‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 40 sur 76 · CRE TS · texte numérisé non relu

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mais cet officier apprit en chemin, à la Présentation, que le poste dont on redoutait tant la perte, venait de capituler. Il crut devoir attendre de nouveaux ordres du gouverneur, qui lui fit détacher 600 hommes pour renforcer la garnison de Niagara, afin de compenser sur ce point la faiblesse que faisait éprouver l’échec de Frontenac. M. de Vaudreuil manda ensuite le général Montcalm à Montréal, pour délibérer sur ce qu’il y avait à faire dans les circonstances pénibles où la chute de Louisbourg, que l’on venait d'apprendre, et la destruction de Frontenac, mettaient le pays. Il fut résolu par ces deux chefs de rétablir ce dernier fort, de reprendre Niagara, s’il était tombé au pouvoir de l’ennemi, comme on le craignait, parce qu’il n’était gardé que par quelques hommes, et d'attaquer Oswégo, si les Anglais cherchaient à en relever les fortifications. Le ehevalier de Lévis fut nommé commandant de cette partie des frontières, et M. de Pontlevoy, ingénieur, fut chargé de relever les murs de Frontenac; mais cet ouvrage fut ajourné à l’année suivante, parce que la saison était trop avancée.

Si la supériorité du nombre assuraït aux Anglais les avantages de la campagne dans le golfe Saint-Laurent, la même cause produisait le même résultat dans la vallée de l'Ohio, où les succès des Français étaient insuffisants pour suppléer à leur faiblesse. Le général Forbes dirigeait les opérations de l’ennemi sur cette frontière. Son armée, composée de réguliers, sous les ordres du colonel Bouquet, et de milices de la Virginie, commandées par le colonel Washington, se réunit au nombre de 6,000 hommes à Raystown, à 30 lieues du fort Duquesne, qu’elle devait attaquer. Mais le triste souvenir de la défaite du général Braddock fit choisir une route nouvelle pour traverser les montagnes. A la mi-septembre, cette armée n’était encore qu’à Loyal-Hanna, où elle éleva un fort, à 45 milles du poste français. Avant de se remettre en chemin, le général Forbes jugea à propos de détacher de son armée mille soldats, sous les ordres du major Grant, pour ailer reconnaître ce poste. Cet officier parvint, par une marche dérobée, à un quart de lieue du fort Duquesne sans être découvert. Son intention était d'attaquer dans la nuit même les sauvages, qui se tenaient ordinairement campés autour de la place ; mais les feux allumés devant leurs cabanes, qui devaient lui indiquer leur position, étaient éteints

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lorsqu'il arriva, et il fut obligé, avant d’avoir rien fait, de se retirer au point du jour sur la crête d’une montagne voisine, où les Français l’aperçurent avec surprise. M. de Ligneris, successeur de M. Dumas, assembla aussitôt 7 à 800 hommes, et les mit sous les ordres de M. Aubry, qui marcha droit aux Anglais dans la montagne, les attaqua brusquement et les rejeta en désordre dans la plaine. Les sauvages, qui s'étaient retirés d’abord au delà de la rivière pour ne pas être surpris, revinrent sur leurs pas lorsqu'ils virent les ennemis repoussés, et se réunirent aux Canadiens. La déroute des Anglais devint alors complète ; ils furent dispersés et perdirent 300 hommes, tués ou blessés, et plus de cent prisonniers, au nombre desquels se trouvèrent vingt officiers, y compris le major Grant lui-même.

Les fuyards rejoignirent le général Forbes à Loyal-Hanna, d’où il n’avait pas bougé. On était en novembre ; la saison des gelées était venue, et la neige commençait à blanchir les collines. Il fut décidé dans un conseil de guerre qu'il était impossible de pousser plus loin la campagne avant la saison prochaine ; mais, sur ces entrefaites, des prisonniers révélèrent malheureusement la situation des Français. Les sauvages alliés avaient repris le chemin de leurs bourgades, et les secours venus des postes du Détroit et des Illinois, croyant les ennemis en pleine retraite, s'étaient retirés, de sorte qu'à peine restait-il 500 hommes dans le fort Duquesne. A cette nouvelle, le général Forbes changea d'avis. Il laissa derrière lui ses tentes et ses gros bagages, et s’avança à marches forcées vers la place avec toutes ses troupes et un léger train d’artillerie. M. de Ligneris, hors d'état de se défendre contre des forces si supérieures et n’attendant plus aucun secours, embarqua son artillerie sur des bateaux, brûla le fort, et se retira avec la garnison dans le poste de Machault, du côté du lac Érié. Le général Forbes prit possession des ruines de ce fort fameux, qui avait tant offusqué l’Angleterre. Il voulut néanmoins en changer le nom, et en l’aonneur du ministre, M. Pitt, il donna à cet amas de cendres le nom de Pittsburgh, qui est devenu depuis celui d’une ville riche et florissante.

Partout alors la saison du repos était arrivée, et les troupes des deux côtés des frontières rentraient dans leurs cantonnements. Sur le lac Saint-Sacrement, les deux armées opposées,

après avoir reçu des renforts, que leur inaction rendit inutiles, allèrent prendre aussi leurs quartiers d'hiver ; celle du général Abercromby, avant de se retirer, incendia les baraques et les retranchements qu’elle s'était élevés à la tête du lac Saint-Sacrement.

L'avantage de la campagne de 1758, la cinquième depuis le

‘commencement des hostilités, resta aux Anglais en Amérique :

ils se trouvèrent maîtres dans l’automne de Louisbourg et de l’île Saint-Jean ; ils avaient brûlé les côtes de Gaspé et pris pied sur la rive septentrionale de la baie de Fondy ; ils avaient détruit le fort Frontenac et forcé enfin lez Français d’abandorner, avec le fort Duquesne, cette verdoyante’et délicieuse vallée de l’Ohio, aux eaux de laquelle ils s'étaient plu à donner le nom de Belle-Rivière. Mais on peut dire que la gloire des armes appartenait à la France. Partout ses soldats avaient eu à lutter contre des forces bien supérieures ; supérieures de plus de quatre contre un à Louisbourg, de près de cinq contre un à Carillon! Jamais ils ne s'étaient battus avec plus de dévoûment et plus d'intrépidité. Si les chefs commirent quelques

fautes, il faut dire qu’elles ne changèrent point un dénoûäment devenu inévitable et dont la responsabilité pèse sur la molesse

de Louis XV. Le Canada, abandonné à la double attaque de la famine et de l’épée, ne pouvait pas résister toujours, si la

France ne faisait pas face elle-même à l'Angleterre sur les

mers, qui-apportaient chaque année des armées entières à nos adversaires déjà beaucoup trop puissants.

Dans les autres parties du monde, la France avait été plus

heureuse. Dans les Indes, ses flottes s'étaient emparées de Gon-

delour, où dix frégates anglaises avaient été brûlées ; elles avaient pris le fort David et Divicoté sur la côte de Coromandel.

Après avoir échoué devant Raga, elles avaient fait la conquête

de la nababie d’Arcate. En Europe, quoique ses succès eussent

‘été mêlés de revers, sa position n’était pas pire. Ses victoires

balançaient ses défaites en Allemagne, et le duc d’Aiguillon avait anéanti à Saint-Cast l’arrière-garde des Anglais, qui tentaient depuis quelque temps des débarquements en France. Tant d’efforts cependant pour soutenir la guerre sur terre et sur mer dans toutes les parties du globe, avaient achevé d’épuiser le trésor. Pitt le savait, et il redoublait d'énergie pour détruire

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ou paralyser complétement les forces de la France dans le Nouveau-Monde.

Les embarras des finances et l’aspect de l'avenir amenèrent un nouveau changement de ministère à Paris. Depuis quelque temps, “les ministres, dit M. Guérin, se succédaient comme des ombres, aussi bien à la marine qu'aux autres départements du semblant de gouvernement français de cette funeste époque. A peine avait-on commencé à s’instruire des détails et des besoins d’une administration, que l’on s’en voyait écarté sans avoir pu rien accomplir. Il n’y avait pas encore un mois que Péraine de Mauras avait succédé à Machault au bureau de la marine et des colonies, qu’il eut lui-même un successeur dans la personne de Massiac, ombre non moins fugitive que lui, et qui s’évapora à son tour, au bout de quelques semaines, pour céder la place à Nicolas-René Berryer, personnage non moins fatal que ne l’avait été Jérôme Pontchartrain. Ce Berryer avait été lieutenant de police, et, comme tel, grand pourvoyeur de la Bastille, ce qui lui avait valu les faveurs de la Pompadour ; on racontait de lui des choses atroces parmi le peuple, dont il avait failli, un certain jour, être la victime. C’est à cet homme méprisé, haï, incapable surtout, que la favorite du roi fit donner le département de la marine. C’était dire qu’on la voulait achever d’un coup. L’Angleterre aurait à peine eu besoin d’y aider.” Le maréchal de Belle-Isle succéda au marquis de Paulmy au bureau de la guerre, et le duc de Choiseul, au cardinal de Bernis à celui des affaires étrangères. Ces changements annonçaient le triomphe du parti de la guerre à la cour. Mais les affaires militaires n’en allèrent pas mieux ; au contraire, on verra les désastres s’accroître de jour en jour. Quant au Canada, le nouveau ministère lui était moins favorable encore que l’ancien ; à peine songea-t-il à lui envoyer les secours de toutes sortes dont il avait tant de besoin.

Les soldats et les vivres manquaient toujours dans cette colonie. Une partie des habitants avaient été arrachés à l’agriculture pour les exigences de la guerre, et leurs champs étaient restés sans laboureurs, ce qui nécessitait des importations de céréales encore plus considérables que dans les années précédentes. D'un autre côté, les hostilités sur mer rendaient les importations plus difficiles, et il fallait ménager le temps des mi-

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lices et régler les opérations militaires de manière à pouvoir laisser libres le plus grand nombre possible de cultivateurs pour le temps des semailles et celui de la moisson : ainsi la guerre et l’agriculture s’entre-nuisaient, et toutes deux marchaient ensemble vers une ruine commune.

Dès le mois d’octobre, le gouverneur et l’intendant avaient écrit au ministre pour l’avertir que le projet des Anglais était d’assiéger Québec l’année suivante avec une armée formidable ; que si le Canada ne recevait point de secours, attaqué de toutes parts, il finirait par succomber ; qu’on n’avait que 10,000 hommes à opposer aux forces ennemies, parce qu’il fallait en ré server 4,000 pour les transports et pour la garde des forts Niagara, Frontenac, de la Présentation, etc. ‘ Il ne faut pas compter sur les habitants, ajoutaient-ils, ils sont exténués par les marches continuelles. Ce sont eux qui font toutes les découvertes de l’armée. Leurs terres ne sont point cultivées à moitié. Leurs maisons tombent en ruine. Ils sont toujours en campagne, abandonnant et femmes et enfants, qui pour l'ordinaire sont sans pain. ..... Il n’y aura point de culture cette année faute de cultivateurs.”’ Ils faisaient observer encore qu’ils seraient forcés de faire distribuer aux pauvres de la chair de bœuf ou de cheval à bas prix. Les seuls comestibles, demandés en France par le munitionnaire, auraient fait la charge de 35 navires de 300 à 400 tonneaux.

Toutes les correspondances confirmaient ce triste et trop fidèle tableau de la colonie, sans qu’elles fissent cesser les abus et les vols de l’interdant et de ses complices. M. de Bougainville s’embarqua à Québec pour Paris, afin d'aller représenter à la cour la nécessité de faire un grand effort pour épargner au pays le sort qui le menaçait ; le commissaire des guerres, M. de Doreil, qui repassait aussi en Europe, devait appuyer les représentations de Bougainville.

Des sollicitations si pressantes restèrent sans résultat, Dans leur impuissance de secourir un si beau pays qu’ils allaient perdre, les ministres, comme pour se justifier eux-mêmes, se décidèrent enfin * adresser des reproches à l’intandant sur les dépenses excessives du Canada. Depuis plusieurs mois ils étaient informés de l’état des choses. Dès le mois d’août, (1758,) Doreil, enhardi par Montcalm, qui l’honorait de son amitié,

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avait écrit au ministre, au sujet d’un officier attaché à la partie des subsistances : “ Péan a fait une fortune si rapide depuis huit ans qu’on lui donne deux millions .... Les Anglais auront le Canada l’année prochaine. ... Nous sommes comme des malades à l’agonie, de qui la Providence et l’habilité du médecin prolongent les jours de quelques instants.”

‘ Regardez-le (M. Péan) comme une des premières causes de la mauvaise administration et de la perte de ce malheureux pays. Je vous ai dit qu’il était riche de deux millions; je n’ai osé dire quatre, quoique d’après tout le public je le pouvais...

Une dépêche chiffrée du mois de décembre portait que toute la finance était entre les mains de Bigot, qui agissait sans juge, sans contrôle, sans surveillant et dans le seul but de s’enrichir, et qu’il usait d’une autorité presque despotique. Pour étouffer les clameur: et par complaisance, l’intendant faisait la fortune de ses complices. Parmi eux on signalait le plus important. ‘“ Ce complice était l’œil même du ministre,” placé à la cour de Versailles ; c'était un M. de la Porte.

Bigot monopolisait tout le commerce intérieur et extérieur de la colonie avec l’aide de Péan, Le Mercier et autres, qui fournissaient les vivres, les outils, le bois de chauffage, dont le gouvernement avait besoin, et qui avaient les transports pour la guerre, et les travaux publics. “Il fait venir, disait une lettre, tout ce dont on a besoin de France en Canada, non pas pour le compte du roi, mais pour le compte de cette grande société, et revend au roi au prix qu’il veut.’ Bigot était encore accusé de tenir le comptabilité à sa façon, de changer le nom des dépenses, leur objet, leur quantité, de conclure des marchés postiches, etc. Enfin, le 12 avril 1759, Montcalm se décida à écrire ces choses “ qu’il ne voulait pas écrire,” disait-il dans sa lettre du 4 novembre 1757. ‘ Dans une longue dépêche chiffrée qu’il adresse au maréchal de Belle-Isle, ministre de la guerre, il commence par lui faire part de toutes ses inquiétudes sur le sort du Canada ; il répète que l'argent et les vivres manquent totalement et que les Canadiens sont découragés. ‘“ Je n’ai aucune confiance, ajoute-t-il, ni en M. de Vaudreuil, ni en M. Bigot. M. de Vaudreuil n’est pas en état de faire un projet de guerre; il n’a aucune activité ; il donne sa confiance à des

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empiriques. M. Bigot ne paraît occupé que du soin de faire une grande fortune pour lui et ses adhérents et complaisants .... L'avidité a gagné les officiers, gardes-magasins, commis qui sont vers l’Ohio ou auprès des sauvages dans les pays d’en haut .... ils font des fortunes étonnantes. Un officier, engagé il y a 20 ans comme soldat, a gagné 700,000 livres... Ce n’est que certificats faux admis également ; si les sauvages avaient le quart de ce que l'on suppose dépensé pour eux, le roi aurait tous ceux de l’Amérique, et les Anglais aucuns ....Cet intérêt influe sur la guerre. M. de Vaudreuil, à qui les hommes sont égaux, confierait une grande opération à son frère ou à un autre officier de la colonie, comme à M. le chevalier de Lévis.... Le choix regarde ceux qui partagent le gäteau; aussi on n’a jamais voulu envoyer M. Bourlamarque ou M. Senesergues au fort Duquesne ; je l'avais proposé; le roi y eût gagné. Mais quels surveillants dans un pays dont le moindre cadet et un sergent, un canonnier, reviennent avec 20 et 30,000 livres en certificats pour marchandises livrées pour les sauvages .... Il paraît que tous se hâtent de faire leur fortune avant la perte de la colonie, que plusieurs peut-être désirent comme un voile impénétrable de leur conduite.” Revenant sur les faits déjà signalés dans la lettre anonyme du mois de décembre, Montcalm parle du trafic sur les marchandises pour les sauvages, sur les transports, etc. ‘“ On fait d'immenses accaparements de toutes choses que l’on revend ensuite à 150 pour cent de bénéfice pour Bigot et ses adhérents .. J'ai parlé souvent avec respect sur ces dépenses à M. de Vaudreuil et à M. Bigot; chacun en rejette la faute sur son collègue.”

Dans une autre lettre du même jour, 12 avril 1759, écrite à M. le Normand, intendant des colonies, Montcalm lui signalait encore les voleries immenses des ingénieurs du pays dans les travaux de fortifications et sur la main-d'œuvre, voleries certifiées par M. de Pontlevoy, ingénieur du roi, très-honnête homme. il parle des vols de Le Mercier, commandant l’artillerie, créature de Vaudreuil et Bigot; on volait dans les marchés qui concernaient l'artillerie, les forges, les charrois, les outils.

M. de Vaudreuil, homme honnête et faible, avait été entouré, séduit, étouffé par Bigot et sa coterie, à ce point d’être entièrement subjugué et dirigé par lui, brouillé avec Montcalm, Lévis,

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Bougainville, Doreil, Pontlevoy, en un mot, avec tout honnête homme qui aurait pu l’éclairer ; de telle sorte que par une lettre du 15 octobre 1759, M. de Vaudreuil justifiait auprès du ministre de la marine l’intendant Bigot, qui continua librement et sans pudeur ses déprédations, sûr de l'appui du gouverneur du Canada.*

Toutes ces plaintes, toutes ces accusations troublaient plus les ministres qu’elles n’excitaient leur énergie pour remédier à ces abus et pour fournir les secours nécessaires au succès de la guerre. Il fallait cependant dire quelque chose. Berryer écrivit à l’intendant, le 19 janvier 1759, que la fortune de ceux qui avaient suivi se+ ordres rendait son administration suspecte. Le 29 août, ce ministre, ayant été informé que le tirage des lettres de change allait monter pour 1759 de 31 à 33 millions, montra encore plus de mécontentement. Il reprocha à Bigot que les dépenses étaient faites sans ordre, souvent sans nécessité, toujours sans économie, et terminait par ces mots: ‘“ On vous attribue directement d’avoir gêné le commerce dans le libre approvisionnement de la colonie ; le munitionnaire général s’est rendu maître de tout et donne à tout le prix qu’il veut; vous avez vous-même fait acheter pour le compte du roi, de la seconde et troisième main, ce que vous auriez pu vous procurer de la première à moitié meilleur marché; vous avez fait la fortune des personnes qui ont des relations avec vous par les intérêts que vous avez fait prendre dans ces achats ou dans d’autres entreprises; vous tenez l’état le plus splendide et le plus grand jeu au milieu de la misère publique. ...t Je vous prie de faire de très-sérieuses réflexions sur la façon dont l'administration qui vous est confiée a été conduite jusqu’à présent. Cela est plus important que peut-être vous ne le pensez.”

Cette dépêche, qui semblait mettre à nu les spéculations secrètes de l’intendant, le trouva impassible en apparence; mais, intérieurement pénétré de crainte et d’humiliation, il se vit découvert et flétri aux yeux de ses maîtres. Une seconde dépé-

* Tous ces détails sont empruntés du bel ouvrage de M. Dussieux, Le Canada sous la domination française.

+ Bigot jouait un jeu à faire trembler les plus déterminés joueurs. Durant le carnaval de 1758, il perdit plus de 200,000 livres.

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