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che répétait les mêmes reproches et renfermait des menaces encore plus explicites et plus directes.
Les malheurs et les ‘acles aigrissent les hommes et finis. sent par allumer des pas s funestes dans les cœurs les plus nobles. La division entre le gouverneur et le général Montcalm prit un caractère plus grave après la bataille de Carillon.
Montcalm et ses partisans accusaient Vaudreuil d’avoir exposé l’armée à une complète destruction, en la dispersant sur le lac Ontario et au pied du lac Saint-Sacrement, et en n’appelant pas les Canadiens et les sauvages sous les armes, pour être prêts à se porter sur les points qui pouvaient être menacés, Après la bataille de Carillon, ce général écrivit au ministre que les mesures du gouverneur l’avaient exposé sans forces suffisantes aux coups de l’ennemi ; mais que, puisque la victoire avait réparé cette faute, ce qui le flattait le plus, c’est que les troupes régulières n’en partageaient la gloire avec personne, observation peu généreuse qu’expliquent du reste les jalousies que nous avons signalées déjà plusieurs fois. Puis, après avoir sollicité les récompenses que méritait une armée si valeureuse, il ajoutait : ‘“ Pour moi. je ne vous en demande pas d’autre que de me faire accorder par le roi mon retour; ma santé s’use, ma bourse s'épuise ; je devrai à la fin de l’année dix mille écus au trésorier de la colonie; et plus que tout encore, les désagréments, les contradictions que j’éprouve, l'impossibilité où je suis de faire le bien et d'empêcher le mal, me déterminent de supplier avec instance Sa Majesté de m'’accorder cette grâce, la seule que j'ambitionne.”” Doreil, son ami, qui ne se croyait pas tenu d’observer la même réserve, critiquait depuis longtemps, comme nous l’avons vu, avec une extrême vivacité tous les actes de l’administration. Depuis le dernier succès surtout, il ne mettait plus de mesure dans ses paroles : “ La négligence, l’ignorance, la lenteur et l’opiniâtseté du gouverneur, disait-il, ont pensé perdre la colonie ..... l’ineptie, l'intrigue, le mensonge, l'avidité, la feront sans doute périr.’ Et comme la commune renommée attribuait aux Canadiens une grande part dans les victoires obtenues dans le cours de la guerre, et comme le roi pouvait croire au dévoûment de ce peuple, il informait le ministre que le général Montcalm lui avait écrit confidentiellement que les Canadiens qu’il y avait à la bataille de Carillon, s'étaient
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conduits fort médiocrement de même que les troupes de la colonie, quoiqu'il eût dit le contraire dans le rapport officiel transmis à Paris. Après plusieurs lettres écrites duns le même sens, Doreil, croyant avoir bien disposé les ministres pour son dessein, les invita enfin; dans une dernière dépêche plus violente encore que les autres, à changer le gouverneur et à choisir le général Montcalm pour le remplacer. ‘ Si la guerre doit durer encore ou non; si l’on veut sauver ou établir le Canada soiidement, que Sa Majesté lui en confie le gouvernement. 11 possède la science politique, comme les talents militaires. Homme de cabinet comme de détails, il est grand travailleur, juste, Gésintéressé jusqu’au scrupule, clairvoyant, actif, et n’a en vue que le bien ; en un mot, il est homme vertueux et universel. ... (Quand M. de Vaudreuil aurait de pareils talents en partage, ii aurait toujours un défaut originel, il est Canadien.’
Toutes ces intrigues, qui transpiraient même dans le public, parvenaient à la connaissance du gouverneur. Déjà les officiers et les soldats de l’armée attaquaient, critiquaient tout haut sa conduite dans leurs propos, et lui attribuaient la détresse et les malheurs dont ils étaient les victimes. Il voulut mettre un terme à un état de choses qui pouvait avoir les suites les plus fâcheuses ; mais il n’échappa point lui-même à la passion qui animait ses ennemis. Dans une lettre pleine de récriminations qu’il adressa aux ministres, il demanda le rappel de Montcalm, sous prétexte que ce général manquait des qualités nécessaires pour faire la guerre en Canada ; qu’il fallait beaucoup de douceur et de patience pour commander les Canadiens et les sauvages, et que Montcalm n’en avait point; et il finissait par désigner le chevalier de Lévis pour succéder à Montcalm à la tête des troupes.
Dans le même temps, Montcalm écrivait au ministre ‘“ qu’il était dur pour lui d’avoir toujours à craindre la nécessité de se justifier ;”” et, le lendemain, à Vaudreuil, qu’ils avaient tort tous les deux et qu’il fallait apporter quelque changement à leur façon de procéder. Montcalm envoya M. de Bougainville auprès du gouverneur pour entrer en explication avec lui. Malheureusement la bonne intelligence qui parut s'établir entre les deux chefs ne dura guère. Bougainville, en rendant compte au ministre de sa mission, lui signale les causes de ce différend ; il as.
sure que ce sont ‘ des tracasseries excitées entre les chefs par des subalternes intéressés à brouiller,’’ et que ‘ les intrigants, qui ont peut-être un intérêt pécuniaire et de concussion à ce que les conseils d'un homme, eitoyen aussi intègre que juge éclairé, ne soient pas crus en tout, chercheront sans doute encore à tracasser.”’
Ces malheureuses dissensions embarrassèrent beaucoup les ministres, Une note fut dressée et soumise au conseil d'État pour rappeler Montcalm, comme il le demandait lui-même, avec le titre de lieutenant général, et pour le remplacer par le chevalier de Lévis avec le grade de maréchal de camp. Mais le roi, après réflexion, n’approuva point cet arrangement, et les choses restèrent comme elles étaient. On pensa jeut-être qu’il serait dangereux, d'une part, d'ôter au pays un général aimé du soldat et qui avait toujours été victorieux ; et, de l’autre, de changer un gouverneur qui avait obtenu des Canadiens tous les sacrifices de sang et d'argent qu’on pouvait attendre du peuple le plus dévoué, sans qu’ils eussent seulement fait entendre un murmure. Le système de deux chefs presqu’aussi puissants l’un que l’autre était défectueux. Il eût fallu nommer dès ': début de la guerre un chef civil, capable d’être aussi chef militaire et de commander l’armée. Mais loin de là, le ministre avait écrit à Montcalm en le nommant, qu’il serait en tout subordonné à M. de Vaudreuil, et à celui-ci, que M. de Montcalm n’avait pas le commandement des troupes de terre; qu’il ne pourrait l'exercer que sous son autorité, et qu'il serait en tout et pour tout sous ses ordres.
Cependant des dépêches conciliantes furent adressées au gouverneur et au général, à qui les ministres, au nom du roi, recommandèrent vivement l’union et la concorde. Dans le printemps, M. de Bougainville arriva à Québec avec ses mains pleines de récompenses. M. de Vaudreuil était nommé grandcroix de l’ordre de Saint-Louis; M. de Montcalm, commandeur du même ordre et lieutenant général; M. de Lévis, maréchal de camp. Bourlamarque et Senesergues étaient faits brigadiers ; Bougainville devenait colonel et chevalier de Saint-Louis; Dumas, major-général et inspecteur des troupes de la marire. Des croix et de l’avancement étaient accordés à beaucoup d'officiers de grades inférieurs. Ces récompenses, surtout les pres-
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Mais le ministre de la guerre donnait peu d'espoir d’un secours, Montcalm l'avait en vain informé qu’à moins d’un bonheur inattendu, d’une grande diversion sur les colonies anglaises par mer, ou de grandes fautes de la part de l'ennemi, le Canada serait pris dans la campagne de 59 et certainement dans la suivante, puisque les Anglais avaient 60,000 hommes sur pied, tandis que les Français en avaient 10 à 11 mille au plus. Ce ministre lui écrivit qu’il ne devait pas espérer de recevoir de troupes de renfort: ‘“ Outre, ajoutait-il, qu’elles augmenteraient la disette de vivres que vous n’avez que trop éprouvée jusqu'à présent, il serait fort à craindre qu’elles ne fussent interceptées par les Anglais dans le passage ; et comme le roi ne pourrait jamais vous envoyer de secours proportionnés aux forces que les Anglais sont en état de vous opposer, les efforts que l’on ferait ici pour vous en procurer, n'auraient d’autre effet que d'exciter le ministère de Londres à en faire de plus considérables pour conserver la supériorité qu’il s’est acquise dans cette partie du continent.”’* En effet 600 recrues, deux frégates et 12 à 15 navires de commerce, dont la plupart appartenaient au munitionnaire et portaient des vivres et des marchandises, voilà tout ce qui entra dans le port de Québec avant l’apparition de la flotte ennemie. Quoique cette conduite déliât les Canadiens de la fidélité qu’ils devaient à la France, puisqu'elle reconnaissait ellemême la supériorité absolue des Anglais en Amérique, pas un cependant ne parla de rendre les armes; ils avaient encore dun sang à verser et des sacrifices à faire pour cette ancienne patrie d’où sortaient leurs pères, et s’il y eut des paroles de découragement, elles partirent plutôt des rangs de l’armée que des rangs des colons.
Le gouvernement anglais n’ignorait point à quel état de détresse était réduit le Canada, et ce fut un motif de plus pour lui de redoubler de vigueur. Il obtint de la chambre des communes tout ce qui était nécessaire, en hommes, en argent et en vaisseaux, pour terminer dignement l'entreprise glorieuse qu’il avait commencée. Si les progrès qu’il avait faits jusque-là étaient peu brillants, ils étaient solides et importants; le che-
* Lettre du 19 février 1769.
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min de Québec, celui de Niagara et du Canada occidental étaient ouverts. Les diverses tribus de ces contrées étaient acquises. Voulant prévenir le moment de la chute de la puissance française en Amérique, et s'assurer de l’amitié de l’Angleterre avant qu'il fût trop tard, elles avaient signé avec elle un traité de paix, dans le mois d'octobre précédent, à Easton, où Sir William Johnson s'était rendu avec plusieurs gouverneurs et un grand nombre des personnes les plus marquantes des colonies. Ainsi se brisait chaque jour cet admirable système d’alliances avec les sauvages, fondé par Champlain et organisé par Talon et Frontenac. Le traité d’Easton, suivant Smollett, prépara la voie aux opérations militaires qui furent projetées contre le Canada pour la célèbre campagne de 59.
L’Angleterre persista dans son plan d’envabhir le Canada à la fois par le centre et par ses deux extrémités. L’immensité de ses forces l’obligeait toujours à les diviser; car, réunies, elles se seraient nui et une pa:tie seraient restées inutiles. Louisbourg étant pris, Québec était la seconde ville qu’il fallait attaquer du côté de la mer. Les trois armées envahissantes devaient se réunir sous ses murs, pour enlever de vive force ce dernier boulevard des Français. Le général Amherst, à qui la chambre des communes avait voté des remerciments, comme à l’amiral Boscawen, pour la conquête de Louisbourg, fut chargé du commandement de l’armée anglaise à la place d’Abercromby, rappelé après-la bataille de Carillon. Un corps de dix mille hommes fut mis sous les ordres du général Wolfe, jeune officier qui s'était distingué au siége de Louisbourg. Pendant qu’il remonterait le Saint-Laurent et assiégerait Québec, douze mille hommes, commandés par le général en chef lui-même, devaient tenter une troisième fois le passage du lac Champlain, et descendre la rivière Richelieu et le Saint-Laurent pour se réunir à l’armée de Wolfe. Enfin le général Prideaux, avec un troisième corps, composé de troupes régulières et provinciales et de plusieurs milliers de sauvages sous les ordres de sir William Johnson, était chargé de prendre Niagara, de descendre le lac Ontario, d'enlever Montréal, chemin faisant, et d'aller joindre les deux armées déjà rendues sous les murailles de la capitale du Canada. Un quatrième corps moins nombreux, sous les ordres du colonel Stanwix, devait battre la campagne, enle-
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ver les petits forts qui se trouveraient sur sa route et purger d'ennemis les rives du lac Ontario. Ces forces composaient un total de plus de 30,000 hommes ; elles possédaient des parcs d'artillerie considérables et toute sorte de machines de guerre. Ce n'était là cependant qu’une partie des troupes de l'ennemi : (or les amiraux Saunders, Durell et Holmes firent voile d’Angle- Li) vb terre avec une escadre de 20 vaisseaux de ligne, 10 frégates et 18 bâtiments plus petits, que allièrent en chemin un grand nombre d’autres voiles, pour transporter l’armée du général Heist) à Wolfe de Louisbourg à Québec, et pour couvrir ensuite le siége BTE de cette ville du côté de la mer; cette flotte ne portait pas #4 moins dé 18,000 matelots et soldats de marine. Si à cela LE l’on ajoute les troupes nombreuses qui étaient chargées de la as | garde des colonies anglaises elles-mêmes, on verra que l’estima- AUDE tiun des forces de l’ennemi, faite par le général Montcalm, n’était | À pas loin de la vérité. Pour faire la conquête du Canada, ses envahisseurs étaient obligés d’armer trois fois plus d'hommes mé : À que ce pays ne comptait de soldats et d'habitants capables de pi porter les armes ;* ce fait témoigne de la crainte que ces braves, si faibles en neinbre, avaient inspirée à leurs ennemis.
En vue de ces immenses préparatifs, on fit faire dans l’hiver le dénombrement des hommes capables de servir à l’armée ; il n s’en trouva 15,000 + de l’âge de 16 à 60 ans. Les troupes régu- eh lières se montaient à 5,300 hommes depuis l’arrivée des 600 fi recrues dont nous avons parlé.f On sait qu’en tout temps la po- fe
* Les journaux dans ies colonies anglaises portaient leurs forces de terre à 60,000 hommes. ‘“L'Angleterre a actuellement plus de troupes en mouvement dans ce continent que le Canada ne contient d'habitants, en compree nant les vieillards, les femmes et les enfants. Qnel moyen de pouvoir résister à cette multitude.”—Lettre de M. de Doreil au ministre.
+ Gouvernement de Québec.....,.,.,.......ss.e.ee 7,511 LA
4, Trois-Rivières ...............eooe 1,318 mit # Montréal ....,........seoseoo.oe 6,405 :
16,229 hommes pi à + 8 bataillons de ligne ...é.ssesessssenesoon esse 8,200 “eu 2 ‘“ de la marine et des colonies ...,.,....., 1,500 Eh
RO nn Un A0 E.6100 06166 6 8.004061 018 0.210 :0.070018 600
308 HISTUIRE DU CANADA.
pulation avait été armée en Canada. Le 20 mai, le gouverneur adressa une circulaire aux capitaines de miliee, pour les prévenir de tenir leurs compagnies prêtes à s’ébranler au premier signal, chaque homme portant des vivres pour six jours, Dans le mois d’avril le peuple avait été averti de l'orage qui allait fondre sur lui, et l’évêque avait ardonné des prières publiques dans toutes les églises ; les habitants s’y étaient portés en foule commie ils allaient bientôt se porter au combat,
De bonne heure au printemps le capitaine Pouchot partit pour Niagara avec 300 hommes, réguliers et Canadiens, et l’ordre de réparer les ouvrages de ce fort et de s’y défendre; mais, s’il n’était pas attaqué, il devait soutenir les postes du voisinage de l'Ohio, et prendre même l'offensive, s’il se présentait une occasion favorable de le faire avec quelque chance de succès. Quelques barques avaient été construites dans l'hiver à la Présentation. M. de Corbière s’embarqua dessus pour aller relever les ruines du fort Frontenac, afin de ressaisir la supériorité sur le lac Ontario. D'autres petits bâtiments avaient été préparés au pied du lac Champlain, pour protéger les communications avec Saint-Frédéric et Carillon, et, dans tous les cas, pour aider à la défense du fort Saint-Jean. Dès que la saison le permit, 2,600 hommes environ s’échelonnèrent sur cette frontière depuis Chambly jusqu’au pied du lac Saïint-Sacrement, sous les ordres du brigadier Bourlamarque. Cet officier devait faire travailler aux retranchements de Carillon, qui n’étaient pas encore finis ; mais les nouvelles apportées par le colonel Bougainville ayant fait supposer que Québec était le point le plus menacé, l'ordre lui fut transmis, si l’ennemi se présentait en nombre, d'abandonner les positions de Carillon et de Saint-Frédéric, après avoir fait sauter les fortifications, et de se replier sur l’île aux Noix. Le chevalier de la Corne, chargé de tenir la campagne au pied du lac Ontario avec 1200 hommes, devait aussi, s’il était forcé, se retirer à la tête des rapides du Saint-Laurent, audessous de la Présentation, et là faire ferme contenance. Ces précautions prises, le reste des troupes se tint prêt dans ses quartiers. Le gouverneur et les généraux Montcalm et Lévis attendirent à Montréal que l’ennemi se mît en campagne, pour voir où il faudrait se porter, car sa supériorité les forçait à recevoir la loi de lui pour leurs mouvements. Le général Montcalm
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souffrait de cette inaction. Il trouvait que les dispositions qu’on prenait pour la défense de Québec étaient trop tardives, ce qui était vrai; il y avait longtemps que la France eût dû faire fortifier cette ville. Nous avons raconté ce qui avait été fait à cet égard. En vain M. de la Galissonière, comme tant d’autres, avait appuyé sur la nécessité de fortifier Québec ; il avait démontré la nécessité de conserver le Canada pour la prospérité du commerce et de la marine des Français, et il avait fait voir que si cette colonie coûtait beaucoup, les grandes villes de guerre qui hérissaient les frontières de la France, coûtaient bien plus encore ; en yain ces raisons avaient été répétées aux ministres, une répugnance fatale les avait toujours empêchés d'agir. En 1759, il était trop tard pour y penser. Le mur d'enceinte de Québec était insuffisant pour soutenir un siége. Montcalm, portant les yeux sur tous les points menacés, n’osait se décider encore, d’autant plus que les armées anglaises devaient agir simultanément, et il attendait qu’elles s’ébranlassent pour marcher à la première qui paraîtrait.
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