa rencontre. Les assassins l’aperçurent de loin qui venait; ils chargèrent leurs armes, traversèrent la rivière et se cachèrent dans les hautes herbes pour l’attendre. La Sale observa deux aigles qui planaicnt au-dessus de sa tête, comme s’ils eussent vu quelque proie aux environs ; il tira un coup de fusil. Un des conjurés se montra aussitôt. La Sale s’avança vers lui et lui demanda où était son neveu : tandis que cet homme lui faisait une réponse évasive, une balle frappa La Sale à la tête et le renversa mortellement blessé et sans parole. Le P. Anastase, qui se trouvait à côté de lui, crut qu’on allait lui faire subir le même sort. La Sale vécut encore une heure; il indiquait, en serrant la main au P. Anastase, agenouillé près de lui, qu’il comprenait ce que lui disait ie pieux missionnaire. Lorsqu'il eut rendu le dernier soupir, le bon père l’enterra dans une fosse creusée sur le lieu de l’assassinat au milieu du désert, et planta une croix de bois sur sa tombe. Ainsi finit celui que l’on peut appeler peut-être le fondateur du Texas. M. Sparks place le théâtre de ce drame sanglant sur les bords de l’un des tributaires de la rivière Bresos ; d’autres auteurs le mettent dans le voisinage de la rivière de la Trinité.

Les meurtriers se saisirent alors de l’argent et du commandement, et la caravane se remit en marche. Mais la division ne tarda pas à se mettre parmi les assassins : dans une querelle qu’ils eurent au sujet du partage des dépouilles, Duhaut et le chirurgien Liotot, les deux chefs de la conspiration, furent tués par leurs complices à coups de pistolets. Ces scènes épouvan tables, commises au milieu de vastes solitudes, remplissaient les sauvages eux-mêmes de terreur. Après ce dernier crime, on se sépara : tous ceux qui s'étaient compromis restèrent parmi les sauvages ; les autres, au nombre de sept, parmi lesquels se trouvaient le frère de La Sale, Joutel et le P. Anastase, continuèrent leur route vers l'Illinois, et arrivèrent au fort Saint-Louis le 14 septembre.

Dans l'intervalle, la petite colonie qui avait été laissée dans la baie de Saint-Bernard, finissait d’une manière encore plus funeste. Peu de temps après le départ de La Sale, les sauvages attaquèrent le fort à l'improviste, et en massacrèrent tous les

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