‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 31 sur 76 · PRES · texte numérisé non relu

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qui se trouvaient sur le bord de la mer, et qui craignirent

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les chaires pour rassurer la population et calmer son épouvante.

Le gain de cette bataille assura la possession de l’Ohio aux Français pour cette campagne, comme la défaite du colonel Washington, au fort de la Nécessité, la leur avait assurée l’année précédente.

Tandis que ces événements se passaient à l’extrémité méridionale du Canada, les troupes anglaises chargées d'attaquer Niagara et Saïînt-Frédéric, se réunissaient à Albany. Elles partirent de cette ville au nombre de cinq à six mille hommes, sous les ordres du général Lyman; le colonel Johnson les suivait avec l'artillerie, les bateaux, les vivres et tout le matériel de siége. Arrivé au portage situé entre la rivière Hudson et le lac Saint-Sacrement, le général commença le fort Édouard, sur la rive gauche de l’Hudson, pour en faire la base de ses opérations ; pendant ce temps Johnson continua d'avancer et atteignit la tête du lac Saint-Sacrement. Lyman pressait le transport des bateaux au lac ; il voulait s'assurer de l'important passage de Carillon avant que les Français s’y fussent fortifiés, lorsqu'il apprit qu’ils s’approchaient eux-mêmes pour l’attaquer dans ses retranchements.

Nous avons parlé ailleurs de l'inquiétude que l’apparition de Johnson sur le lac Saint-Sacrement avait causé à M. de Vaudreuil, et nous avons dit que ce gouverneur avait fait abandonner l’attaque d'Oswégo pour s'opposer à ses progrès. C’est en conséquence de cet ordre que Dieskau se trouvait le 1er septembre à Saint-Frédéric avec 3,000 hommes. Il fut informé que les ennemis n'étaient pas encore prêts à venir l’attaquer ; que le fort Édouard était peu avancé et pour cela assez facile à enlever par un coup de main, enfin que ce poste était très-important parce qu’il renfermait les magasins de Johnson. Dieskau résolut de profiter de ces circonstances pour l’attaquer sans délai.

Il partit de Saint-Frédéric avec ses 3,000 hommes. Il en laissa 1500 à Carillon pour assurer sa retraite en cas d'échec, et, avec le reste, composé de 220 réguliers, 680 Canadiens, commandés par M. de Repentigny, et 600 sauvages, sous les ordres de M. de Saint-Pierre, il continua sa route malgré l’avertissement qu’il reçut que 900 Américains étaient retranchés sous

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les murs de la place, avertissement qu'il négligea parce que, comme Braddock, il n’avait que du mépris pour la milice. Les instructions qu’il avait reçues de M. de Vaudreuil, lui recommandaient expressément de n’attaquer qu'avec toutes ses forces réunies sans jamais les diviser.* Les Canadiens et les sauvages le blâmèrent de laisser la moitié de ses soldats à Carillon. Mais Dieskau brûlait du désir d’éclipser par quelque action d'éclat la victoire de l’Ohio, car déjà l’on voyait naître entre les troupes du pays et celles de France, une jalousie trop encouragée par les officiers pour ne pas aller toujours en augmentant.t Craïignant qu’un trop grand nombre d'hommes ne retardât sa marche, il négligea des conseils dont l'oubli fut la première cause de sa perte.

Pour dérober sa marche et éviter le corps de Johnson, il prit la voie de l’eau ; il remonta le lac Champlain et alla débarquer dans la baïe du Grand-Marais (South Bay), à six ou huit lieues du fort Edouard. Le 7 septembre au soir, il bivaquait sur le bord de l’Hudson à une lieue des Anglais. Il avait l'intention de les attaquer le lendemain à la pointe du jour ; mais les sauvages, déjà fort mécontents de ce qu’on eut laissé une partie des troupes en arrière, déclarèrent qu'ils ne prendraient point part au combat, sous prétexte que le fort Édouard était situé sur le territoire anglais, puisqu’il était baigné par les eaux de l'Hudson. Ils ajoutèrent néanmoins qu'ils étaient prêts à marcher contre le camp de Johnson, établi à la tête du lac Saint-Sacrement, sur le territoire français. Les Canadiens, voyant la résolution des sauvages, appuyèrent leur avis. Dès lors le général Dieskau fut obligé de se conformer à leur désir. L'entreprise contre le fort Édouard fut abandonnée, et, le lendemain, on se remit en marche, sur trois colonnes, les réguliers au centre, pour passer les montagnes et tomber subitement sur Johnson, dont on était éloigné de cinq lieues environ.

Celui-ci avait 2,500 hommes sous ses ordres. En apprenant le projet des Français contre le fort Édouard, il avait détaché, le matin même, le colonel Williams, à la tête de 1200 hommes, dont 200 sauvages, pour tendre une embuscade aux Français à

officielle, :

+ Lettre de M. de Lotbinière au ministre, du 28 octobre 1766.

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leur retour du fort Édouard. Dieskau fut averti par un prisonnier, à quatre milles du camp de Johnson, de l'approche de ce détachement, qui suivait le même chemin que lui, mais en sens contraire. Il fit faire halte à la colonne du centre, et poussa les deux autres, c’est-à-dire les Canadiens, qui mirent leurs sacs à terre pour être plus légers, à sa droite, et les sauvages à sa gauche, trois cents pas en avant, avec ordre de se coucher ventre à terre au milieu du bois, et de n’attaquer l’ennemi en flanc que quand ils entendraient le feu du centre. Dans cette position Dieskau attendit les Anglais, qui venaient ainsi se jeter dans le piége qu’ils voulaient tendre eux-mêmes, lorsque les sauvages, à l’aile gauche, se découvrirent avant le temps et leur firent apercevoir le danger. Dieskau, voyant l’embuseade éventée, fit charger aussitôt les troupes et les Canadiens pour ne pas donner à l’ennemi le loisir de se reconnaître ; les sauvages, de leur côté, s’élancèrent en avant, et se battirent avec fureur pour venger la mort de leur commandant, M. de Saint-Pierre, tué par un Anglais, qu’ils assommèrent sur la place à coups de haches. En un moment les ennemis, malgré les efforts les plus vigoureux, furent mis en pleine déroute avec des pertes considérables ; ils laissèrent le colonel Williams et le fameux chef sauvage Hendrich, parmi les morts. On les poursuivit la baïonnette dans les reins ; un second corps, envoyé à leur secours, ne put résister à l'élan des troupes françaises, et fut culbuté en un clin d'œil. Le général Dieskau voulait profiter du désordre pour entrer pêle-mêle avec les fuyards dans les retranchements de Johnson. Mais il fallait des troupes plus disciplinées que les siennes pour exécuter une pareille manœuvre. Une partie des sauvages et des Canadiens s’arrêtèrent pour recueillir leurs blessés, et se reposer après ce dernier combat ; ils étaient exténués de fatigue, ayant été obligés de marcher depuis le matin à travers les bois et les broussailles dans un pays âpre et difficile, pour couvrir la colonne du centre, qui suivait le chemin battu. Les chefs sauvages, murmurant tout haut contre l’imprévoyance du général, firent revenir leurs guerriers sur leurs pas.* Dieskau, qui espérait que son exemple les entraînerait, ne voulut point s'arrêter ; il arriva devant les moitié des sauvages et des Canadiens s’en tinrent à leur première victoire.”

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1755: “La e victoire.’?

retranchements de Johnson à 11 heures du matin avec à peine la moitié de ses forces.

Ces retranchements, adossés au lac et élevés sur la petite éminence où fut ensuite bâti le fort George, se composaient de bateaux, de chariots et d'arbres renversés, que protégeaient sur les côtés deux gros ruisseaux et des marécages; ils étaient couverts d'artillerie. Les Français purent les apercevoir en arrivant sur le bord du lac Saint-Sacrement. À 150 verges des Anglais, Dieskau suspendit la marche des troupes pour les former en colonnes d'assaut; cette halte de quelques instants donna le temps aux ennemis de se reconnaître et de garnir leurs ouvrages.

L'attaque commença avec vivacité. Les réguliers, après avoir fait un feu de peloton bien nourri, s’élancèrent à la baïonnette pour pénétrer dans les abatis ; mais, malgré leur courage, ils furent ramenés par un feu terrible de mousqueterie et de mitraille à bout portant. Ils se réformèrent, marchèrent de nouveau à l’assaut et persistèrent dans leurs efforts depuis midi jusqu’à deux heures. Les Canadiens et les sauvages qui avaient suivi le général Dieskau ou qui vinrent ensuite le rejoindre, voyant l’inutilité de ces tentatives, se répandirent à droite, dans le bois, et à gauche, sur une petite hauteur qui dominait la position de l’ennemi, et ouvrirent de là un feu plongeant dans les retranchements, à douze ou quinze pas seulement de distance,* et le continuèrent avec vivacité jusqu’à la fin de la journée. Le général français, qui se tenait entre les réguliers et les Canadiens, résolut de faire un nouvel effort. Il se mit à la tête des soldats, et, tirant son épée, il les conduisit lui-même à l’assaut ; mais il vint encore échoursr au pied des retranchements, du sommet desquels les Anglais choisissaient leurs victimes et visaient de sang-froid. C’est pendant cette attaque, que Dieskau, retournant vers la gauche pour ordonrer aux Canadiens de charger, se trouva, sans s’en apercevoir, si près de l’ennemi qu’il reçut trois coups de feu presqu’en même temps. Le chevalier de Montreuil, qui se

# « The regulars marched, as near as I could tell, six deep in close order and reached about 20 rods in length. The Canadians and indians at the left having come helter-skelter, the woods being full of them, running with undaunted courage right down hill apon us, expecting to make us flee, as they had before done at the———, and just now did to our men.”

Extrait d’une lettre du général américain Pomeroy, alors colonel dans les milices de New-York, en date du 10 septembre 1755.

trouvait près de lui et qui fut aussi atteint d’une balle au bras, l’aida à se traîner au pied d’un arbre, et appela deux Canadiens pour le porter hors du feu. L'un d'eux fut tué en arrivant et tomba sur les jambes du général ; le second fut blessé. Sans se troubler, Dieskau ordonna au chevalier d'aller à la droite pour ranimer l'attaque qui se relentissait, et refusa de se laisser emporter, disant : ‘“ que le lit où il se trouvait était aussi bon pour mourir que celui qu'on voulait lui donner.” Il se fit apporter sa longue-vue et sa redingote, et enjoignit aux Canadiens qui s'étaient réunis autour de lui, et à ses domestiques de s'’éloigner.*# Au même instant une partie des Canadiens et des sauvages se repliaient, et le chevalier de Montreuil cherchait en vain à rallier les troupes réglées, réduites à une centaine d'hommes; presque tous les officiers avaient été tués ou blessés.

L'action durait depuis cinq heures. Les Français ne furent pas inquiétés dans leur retraite. Les ennemis avaient été si intimidés par la furie avec laquelle ils avaient été attaqués, qu'ils restèrent dans leurs retranchements, à l’exception de quelques hommes qui sautèrent en dehors. L'un d’eux, apercevant le général au pied d’un arbre, lui tira à douze pas une balle qui lui traversa le bas du corps. Ce soldat le fit ensuite prisonnier. C'était un déserteur canadien établi depuis une dizaine d'années dans la Nouvelle-York.

Cependant le chevalier de Montreuil avait réussi à rallier une partie des troupes à 500 pas des retranchements, et à rétablir quelque peu l’ordre dans leurs rangs.

A cet instant de la journée tout le corps français de 1500 hommes était divisé par bandes et dispersé. Une partie se trouvait encore sur le champ de bataille du matin ; une autre était en pleine retraite ; le chevalier de Montreuil, avec un troisième débris, reprenait le chemin du Grand-Marais etemmenait une centaine de blessés qu’il avait recueillis : enfin les Canadiens et les sauvages, toujours maîtres de la hauteur sur la droite des Anglais et ignorant ce qui se passait ailleurs, continuaient la fusillade. Les ennemis firent une faute en ne poursuivant pas les Français épars dans la campagne. Le chevalier de Montreuil arriva au bout de deux jours au Grand-Maraiïs avec sa colonne

* Relation de la campagne de 1755.—Lettre du baron Dieskau au chevalier de Montreuil, en date de Bath, 26 janvier 1758.

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exténuée de fatigue et de faim, les Canadiens n'ayant pu ramas. ser les sacs posés à terre dans le combat, de peur d'être pris entre deux feux. Il y trouva une autre colonne, qui était arrivée du matin aussi sans vivres. Les restes de l'expédition le rejoignirent peu à peu, et le corps entier s’embarqua pour r"*-"rner à Carillon.

Les pertes furent moins considérables qu’on aurait pu ': ;rser: plus de 310 hommes cependant, ou la moitié environ des réguliers et le quart des Canadiens et des sauvages qui attaquèrent. les retranchements, furent tués, blessés ou faits prisonniers ; parni eux se trouvaient 13 officiers, dont neuf Canadiens.* Celles des Anglais, essuyées principalement dans la déroute du corps du colonel Williams, atteignirent un chiffre plus élevé. Le colonel Titcombe fut tué, le colonel Johnson et le major Niehols furent blessés dans les retranchements. De l’aveu même des vainqueurs, qui étaient au nombre de 2,200 hommes, ce fut à leurs ouvrages et à leur artiilerie qu'ils durent la victoire : les assaillants n’avaient point de canon.

Lorsque le baron Dieskau fut amené dans le camp du commandant anglais, celui-ci, avec une humanité qui l’honore, le fit transporter dans sa tente et voulut qu’il fût pansé avant lui. Il porta à l’infortuné général toutes les attentions qu’il aurait eues pour un ami, et Dieskau ne les oublia jamais. Ce général resta prisonnier jusqu’à la fin de la guerre ; en 1757, il passa de New-York en Angleterre. Il languit jusqu’en 1767, qu’il mourut des suites de ses blessures, à Surène, près de Paris,

Comme Braddock, Dieskau dut ses malheurs au ridicule attachement pour la discipline européenne, et au mépris qu’il fit des avis du gouverneur et des officiers canadiens sur la manière de combattre en Amérique. Une opiniâtreté déplacée, fondée sur des renseignements inexacts, et le peu de cas qu'il faisait des troupes américaines, le firent persister à attaquer avec des soldats fatigués des troupes retranchées et deux fois plus nom-

* Lettre de M. de Doreil au ministre, 20 octobre 1765. Lettre du général Dieskau

+ “Qur artillery played briskly on our front the whole time, and the breast wôrk secured our men.” They (French) made n bold attack and maintained it bravely ; our cannon and breast work saved us. ”—" We were effective about 2,200 at the time of the engagement”— Documents de Londres.

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breuses que les siennes. Il y sacrifia l'élite de ses soldats, et fit perdre aux Canadiens la confiance qu’ils pouvaient avoir dans la capacité des officiers européens. On écrivit même au ministre ‘“ qu'ils ne marcheraient plus avec la même confiance sous les ordres d’un commandant des troupes de France que sous ceux des officiers de la colonie.”

L'échec des Français releva le courage des provinces anglaises, abattu par la sanglante défaite du général Braddock ; mais il n’eut point la conséquence qu’elles en attendaient. Dans l: premier moment d’exaltation elles exagérèrent l’avantage qu’elles venaient de remporter. Elles en firent une victoire éclatante, tandis que leurs soldats n’avaient repoussé, dans le fait, qu’un coup de main hardi, exécuté sans aucun matériel. Les journaux célébrèrent à l’envi les talents et le courage de Johnson ; la chambre des communes lui vota un don de £€5,000 sterling, et le roi lui cunféra le titre de baronnet.

Les colons anglais, croyant que la route de Montréal était désormais ouverte, commencèrent, après quelque temps d’attente, à s’étonner de l'inaction de cet officier. Chacun pensait qu’il aurait dû s’avancer au moins jusqu’à Saint-Frédéric. L'ordre même lni fut transmis de marcher en avant pour complaire à l’opiniou publique. Il refusa de le faire et continua de se fortifier dans son camp. On l’accusa alors de plusieurs fautes, et surtout de n’avoir pas su profiter de la victoire, dans la crainte peut-être, ajoutaient quelques-uns, d'exposer les lauriers qu’il venait de cueillir. Johnson, piqué de ces déclamations populaires, écrivit que ses troupes mauquaient des choses les plus nécessaires pour une campagne ; que d’ailleurs la manière dont les Français les avaient attaquées, leur avait imprimé une

telle terreur,* qu’elles se sentaient fort peu d'envie d’aller les inauiéter sur le territoire cunadien. Après ces explications, l’armée fut licenciée. On ne retint sous les armes que six cents hommes, pour la garde du fort Édouard et du camp du lac Saint-Sacrement, auquel les Anglais donnèrent le nom de fort William-Henry, après y avoir fait des ouvrages qui le convertirent en véritable forteresse. “À

La nouvelle de la défaite de Dieskau, qui avait rempli les provinces anglaises de joie, jeta pendant quelque temps le Ca.

* Miuot: Continuation of the History of Massachusetts’ Bay.

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nada dans une grande inquiétude. Le gouverneur, sachant combien il était important de se maintenir à la tête du lac Champlain, chargea M. de Lotbinière d'aller élever un fort en bois à Carillon. Il envoya aussi l’ordre aux troupes de camper dans cette position, afin d’être à portée de s’opposer à l’ennemi, s’il venait à déboucher par la route de Whitehall ou par le lac Saint-Sacrement, et de couvrir le poste de Saint-Frédéric, qui était la clef du lac Champlain. Mais au bout de quelques semaines on reçut des nouvelles tranquillisautes sur les mouvements des Anglais. On apprit d’abord le licenciement de l’armée de Johnson, et ensuite la retraite des 1500 hommes du général-Shirley, destinés à faire le siége de Niagara. Cet officier, n’ayaut pu terminer ses préparatifs en temps convenable, avait abandonné cette entreprise et s'était retiré dans l’intérieur, après avoir laissé 700 hommes au colonel Mercer pour garder Oswégo et bâtir deux nouveaux forts autour de cette place. Il paraît que la nouvelle du désastre de Braddock avait aussi bien découragé ses soldats, qui s'étaient mis à déserter en grand nombre; que les cinq nations étaient opposées à la guerre, qui ruinait leur commerce, et enfin que l’arrivée de renforts à Frontenac et à Niagara avait dissipé le peu d’espoir qui restait à ses troupes de s'emparer de ces postes importants.

Ainsi les trois principales attaques des Anglais contre les forts Duquesne, Saint-Frédéric et Niagara, avaient échoué à la fin de la campagne ; et le Canada pouvait s’estimer heureux d’un résultat qui dépassait ses plus hautes espérances. Les troupes françaises occupaient toutes les positions qu’elles avaient au printemps, excepté celle de Beauséjour, dont la perte n’eut aucune influence sur le sort des événements militaires, puisque M. de Boishébert, qui commandait dans cette partie du pays, n’avait pas cessé de s’y maintenir.

Les échecs des ennemis eurent des suites désastreuses pour leurs frontières. Leurs armées ayant été défaites ou obligées de retraiter, la bride fut lâchée aux bandes canadiennes et sauvages, qui dévastèrent les établissements anglais depuis la Nouvelle-Écosse jusqu’à la Virginie. Plus de mille habitants furent massacrés ou traînés en captivité par ces guerriers redoutables, qui, comme un torrent dévastateur, ne laissaient que des ruines sur leur passage. Les colons épouvantés abandon-

nèrent leurs foyers, et allèrent chercher un asile dans les provinces méridionales ou sur les bords de la mer. Toutes les colonies anglaises étaient dans l’étonnement en voyant le résultat de la campagne. ‘ Quatre armées étaient sur pied, dit Minot, un de leurs historiens, pour repousser les empiétements des Français ; nos côtes étaient gardées par la flotte du brave et vigilant Boseawen ; nous n’attendions qu’un signal pour nous emparer de la Nouvelle-France. Mais quel n’est pas notre désappointement ? Nous avons réussi en Acadie, il est vrai, mais Braddock a été défait; mais Niagara et Saint-Frédérie sont encore entre les mains des Français ; mais les barbares ravagent nos campagnes, égorgent nos habitants ; nos provinces sont déchirées par les factions, et le désordre règne dans nos finances.” Les préparatifs pour l'expédition contre le fort Saint-Frédério avaient coûté plus de €80,000 à la Nouvelle-Angleterre seuloment. Ces provinces se voyaient ainsi à la fin de l’anné: posées à tous les malheurs d’une guerre inspirée par le’ : : 41: ambition.

Les troupes françaises vinrent prendre leurs eantonneï:: :nts

d'hiver dans iles environs de Montréal. La sécurité avair ‘6,

peu troublée dans l’intérieur du Cauwada. Mais si Faspect de : choses était favorable pour le moment, l'avenir paraissait toujours menaçant et sombre. Déjà l’on souffrait depuis quelque temps de la rareté des vivres Le manque de récoltes dans le gouvernement de Québec, les levées considérables de grains qui avaient été faites pour la subsistance des troupes, des sauvages et pour celle des Acadiens répandus sur les rives du golfe Saint- +Laurent et de la baie de Fondy, amenèrent bientôt une disette assez AGrieuse, surtout parmi les habitants pauvres des villes. Ce n’était là cependant que le prélude des maux et des privations de tous genres que devait entraîner cette guerre longue et cruelle.

On annonçait déjà que l'Angleterre epérerait dans la prochaine campagne avec un grand accroissemcat dé forces, On ne perdit point de temps en Canada pour se mettre en état de re: pousser les ennemis, et même. d'aller porter la guerre chez eux s’il se présentait une occasion propice. Le gouverneur! et; l’intendant demandèrent à Paris des secours en soldats, en maté.

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HISTOLRE DU CANADA. 243

gale des Français et des Anglais en Amérique. Les principaux officiers de l’armée, en correspondance avec les ministres, écrivaient dans le même sens. Plusieurs d’entre eux avaient des craintes, qu’ils ne cherchaient pas à dissimuler : * La situation de la colonie, disait M. de Doreil, commissaire général des guerres, est critique à tous égards ; elle exige de prompts et de puissants secours. J’ose même assurer que, si l’on n’en envoie pas, elle courra les plus grands risques dès l’année prochaine.”

Toutes les correspondances faisaient ressortir, chacune à sa manière, la disproportion des deux nations sur ce continent. Elles demandaient surtout un général expérimenté pour remplacer le baron Dieskau, des ingénieurs, qui manquaient totalement, et des officiers d'artillerie. ‘ Il faudrait, observait l'intendant, plusieurs corps en campagne le printemps prochain, ét 16 ou 1700 hommes de troupes de terre, et 1,000 ou 1200 hommes de celles de la colonie ne suffront pas; il faut toujours conserver une certaine quantité des dernières pour le service des trois villes ; il en faut pour les différents postes. Ainsi ce sont les Canadiens qui font la plus grande partie de ces armées, sons compter 1,000 à 1200 qui sont continuellement occupés aux transports. Les Canadiens, étant ainsi employés à Farmée, ne labourent point leurs terres anciennement défrichées, bien loin d’en défricher de nouvelles. Les levées qu’on va en faire dépeupleront encore les campagnes. Que deviendra la colonie ? Tout y manquera, principalement le bled. On avait eu jusqu’à présent l'attention de ne faire les levées qu'après le labour du printemps. Ce ménagement ne peut plus avoir lieu, puisqu'on fera la guerre pendant l’hiver, et que les armées doivent être rassemblées dès le mois d’avril. De plus, les Canadiens diminuent beaucoup ; il en est mort un grand nombre de fatigues et de maladies. Il ne faut, ajoutait l’intendant, compter sur les sauvages qu'’autant que nous serons supérieurs, et qu’on fournira à tous leurs besoins.” Telle était déjà la gravité des choses à la fin de 1756.

Cependant la deuxième arinée d’hostilités en Amérique expirait, et les deux puissances ne s'étaient pas encore déclarées formellement la guerre. La diplomatie restait toujours saisie des

questions en litige. Le 21 décembre 1755, M. Rouillé de Jouy, ministre des affaires étrangères, adressa à M. Fox une note, dans

laquelle ïi demandait une réparation éclatante des insultes faites au pavillon francais par les attaques dont il avait été l’ohjet, et déclarait qu’il regarderait un refus comme un dessein formé par la cour de Londres de troubler le repos de l’Europe. Le ton de cette note est une preuve de la faiblesse de Louis XV. “ Il n’a pas tenu au roi, disait son ministre, que les différends concernant l'Amérique n’aient été terminés par les voies de conciliation, et Sa Majesté est en état de le démontrer à l’univers entier par des preuves authentiques. Le roi, toujours animé du désir le plus sincè"s de maintenir le repos public et la plus parfaite intelligenc: avec Sa Majesté Britannique, a suivi, avec la bonne foi et la confiance la plus entière, la négociation relative à cet objet. Les assurances que le roi de la Gr:n1de-Bretagne et ses ministres renouvelaient sans cesse, de vive voix et par écrit, étaient si formelles et si wrécises sur les dispositions pacifiques de Sa Majesté Britannique, que le roi se serait reproché d’avoir le moindre * .ute sur les intentions de la cour de Londres. Il n’est guère possible de concevoir comment ces assurances peuvent se concilier avec les ordres offensifs donnés en novembre 1754 au général Braddock, et au mois d'avril 1755 à l’amiral Boscawen ....Sa Majesté croit donc devoir s'adresser directement à Sa Majesté Britannique, et lui demander la restitution prompte et entière de tous les vaisseaux français, tant de guerre que marchands, qui, contre toutes les lois et toutes les bienséances, ont été pris par la marine anglaise, et de tousles officiers, soldats, matelots, artillerie, munitions, et généralen:ent de tout ce qui appartenait à ces vaisseaux. Le roi aimera toujours mieux devoir à l'équité du roi d’Angleterre qu’à tout autre moyen, la satisfaction que Sa Majesté a droit de réclamer.”

Le ministre anglais répondit à M. Rouïllé, le 13 janvier 1756, en termes modérés, mais positifs, qu’il ne pourrait donner cette satisfaction tant que la chaîne de forts établie au nord-ouest des Apalaches existerait ; le roi son maître “ n’ayant rien fait, dans toutes ses démarches, que ce que les hostilités commencées par la France en temps de pleine paix, et ce que Sa Majesté doit à son honneur, à la défense des droits et possessions de sa couronne et à la sûreté de ses royaumes, ont rendu juste et indispensable.”

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Après ce qui était arrivé, après les longs débats surtout qui avaient eu lieu dans la chambre des communes, il n’y avait plus d'entente possible. Louis XV fut donc obligé de vaincre ses répugnances et de se résoudre à la guerre. Dunkerque fut fortifié, les Anglais eurent l’crdre de sortir de France, leurs vaisseaux furent saisis dans les ports ; on arma des escadres considérables, on menaça la Grande-Bretagne d’une descente. Celle-ci demanda des secours à la Hollande et au Hanovre. Mais ces menaces cachaient un autre projet, que le peuple anglais n’apprit que par la défaits de l’amiral Byng et la prise de l’île de Minorque.

En Europe, comme en Amérique, partout retentissait alors le bruit des armes. Le 17 mai, l’ Angleterre publia une déclaration de guerre dans les fermes contre la France, qui en pu- Elia une à son tour contre l'Angleterre le 16 juin. Ces actes n'étaient plus qu’une formalité puérile, dont on pouvait se dispenser : le sang déjà répandu avait parlé un langage plus s0lennel.

Les ministres français résolurent d'envoyer en Canada deux nouveaux bataillons et des recrues pour compléter ceux qui y étaient déjà. Ils envoyèrent aussi des vivres et 1,300,000 livres en numéraire. L'argent fit, contre toute attente, un grand mal au pays, comme nous l’avons fait observer en parlant du commerce canadien, en ce que sa circulation fit baisser le papiermonnaie et les lettres de change d’un quart.

Le roi choisit le marquis de Montcalm, qu’il fit maréchal de camp, pour remplacer le général Dieskau. (C'était un officier qui comptait de longs services. Il était né en 1712, au château de Candiac, près de Nîmes, et appartenait à une des grandes familles du Rouergue. Il avait servi en Italie et en Allemagne, et s'était signalé, à la tête de son régiment, à la bataille de Plaisance et au sanglant combat de l’Assiette : il avait reçu cinq blessures dans ces deux actions. Il s'était anssi distingué sous le maréchal de Belle-Isle dans la fameuse retraite de Prague. Mais il possédait tous les défauts des généraux de son temps ; il était à la fois rempli de feu et de nonchalance, timide dans ses mouvements stratégiques et audacieux au combat jusqu’à négliger les règles de la plus commune prudence. Il était du reste d’une bravoure personnelle à toute épreuve.

11 s’embarqua pour le Canada en même temps que deux bataillons qu’on nous envoyait et qui formaient 1,000 hommes, et 400 recrues. Le général Montcalm arriva à Québec vers le milieu de mai 1756; les troupes de renforts y arrivèrent dans le cours de ce mois et du mois de juin, avec les vivres et les munitions de guerre, qu’on attendait avec la plus vive impatience, Ces renforts, réunis aux seize cents soldats des quatre bataillons reçus l’année précédente et aux troupes de la colonie, portaient toute l’armée régulière à un peu plus de 4,000 hommes ; et ce fut à peu près tout le secours que le Canada reçut de la France pendant cette guerre.

“ Avec M. de Montcalm étaient aussi arrivés plusieurs offciers; M. le chevalier de Lévis, depuis duc de Lévis et maréchal de France, alors brigadier, officier de grande distinction, # très-habile homme, d’un ton très-militaire et qui sait prendre un parti;” Montcalm disait encore, en parlant de lui, qu'il était “infatigable, courageux et d’une bonne routine militaire ;”’ M. de Bougainville, aide de camp de Montcalm, alors capitaine de dragons, qui plus tard deviendra une de nos illustrations maritimes : “ tout en s’occupant de son métier, il pense à l’Académie des sciences ;”’* M. de Bourlamarque, M. de Montreuil, etc.

Montcalm alla rejoindre à Montréal le gouverneur, qui se tenait Rà pour être plus près du théâtre des hostil: :3. Après un examen minutieux de la situation du pays et des circonstances, il fut arrêté entre ces deux chefs que deux camps principaux seraient établis, l’un à Carillon et l’autre à Frontenac, afin d’être à portée d'observer les forts Oswégo et Édouard, où les Anglais commençaient à rassembler leurs forces pour s’avancer sur le lac Ontario et sur le lac Champlain. En conséquence le bataillon de Béarn reçut l’ordre de s’avancer jusqu’à Niagara, où quelques hommes avaient été laissés l'automne précédent, et que M. Pouchot, officier d'infanterie versé dans la science de l'ingénieur, fut chargé de fortifier. Deux autres bataillons furent dirigés sur Frontenac avec instruction de s'y retrancher et de donner la main à 1,000 Canadiens et sauvages disséminés depuis ce poste jusqu’à Niagara. M. de Bourlamarque fut chargé du

* Le Canada sous la domination frauçaise, par L. Dussieux, professeur d'histoire à l’école impériale militaire de Saint-Cyr, membre correspondant des comités historiques, 1865.

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Il fut envoyé aussi 120 hommes pour la protection des pêcheries à Gaspé, et M. de Boishébert demeura chargé de la défense de la frontière du côté de l’Acadie, avec un corps de Canadiens et de sauvages. Dans l'Ouest, M. Dumas releva M. de Contrecœur au fort Duquesne, et M. de Belle-Estre remplaça M. Demuy au Détroit. Ces commandants avaient pour lieutenants MM. de Repentigny, de Langlade, Hébert, Beaubassin, etc. Trois mille cinq cents Canadiens et sauvages étaient répandus sur cette frontière, depuis le lac Érié jusqu’à Ja vallée du Mississipi en suivant la ligne de l’Ohioet des Illinois. Les forces armées pour la défense du Canada, depuis te Cap-Breton jusqu'aux Illinois, s’élevèrent done dans cette eampagne, à 12,000 hommes au plus haut chiffre ; elles étaient beaucoup moindres lorsque les milieiens, après leurs expéditions guerrières, rentraient dans leurs foyers pour faire les semailles ou la moisson et vaquer aux autres travaux des champs.

La forteresse de Louisbourg, qui était d’une importance capitale, avait à elle seule une garnison de 1100 hommes; ce qui était encore trop peu cependant. On le sentit à la cour, et l’on voulut y envoyer un renfort de 600 hommes sur la frégate l’Arc-en-ciel. Mais cette frégate fut prise par la croisière anglaise établie sur les côtes du Cap-Breton et commandée par le capitaine Spry.

Tels étaient les préparatifs des Français pour la campagne de 1856. Ceux de l'Angleterre furent beaucoup plus considérables.

L’'Angleterre ne voulut rien changer à son plan d’invasion de l’année précédente ; elle donna les secours d’argent et les soldats qu’on lui demanda, pour laver la honte de la défaite du général Braddock et pour venger la perte de l’île de Minorque dans la Méditerranée, deux événements qui avaient produit une grande sensation en Europe. L'Amérique, principal théâtre des opérations militaires, fixa surtout l'attention des peuples britanniques, qui voyaient là leurs futures conquêtes et le siége de leur domination permanente. Le comte de Loudoun, vieil officier d'expérience, fut nommé gouverneur de la Virginie et

248 WISTOIRE DU CANAUA.

général en chef des armées de l'Amérique du nord. Le général Abercromby y fut envoyé avec deux nouveaux régiments, Une somme de 115,000 louis sterling fut votée par la chambre des communes pour aider les colonies à armer leurs milices, Les gouverneurs des diverses provinces s’assemblèrent à New- York, et résolurent de lever 10,000 hommes pour prendre le fort Saint-Frédéric et s'assurer du commandement du lac Champlain ; 6,000 hommes, pour faire le siége de Niagara et couper la communication de la vallée de l’Ohio ; 3,000 hommes, pour marcher sur le fort Duquesne, et enfin 2,000 hommes, pour faire une diversion du côté de Québec, en descendant la rivière Chaudière, qui tombe dans le Saint-Laurent à quelques milles de cette ville, et pour tenir tout le centre du Canada en alarme. Ces milices, sans compter les troupes réglées, devaient former, avec d’autres petits corps volants placés sur les frontières, une armée d’environ 25,000 hommes ou double de celle des F'rançais. Mais malgré cette grande augmentation de forces, et les flottes nombreuses qui couvraient les mers de ce continent, nous allons voir que la campagne de 1756 fut encore plus malheureuse pour l’Angleterre que les deux précédentes.

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Alliances avec les sauvages ; les cantons iroquois protestent de leur nentra-

lité.—Préparatifs militaires.—Bandes canadiennes en campagne tout l'hiver (1755-56), destruction du fort Bull et dispersion d’un convoi de 400 bateaux ennemis—Commencement de désunion entre le gouverneur et le général Montcalm au sujet de l’entreprise contre Oswégo.—Si{. a de cette place.—La garnison, abandonnée du général Webb, capitule.—Butin que l'on fait.—Les sauvages tuent un grand nombre de prisonniers ; on ne rarvient à les a-rêter qu'avec beaucoup de peine.-—Les fortifications d'Oswégo sont rasées.—Joie que cette victoire répand en Canada.—Les Auglais suspendent toutes leurs opérations pour le reste de la campa-

gne.—Les sauvages ravagent leurs provinces.—Les Canadiens prennent

Grenville à 20 lieues de Philadelphie—Disette en Canada Arrivée des Acadiens, qui mouraient de faim.—Ils se dispersent dans le pays.—Demande de secours en France.—Augmentation rapide des dépenses.— Montcalm propose d'attaquer l’Acadie au lieu des forts Édouard et William-Henri.—-Pitt monte au timon des affaires en Angleterre ; nouveaux efforts de cette puissance en 1757.—Elle forme et on abandonne en chemin le dessein de prendre Louisbourg, protégé par la flotte de l'amiral Dubois de la Motte.—Des bandes canadiennes tiennent la campagne pendant l'hiver; M. Rigaud, à la tête de 1500 hommes, ravage les environs du fort William-Henri—Les tribus sauvages restent fidèles à la France, qui envoie des secours.—Prise de William-Henri après un siége de 6 jours.—-La garnison, forte de 2,400 hommes, met bas les armes.—-Les prisonniers sont encore attaqués à l’improviste par les sauvages, qui en massacrent plusieurs, pillent et dispersent le reste.—Le fort William- Henri est rasé.—J.a disette augmente en Canada.—Murmures des troupes.——Les dissensions deviennent plus visibles entre les chefs de la colonie, —-Succès variés de la France dans les autres parties du monde.—Elle ne peut envoyer que quelques recrues en Amérique.—L’Angleterre y porte son armée à 60,000 hommes, dont 22,000 réguliers, pour la campagne de

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Dans l'hiver, M. de Vaudreuil porta son attention sur l’importante affaire des alliances avec les indigènes, surtout de l’alli. ance avec les cinq nations, qui cherchaient à conserver la neu-

tralité et à faire respecter l'intégrité de leur territoire. 11 reeut avec beaucot, d'égards l'ambassade nombreuse que ces nations lui envoyèrent, et assura leurs députés que son plus grand désir était de reste: en bonne intelligence avec elles, Les ambassadeurs iroquois se retirèrent en renouvelant leurs protestations pacifiques. C’est en partie pour ne pas indisposer ces peuples que le gouverneur fit raser les fortifications d'Oswégo, lorsqu'on s’empara de cette place.

La saison des opérations allait commencer ; mais l'ennemi, qui avait appris à être plus sage, ne montrait pas, pour se mettre en campagne, le même empressement que l’année précédente, La levée de ses troupes avait éprouvé aussi beaucoup de délais inévitables. Une difficulté d’étiquette vint les accroître. D'’après des règles de guerre faites à Londres, les officiers de l’armée régulière devaient avoir la préséance sar ceux de la milice coloniale. Cette distinction causa un mécontentement universel parmi la libre et fière population américaine. Elle repoussa avec dédain l’infériorité qu’on voulait lui imposer, et lord Loudoun fut obligé de laisser subsister l’ancien état de choses. Il ne changea rien à l’organisation militaire que les colonies s'étaient attribuée au commencement de la guerre. En Canada les mêmes difficultés se présentèrent ; mais la sagesse du gouvernement les fit cesser aussitôt. M. de Vaudreuil, qui était l'ami et le protecteur des Canadiens, repoussa toute atteinte à leurs droits et à l’usage établi.

L'inaction prolongée des Anglais permit de mettre à exécution un projet conçu dès le temps de la construction du fort Oswégo, construction qui avait été regardée à la fois comme un acte d’hostilité et comme une menace. M. de Vaudreuil, ayant toujours à cœur la prise de ce fort, n'avait fait que l’ajourner l’année précédente, et les préparatifs nécessaires étaient faits pour l’entreprendre à la première occasion favorable. Des partis avaient été tenus tout l’hiver en campagne entre Albany et ce fort, afin de détruire les petits postes qui pouvaient y avoir été établis, et de couper les communications. Dans le mois de mars, M. de Léry, à la tête de 300 hommes, prit un magasin considérable, connu sous le nom de fort Bull, situé entre Schenectady et Oswégo. Il y détruisit une immense quantité de poudre et de projectiles de guerre, dont la perte retarda beau-

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coup les mouvements de l'ennemi. Le fort Bull était palissadé et garni de meurtrières. Sa prise offrit ceci de singulier, que les meurtrières, au lieu d’être une protection pour la garnison, servirent aux assaillants, qui 5‘en emparèrent avant que la garnison pôt s’y placer, et tirèrent par ces ouvertures du dehors en dedans de l'enceinte. Les palissades ayant été coupées à coups de haches, le fort fut pris d'assaut, et tous ceux qui le défendaient furent passés au fil de l'épée.

M. de Vaudreuil envoya, de bonne heure le printemps, M. de Villiers avec 900 hommes pour observer les environs d'Oswégo et pour inquiéter les Anglais. Ce détachement eut plusieurs escarmouches, Le 3 juillet, il attaqua un convoi de 3 à 400 bateaux, qui revenait de porter des armes et des vivres au fort, le dispersa, tua beaucoup de monde, leva des chevelures et fit

‘quantité de prisonniers.®

A la suite de ce nouveau succès l'attaque fut définitivement résolue, et les troupes reçurent l’ordre de se mettre en mouvement. Ce fut alors que le public crut apercevoir quelque refroidissement entre le gouverneur et le commandant des troupes. Ces deux chefs, qui s'étaient plu d’abord, avaient fini par s'éloigner l’un de l’autre. La différence de caractète et quelques personnes intéressées à les diviser, confirmèrent en eux ce malheureux penchant. Dans les commencements leurs amis intines s’aperçurent seuls de ce changement, qui devait être si funeste ; mais bientôt cette division devint apparente pour tout le monde.

Montcalm, par un fatal pressentiment, ne crut jamais au succès de la guerre, comme ses lettres ne l’attestent que trop ; de là une apathie qui lui aurait fait négliger tout mouvement agresseur, sans Vaudreuil, qui, soit par conviction, soit par politique, ne parut au contraire jamais désespérer, et conçut et fit exécu-

* Lettre de M. de Montcalm au mitistre, du 20 juillet 1756. Il dit que l'avantage aurait été plus considérable si les sauvages n’avaient pas attaqué trop tôt. Lettre de M. de Vaudreuil, du 80 août. La plupart des historiens américains ne parlent point de cette surprise. Smollett rapporte que les Anglais étaient commandés par le colonel Bradstreet ; qu'ils défirent complétement leurs assaillants après un combat de trois heures, et firent 70 prisonniers, Mais Sismondi, parlant de Smollett, observe qu'il n’a écrit en

général que sur des rapports de gazette et qu'il mérite peu de croyance, observation vraie pour l'Amérique.

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