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La tranchée fut ouverte le 4, à 8 heures du soir, à 350 toises, sous un feu de bombes et de boulets qui ne discontinua plus jusqu au moment de Ja reddition, sauf à quelques courts intervalles. Le lendemain, sur un rapport que le général Webb s’avançait avec 2,000 hommes, le chevalier de Lévis reçut ordre de marcher à sa rencontre, et Montcalm se préparait à le suivre pour le soutenir, lorsqu'on lui remit une iettre, trouvée sur un courrier qui venait d’être tué. Par cette lettre le général Webb mandait au colonel Monroe que, vu la situation du fort Édouard, il ne lui paraissait pas prudent de marcher à son secours, ni de lui envoyer de renfort; que les Français étaient au uombre de 13,000 ; qu’ils avaient une artillerie considérable, et qu’il lui envoyait ces renseignements afin qu'il en pût proûter pour obtenir la meilleure capitulation possible, s’il n’était pas capable de tenir jusqu’à l’arrivée des secours demandés d’Albany. L'erreur du général Webb sur le nombre des assiégeants fit précipiter la reddition de la place. Le 6, au point du jour, la batterie de gauche de 8 pièces de canon et un mortier, fut démasquée et ouvrit son feu. Celui des assiégés était toujours extrêmement vif. Le lendemain une nouvelle batterie commença àtirer. Le général français fit suspendre alors la canonnade, et chargea un de ses aides de camp, le jeune Bougainville, d’aller porter au colonel Monroe la lettre du général Webb. Le commandant anglais répondit qu’il était résolu de se défendre jusqu’à la dernière extrémité. A neuf heures, le feu recommenç, aux acclamations des sauvages, qui poussaient de grands cris lorsque les projectiles frappaient les murailles de la place. Vers le soir les assiégés voulurent faire une sortie avec 500 hommes, pour s'ouvrir une communication avec le fort Édouard; mais M. de Villiers marcha à eux avec la compagnie franche et les sauvages, et les repoussa après leur avoir tué une cinquantaine d'hommes et avoir fit quelques prisonniers. Une troisième batterie futcommencéele 8 ; on y travaillait encore, lorsque, dans l'après-midi, l’on vit briller des armes sur le haut d’une montagne voisine, On observa en même temps des troupes qui se disposaient en bataille et beaucoup de mouvement dans le camp retranché sous le fort. Le rappel fut aussitôt battu; mais, après quelques coups de fusils, les soldats de la montagne rentrèrent dans le bois et disparurent. Le 9 au matin, la place arbora le
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drapeau blanc et demanda à capituler. Les conférences ne furent pas longues. Il fut convenu que la garnison du fort et du camp, au Lombre de 2,372 hommes, sortirait avec les honneurs de la guerre, et se retirerait dans son pays avec armes et bagages et une pièce de canon; qu’elle ne servirait pendant dix-huit mois, ni contre les Français, ni contre leurs alliés, et que les Français et les sauvages retenus prisonniers dans les colonies anglaises, seraient renvoyés à Carillon dans les quatre mois. Le défaut de vivres empêcha d'insister pour que la garnison restât prisonnière de guerre.
On trouva dans le fort William-Henri 43 bouches à feu, 35,835 livres de poudre, des projectiles, des vivres pour nourrir l’armée six semaines, et, dans la rade, vingt-neuf petits bâtiments. La perte des Français fut de cinquante-huit hommes ; celle des assiégés, d'environ 200.
La capitulation fut accompagnée, comme celle d'Oswégo, d’un événement toujours regrettable, mais qu’il était presque impossible de prévenir à cause des mœurs indépendantes des sauvages. Les Anglais, du reste, furent eux-mêmes en partie la cause de ce qui leur arriva, ayant négligé de jeter leurs boissons, comme M. de Bougainville, d’après les ordres de son général, les en avait priés, pour empêcher les sauvages de s’enivrer lorsqu'ils seraient entrés dans la place.
La garnison devait se retirer au fort Édouard. Le chevalier de Lévis la fit partir le lendemain matin, escortée par un détachement de troupes réglées et accompagnée de tous les interprètes des guerriers indigènes. Elle n'eut pas fait une demi-lieue que les sauvages, mécontents de la capitulation, qui les avait privés du pillage comme l’année précédente, et excités par l’ivresse et par les Abénaquis, qui en voulaient aux Anglais, prirent par les bois, tombèrent sur les prisonniers à l’improviste, en tuèrent quelques-uns, en dépouillèrent un grand nombre et emmenèrent le reste avec eux. L’escorte fit tout ce qu’elle put pour arrêter ces barbares, et plusieurs des soldats qui la composaient furent tués ou blessés en voulant arracher les Anglais de leurs mains. Aussitôt qu'il fut informé de ce qui se passait, le général Montcalm accourut avec presque tous les officiers, Il réussit à délivrer la plupart des prisonaiers que les sauvages retenaient enoore, et fit rentrer dans le fort ceux qui s'étaient échappés, et
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qui ne pouvaient gagner sans péril les établissements anglais. Environ 600 de ces soldats, dispersés dans les bois, continuèrent d'arriver pendant plusieurs jours au fort Édouard, nus, sans armes, épuisés de fatigue et de faim. Les sauvages en emmenèrent 200 à Montréal, pour lesquels le gouverneur paya de fortes rançons ; 500 étaient rentrés dans le fort William- Henri. Le général Montcalm fit donner des vêtements à ceux qui avaient été dépouillés, et les renvoya dans leur pays sous la protection d’une puissante escorte, après avoir témoigné tout son regret de ce qui venait d’avoir lieu. Ces malueureux désordres laissèrent de vifs ressentiments dans le cœur des Anglais. Mais les prisonniers eux-mêmes ont rendu cette justice à leurs vainqueurs, qu’ils avaient fait tous leurs efforts pour arrêter le mal, et qu’ils avaient réussi à empêcher de grands malheurs.
On rasa le fort William-Henri ainsi que le camp retranché, et, ie 16 août, l’armée se rembarqua sur 250 berges pour Carillon. Sans la nécessité de renvoyer les sauvages dans leurs tribus et les Canadiens chez eux pour faire la moisson, Montcalm aurait pu inquiéter le fort Édouard. Les Américains étaient si persuadés que c'était là le dessein des Français, que toutes leurs milices, infanterie, cavalerie et artillerie, avaient été mises en réquisition jusqu’au fond du Massachusetts, et que les habitants, à l’ouest de la rivière Connecticut, avaient reçu l’ordre de briser leurs voitures à roues et de faire rentrer leurs bestiaux. ‘Il est inconcevable, dit Hutchinson, que quatre ou cinq mille hommes aient pu causer tant d’alarmes.”” Cette crainte toutefois n’était pas sans fondement, car les instructions de Vaudreuil portaient qu'après la prise de William-Henri, Montcalm irait attaquer le fort Édouard ; mais la crainte de manquer de vivres, la nécessité de renvoyer les Canadiens pour faire les récoltes et la difficulté de réduire cette place, défendue par une garnison nombreuse et à portée de recevoir de prompts secours, avaient empêché ce général de s’y conformer ; ce qui fut plus tard la cause de différends fort graves entre lui et le gouverneur. Au reste, la question des subsistances étant toujours la plus importante pour le Canada, où la disette allait en augmentant, le trophée le plus agréable de la nouvelle conquête fut 3,000 quarts de farine et de lard, qu’on apporta en triomphe à Carillon et qui
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furent prisés à Montréal et à Québec à l’égal d’une grande victoire.
Après cette campagne l’armée se retira dans ses lignes, et, dans l’automne, elle alla prendre ses quartiers d'hiver dans l’intérieur du pays.
La récolte y avait entièrement manqué. Dans plusieurs paroisses, on avait à peine recueilli de quoi faire les semailles. Les bleds, qui avaient eu la plus belle apparence sur pied, ne rendirent aucun fruit, à cause de l’abondance des pluies qui étaient tombées dans le milieu de l’été. On craignit que le peuple ne manquât totalement de pain dès le mois de janvier. Par précaution, deux cents quarts de farine furent mis en réserve, pour la nourriture des malades dans les hôpitaux jusqu’au mois de mai. Dans les maisons religieuses, la portion journalière fut réduite à une demi-livre de pain, par tête, et il fut proposé de fournir aux habitants des villes une livre de bœuf, de cheval ou de morue, en outre du quarteron de pain qui leur était distribué et qui fut jugé insuffisant. L’intendant acheta 12 à 1500 chevaux pour la nourriture. Faute d’alimer*s, on répandit les troupes dans les campagnes chez les habnaats, qu’on supposait encore les mieux pourvus dans la disette générale. On ne garda dans les villes que le nombre de soldats qu'il fallait pour leur garnison. A la fin de septembre, le chevalier de Lévis, ayant reçu l’ordre de réduire la ration des soldats, fut informé qu’ils murmuraient ; il assembla aussitôt les grenadiers, et les réprimanda sévèrement sur l’insubordination qui se manifostait dans leurs rangs. Il leur dit que le roi les avait envoyés pour défendre le Canada nonseulement par les armes, mais encore en supportant toutes les privations que les circonstances demanderaient ; qu'il fallait se regarder comme dans une ville assiégée et privée de tout secours ; que c’étaient aux grenadiers à donner l'exemple, et qu’il ferait punir toute marque de désobéissance avec sévérité Les murmures cessèrent pendant quelque temps. Dans le mois de décembre la ration fut réduite de nouveau, et les troupes ayant été obligées de manger du cheval, les soldats de la garnison de Montréal refusèrent d’en recevoir. M. de Lévis les fit réunir et les harangua une seconde fois. Il leur ordouna de se conformer aux ordres qui avaient été donnés, et ajouta que, si après la distribution ils avaient quel «e représentation à lui faire, il les écou-
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terait volontiers. Après avoir recu leurs ratious, ils motivèrent leurs plaintes avec leur franchise habäuelie : il; dirent pour conclusion que la chair de cheval formait una mauvaise nourriture ; que toutes les privations retombaient sur eux ; que les habitants ne se privaient de rien, et qu'ils ne pensaient pas que la disette fût aussi grande dans le pays qu’on le prétendaic.
M. de Lévis répondit à tous leurs griefs. Ils avaient été ma: informés, leur dit-il, de l'état de la colonie : il y avait longtemps que le peuple à Québec ne mangeait plus de pain, et que les officiers de Québec et de Montréal n’en avaient qu’un quarteron par jour. Illeur cita 2,000 Acadiens, qui n’avaient pour toute nourriture que de la morue et du cheval, et leur rerpela que les troupes avaient mangé de la chair de cheval au siége de Prague. Ce discours parut satisfaire les mutins, qui se retirèrent dans leurs casernes et ne firent plus de représentations. Il paraît que cette insubordination était excitée par les habitants et par les soldats de la colonie.
Au commencement d’avril on fut obligé de réduire encore la ration des habitants de Québec, et de 11 fixer à deux onces de pain et à 8 onces de lard ou de morue, On voyait des hommes tomber de faiblesse dars les rues fute de nourriture. Plus de 300 Acadiens réfugiés moururent de misère et de faim.
Tandis que le pays était ainsi en proie à une disette que semblait aggraver encore l'incertitude &e l’avenir, Montcalm se plaignait avec amertune qu’on cherchait à le déprécier et à lui faire perdre de sa considération, et que le gouverneur n'était occupé qu’à d'::"v.er la part que les troupes et leur général avaient au succès. Laaque victoire semblait accroître le mécontentement de Montcalm. Une ambition mal satisfaite tenait son âme sans cesse ouverte à toutes les interprétations de la malveillance.
Cependant les ministres à Paris furent obligés de s'occuper un peu à soulager les maux que souffrait le Canada ; ils savaient que le cabinet de Londres avait ordonné dans l’hiver un accroissement de forces beaucoup plus formidable encore que ceux des années précédentes. Mais la faiblesse du gouvernement français ne leur permit point d'organiser de secours suffisants pour assurer le succès présent et futur. Les dépenses de la colonie pour 1757 avaient de beaucoup dépassé les exercices accordés ;
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les lettres de change tirées sur le trésor avaient monté à 12 millions 340 milie francs. Les correspondances sigra!aient toujour: des abus, des dilapidations considérables. Bigot attirait le premier les regards entre les fonctionnaires coupables. Les embarras de la situation, les maux de la guerre, la famine, l'éloiguement de la métropole, tout semblait multiplier pour lui les occasions de voler l’État impunément. Possédant le pouvoir nécessaire pour se livrer à toutes ses passions, il n’y mettait plus de frein. Les lettres de Montcalm, enfin mieux éclairé, celles de Lévis, de Bougainville, de Montreuil, de Doreil, de Pontlevoy, renfermaient les accusations les plus graves contre lui. Doreil, écrivait au ministre de la guerre, le 22 octobre 1757, une lettre chiffrée dans laquelle il disait : ‘Je ne blâme pas seulement ce munitionnaire ; il y aurait tant de choses à dire là-dessus, que je prends, par prudence, le parti de me taire. Je gémis de voir une colonie si intéressante et les troupes qui la défendent exposées, par la cupidité de certaines personnes, à mourir de faim et de misère. M. le marquis de Montcalm s’étendra peut-ütre davantage, je lui en laisse le soin. Kien n'échappe à sa prévoyance ni à son zèle. Mais que peut-il faire, ainsi que moi ? Des représentations contre lesquelles on est toujours en garde et qui ne sont presque jamais écoutées.””
Trois jours après, Doreil rappelant la famine qui régnait en Canada, l'épidémie que les deruières troupes avaient apportées, revient sur la conduite de l’intendant. ‘ Les remèdes, dit-il, doivent être puissants et prompts ... Je n’aspire qu’au moment heureux où, avec la permission du roi, je pourrai “passer en France et n'être plus spectateur inutile de chose: aussi monstrueuses que celles qui se passent sous nos yeux.. . M, de Moras, ministre de la marine, ignore la véritable cause &« notre triste situation ; il ne couvient ni à M. de Montcalm ni à moi de tenter de l’en instruire, d'autant plus que nos représentations ne parviendraient vraisemblablement pas jusqu’à lui.”’#*
Montcalm, écrivant le 4 novembre, disait que le munitionnaire avait acheté beaucoup d’eau-de-vie et de vin et très-peu de farine, ‘“ parce qu'il y a plus à gagner sur l’eau-de-vie et le vin ....; mais, ajoutait-il, couvrons cette matière d’un voile épais; elle
* Parce que l’un des employés du ministère à Versailles, un noms La Porte, était de counivense avec Bigot,
intéresserait peut-être les premières têtes d’ici.... Je conclus de ce que m'a dit à Paris, avant mon départ, M. de Gournay (intendant du commerce,) qu’il est instruit de ce que je ne veux pas écrire ....” Montcalm se plaignait ensuite des abus dans les travaux de fortification : ‘“ Que d’abus, disait-il, aura à réformer M. de Pontlevoy dans sa partie, et quelle partie ne demande pas à l'être ?”?
Mais l’origine et la nomination européennes des agents coupables, qui ont toujours beaucoup plus d’audace dans la colonie que dans la métropole, les préoccupations du ministère, la vivacité de la guerre, ne permettaient point encore de faire faire une investigation, et l’on se borna à des recommandations d’économie. Les colons avaient prié avec instance le roi d'envoyer des vivres. Le nouveau ministre, M. de Moras, expédia 16,000 quintaux de farine et 12 tonneaux de bled, indépendamment des approvisionnemezis demandés par le munitionnaire Cadet, et qui s’élevaient à 66,000 quintaux de farine. L'ordre fut transmis en même temps de tirer des vivres de l'Ohio, des Illinois et de la Louisiane, Les navires chargés des secours partirent de France au comn'encement du printemps ; mais la plupart furent enlevés en mer par les ennemis et les corsaires; le reste arriva fort tard à Québec; les premiers ne commencèrent à paraître que vers la fin de mai. Ce retard avait fort inquiété M. de Vaudreuil, qui, appréhendant quelque malheur, avait succesaivement expédié trois bâtiments en France, depuis l'ouverture de la navigation, pour presser l’envoi. Le 16 juin, il n’y avait encore d’arrivés qu’une frégate et une vingtaine de navires avec 12,000 quarts de farine.
Quant aux secours en troupes on ne devait pas en attendre. Ï1 n’avait pas été possible d’en faire passer en Canada. Malgré la bonne volonté du gouvernement, le maréchal de Belle-Isle, qui prit à cette époque le portefeuille de la guerre, ne put y envoyer que quelques mauvaises recrues pour compléter les bataillons à 40 hommes par compagnie, et encore n’en arriva-t-il que trois ou quatre cents dans tout le cours de l'été. La France avait éprouvé des vicissitudes aans la campagne de 1757. Alternativement victorieuse et vaincue en Europe, elle avait été heureuse en Amérique et malheureuse dans les Indes orientales. Dirigés par l'esprit capricieux de Mme. de Pcmpadour, qui,
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à tout moment, changeait les généraux et les ministres sans égard à leurs talents ni à leurs succès, les efforts que la France avait faits pour obtenir la supériorité sur terre et sur mer, avaient épuisé ses forces en détruisant leur harmonie et leur unité. Il fallut se résigner, pour la campagne suivante, à laisser prendre aux Anglais dans le Nouveau-Monde une supériorité numérique double de celle qu'ils avaient déjà depuis le commencement de la guerre. Le ler mai 1758, il n’y avait en Canada que huit bataillons de troupes de ligne, formant seulement 3,781 hommes, qui avaient été obligés de se recruter dans le pays pour remplir leurs vides : les troupes de la marine et des colonies, maintenues de la même manière à leur chiffre de l’année précédente, comptaient 2,000 hommes ; ce qui faisait en tout moins de 6,000 réguliers pour défendre 500 lieues de frontière. Il était évident que les Canadiens devaient former la majorité d’une armée capable de s'opposer avec quelque chance de succès aux forces accablantes de l’ennemii.
D'un autre côté, les échecs des Anglais en Amérique, compensés par leurs victoires dans les Indes, ne firent que les exciter à de plus grands efforts pour écraser par la force seule du nombre les défenseurs du Canada. Cela paraissait d'autant plus facile que leurs finances étaient dans l’état le plus florissant, et que leur supériorité sur l'Océan n'était plus contestée. La prise d'Oswégo et de William-Henri, en assurant la suprématie des lacs Ontario et Saint-Sacrement aux Français, avait rendu la situation de leurs adversaires sur ce continent moins bonne après quatre années de lutte qu’elle ne l’étaiten 1753. Mais le génie de lord Chatham, devenu enfin maître des conseils de la Grande-Bretagne, allait trancher la question de rivalité entre les deux peuples dans le Nouveau-Monde. Il voulait que sa patrie y dominât seule, ne prévoyant point sans doute les grands événements de 1775, et il proposa des mesures qui devaient amener la destruction de la puissance française sur cette partie du globe. Il augmenta rapidement les arinées de terre et de mer, et remplaça lord Loudoun par le général Abercromby à la tête de l’armée américaine, à laquelle il envoya un nouveau renfort de 12,000 hommes de troupes réglées, sous les ordres du général Ambherst. Il invita toutes les colonies à armer des corps aussi nombreux que leur population pourrait le permettre. En peu
de temps le nouveau général en chef se trouva à la tête de 50,000 hommes, dont 22,000 réguliers, outre des milices nombreuses, qui portèrent, dit-on, les combattants dans les provinces anglaises à plus de 80,000 hommes. C'était, certes, rendre un hommage éclatant à la bravoure française, et reconnaître la détermination invincible des défenseurs du Canada, car ees forces immenses dépassaient de beaucoup le chiffre de sa population Ji entière, hommes, femmes et enfants.
ji C'est avec cette disproportion de forces que les deux parties | belligérantes allaient commencer la campagne de 1758.
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jusqu'à la dernière extrémité.—Plan de campagne de l’Angleterre: elle se propose d’attaquer simultanément Louisbourg, Carillon et le fort Duquesne.—Prise de Louisbourg après un siége mémorable, et invasion de l’île Saint-Jean ; les vainqueurs ravagent les établissements de Gaspé et de Mont-Louis.—Mesures défensives du Canada.—Marche du général Abercromby avec une armée de 16,000 hommes sur Oarillon, défendu par moins de 3,500 Français.—Bataille de Carillon livrée le 8 juillet. —Défaite d'Abercromby et sa fuite précipitée—Le colonel Bradstreet surprend et brûle le fort Frontenac.—Le général Forbes s'avance contre le fort Duquesne.—Défaite du major Grant.—Les Français brûlent le fort Duquesne et se retirent. —Vicissitudes de la guerre dans toutes les parties du monde.—Changement de ministres en France.—Mésintelligence entre le général Montcalm et le gouverneur.—Observations des ministres sur les dilapidations en Canada et reproches sévères adressés à l’intendant Bigot.—Intrigues pour faire rappeler M. de Vaudreuil et nommer Montcalm gouverneur.—Les ministres décident de faire rentrer ce dernier en France ; le roi s’y oppose.—Dépêches conciliatrices envoyées avec des récompenses et des avancements.—On n’expédie point de renforts. — Dé. fection des nations sauvages, qui embrassent la cause de l’Angleterre par le traité d'Easton.—Oette dernière puissance décide d'attaquer Québec avec trois armées, qui se réupiront sous les murs de cette capitale.— Forces du Canada et moyens défensifs adoptés pour résister à cette triple invasion.
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