‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 28 sur 76 · RP AS LE REZ SET · texte numérisé non relu

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Jean, à Miramichi, à la baie des Chaleurs et à Québec, ces malheureux offrant partout où ils allaient le spectacle d'un dévoûment sans bornes et d'une misère profonde,

T'el fut le succès des ennemis au commencement de leur eampagne. Quoiqu'il fût, sous le rapport militaire, plus nominal que réel, puisque les Anglais ne purent pas s’avancer plus loin du côté de l’Acadie, où des bandes armées les continrent, il causa néanmoins un vif mécontentement à Paris, surtout lorsqu'on y apprit les terribles conséquences qu'il avait eues pour les infortunés Acadiens, si dignes d’un meilleur sort, Le roi écrivit de sa propre main à M. de Vaudreuil de faire juger rigoureusement, par un conseil de guerre qu’il présiderait en personne, Vergor et Villeray, ainsi que les garnisons qui servaient sous leurs ordres. Le procès eut lieu l’année suivante au château Saint-Louis; mais tous les accusés furent acquittés à l’unanimité.* L'évacuation de l’Acadie laissa à la merci des Anglais les habitants de cette province, qui portaient le nom de neutres, et qui n’avaient pu se résoudre ni à abandonner leur terre natale, ni à oublier la France.

Sur quinze à dix-huit mille Acadiens qu’il y avait dans la péninsule au commencement de leur émigration, il n’en restait plus qu'environ 7,000 des plus riches, dont les mœurs douces ont fourni à Raynal un tableau si touchant.

“ Peuple simple et bon, dit-il, qui n’aimait point le sang, l’agriculture était son occupation. On l’avait établi dans des terres basses, en repoussant, à force de digues, la mer et les rivières, dont ces plaines étaient couvertes. Ces marais desséchés donpaient du froment, du seigle, de l’orge, de l’avoine et du maïs. On y voyait encore une grande abondance de pommes de terre, dont l’usage était devenu commun.

» La lettre du roi est du 20 février 175€. Les pièces du procès sont déposées à la bibliothèque de la Société littéraire et historique de Québec. “ On eut, dit Montcalm, principalement égard pour Le fort de Beauséjour à ce que les Acadiens avaient forcé le commandant à capituler pour sauver leur vie; ils avaient prêté autrefois serment de fidélité aux Anglais qui les menaçaient de les faire pendre. Quant au fort de Gaspareaux, une grande enceinte avec des pieux debout, où il n’y avait qu’un officier et 19 soldats, ne pouvait étre considérée comme un fort propre à soutenir un siége.”.— Lettre au ministre, 1767.

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“ D’immenses prairies :taient couvertes de troupeaux nombreux. On y compta jusqu’à soixante mille bêtes à cornes. La plupart des familles avaient plusieurs chevaux, quoique le labourage se fitavec des bœufs. Les habitations, presque toutes construites de bois, étaient fort commodes, et meublées avec la propreté qu'on trouve quelquefois chez nos laboureurs d'Europe les plus aisés, On y élevait une grande quantité de volailles da toutes les espèces. Elles servaient à varier la nourriture des colons, qui était généralement saine et abondante, Le cidre et la bière formaient leur boisson. Ils y ajoutaient quelquefois de l'eau-de-vie de sucre.

‘“ C'était leur lin, leur chanvre, la toison de leurs brebis, qui servaient à leur habillement ordinaire. 1ls en fabriquaient des toiles communes, des draps grossiers. Si quelqu'un d'entreeux avait un peu de penchant pour le luxe, il le tirait d'Annapolis ou de Louisbourg. Ces deux villes recevaient en retour du bled, des bestiaux, des pelleteries.

‘“ Les Français neutres n'avaient pas autre chose à donner à leurs voisins. Les échanges qu'ils faisaient entre eux étaient encore moins considérables, parce que chaque famille avait l’habitude et la facilité de pourvoir saule à tous ses besoins. Aussi ne connaissaient-ils pas l’usage du papier-monnaie, si répandu dans l'Amérique septentrionale. Le peu d'argent qui s'était comme glissé dans cette colonie, n’y donnait point l’activité, qui en fait le véritable prix.

“ Leurs inœurs étaient extrêmement simples. Il n’y eut jamais de cause, civile ou criminelle, assez importante pour être portée à la cour de justice établie à Annapolis. Les petits différends qui pouvaient s'élever de loin en loin entre les colens, étaient toujours terminés à l'amiable par les anciens. C’étaient les pasteurs religieux qui dressaient tous les actes, qui recevaient tous les testaments. Pour ces fonctions profanes, pour celles de l'église, on leur donnait volontairement la vingt-septième partie des récoltes. Elles étaient assez abondantes pour laisser plus de faculté que d'exercice à la générosité. On ne connaissait pas la misère, et la bienfaisance prévenait la mendicité. Les malheurs étaient, pour ainsi dire, réparés avant d’être sentis, Les secours étaient offerts sans ostentation d’une part ; ils étaient acceptés sans humiliation de i'autre, C'était une sociélé de

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