‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 23 sur 76 · HIS :'OIRE DU CANADA · texte numérisé non relu

HIS :'OIRE DU CANADA

sions. L'argent qu’il ne donnait pas ou qu'il voulait bien ne pas garder, était versé dans les caisses publiques; mais il ne devait compte à personne de cette administration.

+ Elle eut des suites funestes. Plusieurs de ceux qui faisaiens la traite, se fixaient parmi les sauvages pour se soustraire aux associés dont ils avaient négocié les marchandises. Un plus grand nombre encore allaïent s'établir chez les Anglaïs, où les profitsétaient plus considérables. Sur des lacs immenses, souvent agités de violentes tempêtes ; parmi des cascades, qui rendent si dangereuse la navigation des fleuves les lus larges du monde entier; sous le poids des canots, des viv::3, des marchandises; qu’il fallait voiturer sur ses épaules dans les portages; où la rapidité, le peu de p”-fondeur des eaux obligent de quitter les rivières pour aller par ter. ; à travers tant de dangers et de fatigues, on perdait beaucoup de monde. Il en périssait dans les neiges ou dans les glaces, par la faim où par le fer de l'ennemi. Ceux qui rentraient dans la colonie avec un bénéfice: de six où sept =.uts pour cent, ne lui devenaient pas toujours plus utiles; soit parce: qau’iis s’y livraient aux plus grands excès, soit parce que leur exemple inspirait le dégoût des travaux assidus. Leurs fortunes subitement amassées, disparaissaient aussi vite; semblables Ÿ ces montagnes mouvantes, qu’un tourbillon de vent élève et détruit tout à coup: dans les plaines sablonneuses dé l'Afrique. La plupart de ces coureurs, épuisés par les fatigues excessives de:leur avarice; par les:débauches d’une vie errante et libertine,: traînaient dans l’indigence:et dans l’opprobre une vieillesse prématurée.'?

Ces congés; qui se transportaient, tombaient souvent dans le commerce. Comme ils donnaient le droit d'importer la charge de plusieurs: canots, ils se revendaient ordinairement six cents: écus.. Six hommes partaient avec 1,000 écus de marchandises; qu'ils avaient payées 15 pour cent de plus que le: cours du mar-: ché, et'revenaient avec quatre eanots chargés de castors de: la: valeur de: 8,000: écus. Déduction faite: de 600: écus pour ler congé, de: 1,000: écus! pour les marchandises, et de 2,560: écus, pour le prêt. à la grosse aventure que le marchand: chargeaïit pour ses avances; où: 40 pour cent sur les 6,400, écus' qui res:

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pagnie à 25 pour cent de profit. Il était payé en marchandises ou en récépissés, qui avaient cours de monnaie dans la colonie, et qui étaient rachetés par des lettres de change à terme, que les agents de la compagnie tiraient sur son caissier à Paris. Il est inutile de dire qu’avec un pareil système et de pareils bénéfices, on devait finir par rebuter les sauvages, qui en étaient les victimes, et perdre entièrement un commerce où le vendeur primitif voyait sa marchandise rapporter, après qu’elle était sortie de ses mains, 700 pour cent de profit, sans qu’elle eût changé d'état.

Le monopole de la traite comprenait le castor et quelquefois V'orignal. A partir de 1666 toutes les autres pelleteries, dont le commerce était considérable, restèrent libres ou furent soumises par instant, comme les produits agricoles et les marchandises, à des lois et à des règlements coloniaux si vagues et si éphémères qu'il règne dans leur histoire beaucoup d’obscurité. Les actes publics et les jugements des tribunaux renferment sur cette matière une foule de décrets, qui peuvent faire conclure que le marchand canadien refusa toujours de se soumettre au joug que voulut lui imposer l'autorité ; qu’il ne supporta patiemment que son exclusion du commerce étranger et le monopole de l’exportation du castor en France, et que, sur tout le reste, il prit une liberté fort large.

Jusqu’au traité de 1713, les Français avaient possédé la plus grande partie de la traite en Amérique. Par ce traité ils perdirent entièrement celle de la baïe d'Hudson; et la Nouvelle- York, qui, depuis le chevalier Andros, cherchait à leur enlever aussi la traite des pays de l'Ouest sans beaucoup du suecès, vit tout à coup ses efforts couronnés des plus heureux résultats.

Nous avons vu ailleurs comment M. Burnat, qui connaissait les avantages que la Grande-Bretagne pourrait retirer de ce commerce, travailla à fermer aux Canadiens l'entrée des pays si convoités del’Ouest, etcomment M. de Beauharnais fit échouer ses tentatives. Tout semblait favoriser la Nouvelle-York : situation favorable, population nombreuse et commerçante, marchandises à bon marché. Le Canada n'avait aucun moyen de contre-balancer ces trois avantages de sa rivale. Le prix des marchandises était beaucoup plus élevé à Québec qu’à Boston ou à New-York, de même que le fret et l’assurance maritime.

Aussi se faisait-il un commerce étendu de contrebande entre Montréal et Albany. On tirait d’Albany les tissus de laine et une quantité considérable d’autres marchandises à l’usage des habitants. Dans une seule année, le Canada reçut 900 pièces d’écarlate pour la traite, outre des mousselines, des indiennes, des tavelles, etc. Que faisait alors l’industrie française ? Que faisait surtout la compagnie des Indes? Elle envoyait annuellement une douzaine de cents pièces de ces tissus, qu’elle tirait elle-même de l’Angleterre, et défendait sévèrement à qui que ce fut d’en importer en Canada* De sorte qu’en réalité le manufacturier français était pour ces étoffes exclu de nos marchés. Le traitant anglais, au moyen des avantages que nous avons énumérés, donnait ses marchandises aux sauvages pour moitié moins cher, faisait le double de profit, et payait encore le castor trois schellings sterling la livre, tandis que le traitant canadien n’en pouvait offrir que deux francs.

Lorsque Burnet prit les rênes du gouvernement de la Nouvelle-York, il vit du premier coup d’œil qu'en fermant l’entrée de son pays aux Canadiens, il les priverait des objets qui leur étaient absolument nécessaires pour faire la traite, et qu’en leur enlevant le marché d’Albany, où ils vendaient le castor le double de ce que le payait la compagnie des Indes, il porterait un coup mortel à leur commerce. Il fit donc passer en 1720, ar forme d’essai, une loi pour défendre pendant trois ans tout commerce avec le Canada; et, en 1727, cette loi fut rendue parmanente. L'effet en fut aussi prompt que funeste pour les Canadiens. Les tissus de laine, qui s'étaient vendus jusque-là treize louis la pièce, à Montréal, montèrent aussitôt à vingt-cinq louis.

Burnet, marchant toujours vers son but, fit ouvrir à Oswégo, sur la rive méridionale du lac Ontario, un comptoir pour attirer les sauvages ; o’était le complément nécessaire de la loi de 1720. Les traitants français ne purent plus dès lors continuer la concurrence, et le roi, quelques années après, fut obligé de prendre entre ses mains les postes de Frontenac, de Toronto et de Niagara, et de donner les marchandises à perte pour conserver, avec la traite des pelleteries, l’alliance des indigènes ; car la traite était encore plus essentielle pour la sûreté des colo-

* Mémoire sur la traite de la Province de la Nouvelle- York, inséré dans l'Histoire des cinq nations du Canada, par OC, Colden

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C’est en 1727, pendant que la Nouvelle-York fermait ainsi ses marchés au Canada, que le roi de France rendit un édit semblable pour exclure à son tour les Anglais de sés colonies. Déjà depuis longtemps il recommandait de défendre sévèrement toute relation avec l'étranger ; mais depuis la dérnière guerre ses ordres étaient devenus plus fréquents ét plus impératifs que jamais. Rien ne prouve mieux combien les intérêts coloniaux les plus chers sont souvent sacrifiés à cette législation qui courbe sous lé même niveau l’ Amérique et l’Asie, sans tenir compte des circonstances et du mal fait aux uns ou aux autres, pourvu que le résultat général réponde au calcul de la métropole.

Presque tous les postés de traite français devinrent alors privilégiés, c’est-à-dire que ceux qui les obtenaient avaient le droit exclusif d'y faire le commerce de pelleteries. Ces postes se donnaient, se vendaient ou s’affermaient, et dans ces trois cas le commerce souffrait également de leur régie; ils étaient loués communément pour trois ans, et le fermier voulait dans ce court espace de temps faire une fortune considérable. Dans cette vue, il vendait les marchandises qu’il y portait à un prix excessif, ét achetait les pelleteries au plus bas prix possible, dût-il pour cela tromper les sauvages après les avoir enivrés. En 1754, on avait dans un poste de l'Ouest une peau de castor pour quatre grains de poivre, et on a retiré jusqu’à huit cents francs d’une livre de vermillon! Il était évident que ce commerce allait être frappé de mort, si on ne réussissait pas à rejeter les colons anglais en dehors des vallées du Saint-Laurent et du Mississipi; et déjà même il était trop tard, dans l’opinion de bien des gens.

Nous nous sommes étendu sur la traite des pelleteries, parce que, comme nous l’avons dit, des motifs de politique et de sécurité nationale s’y trouvaient étroitement liés. Quant aux autres branches du commerce canadien, il ne sera pas nécessaire de s’y arrêter si longtemps, quoiqu’elles méritent toute notre attention, puisque le commerce forme avec l’agriculture, la grande occupation de toutes les classes des populations américaines, depuis le citoyen le plus opulent jusqu’au citoyen le plus hum: ble.

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Après la traite des fourrures venait la pêche. La pêche de la morue et de la baleine resta presque entièrement entre les mains des Européens ; les Canadiens s’adonnèrent plus spécialement à celle du loup marin et du marsouin, qui fournissent d’excellentes huiles pour les manufactures et l'éclairage. Sept ou huit loups marins donnent une barrique d'huile; les peaux servent à différents usages. Cette pêche se faisait dans le fleuve et le golfe Saint-Laurent et sur la côte du Labrador, où le gouvernement affermait à des particuliers, pour un certain nombre d’années, des portions de grève, des îles ou des côtes entières.* Il fut établi jusqu’à quatorze pêcheries en bas de Québec en 1722. On expédiait dans les dernières années une quantité considérable d'huile et de salines pour la France. Les bois auraient dû former aussi l’un des principaux objets d'exportation; mais ce commerce ne prit jamais beaucoup de développement en Canada du temps des Français. La construction des navires fut aussi toujours languissante, malgré les efforts du gouvernement pour l’encourager. M. de Maurepas recommandait vainement, en 1731, de redoubler de soins pour exciter les habitants à construire des bâtiments de coramerce, afin de diminuer le prix de la main d'œuvre et de pouvoir ensuite bâtir des vaisseaux pour le roi. Il fallut que Louis XV offrît une gratification de 500 francs pour chaque navire de 200 tonneaux ; de 150 francs pour chaque bateau de 30 à 60 tonneaux, vendus en France ou dans les Iles, et q@’il fit établir lui-même des chantiers de construction à Québec pour sa marine. Il fut construit dix bâtiments de 40 à 100 tonneaux en Canada en 1732. On repro-

4chait aux bâtiments canadiens de coûter beaucoup plus cher que ceux qui étaient faits en France, et de durer bien moins longtemps, parce qu’on se servait de chêne tiré de lieux bas et humides, et qu'après avoir coupé ce bois durant !"iver, on le mettait l'été suivant à flot pour le descendre à Québec, pratique qui en altérait la bonté. Malgré les encouragements, la construction des vaisseaux resta tellement négligée, que d’après un rapport présenté au ministère, les Anglais fournissaient même une partie des bâtiments qui servaient à la navigation intérieure du Canada. Talon avait vainement introduit la culture du chanvre,

* Il afferma la baie des Esquimaux à la veuve Fournel en 1749, Le Labra-

dor à M. d’Ailleboust en 1753.

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et ouvert des chantiers pour la préparation des bois. ‘“ On ne sait, dit Raynal, par quelle fatalité tant de richesses furent négligées.” En réfléchissant un peu cependant, on trouve que la vraie cause était le manque de bras, le manque de population. Aujourd’hui les chantiers de Québec occupent plusieurs milliers d'hommes, et le Canada peut soutenir la concurrence sur ce point avec aucune autre nation du monde.

L'exploitation des mines de fer ne fut commencée aux T'rois- Rivières, d’une manière sérieuse, que vers 1737, quoiqu'il fût venu en Canada des mineurs de France dès 1672. Elle fut d’abord très-mal dirigée; mais, en 1739, les nouveaux concessionnaires étendirent et perfectionnèrent les travaux, et firent assez de fonte pour la consommation intérieure. Il en fut exporté des échantillons, qui furent trouvés d’une excellente qualité. Cette forge subsiste encore. Dès le temps de Cartier les rives du lac Supérieur Staient célèbres parmi les indigènes pour leurs mines de cuivre. Les sauvages montrèrent des morceaux de minerai à ce voyageur. Les rapports des Français confirmèrent plus tard ceux des sauvages. En 1738, le roi envoya deux mineurs allemands nommés Forster pour ouvrir celles de Chagouamigon,* entreprise prématurée qui fut abandonnée ensuite, sans doute à cause de la distance.

Après les pelleteries, le poisson et les huiles, venaient les céréales, qui formaient un article d'exportation plus important que le bois. Une partie de ces grains était consommée dans le pays même par les troupes, et le surplus était exporté. On en expédiait dans les bonnes années jusqu’à 80,000 minots en farines et en biscuitst Le Canada en produisit, en 1734, 38,000 minots, outre 5,000 minots de maïs, 63,000 minots de pois, et 3,400 minots d'orge. La population était alors de 37,000 habitants.

Une plante célèbre, découverte dans nos forêts, en 1716, par le jésuite Lafitau, vint enrichir un instant le pays d’un nouvel objet d'exportation. Le ginseng, que les Chinois tiraient à grands frais du nord de l’Asie, fut porté des bords du Saint-

* Registre de l’intendant.

+ Mémoire attribué à M. Hocquart, Collection de la Société littéraire et historique de Québec.

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500 mille francs. Le haut prix au cette racine avait atteint ries, excita une aveugle cupidité. On la cueillit dans le mois de mai, tout au lieu de la cueillir dans le mois de septembre; on la fit gran sécher au four, au lieu de la faire sécher lentement et à l'ombre É Il elle ne valut plus rien aux yeux des Chinois, qui cessèrent d’en de l’ acheter. Ainsi un commerce qui promettait de devenir une le si source de richesse, tomba et s’éteignit complétement en peu d’an- Le g nées. saire Québec était l’entrepôt du Canada. Cette ville envoyait Mon annuellement cinq ou six barques à la pêche du loup marin, le né et à peu près un pareil nombre de navires, chargés de farine, qui al de biscuit, de planches, de merrain et de légumes, dans les s'éta Iles et à Louisbourg : ces navires revenaient avec des cargai- aille * sons de charbon, de rum, de melasse, de café et de sucre. Elle vance recevait de France une trentaine de bâtiments, dont le port se comn montait à environ 9,000 tonneaux. Dans les derniers temps, que 1 quelques-uns de ces bâtiments retournaient en Europe avec un comn chargement de bled et de farine. L’'intendant se plaignait en à 20, 1692 de la surcharge des marchands de La Rochelle, et voulait marcel exciter les marchands de Saint-Malo et des autres villes de pour « Y'rance à commercer avec le Canada. Presque tout le com- Il « merce de la colonie se faisait alors avec La Rochelle. canad Dans les époques les plus florissantes, les exportations du Ca- | le ma nada ne dépassèrent pas 2,000,000 de livres en pelleteries, devaic 250,000 livres en huile de loup marin et de marsouin; une fonde: pareille somme en farine et en pois, et 150,000 livres en bois de qui pc toute espèce. Ces objets pouvaient former ainsi, année com- métro mune, une valeur de 2,650,009 livres. Si l’on ajoute à cela une leurs somme de 600,000 livres pour les divers autres produits et le fabric ginseng au moment de sa vogue, on aura un total de 3 mil- lorsqu lions 250 mille livres. déclar L'auteur des ‘“ Considérations sur l’état du Canada pendant que, p la guerre de 1755,”’* évaluait alors le montant des exportations sion d’ à environ deux millions et demi, et celui des importations à “Ler huit millions. Comment cet immense déficit était-il comblé ? sujets

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Par les dépenses que le roi faisait dans la colonie, et qui augmentaient prodigieusement dans les temps de guerre,

L'importation se composait de vins, d’eaux-de-vie, d’épiceries, de quincaillerie, de poteries, e& de marchandises sèches de toutes sortes, dont une bonne partie de luxe, car le luxe était grand en Canada comparativement à sa richesse.

I] ne faut pas croire néanmoins que cette augmentation rapide de l'importation fût prhfitable aux négociants. Les temps qu’elle signala furent des temps de dépression générale ou de ruine, Le gouvernement envoyait une partie des marchandises nécessaires au service militaire ; on achetait le reste à Québec et à Montréal. Mais ces achats ne se faisaient pas en droiture chez le négociant on sur soumissions au rabais. Les fonctionnaires qui avaient l’administration des fournitures et la comptabilité, s'étaient secrètement associés ensemble, comme nous le dirons ailleurs, et spéculaient sur le roi et sur le commeree. Sachant d’avance ce qu’il fallait pour le service, ‘ la grande compagnie,’ comme on nommait cette société occulte, faisait ses achats avant que le public eût connaissance des besoins de ce service ; et comme ces achats étaient considérables, elle payaïit souvent 15 à 20 au-dessous du cours, et ensuite, après avoir accaparé les marchandises, elle les revendait au roi à 25, 80 et jusqu’à 150 pour cent de profit.

Il est facile de concevoir par ce qui précède que le commerce canadien étant peu étendu, ses ressources à peine utilisées, le manque de récoltes, les irruptious des sauvages, les guerres devaient le jeter continuellement dans des perturbations profondes, et rendre le prix des marchandises excessif. C’est ce qui porta la France, malgré la répugnance naturelle qu'ont les métropoles à permettre l'établissement de manufactures dans leurs colonies, à autoriser, à recommander même en Canada la fabrication des toiles et d’autres étoffes, et plus tard, en 1716, lorsqu'elle fut devenue plus exclusive que jamais, et qu’elle eut déclarée qu’il ne devait pas y avoir de manufactures en Amérique, parce qu’elles nuisaient aux siennes, à renouveler le permission d’en établir quelques-unes pour le soulagement des pauvres. ‘“ Le roi était charmé d'apprendre, disait le ministre, que ses sujets du Canada reconnussent enfin la faute qu’ils avaient faite, en s’attachant au seul commerce des pelleteries, et qu’ils

s’adonnassent sérieusement à l'exploitation de leurs terres, particulièrement à la culture du chanvre et du lin, Sa Majesté espérait qu’ils parviendraient bientôt à construire des vaisseaux à meilleur marché que la France,* et à faire de bons établissements pour la pêche; qu'on ne pouvait trop les y exciter, ni leur en faciliter les moyens; mais qu'il ne convenait pas pourtant au royaume que les manufactures fussent en Amérique, parce que cela porterait préjudice à cellés de France ; que néanmoins Sa Majesté ne défendait pas absolument qu’il ne s'y en établit quelques-unes pour le soulagement des pauvres.”

En peu de temps il se monta des métiers pour les étoffes de fil et de laine dans toutes les maisons, et jusque dans le manoir du seigneur. Dès 1671, Talon écrivait à Colbert qu'il avait fait faire en Canada du droguet, du bouracan, de l'étamine, de la serge, du drap et d'1 cuir. ‘“ J'ai des productions du Canada de quoi me vêtir des pieds à la tête.” En 1705, Mme de Repentigny fit de la toile avec de l’ortie, qui est plus forte que ne l’est le chanvre, et avec de l’écorce de bois blane, et de la filasse avec du coton. Des prisonniers anglais achetés des sauvages lui montrèrent comment se filait le coton. Depuis cette époque la population des campagnes a eu en abondance des vêtements manufacturés des ses mains et propres à toutes les saisons. L'usage s’en est conservé et s’en répand aujourd’hui même jusque dans les établissements anglais.

C’est vers 1746, pendant les hostilités avec la Grande- Bretagne, que la rareté du sel fit songer à en fabriquer en Canada. La guerre y avait déjà fait naître plusieurs industries utiles. Le gouvernement chargea M. Perthuis d'établir des salines à Kamovuraska ; mais cette entreprise, qui aurait pu être si avantageuse pour les pêcheries de T'erreneuve et du golfe Saint-Laurent fut abandonnée. On avait déjà commencé longtemps auparavart une saline dans le pays, et elle avait eu du succès.t

*Il y 4 ici, écrivait M. de Denonville à M. Seignelai, en 1685, un homme très-cap..L'e d'enseigner la marine, nommé Franquelin, qui fait des cartes ici.” E:t-ce de lui que descend le célèbre Franklin? On sait que la famille du patriote américain était d’origine française.

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L'année 1721 fut témoin de l'établissement d'une importante et utile institution, les postes et messageries pour le transport des lettres et des voyageurs. L’'intendant Bégon accorda à M. Lanouiller le privilége de tenir les postes pendant vingt années entre Québec et Montréal: il lui imposa en même temps un tarif de charges gradué sur les distances. Le pays n'avait pas encore eu d'institutions postales, il n’a pas cessé d'en jouir depuis, En 1795, un prêtre de Saint-Lazare recommandait de faire le canal projeté déjà depuis longtemps, entre Lachine et Montréal, et d'en faire un autre depuis le saut du Buisson jusqu'au lac Saint-Louis ; mais la population était trop faible pour payer et exéeuter ces grands travaux.

Nous avons dit que Québec était l’entrepôt général du commerce, Les marchands et les magasins étaient à la basse ville. Les embarquements en France s'étaient faits d'abord au Havrede-Grâce et à Dieppe; bientôt La Rochelle se substitua peu à peu à ces ports, et, avant la fin du siècle, cette ville fournissait déjà toutes les marchandises consommées en Canada, ou nécessaires à la traite avec les sauvages. Il venait aussi des navires de Bordeaux et de Bayonne avec des vins, des eaux-devie et du tabac.

Une partie de ces bâtiments prenaient en retour ‘38 chargements de pelleteries, de grains et de bois. Quelques-uns allaient au Cap-Breton prendre du charbon de terre pour la Martinique et la Guadeloupe, où il s’en consommait beaucoup dans les rafineries de sucre. D’autres s’en retournaient sur lest en France ; le reste touchait à Plaisance ou aux autres pêcheries du golfe Saint-Laurent, pour se charger de morue. Plusieurs marchands de Québec étaient déjà assez riches du temps de La Hontan pour avoir plusieurs navires sur la mer.

I] était d’usage alors de partir de l’Europe pour l'Amérique à la fin d'avril ou au commencement de mai. Dès que les marchandises étaient débarquées à Québec, les marchands des autres villes arrivaient en foule pour faire leurs achats; les marchandises étaient ensuite embarquées sur des berges et dirigées vers les Trois-Rivières et Montréal. Si les acheteurs payaient en pelleteries, on leur vendait à meilleur marché que s'ils payaient

ed up tothe great prejudice and discredit ofthe colony.” Natural and civil history of the French dominions in North and South America.

en argent ou en lettres de charge, parce qu’il y avaît un profit considérable à faire sur cet article en France. Une partie des achats se soldaient ainsi en fourrures, que le détailleur recevait des habitants de la campagne ou des sauvages. Montréal et les Trois-Rivières dépendaient de Québec, dont les marchands avaient sur ces places un grand nombre de magasins conduits par des associés ou des commis. Les habitants de ia campagne venaient faire leurs emplettes dans les villes deux fois par année ; et telle était la lenteur des communications, que les marchandises se sont vendues longtemps jusqu’à 50 pour cent plus cher à Montréal qu’à Québec.

A l’exception des vins et des eaux-dé-vie, qui payaïent déjà un droit de dix pour cent, et du tabac du Présil, grevé de cinq sous par livre, aucun autre article ne furv imposé en: Canada avant la quatrième guerre avec les Angluis, c'est-à-dire avant 1748. Alors Louis XV établit, par un édit, un tarif général, qui frappa d’un droit de trois pour cent toutes-les marchandises à l'entrée ou à la sortie. Il y fut fait cependant des exceptions importantes en faveur de l’agriculture, de la pêche et du commerce des bois. Ainsi le bled, la farine, le biscuit, les pois;les fèves, le maïs, l’avoine, les légumes, le bœuf et le lard'salés, les: graisses, le beurre, furent laissés libres à la sortie; les denrées et les marchandises rscessaires à la traite et à la pêclie dans le fleuve Saint-Laurent, à l’entrée et à la sortie; les cordages et le sel, à l'entrée ; les chevaux, les bâtiments construits en Canada, le bardeau, le bois de chône pour la-construction des navires, les mâtures, le merrair, les planches et les madriers de toute

espèce, le chanvre et le hareng salé, à la sortie. Ces exceptions

étaient, comme on le voit, très-étendues et toutes dans l'intérêt de l’agriculture et des industries mentionnées plus haut, Sur les représentations des habitants, le roi décida encore que ce tarif n'aurait d’effet qu'après la guerre.

Ainsi, depuis 1666 jusqu'aux dernières années de la domination française en Amérique, les marchandises et les produits agricoles n'ont payé aucun droit d’entrée ni de sortie en Canada, excepté les vins, les eaux-de-vie et le tabac du Brésil. Les restrictions du commerce canadien avaient seulement pour objet les rapports avec l'étranger, toujours sévèrement défendus, et la traite du castor ; mais si cette pelleterie ne pouvait être expor-

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Après 1753, époque de la mise en force de la loi d'impôt dont nous venons de parler, la guildive paya 24 livres la barrique, le vin 12 livres, l’eau-de-vie, 24 livres la velte. Il paraît que le tarif pour les marchandises sèches n’était pas uniforme, et que certains articles payaient plus de droits que les autres.

Les douanes produisaient dans les temps-ordinaires environ 300 mille livres. La disposition de la loi de l’impôt relative à l'obligation de payer les droits au comptant, gêna le marchand sans produire d'avantage pour la chose publique, et porta un grave préjudice au commerce. Dans un pays où l’on est obligé, à cause de l’hiver, de faire de grands amas de marchandises, qui restent dans les magasins une partie de l’année, cette loi était plus qu’injudicieuse ; elle entraînait une nouvelle charge, que le consommateur devait payer: car on sait que la marchandise supporte non-seulement les frais qu’elle occasionne, mais encore l'intérêt de l’argent qu’elle coûte.

Le numéraire, ce nerf du trafic, manquait presque totalement dans les commencements de la colonie. Le peu qui y était apporté par les émigrés ou autres, en ressortait presque aussitôt, parce que le pays produisait peu et n’exportait encore rien. Les changements fréquents que l’on fit plus tard dans le cours de l’argent, n’eurent d'autre effet que de faire languir le commerce, qui naissait à peine. On sait qu'il n’y a aucune question sur laquelle il soit plus facile de se tromper, que la question des monnaies. Le besoin d'argent se faisait vivement sentir dans les îles françaises du Mexique. En 1670, la compagnie des Indes occidentales obtint la permission du roi d'y faire passer pour 100 mille francs de petites espèces, marquées à un coin particulier ; et, deux ans après, cette monnaie ainsi que celle de France, eut cours dans toutes les possessions françaises du Nouveau-Monde, avec l'augmentation d’un quart en sus. Malgré cette addition de vingt-cinq pour cent, qui était loin d’être exorbitante pour couvrir la différence du change entre Paris et Québec, à cette époque où le Canada exportait encore si peu, les espèces ne cherchèrent qu’à sortir du pays. C’est le commerce et non le souve. rain qui règle la valeur de l’argent ; le prix des marchandises

monte ou baisse avec elle. L’expédient ne répondit point aux avantages qu’on s’en était promis. Le gouvernement eut alors recours à un papier qu’il substitua aux espèces, pour payer les troupes et les dépenses publiques. Les premières émissions se firent après 1689. Le papier conserva son crédit quelques années, et les marchands le préféraient aux espèces sonnantes : mais le trésor, dans les embarras de la guerre de la succession d'Espagne, ne put payer les lettres de change tirées sur lui par la colonie ; cela fit tomber le papier dans le discrédit, et troubla profondément toutes les affaires. Les habitants, réduits au désespoir, firent dire au roi qu’ils consentiraient volontiers à en perdre une moitié, si Sa Majesté voulait bien leur payer l’autre. Ce papier ne fut liquidé qu’en 1720, avec perte de cinq huitièmes. Louis XV se vit condamné à traiter avec ses pauvres sujets canadiens comme un spéculateur malheureux : 2ar c'était une véritable banqueroute, pronostic obscur de celle de 1758, qui devait peser si lourdement sur ce pays, et de cette autre plus fameuse, celle qui compléta le grand naufrage de la monarchie en 93. :

La monnaie de carte fut abolie en 1717, et le numéraire circula seul avec sa valeur intrinsèque et sans augmentation du quart. On tombait d’un extrême dans l’autre; en effet le numéraire étant frappé en France, le coût et les risques du transport devaient nécessairement en augmenter la valeur en Canada; cependant le mal était moins grand qu’en le fixant trop haut : car il devait finir par prendre sa place dans l’échelle comme une marchandise, et tel qu’il doit être considéré dans un bon système monétaire.

L'usage exclusif de l’argent ne dura pas longtemps. Le commerce demanda le premier le rétablissement du papier-monnaie, plus facile à transporter que les espèces. On revint aux cartes avec les mêmes multiples et les mêmes divisions. Ces cartes portaient l'empreinte des armes de France et de Navarre, et étaient signées par le gouverneur, l’intendant et le contrôleur ; il y en avait de 1, 3, 6, 12 et 24 livres ; de 7, 10 et 15 sous, et même de 6 deniers; leur valeur entière n’excédait pas un million. ‘“ Lorsque cette somme, dit Raynal, ne suffisait pas pour les besoins publics, on y suppléait par des ordonnances signées du seul intendant, première faute ; et non limitées pour

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le nombre, abus encore plus criant. Les moindres étaient de vingt sous, et les plus considérables de cent livres. Ces différents papiers circulaient dans la colonie ; ils y remplissaient les fonctions de l'argent jusqu’au mois d'octobre. C’était la saison la plus reculée où les vaisseaux dussent partir du Canada. Alors on convertissait tous ces papiers en lettres de change, qui devaient être acquittées en France par le gouvernement. Mais la quantité s’en était tellement accrue, qu’en 1743 le trésor du prince n’y pouvait plus suffire, et qu’il fallut en éloigner le pagement. Une guerre malheureuse qui survint deux ans après, en grossit le nombre, au point qu’elles furent décriées. Bientôt les marchandises montèrent hors de prix, et comme, à raison des dépenses énormes de la guerre, le grand consommateur était le roi, ce fut lui seul qui supporta le discrédit du papier et le préjudice de la cherté. Le ministère, en 1759, fut forcé de suspendre le payemer. les lettres de change, jusqu’à ce qu’on en eût démêlé la souico et la valeur réelle. La masse «: était effrayante.

‘“ Les dépenses annueïiles da gouvernement pour le Canada, qui 1e passaient pas 400 mille francs en 1729, et qui, avant 1749, ne s'étaient jamais élevées au-dessus de dix-sept cent mille livres, n’eurent plus de bornes après cette époque.”’ Mais n'anticipons pas sur les temps.

Dans ce système monétaire, le Canada n’était détenteur d’aucune monnaie ayant une valeur intrinsèque et échangeable; ii ne possédait qu’un papier, signe représentatif de la monnaie. On n’y voyait d'espèces que celles qu’apportaient les troupes et les officiers des vaisseaux, ou la contrebande avec les colonies anglaises; elles étaient aussitôt enlevées, et l’on en faisait de la vaisselle, ou bien elles étaient renfermées dans les coffres ou envoyées dans les Iles. La monnaie de carte était préférée aux ordonnances, parce que la valeur de cette monnaie était toujours payée tout entière en lettres de change avant les ordonnances, de sorte que si les dépenses du gouvernement excédaient le montant de l'exercice de l’année, l’excédant était soldé en ordonnances, retirées ensuite par ces cartes, pour lesquelles il ne pouvait sortir de lettres de change que l’année suivante ; on appelait cela faire la réduction. ‘“ Dans le courant de 1754, au lieu de faire une réduction qui eût été trop forte, on délivra des

lettres de change pour la valeur entière des papiers portés au trésor, mais payables seulement, partie en 1754, partie en 1755 et partie en 1756. Alors les cartes furent confonc :es avec les ordonnances ; on ne donna pas pour leur valeur de lettres de change à plus court terme. Il est même à présumer qu’on a cherché à anéantir cette monnaie, le trésorier ne s’en servant plus dans les payements. Cette opération, qui n’occasionnait qu'environ six pour cent de différence sur les payements ordinaires, fit augmenter les marchandises de quinze à vingt pour cent et la main-d'œuvre à proportion.

“ Les espèces, poursuit l’auteur que nous citons ici, qui sont venues 47ec les troupes de France, ont produit un mauvais effet. Le roi en a perdu une partie dans les vaisseaux le Lys et l’Alcide ; elles ont décrédité le papier ; la guerre n’était pas encore déclarée lorsqu'elles parurent en Canads. et on croyait avec raison que les lettres de change continueraient à être tirées pour le terme de trois ans ; les négociants donnèrent donc leurs marchandises à 16 et 20 pour cent meilleur marché en espèces ; on trouvait sept francs de papier pour un écu de six francs. Dès que la déclaration de la guerre a été publiée, cet avantage a diminué ; les négociants n’ont pas osé faire des retours en espèces ; il en a passé quelques parties à Gaspé ; le reste est entre les mains de gens qui ne font point de remises en France; ils aiment mieux perdre quelque chose, et le garder dans leurs coffres en effets plus réels que des cartes et des ordouaances ; en conséquence ces papiers ont circulé presque seuls dans le commerce ; ils ont été portés au trésor, et ont augmenté les lettres de change qu’on a tirées.”

Tel fut le commerce canadien sous le régime français ; il était assujetti d’un côté aux entraves qui dérivent de la dépendance coloniale, où il jouissait de l’autre de la plus grande liberté ; il était exclu des marchés étrangers, et affranchi en même temps de tout droit et de toute taxe avec la mère patrie, enfin il était déclaré libre et permis à tout le monde, et soumis en plusieurs circontances à toutes sortes de vexations et de monopoles. Si les manufactures et le commerce eussent fleuri en France; si les navires de cette nation eussent couvert les mers comme ceux de la Grande-Bretagne, si la population eût été considérable, nul doute qu'avec la liberté dont jouissait le mar-

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chand canadien, et qui était large pour le temps, le Canada ne fût parvenu à une grande prospérité. Mais que pouvait faire le pays sans habitants, exclu du commerce étranger, avec une métropole presque sans marine et dont le gouvernement était en pleine décadence? Que pouvait faire le Canada, malgré la liberté dont on voulait le faire jouir ? Ne pouvant parvenir à une honnête prospérité, ni trouver dans ses efforts une récompense légitime et honorable, il tourna les yeux vers une carrière périlleuse et pleine de gloire. Le Canadien prit le fusil, devint soldat et contracta ce goût pour les armes qui nuisit tant au progrès du pays. Ou eut beau déclarer que le commerce était libre et permis à tout le monde, que les chefs ne sanraient être trop attentifs à favoriser les établissements qui pourraient le faire fleurir, peu de personnes s’y livraient, et il languissait.

Une pratique, qui tenait à l’organisation coloniale et qui fit aussi beaucoup de tort au commerce, c'était la permission qu’avaient les employés publics, quelquefois du plus haut rang, et les magistrats, de faire le commerce même avec le roi, dont ils étaient les serviteurs, afin de se refaire de l’insuffisance reconnue de leurs appointements. La plupart des gouverneurs généraux et particuliers participaient aux profits de la traite.* Tout le monde commerçait, les religieux, les militaires, comme les autres citoyens. Le séminaire trafiquait avec la Nouvelle-York, et avait un navire en mer, Les abus devinrent si graves, que Colbert fut obligé, vers 1676, de défendre le commerce aux fonctionnaires et aux ecclésiastiques, et de retirer au gouverneur la permission de vendre des congés de traite. Mais les défenses restèrent bientôt sans effet. (Cet usage avait pris naissance avec la colonie, fondée et gouvernée pendant longtemps par des marchands, qui conduisaient à la fois les affaires publiques et leur négoce. Lorsqu'ils remirent leur commission à la couronue, l’usage funeste fut conservé et même bien accueilli par les agents royaux. Il fut toléré jusqu'aux derniers jours du régime français, et ouvrit la porte aux plus criminels abus, qui atteigoirent leur dernier terme dans la guerre de la conquête. Ces employés publics, avec l’intendant Bigot à leur tête, parvinrent, dans ce moment de crise, où le temps ne permettait point de

* Correspondance officielle; Mémoire du séminaire ; Lettre de Bigot au ministre, 17650,

porter un remède aux maux de l’intérieur, à accaparer toute la fourniture du roi, qui s’éleva au delà de 15 millions à la fin de la guerre.* Par un système d’association habilement ménagé, ils achetaient ou vendaient tout ce que le gouvernement voulait vendre ou acheter. Agissant eux-mêmes pour le roi, il est facile de concevoir que les effets du ï:archand qui n’était pas dans leur alliance, étaient toujours rejetés. La concurrence, si nécessaire au commerce, n'existait pas. Il n’y avait aucun équilibre dans les prix, et l'association les fit monter à un degré exorbitant, malgré l'abondance des denrées et des marchandises, au point que cette cherté factice devint une cause de disette réelle.

Les défauts du système ne s’étaient pas encore manifestés d’une manière si hideuse ; mais ils avaient dû produire dans tous les temps un mal considérable, et causer un découragement fatal au négociant industrieux, qui ne pouvait lutter avec des hommes placés dans de meilleures conditions que lui. Cela n’est pas une exagération, car, selon le mémoire de Bigot lui-même, accusé de faits semblables, c'était le roi qui faisait les plus grandes consommations dans les colonies ; et c'était avec lui principalement qu’on pouvait faire un commerce d’une certaine importance.

Un pareil système, surtout aux époques de guerre, devait ruiner par les accaparements, tous les marchands qui n'étaient pas dans le monopole ; et si ce résultat n’arriva que dans la guerre de la conquête, on doit croire que l’honneur et l'intégrité la plus sévère avaient guidé jusque-là les fonctionnaires publics.

Si l’on en excepte la traite des pelleteries et le système monétaire, il faut dire que le commerce canadien fut l’objet de peu de règlements à venir jusqu’au 18e siècle. A cette époque on commença à s’en occuper un peu. Outre les loisrelatives à la liberté commerciale, dont nous avons parlé plus haut, et les arrêts du conseil supérieur et de l’intendant, qui avaient rapport aux choses de détail, diverses ordonnances, qui furent rendues en différents temps, eurent aussi leur influence.

La première est celle qui établit des siéges d’amirauté dans toutes les colonies françaises en 1717.

à Montréal et dans les forts pour le compte du roi, on trouverait peut-être

le double de ce qu'il eu est entré dans la colonie.” Dépêche de M. Bigot au ministre, 1759.

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sute la Ces siéges furent revêtus de deux caractères, l’un judiciaire n de la et l’autre administ.atif, que se partagent aujourd’hui la cour gé, ils d'amirauté et la douane. Comme tribunal, ils eurent la connaisroulait sance de toutes les causes maritimes, qui devaient être jugées s, : facile suivant l’ordonnance de 1681, et les autres règiements en vigueur ns leur touchant la marine. Comme administration, ils eurent la visite assaire des navires arrivants ou partants, et le pouvoir exclusif de done dans | ner des congés à tous ceux qui faisaient voile pour la France, pour bitant, les autres colonies ou pour quelque portdel’intérieur. Ces congés | point étaient des passavants, et chaque navire était tenu d’en prendre 12 e. un à son départ et de le faire enregistrer au greffe de l’amirauté. 1 ifestés Les bâtiments employés au cabotage de la province, n’en pre- 18 tous naient qu’un par an. Il fallait en outre le consentement du gout fatal verneur aux congés pour la pêche ou pour les navires qui transmmes portaient des passagers en France.

asune La seconde ordonnance qui fut rendue dans la même année, accusé créa une bourse à Québec et une autre à Montréal, et permit 38 CON- aux négociants de s’y assembler tous les jours pour leurs affaiement res mercantiles. Cet établissement était demandé depuis longe. temps par le commerce, qui reçut aussi la permission de nomit rui- mer un agent ou un syndic pour exposer ses vœux et défendre nt pas ses intérêts auprès du gouvernement, chaque fois qu’il y aurait CE uerre lieu.

a plus Cet agent commercial remplaça probablement le syndic des

habitations, dont les fonctions étaient peut-être tombées en dé- @ mo- suétude.

le peu Quant aux lois de commerce proprement dites, il n’en fut proue on mulgué aucune d’une manière formelle. Les tribunaux furent la li- autorisés à suivre l’ordonnance du commerce ou le code Miarrêts chaud,* qui était la loi générale du royaume. Le Canada n’a aux vu jusqu’à ce jour inaugurer dans son sein par l'autorité légisn dif: lative coloniale aucun code commercial particulier. A défaut de lois à cet égard sous le régime français, on adopta le code

dans Michaud en vertu d’une disposition générale de l’édit de création

du conseil souverain en 1662 : et ce code devint par le fait et la coutume loi du pays.

ébec, ET mr Fa 2 Éitse Nous croyons devoir citer ici une décision qui fait le plus grand à Loto honneur au gouvernement français. C’est celle relative à l’ex-

# J.F. Perrault: —Extraits ou précédents de la Prevôté de Quebec, 1824. 4

LS

elusion des esclaves du Canade, cette colonie que Louis XIV aimait par-dessus toutes les autres à cause du caractère belliqueux de ses habitants; cette colonie qu’il voulait former à l'iwage de la France, couvrir d’une brave noblesse et d’une population vraiment nationale, catholique, française, sans mélange de races. Dès 1688, il fut proposé d’y introduire des nègres. Le ministère se contenta de répondre qu’il craignait que le changement de climat ne les fit périr, et que le projet ne fût dès lors

inutile. Ce fut assez pour faire échouer une entreprise qui Coalit aurait frappé notre société de la grande et terrible plaie de l’escla- Le vage, À reine voyait-on quelques rares esclaves en Canada clar lo: ‘: la sonquête. Cet événement en fit accroître le nombre que uni ‘am ; mais ce fut pour les faire disparaître ensuite tout eh à fait. Afin e répondre à l’esprit public, une ordonnance avait Lis été rendue en 1736 par l’intendant Hocquart, pour fixer la ma- préd pière d’affranchir légalement les esclaves. Nou Nous nous sommes étendu longuement sur des faits qui n’ont taqu pas beaucoup d'intérêt pour bien des lecteurs, mais qui servent mes, à faire connaître le système qui avait été introduit en Canada. | On voit dans ces faits l’opération de ce système sous un de ses Sior aspects les plus sérieux. Le plan est large, grandiose, colos- prép sal ; mais les convulsions incessantes de ce grand corps en tra- Loui: hissent la faiblesse. dispe (Hal solda lui st Port.

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