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frères, également prêts à donner ou à recevoir ce qu'ils croyaient commun à tous les hommes.
‘“ Cette précieuse harmonie écartait jusqu’à ces liaisons de galanterie qui troublent si souvent la paix des familles. UQnne vit jamais dans cette société de commerceillicite entre les deux sexes. C'est que personne n’y languissait dans le célibat. Dès qu’un jeune homme avait atteint l’âge convenable au mariage, on lui bâtissait une maison, on défrichait, on ensemençait des terres autour de sa demeure ; on y mettait les vivres dont il avait besoin pour une année. Il y recevait la compagne qu’il avait choisie, et qui lui apportait en dot des troupeaux. (Cette nouvelle famille croissait et prospérait à l’exemple des autres. Qui est-ce qui ne sera pas touché de l’innocence des mœurs et de la tranquillité de cette heureuse peuplade? Qui est-ce qui ne fera pas des vœux pour la durée de son bonheur ?”
. Vains souhaits ! La guerre de 1744 commença ses malheurs ; celle de sept ans consomma sa ruine totale. Depuis quelque temps, les agents anglais montraient la plus grande rigueur ; les tribunaux, par des violations flagrantes de la loi, par des dénis systématiques de justice, étaient devenus pour les habitants un obfet à la fois de terreur et de haïîne. Le moindre employé voulait que sa volonté fût obéie. ‘“ Si vous ne fournissez pas de bois à mes troupes, disait un capitaine Murray, je démolirai vos maisons pour en faire du feu.” ‘ Si vous ne voulez pas prêter le serment de fidélité, ajoutait le gouverneur Hopson, je vais faire pointer mes canons sur vos villages.” Rien no pouvait engager ces hommes honorables à faire un acte qui répugnait à leur conscience, et que, dans l’opinion de bien des gens, l’Angleterre n'avait pas même le droit d'exiger. ‘“ Les Acadiens, observe M. Haliburton, n'étaient pas des sujets britanniques, puisqu'ils n’avaient point prêté le serment de fidélité, et ils ne pouvaient pas être conséquemment regardés comme de: rebelles ; ils ne devaient pas être considérés aon plus comme des prisonniers de guerre, ni envoyés en Frauce, puisque depuis près d’un demisiècle on leur laissait leurs possessions à la simple condition de demeurer neutres.” Mais beaucoup d’aventuriers, d'hommes avides regardaient leurs belles fermes d’un œil d'envie. La cupidité s’enflamme rapidement. Il ne fut pas difficile de trouver des raisons politiques pour justifier l'expulsion des Acadiens.
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La très-grande majorité n'avaient fait aucun acte pour porter atteinte à la neutralité ; mais dans l’horrible catastrophe qui se préparait, l’innocent allait être entraîné avec le coupable. Pas un habitant nemérita grâce. Leur sort fut décidé dans le conseil du gouverneur Lawrence, auquel assistaient les amiraux Boscawen et Mostyn, dont les flottes croisaient sur les côtes. Il fut résolu de disperser dans les colonies anglaises ce peuple infortuné ; et, afin que personne n’échappa, on enjoignit le secret le plus inviolable. L'enlèvement devait avoir lieu le même jour et à la même heure dans toutes les parties de l’Acadie, Pour rendre le succès plus complet, on voulut réunir les habitants par troupes. Des proclamations, rédigées avec une adresse perfide, leur ordonnèrent de s’assembler dans les principaux villages, sous les peines les plus rigoureuses. Quatre cent dix-huit chefs de famille, se fiant à la foi britannique, se réunirent ainsi, le 5 septembre, à 3 heures de l’après-midi, dans l’église du Grand-Pré. Le colonel Winslow s’y rendit dans un grand appareil. Apiès leur avoir montré la commission qu’il tenait du gouverneur, il leur dit qu’ils avaient été assemblés pour entendre la décision finale du roi à leur égard. Alors il leur annonça qu'il avait un devoir bien pénible à remplir; mais qu’il devait obéir aux ordres qu'il avait reçus, et il les informa ‘ que leurs terres et leurs bestiaux étaient confisqués au profit de la couronne avec tous leurs meubles, excepté leur argent et léür linge, et qu'ils allaient être eux-mêmes déportés hors de la province.’”’ Aucun motif n’était donné de cette décision. Un corps de troupes, qui s'était tenu caché jusque-là, sortit tout à coup de sa retraite et cerna l’église : les habitants, surpris et sans armes, na firent aucune résistance. Les soldats rassemblèrent les femmes et les enfants ; 1,023 personnes furent arrêtéesau Grand-Pré seulement. Quelques Acadiens s'étaient échappés dans les bois, on dévasta le pays pour les empêcher de subsister. Dans les Mines on brûla des centaines d'habitations, onze moulins et une église. Ceux qui s'étaient montrés les partisans de l’ Angleterre, ne furent pas mieux traités que ses enneris : ainsi le vieux notaire Le Blanc, qui lui avait rendu les plus grands services, mourut à Philadelphie de misère et de chagrin, en cherchant ses fils dispersés dans les colonies de ses oppresseurs ; on ne fit aucune distinction. I] fut permis aux uns et aux autres avant de s’embarquer, et
c'est le seul adoucissement qu’on accorda à leurs malheurs, de visiter, dix par dix, leurs familles, et de contempler pour la dernière fois ces champs, ces vallons, ces collines, naguère si calmes et si heureuses, qui les avaient vus naître et qu’ils ne devaient plus revoir. Le 10 fut le jour fixé pour l’embarquement. Une résignation calme avait succédé à leur premier désespoir. Mais lorsqu'il fallut dire un dernier adieu à leur patrie, pour aller vivre séparés, au milieu d’un peuplé étranger, qui avait d’atres coutumes, d’autres mœurs, une autre langue, une autre religion, leur courage s’évanouit et ils furent navrés de douleur. En violation de la foi jurée et par un rafinement inouï de barbarie, les familles furent divisées et dispersées sur différents navires. Pour les embarquer on rangea les prisonniers sur six de front, les jeunes gens en tête. Ceux-ci refusèrent de marcher, en réclamant l’exécution de la promesse qui leur avait été faite, qu’ils seraient embarqués avec leurs parents ; on fit avancer contre eux les soldats, la baïonnette croisée. Le chemin, depuis la chapelle du Grand-Pré jusqu’à la rivière Gaspareaux, avait un mille de longueur ; il était bordé des deux côtés de femmes et d’enfants, qui, à genoux et fondant en larmes, encourageaient leurs maris, leurs pères, et leur adressaient leurs bénédictions. Cette lugubre procession défila lentement en priant et en chantant des hymnes. Les chefs de familie marchaïent après les jeunes gens. Enfin la procession atteignit le rivage. Les hommes furent mis sur certains bâtiments ; les femmes et les enfants, sur d’autres, pêle-mêle, sans qu’on prit le moindre soin pour leur commodité. Des gouvernements ont commis des actes de cruauté dans des temps de passions, au milieu de révolutions politiques ou religieuses, pour satisfaire des haines ou des vengeances particulières ; mais il n’y a pas d’exemple chez les modtraes qu'un châtiment ait été infligé à ‘out un peuple paisible et inoffensif avec autant de calcul, de barbarie et de sang-froid, que celui dont nous venons de retracer ie douloureux tableau.
Tous les autres établissements acadiens présentèrent le même jour et à la même heure le même spectacle de désolation.
Les navires, chargés de leurs nombreuses victimes, firent voile pour les colonies anglaises. Ils les jetèrent sur le rivage depuis Boston jusqu’à la Caroline, sans pain et sans protection. Pendant de longues journées après le départ des Acadiens, on vié
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La plupart des colons anglais, il faut le dire à leur honneur, reçurent les Acadiens avec humanité, comme pour protester contre la rigueur inexorable de leur gouvernement. Benezet, issu d’une famille française bannie à la révocation de l’édit de Nantes, les accueillit comme des frères à Philadelphie.
Quelques-uns de ces exilés se refugièrent ensuite à la Louisiane ; d’autres, à la Guyane française ; et des Français, déportés eux-mêmes à Sinnamari, y trouvèrent, en 1798, une famille acadienne qui les accueillit par ces paroles hospitalières : ‘“ Venez, nos parents furent bannis comme vous, ils aous ont appris à soulager le malheur: venez, nous éprouvons du plaisir à vous offrir dans nos cabanes un asile et des consolations.”?
Les Acadiens fondèrent dans la suite un canton dans la Louisiane, auquel ils donnèrent le nom toujours cher de leur ancienne patrie. Louis XV lui-même, touché de leur fidélité, fit proposer en vain par ses ministres à ceux de l’Angleterre, d'envoyer des bâtiments pour les recueillir et les ramener en France. M. Grenville s’empressa de répondre : * Notre acte de navigation s’y oppose, la France ne peut envoyer de vaisseaux dans nos colonies,” comme si cette loi avait été faite pour étouffer tout sentiment d'humanité. Cependant quelques-uns purent parvenir en France ; ils forment aujourd'hui deux communes florissantes, où ils ont conservé leurs mœurs paisibles et agrestes, dans les beaux oasis verts qui parsèment les landes de Bordeaux. Telle fut l’expatriation des Acadiens.
L’Angleterre ne retira aucun fruit de cet acte de politique jalouse et ombrageuse, qui fit connaître aux colons ce qu'était la pitié métropolitaine, et qui fournit un motif de plus aux Canadiens, s'ils en avaient besoin, pour défendre leur pays ayec toute l'énergie dont ils étaient capables.
Tandis que le fer et la flamme changeaient en déserts les champs les plus fertiles de l’Acadie, le général Braddock faisait ses préparatifs pour rejeter les Français au delà de la vallée de l'Ohio, c’est-à-dire pour exécuter la seconde partie du plan d’invasion. Wiil’s Creek était le lieu qu’il avait donné pour rendez-vous à ses troupes, dans le voisinage des Apalaches. Il se
mit en marche aux acclamations de la population. Sa petite armée formait avec les bagages une colonne de quatre milles de long ; elle ne pouvait avancer que fort lentement au milieu des rivières, des forêts et des montagnes. Le temps s’écoulait; Braddock commençait à craindre de ne pouvoir surprendre le fort Duquesne, où il savait qu’il y avait peu de monde. Inquiet de plus en plus, il prit le parti, pour accélérer sa marche, de diviser ses forces en deux corps. Il laissa 1,000 hommes, sous les ordres du colonel Dunbar, à l’arrière-garde avec les gros bagages, et lui-même se mit à la tête du second corps, composé de 1200 hommes d'élite, équipés à la légère, pour prendre les devants, afin d'atteindre la place avant que l’alarme y fût répandue. Le 9 juillet, de grand matin, il traversa la rivière de la Monongahéla, à quinze milles environ du fort Duquesne, et s’avança avec rapidité sur la rive méridionale, se croyant déjà maître du poste français. Washington servait avec le grade de colonel dans son état-major. ‘“ On lui a souvent entendu dire pendant sa vie, qu’il n’avait jamais vu de plus beau spectacle que la marche des troupes anglaises dans cette mémorable matinée. Tous les soldats étaient en bonne tenue et en uniforme ; ils étaient rangés en colonnes et marchaïent en bon ordre ; le soleil brillait sur leurs armes polies, la rivière coulait paisiblement à leur droite, et, à leur gauche, d'immenses forêts les ombrageaient avec leursolennelle grandeur. Les officiers et les soldats étaient également animés par de brillantes esç ’ances et par la ferme conviction du succès.”’*
A midi, cette troupe si fière repassait par un gué, à dix milles du fort Duquesne, sur la rive opposée de la Monongahéla, dans une plaine unie, élevée de quelques pieds seulement au-dessus de l’eau, et d’un demi-mille de largeur. A l’extrémité de cette plaine le terrain montait légèrement quelque temps, puis se terminait tout à coup par des montagnes très-hautes. La route, depuis le gué jusqu’au fort français, traversait la plaine et cette hauteur, et se prolongeait au milieu d'un pays inégal et couvert de bois. Le colonel Gage formait l’avant-garde ave: 300 hommes de troupes de ligne ; un autre détachement de 200 hommes le suivait; le général venait ensuite avec le corps principal et l'artillerie.
* Guizot: Vie, correspondance et écrits de Washington.
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M. de Contrecœur commandait au fort Duquesne. Un des partis qu’il tenait en campagne pour épier les mouvements de l’ennemi, l’informa, le 8, que les Anglais n'étaient plus qu’à six lieues. Il résolut aussitôt de les attaquer sur la route, et alla lui-même marquer la place où ses troupes se placeraïent en embuscade. Le lendemain, 253 Canadiens et 600 sauvages, sous les ordres de M. de Beaujeu, sortirent du fort Duquesne, à huit heures du matin, pour aller se placer dans les ravins ei les bois aux côtés du chemin. Cette troupe descendait le terrain légèrement incliné qui bordait la plaine dont nous venons de parler, dans le même temps que le colonel Gage commençait à le monter. Les deux colonnes se rencontrèrent avant que les Français eussent atteint le leu de l’embuscade. Ceux-ci, moins troublés par cette rencontre imprévue que les Anglais, ouvrirent aussitôt un feu très-vif, qui fit replier l’avant-sarde des ennemis. Ce mouvement rétrograde donna le temps à Beaujeu de ranger son détachement en bataille, en profitant des hautes herbes dont la terre était couverte ; il plaça les Canadiens à cheval sur la route, et poussa les sauvages en avant de chaque côté, de manière à former un demi-cercle.
Les Anglais revenus de leur première surprise, se remirent en marche en se dirigeant vers le centre de cette ligne. Arrivés à une courte distanee des Canadiens, ils furent assaillis par une violente décharge de mousqueterie, qui les arrêta tout court, tandis qu’une grêle de balles s’abattait sur leur flanc droit. La confusion se jeta dans leurs rangs; mais, au bout de quelques instants, ils se réformèrent un peu et commencèrent à tirer ; leur artillerie, poussée en avant, ouvrit aussi son feu ; ce fut dans une des premières décharges de cette arme que Beaujeu fut tué. Dumas, son second, prit aussitôt le commandement, et, soutenu de Ligneris et des autres officiers, il s’élança avec impétuosité contre les ennemis. Le combat devint alors d’une violence extrême. Les sauvages, qui avaient été d’abord ébranlés par la canonnade, voyant que les Canadiens étaient restés fermes, avaient repris avec de grands cris leur place au pied des arbres qu'ils avaient abandonnés. Les Anglais firent pendant longtemps bonne contenance, et exécutèrent même un mouvement en avant; ils étaient animés par leurs officiers, qui les dirigeaient l'épée nue à la main. Mais, écrasés par un feu meurtrier, qui