‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 43 sur 76 · IÈRE · texte numérisé non relu

IÈRE

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à partir pour Québec, où il arriva le 22 mai, suivi bientôt après de M. de Vaudreuil et du chevalier de Lévis. Les navires d'Europe confirmaient le rapport qu’une flotte anglaise était en route pour cette capitale, qui devenait dès lors le principal point à défendre. Le 23, un courrier annonça l'apparition de cette flotte au Bic. Les événements se précipitaient. On redoubla d'activité pour la défense. Afin de retarder l’approche de l’ennemi, les bouées et les autres marques servant à la navigation du Saint-Läurent, furent enlevées, et l’on prépara des machines incendiaires, pour les lancer contre les vaisseaux anglais lorsqu'ils paraîtraient en vue du port. Les vivres et les archives publiques furent transportés aux Trois-Rivières, et les niagasins pour l’équipement des troupes furent placés à Montréal ; on ne conserva de provisions à Quéhec que ce qu’il en fallait pour nourrir l’armée et le peuple pendant un mois. Le peu de céréales qui restait dans les campagnes de la partie supérieure du pays, fut acheté à l’aide de l’argent avancé par les officiers de l’armée. Enfin on acheta des marchandises, qu’on donna en présent aux tribus sauvages de Niagara et du Détroit, restées attachées à la France ou qui dissimulaient leur traité avec les \nglais ; on voulait seulement les induire à garder la neutralité.

Ces premiers points réglés, on s’occupa de l’organisation de l’armée et de la défense de Québec, dont la perte devait entrafner celle de tout le Canada. D'abord, quant à cette ville ellemême, elle ne fut point jugée tenable, ni même à l'abri d’un coup de main du côté de la campagne, où le rempart, dépourvu de parapet, d’embrasures et de canons, n’avait que six à sept pieds de hauteur, et n’était protégé extérieurement par aucun fossé ni glacis ; d’un commun accord, il fut décidé qu’on la couvrirait par un camp retranché, où les troupes prendraient position.

Québec est bâti, comme on l’a dit ailleurs, à l'extrémité d’un promontoire. A l’est et au sud, le Saint-Laurent, large d’un mille au moins, roule des flots profonds ; au nord règne la belle vallée Saint-Charles, qui se termine dans uu bassin qui a trois ou quatre milles de largeur sur le fleuve, et que chaque marée recouvre d’eau complétement. A marée basse le cours d’eau qui descend au milieu de cette vallée est guéable. Le promontoire,

qui est très-escarpé du côté du fleuve et haut de 100 à 300 pieds, était regardé comme inaccessible, surtout dans l'endroit qu'occupe la ville.* Les points les plus faibles en face du port furent garnis de palissades et dé murailles, et les communications entre la haute et la basse ville furent coupées ét défendues par de l'artillerie. On pensait que des batteries placées sur les quais de la basse ville et sur l’escarpement de là haute, pourraient empêcher tout vaisseau de passer devant la place. I1 ne restait plus, dans cette hypothèse, qu’à défendre l’entrée de la rivière Saint-Charles et à fortifier le rivage de la Canardière et de Beauport jusqu’au saut de la rivière Montmorenci, et ensuite le côté droit de cette rivière, qui descend des montagnes et qui coupe la route sur la rive nord du Saint-Laurent.

On barra la rivière Saint-Charles, vis-à-vis de la porte du Palais, avec des mâtures enchaînées les unes aux autres, retenues par des ancres et protégées par cinq bateaux, placés en avant et portant chacun une pièce de canon. En arrière de ce barrage, c 1 coula deux navires marchands pour y établir une batterie de gros calibre rayonnant sur le bassin. Il y avait, à l’endroit où aboutissaient les routes de Beauport et de Charlesbourg, un pont de bateaux qui joignait les rives et dont les deux têtes étaient défendues par des ouvrages à cornes. On borda la rive droite de la rivière, depuis la porte du Palais jusqu’à ce pont, de retranchements, sur lesquels on plaça de l'artillerie pour défendre l’entrée de Saint-Roch et empêcher l’ennemi de s’emparer pär surprise des hauteurs de Québec. L’armée changea de position; elle passa de la rive droite, où elle s'était retranchée, sur la rive gauche, où elle se déploya depuis le pont qui communiquait à la ville jusqu’à la rivière Montmorenci ; elles se couvrirent de retranchements, qui suivaient les sinuosités du rivage et qui furent flanqués de redoutes garnies de canons dans les endroits où la descente paraissait facile, Dans le centre de cette ligne, à l'embouchure de la rivière Beauport, on établit uae batterie flottante de 12 bouches à feu.

La petite flottille qui restait, c’est-à-dire les deux frégates, les

* “Il n'y a pas lieu de croire, dit l’ordre de bataille du 10 juin, que les ennemis pensent à tenter à passer devant la ville et à faire le débarquement

à l’anse des Mères; et, tant que les frégates subsisteront, nous n’avons du moins rien à craindre pour cette partie."

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100 à 300 batéaux et les brûlots, fut mise sous les ordres du capitaine ns l'endroit Vauquelin. On posa des gardes de distance en distance le long ace du port du fleuve, depuis Québec jusqu’au-dessus du Foulon, où une ommunica- rampe fut pratiquée pour communiquer avec les plaines d’A-

»s ét défen- braham, sur le plateau. Une petite redoute avec du canon riés placées gardait cette issue. Tels furent les préparatifs de défense qu’on de la haute, fit à Québec et dans les environs. nt la place. Dans ce plan, en supposant toujours le fleuve fermé devant büre l'entrée Québec, et l’armée de Beauport trop solidement établie pour le la Canar: être forcée, il ne restait plus à l’armée envahissante qu’à débarontmorenci, quer sur la rive droite du Saint-Laurent et à remonter une cerdes morite- taine distance, pour traverser ensuite sur la rive gauche. De t: Laurent. cette façon, on prenait l’armée française à revers, en l’attaquant porte du Pa- par les routes de Charlesbourg et de Bourg-Royal. C'était une es, retenues opération difficile et sans doute jugée impraticable, parce que la

retraite était impossible en cas d'échec.

L'armée française grossissait chaque jour par l’arrivée des milices de toutes les parties du pays. Il ne resta bientôt plus dans les campagnes que les vieillards, les femmes et les enfants. Tous les hommes en état de porter les armes étaient rassemblés à Québec, à Carillon, sur le lac Ontario, à Niagara et dans les postes du lac Erié et de la partie de la vallée de l'Ohio qui restait encore aux Français.

Par l’ordre de bataille, la droite de l’armée de Montcalm, composée des milices des gouvernements de Québec et des Trois- Rivières, formant 4,380 hommes, sous les ordres de MM. de Saint-Ours et de Bonne, occupait la Canardière; le centre, fort de cinq bataillons de réguliers, formant 2,000 combattants, sous les ordres du brigadier Senesergues, gardaït l’espace compris entre la rivière et l’église de Beauport, et la gauche, composée ohs dans les des milices du gouvernement de Montréal, au nombre de 3,450 lb cé de hommes, sous le commandement de MM. Prud’homme et d'Hern établit ua bin, s’étendait depuis cette église jusqu’à la rivière Montmorenci. Le général Lévis commandait la gauche, et le colonel Bougainville, la droite. Montcalm se réserva le centre, où il établit son quartier général. Un corps de réserve, composé de 1400 soldäts de la colonie, 350 hommes de cavalerie et de 450 sauvages, en tout 2,200 combattants, commandés par M. de Boishébert, revenu des frontières de l’Acadie, prit position en

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arrière du centre de l’armée, sur les hauteurs de Beauport. Si à ces forces on ajoute les marins et les 650 hommes de la garnison de Québec, formée de ses habitants aux ordres de M. de Ramesay, on aura un total de 13,000 combattants. ‘On n'avait pas compté, dit un témoin oculaire, sur une armée aussi forte, parce qu’on ne s'était pas attendu à avoir un si grand nombre de Canadiens ; on n’avait eu intention d’assembier que les hommes en état de soutenir les fatigues de la guerre ; mais il régnait une telle émulation dans ce peuple que l'on vit arriver au camp des vieillards de quatre-vingts ans et des enfants de douze à treize, qui ne voulurent jamais profiter de l’exemption accordée à leur âge ; jamais sujets ne furent plus dignes des bontés de leur souverain soit par leur constance dans le travail, soit par leur patience dans les peines et les misères, qui, dans ce pays, ont été extrêmes ; ils étaient dans l’armée exposés à toutes les corvées.

On attendit les ennemis dans cette pesition. Le gouverneur et les officiers de l'administration quittèrent la ville et se retirèrent à Beauport. Les principales familles gagnèrent les campagnes en emportant ce qu’elles avaient de plus précieux.

Cependant les vaisseaux anglais qui avaient jeté l’ancre au Bic et dont l’immobilité prolongée causait de la surprise, n'étaient qu’une avant-garde, commandée par l’amiral Durell et qui avait été envoyée de Louisbourg pour intercepter les secours de France. Une puissante escadre, sous les ordres de l’amiral Saunders, avait fait voile d'Angleterre, dans le mois de février, pour aller prendre l’armée du général Wolfe à Louisbourg et la transporter à Québec. Mais cette flotte, ayant trouvé le port de Louisbourg fermé par les glaces, alia attendre la débâcle à Halifax. A son retour, Wolfe s’y embarqua avec huit régiments de ligne, deux bataillons de fusiliers royal-américains, les trois compagnies de grenadiers de Louisbourg, trois compagnies de chasseurs (rangers), une brigade de soldats du génie, 1,000 soldats de marine, formant en tout 11,000 hommes environ.*

Le général Wolfe était un jeune officier plein de talents et qui brûlait du désir de se distinguer par des actions d’éclat.

* Les ordonnances de payement prouvent qu’elle était d'au moins 10,000 bommes, y compris les officiers, outre les soldats de marine,

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Le duc de Bedford lui avait donné un emploi assez considérable en Irlande, mais il y avait renoncé pour prendre part à la guerre, abandonnant ainsi son avancement aux caprices de la fortune. ‘“ Elle a été peu favorable à ma famille, écrivait-il, mais pour moi elle m’a souri quelquefois et m'a fait participer à ses faveurs. Je m'en remets entièrement à elle.” Sa conduite au siége de Louisbourg attira l'attention sur lui et le fit choisir pour commander l’expédition de Québec, qui demandait à la fois de l’activité, de la hardiesse et de la prudence. On lui donna des lieutenants animés de la même ambition. Les brigadiers Monckton, Townshend et Murray, quoique tous trois encore à la fleur de l’âge, avaient étudié la guerre avec fruit et possédaient l’expérience des combats. Wolfe était fils d’un ancien major général, qui avait servi avec quelque distinction. Les trois autres appartenaient à la noblesse, Townshend, à l’ordre de la pairie. Ils partirent tous remplis d’espérance. ‘ Si le général Montcalm, s’écriait Wolfe, est capable de frustrer nos efforts encore cette année, il pourra passer pour un officier habile, ou la colonie a des ressources qu’on ne connaît pas, ou enfin nos généraux sont plus mauvais que de coutume.’

L’escadre, composée de 20 vaisseaux de ligne, d’un pareil nombre de frégates et de bâtiments de guerre plus petits, suivie d’une multitude de transports, remonta le Saint-Laurent et atteignit l’île d'Orléans sans accident le 25 juin. Chacun fut étonné dans le pays de l’heureuse fortune de cette flotte, qui avait su éviter tous les périls de la navigation du fleuve. On a ignoré jusqu’à nos jours que le commandant d’une frégate française, Denis de Vitré, fait prisonnier pendant la guerre, lui avait servi de pilote jusqu’à Québec sa patrie, trahison dont il fut récompensé par un grade au service de l'Angleterre. Bientôt l’ennemi eut près de 30,000 hommes de terre et de mer devant cette ville. L’armée anglaise débarqua dans l’île d'Orléans, évacuée de la veille par les habitants, et vint prendre position à son extrémité, en face de Québec et du camp de Beauport. L’escadre anglaise se réunit sous cette île, et son commandant fit reconnaître le bassin et la rade de la ville. Le capitaine Cook, qui s’est immortalisé depuis par ses voyages de découvertes, fut employé

à ce service. Il est digne de remarque que deux des premiers

navigateurs qui aient fait le tour du globe, Cook et Bougainville, se trouvaient alors sous les murs de Québec.

Pendant ces reconnaissances, les Français avaient préparé leurs machines incendiaires. Le 28 juin, par une nuit obscure et un vent favorable, sept brûlots, de 300 à 400 tonneaux, furent dirigés contre la flotte anglaise, toujours groupée sous l’île d’Orléans ; mais le feu y ayant été mis beaucoup trop tôt, les ennemis les remorquèrent loin de leurs vaisseaux, jusque sur le rivage, où ils achevèrent de se consumer inutilement, Un mois après, on lança des radeaux enflammés, qui ne réussirent pas mieux ; de sorte que ces machines, qui, à la vérité, sont rarement dangereuses, mais auxquelles l’imagination populaire attribue toujours un grand effet, ne causèrent aucnn mal aux Anglais.

Le général Wolfe, qui avait adressé à son arrivée une longue proclamation au peuple canadien, trouva, après avoir examiné la situation de la ville et de l’armée française, les difficultés de son entreprise plus grandes qu’il ne les avait supposées d’abord. D'un côté, une ville bâtie sur un rocher qui paraissait inaccessible; de l’autre, une armée nombreuse fortement retranchée

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pour en défendre l’approche. Ses hésitations dévoilèrent au gé- On néral Montcalm l’indécision des plans de l’ennemi, et le confir- Sa mèrent dans la résolution de rester immobile dans son camp d'u de Beauport. En attendant qu'il eût découvert quelque point pro vulnérable pour attaquer son adversaire, Wolfe résolut de dan bombarder la ville et de dévaster les campagnes, daus l'espoir por d’obliger les Canadiens à s’éloigner pour aller mettre leurs fa- que milles et leurs effets en sûreté. dés Une partie de l’armée anglaise traversa à la Pointe-Lévi le 30 fur juin, et y prit position en face de la ville, après avoir délogé un qu petit corps de Canadiens et de sauvages qui avait été placé là 1 po en observation; c'était ce que le général Montcalm craignait le l'o plus et ne pouvait empêcher à cause de la nature des lieux. N'osant pas risquer un gros corps au delà du fleuve, il envoya ca M. Dumas avec 14 ou 1500 hommes pour surprendre et détruire br les ouvrages et les batteries du général Monkton. Dumas tra- m versa le fleuve au saut de la Chaudière, dans la nuit du 12 au m 13 juillet, et se mit en marche sur deux colonnes; mais dans q l'obscurité une colonne devança l’autre en passant un bois, et ti

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troupes devant elle, les prit pour les ennemis et les attaqua. La première colonne, se voyent assaillie brusquement par derrière, se crut coupée, riposta, tomba en désordre, et, saisie d’une terreur panique, prit la fuite, entraînant la seconde colonne après elle. Dès six heures du matin le détachement avait repassé le fleuve. On a appelé cette échauffourée le œoup des écoliers, parce que les élèves des écoles, qui formaient partée du déta chement, furent la cause première de la méprise.

Ce fut dans la même nuit que les batteries de la Pointe-Tévi ouvrirent leur feu sur la ville. On vit alors que les assiégeants ne reculeraient devant aucune mesure extrême, et que les lois de la guerre seraient suivies avec la dernière rigueur, car ce bombardement inutile ne pouvait avancer la conquête. Mais en Amérique ce n’était que la suite d’un système de dévastations, qui, en Europe, eût attiré sur son auteur l’animadversion des peuples. Les premiers projectiles qui tombèrent sur Québec, dont chaque maison pouvait être vue de l’ennemi, firent prendre la fuite aux habitants, qui se réfugièrent d'abord derrière les remparts, du côté des faubourgs, et ensuite dans les campagnes. On retira les poudres, et une partie de la garnison s’organisa en sapeurs-pompiers pour éteindre les incendies. Dans l’espace d’un mois les plus belles maisons et la cathédrale devinrent la proie des flammes. La basse ville fut entièrement incendiée dans la nuit du 8 au 9 août, La plus grande et la plus riche portion de Québec ne fut plus qu’un monceau de ruines, et quantité de citoyens, riches auparavant, se trouvèrent par ces désastres réduits à l’indigence. Bon nombre de personnes aussi

furent tuées. Le canon des remparts était inutile. La distance, qui est de plus d’un mille par-dessus le fleuve, était trop grande pour qu’il pût incommoder les batteries anglaises, invisibles à l’œil nu à travers les bois et les broussailles qui les masquaient.

Après avoir détruit la ville, le général Wolfe se rejeta sur les campagnes. Il fit brûler toutes les paroisses et couper les arbres fruitiers, depuis le saut Montmorenci jusqu’au cap Tourmente, sur la rive gauche du Saint-Laurent. Il fit subir le même sort à la Malbaie, à la baie Saint-Paul et à l’île d'Orléans, qui a sept lieues de longueur et qui fut ravagée d’un bout à l’autre. Les paroisses qui se trouvaient sur la rive droite du fleuve, depuis Berthier jusqu’à la rivière du Loup, au-dessous de Qué-

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bec, espace de vingt-trois lieues, furent dévastées et incendiées à leur tour, ainsi que celles de la Pointe-Lévi, de Saint-Nicolas, de Sainte-Croix, ete. Wolfe choisissait la nuit pour commettre ces ravages, qu'il portait sur les deux rives du Saint- Laurent partout où il pouvait mettre le pied ; il enlevait les femmes et les enfants, les vivres et les bestiaux. Plus la saison avançait, plus il se livrait à cette guerre de brigandages, par vengeance des échecs qu’il éprouvait et pour effrayer la population. Un détachement de 300 hommes, sous les ordres du capitaine Montgomery, ayant été envoyé à Saint-Joachim, où quelques habitants se mirent en défense, y commit les plus grandes cruautés. Les prisonniers furent massacrés de sang-froid et de la manière la plus barbare.* M. de Porineuf, curé du lieu, qui n'avait pas voulu abandonner ses paroissiens, afin de leur administrer au besoin les secours de la religion, fut atteint et haché à coups de sabre, Du camp de Beauport on apercevait à la fois les embrasements sur la côte de Beaupré, dans l'île d'Orléans et sur une partie de la rive droite du fleuve.

Ces dévastations, dans lesquelles plus de 1400 maisons furent réduites en cendres dans les campagnes,f n’avançaient pas cependant le but de la guerre. Les Français ne bougeaiert pas. Après tant de délais et de ravages, Wolfe ne voyant poit.i d’ausonners taken, all of whom the barbarous captain Montgomery, who commauded us, ordered to be butchered in a most inhuman and cruel manner.” —“ Maauscript Journal relating to the operations before Quebec in 1769, kept by colonel Malcolm Frazer, theu lieutenant of the 78th (Frazer's Highlanders),

+ ‘“ We burned and destroyed upwards of 1400 fine farm houses, for we, during the siege, were masters of a great part of their country along shore, and parties were almost continually kept out ravaging the country; 80 that ‘#tis tho’t it will take them balf a century to recover the damage.”— Journal of the exnedition up the river Saint-Lawrence, &e., publié dans le New. York Mereury du 81 décembre 1759. Et cependant un écrivain du temps, parlant de la conduite de M. de Contades et du maréchal Richelieu en Allemagne, qu'il oppose à celle du général Wolfe en Cauada, ajoute : “ But, said the late general Wolfe, Britons breathe higher sentiments of humanity and listen to the merciful dictates of the Ohristian Religion, which was verified in the brave soldiers whom he led on to conquest by their shewing more of the true christian spirit than the subjects of His Most Christian Majesty can pretend to.” Il est impossible de pousser la naïveté plus loin.

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aisons fuiçaient pas aient pas, )oit.i d’aunm | d a few priwho comel manner.’ e in 1769, zer's High-

ses, for we, long shore, y; 80 that MAG.’ À lié dans le rivain du Richelieu a, ajoute :

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tre alternative, résolut d'attaquer la position du général Montcalm par son flanc gauche, Pour cela, il fit passer le gros de

son armée de l’île d'Orléans à l’Ange-Gardien, et chercher des

gués pour franchir la rivière Montmerenci au-dessus de la chu-

te. Mais Montcalm avait fait reconnaître et fortifier ceux qui

existaient. Frustré de ce côté, le général anglais tourna son

attention ailleurs, Profitant du vent, il mit à la voile le 18

juillet avec deux vaisseaux de guerre, deux chaloupes armées

et deux transports, et, malgré les boulets, il passa au-dessus de

Québec en serrant de près le rivage de la Pointe-Lévi, Mais,

après avoir examiné la rive gauche du fleuve, il trouva que le débarquement entre la ville et le cap Rouge serait une opéra-

tion trop périlleuse ; il se contenta de pousser un détachement jusqu’à la Pointe-aux-Trembles pour faire des prisonniers, et se prépara pour aborder de front les retranchements des Français. Il n’osa point débarquer au-dessus de la rivière du cap Rouge, on ne sait trop pour quelle raison ; car s’il y fût descendu, Montcalm aurait été pris à revers et forcé d'abandonner sa position. L'attaque de la droite et du centre des Français présentant trop de dangers, Wolfe résolut de diriger tous ses efforts contre leur gauche, en l’attaquant en front par le fleuve Saint- Laurent et en flanc par la rivière Montmorenci. Voici quelles furent ses dispositions.

Comme la rive gauche de la rivière Montmorenci, à son embouchure, est plus élevée que la rive droite, il fit augmenter les batteries qu'il y avait déjà et qui enfilaient, par-dessus la rivière, les retranchements des Français. Le nombre des canons et des mortiers ou obusiers fut porté à plus de 60. Il fit échouer, sur des rochers à fleur d’eau, deux transports, portant chacun 14 pièces de canon, l’un à droite, l’autre à gauche d’une petite redoute en terre que les Français avaient élevée sur le rivage, au pied de la route de Courville, pour défendre à la fois l'entrée de cette route, qui conduisait sur la hauteur qu’occupait l’armée, et le passage du gué de Montmorenci en bas de la chute. Le feu de ces transports se croisait sur cette redoute ; il devait la réduire au silence et couvrir la marche des assaillants sur ce point accessible de notre ligne. Le Centurion, de 60 canons, vint ensuite se placer vis-à-vis de la chute, le plus près possible, pour pro- -téger le passage du gué aux troupes qui devaient descendre du

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camp de l’Ange-Gardien. Ainsi 118 bouches à feu allaient tonner contre l’aile gauche de l’armée de Montcalm.

Vers le midi, le 31 ‘‘illet, elles commencèrent àtirer. Dansle le même temps le général Wolfe formait ses colonnes d'attaque. Plus de 1500 berges étaient en mouvement sur le bassin de Québec. Douze cents grenadiers et une partie de la brigade du général Monkton s’embarquèrent à la Pointe-Lévi pour venir débarquer entre le Centurion et les transports échoués. La seconde colonne, composée des brigades Murray et Townshend, descendit des hauteurs de l’Ange-Gardien pour venir, par le gué, se réunir à la première colonne au pied de la route de Courville, afin d’aborder ensemble les retranchements qui l’avoisinaient. Ces deux corps formaient 6,000 hommes. Un troisième corps de 2,000 soldats, chargé de remonter la rive gauche du Montmorenci, devait franchir cette rivière à un gué situé à une lieue environ de la chute, et qui était gardé par un détachement sous les ordres de M. de Repentigny. A une heure, ces trois colonnes étaient en marche pour exécuter un plan d’attaque qui eût été beaucoup trop compliqué pour des troupes moins disciplinées que celles du général Wolfe.

Le général Montcalm, quelque temps incertain sur le lieu qui allait être assailli, avait fait porter ses ordres sur toute la ligne pour qu’on s’y tint prêt à repousser les ennemis partout où ils se présenteraient. À leur approche, le général Lévis envoya 500 hommes au secours de M. de Repentigny, un petit détachement pour épier les manœuvres du corps anglais qui allait tenter le passage du gué au-dessus de la chute, et fit demander quelques bataillons des réguliers du centre, qui le soutiendraient lui-même au besoin. Le général Montcalm vint à deux heures examiner la situation de sa gauche ; il parcourut les lignes, approuva les dispositions de Lévis, donra de nouveaux ordres et retourna au centre afin d’être à portée d’observer ce qui se passait partout. Trois bataillons et quelques Canadiens des Trois-Rivièrus vinrent renforcer l’aile gauche ; la plus grande partie de ces troupes se placèrent en réserve sur le chemin, et le reste se dirigea sur le gué défendu par M. de Repentigny. Cet officier avait été attaqué par la colonne anglaise avec assez de viguour, mais il l’avait forcée de plier après lui avoir mis quelques hommes hors de combat. La retraite de ce corps permit aux renforts qui ar-

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r le bassin de la brigade du évi pour venir échoués. La bt Townshend, venir, par le e la route de pnts qui l’avoies. Un troila rive gauche n gué situé à B par un déta- A une heure, run plan d’atr des troupes

sur le lieu qui toute la ligne partout où ils is envoya 500 détachement lait tenter lo ider quelques ient lui-mêmo res examiner approuva les b retourna au ssait partout.

Rivières vinde ces troute se dirigea cier avait été 1OUur, mais il hommes hors forts qui ar-

rivaient à M. de Repentigny, de rebrousser chemin et de revenir sur le théâtre de la principale attaque.

Cependant les berges qui transportaient la colonne de la Pointe-Lévi et que commandait le général Wolfe lui-même, après avoir fait plusieurs évolutions, comme pour tromper les Français sur le lieu de la descente, se dirigèrent vers les transports échoués. Maïs la maréé éfait basse, une partie des bâtiments furent arrêtés par une chaîne dé cailloux et de rochers, qui les retint quelque temps et causa quelque désordre; enfin les obstacles furent surmontés, et 1200 grenadiers, appuyés de 200 hommes d’autres troupes, sautèrent à terra sur une grève spacieuse et unie. Ils devaient s’avancer en quatre divisions, et la brigade Monckton, débarquée derrière eux, devait les soutenir. Par quelque malentendu cet ordre ne fut pas ponctuellement exécuté. Ils se formèrent en colonnes, mais la brigade Monckton les suivit de trop loin. Ils marchèrent, au son d’une musique guerrière, sur la redouté qui gardait l’entrée de la route de Courville. La redoute avait été évacuée. Les grénadiers s’y arrêtèrent et se disposèrent à assaillir les rétranchements, qui étaient à une petite portée de fusil. Toutes les batteries de Wolfe faisaient pléeuvoir depuis midi sur les Canadiens, qui défendaïent cette partie de la ligne, une grêle de bombes et de boulets, qu’ils essuyaient sans rien perdre de leur contenance calme et assurée. S’étant formés, les assaillants s’ébranlèrent, la baïonnette au bout du fusil, pout attaquer les retranchements. Leur costume contrastait avec celui de leurs adversaires, enveloppés d’une légère capote serrée autour des reins. Les Canadiens n’avaient pour suppléer à leur manque de discipline, que leur courage et la justesse remarquable de leurtir. Ils attendirent froidement que les ennemis fussent à quelques verges seulement de leur ligne, pour les couchér en joue. Alors* ils firent des déeharges si rapides et si meurtrières, que les deux colonnes anglaises, malgré tous les efforts de leurs officiers, se rompirent et prirent la fuite; elles cherchèrent d’abord un abri contre les balles derrière la redoute ; mais, n’ayant jamais pu se réformer, elles allèrent se réfugier derrière

* 4 ,,,, Their small arms, in their trenches, lay cool till they were sure of their mark; they then poured their small shot like showers of hail, which eansed our brave grenadicrs to fall very fast.”—Journal d’un officier

anglais.

le reste de leur armée, déployé un peu plus loin. Au même moment survint un violent orage de pluie et de tonnerre, qui déroba pendant quelque temps les combattants à la vue les uns des autres, et dont le bruit plus imposant fit taire les rumeurs de la bataille. Lorsque le brouillard se dissipa, les Canadiens aperçurent les Anglais qui se rembarquaient avec leurs blessés, après avoir mis le feu aux deux transports échoués ; ils se retiraiert, comme ils étaient venus, les uns dans leurs berges, et les autres par le gué de la rivière Montmorenci. Le feu de leur nombreuse artillerie se prolongea jusqu’au soir, et l’on estime qu’elle tira 3,000 coups de canon dans cette journée; on n’avait pour y répondre qu’une dizaine de pièces, qui incommodèrent cependant beaucoup les troupes de débarquement. La perte des Français, causée presque entièrement par cette arme, fut peu considérable, si l’on considère qu’ils furent plus de six heures exposés à une grêle de projectiles. Les ennemis eurent environ 500 hommes mis hors de combat, parmi lesquels se trouvaient un grand nombre d'officiers.

La victoire remportée à Montmorenci fut due principalement aux judicieuses dispositions du général Lévis, qui, avec moins de troupes immédiatement sous su main que le général Wolfe, sut en réunir un plus grand nombre que lui au point d'attaque. Quand bien même les grenadiers anglais auraient franchi ie retranchement, il est fort douteux qu’ils eussent réussi à gagner la victoire, appuyés même du reste de leur armée. Le terrain, depuis la grève jusqu’à la route de Beauport, s'élève en cet endroit par petites pentes entrecoupées de ravins, aü milieu desquels serpente la route de Courville ; il offrait conséquemment un théâtre favorable à nos tirailleurs. De plus les bataillons de réguliers qui étaient de réserve en arrière, étaient prêts à marcher au secours de la milice.

Le général Wolfe rentra dans son camp accablé de l'échec qu’il venait d'éprouver. Son imagination envisageait avec une espèce d’effroi l'impression que sa défaite allait causer en Angleterre, et les propos malveillants qu’elle allait faire tenir sur l’audace qu’il avait eue de se charger d’une entreprise qui paraîtrait au-dessus de ses forces. Il voyait s’évanouir en un moment tous ses rêves d’ambition et de gloire, et la fortune, entre les mains de laquelle il avait confié son avenir, l’abandonner prés-

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que aux premiers pas qu’il faisait sous ses auspices. Il semble que son esprit n’avait plus sa lucidité ordinaire, lorsqu'après avoir perdu l'espoir de forcer le camp du général Montcalm, il détachait le général Murray, avec douze cents hommes, pour aller détruire la flotille française aux Trois-Rivières et pour ouvrir une communication avec le général Amherst par le lac Champlain. Murray partit avec 300 berges; mais il s’avança peu dans le pays. Repoussé deux fois à la Pointe-aux-Trembles par le colonel Bougainville, qui, avec 1,000 hommes, avait suivi ses mouvements, il débarqua à Sainte-Croix, qu'il incendia, comme on l’a vu plus haut. De là, il se jeta sur Deschambault, où il pilla les équinages des officiers français ; il se retira ensuite précipitamment, sans avoir pu accomplir sa mission. Cette incursion cependant avait beaucoup inquiété Montcalm, qui était parti incognito pour Jacques-Cartier; il craignait que les Anglais ne s’emparassent de cette rivière et ne s’y établissent solidement pour lui couper ses communications ; mais il apprit leur retraite à la Pointe-aux-Trembles et revint sur ses pas.

Après ce nouvel échec, une maladie, dont le général Wolfe portait le germe depuis longtemps, se développa tout à coup et le mit aux portes du tombeau. Lorsqu'il put s’occuper d’affaires, il adressa une longue dépêche à son gouvernement pour exposer tous les obstacles contre lesquels il avait à lutter, et les regrets cuisants qu’il éprouvait du peu de succès de ses efforts; la lettre exprimait ce noble dévoûment à la patrie qui animait l’âme de cet illustre guerrier. On fut plus touché en Angleterre de la douleur du jeune capitaine que de l’échec des armes de la nation.

L'esprit de Wolfe avait fléchi comme son corps devant une situation qui ne lui laissait plus que le choix des difficultés, ainsi qu’il le disait lui-même. Il appela à son aide ses lieutenants, dont nous avons déjà fait connaître les talents et le caractère. Ils les invita à lui déclarer quel était, dans leur opinion, le meilleur plan à suivre pour attaquer le général Montcalm avec quelque chance de succès, tout en leur faisant part de son avis, qui était qu’on renouvelôt l’attaque de l’aile gauche du camp de Bezuport, et qu’on dévastât le pays autant que possible sans nuire à la principale opérativn de la campagne.

Les généraux Monckton, Townshend et Murray répondirent, le 20 août, qu’une nouvelle attaque du camp de Beauport serait une entreprise fort hasardeuse ; que, suivant eux, le moyen le plus sûr de frapper un coup décisif était de passer sur la rive droite du Saint-Laurent, de la remonter quelque distance et de traverser de nouveau sur la rive gauche, afin de porter les opérations au-dessus de la ville, ‘“ Si nous réussissons à nous maintenir dans cette nouvelle position, disaient ces généraux, nous forcerons le général Montcalm à combattre où nous voudrons ; nous serons entre lui et ses magasins, entre son camp et l’armée qui lutte contre le général Amherst, S'il nous offre la bataille et qu’il la perde, Québec et probablement tout le Canada tomberont entre nos mains, avantage plus grand que celui qu’on pourrait attendre d’une victoire à Beauport; s’il traverse ‘ la rivière Saint-Charlesavec des forces suffisantes pour s'opposer à cette opération, le camp de Beauport ainsi affaibli pourra être attaqué plus facilement.” Les forces navales des Anglais, en les rendant maîtres du fleuve, mettaient le général Wolfe à même de porter ses troupes dans tous les endroits accessibles. Le plan des trois généraux fut approuvé par leur chef, et les ordres nécessaires furent donnés pour le mettre sans délai à exécution. On ne parlait point de donner l’assaut à Québec par le port; on avait reconnu que cette tentative serait plus que téméraire.

Après cette décision, les Anglais levèrent leur camp du saut Montmorenci, et transportèrent leurs troupes et le" artillerie à la Pvinte-Lévi le 3 septembre. On a reproché au général Montcalm de ne les avoir pas inquiétés dans cette retraite ; mais la chose était fort difficile et peut-être dangereuse vu la disposition des lieux. Le bombardement de la ville et le ravage des campagnes étaient encore les seules entreprises dans lesquelles les ennemis eussent réussi, entreprises qui étaient ellesmêmes une espèce d'hommage terrible rendu à l’opiniôtreté des défenseurs du Canada.

Le général Montcalm, voyant que l’ennemi allait maintenant porter son attention au-dessus de Québec, s’occupa de la garde de la rive gauche du fleuve, sur laquelle est située cette ville ; wais ce ne.fut qu’à la sôllicitation du gouverneur et de quelques-uns des. officiers. Il persistait toujours à croire que la côte, à l’anse des Mères, au Foulon et à Samos, était inaccessible

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Cependant on parvint à faire changer d’idée à Montcalm. Il donna au colonel Bougainville, qui commandait sur cette rive, 1,000 hommes, tant réguliers que miliciens, parmi lésquels se trouvaient cinq compag es de grenadiers et la cavalerie ; il renforça aussi les corps de garde placés sur le rivage entre la ville ct le cap Rouge. Inquiets de plus en plus, les Français trouvèrent bientôt ces troupes trop faibles, en voyant les vaisseaux anglais s'étendre de Sillery à la Pointe-aux-Trembles. Craignant pour la sûreté des vivres, ils envoyèrent de nouveaux rénforts à Bougainville ; déjà presque tous les sauvages de l’armée avaient rejoint son détachement. Cet officier se trouva bientôt à la tête do 3,000 hommes, disséminés depuis siez pour l’anse des Mères, envoyez-y passer la nuit, avant de nouveaux arrangements, à 100 de 200 que Montesson a au port avec lui jusqu’à demain au jour, et icignez-lui 60 des Trois-Rivières, qui ne sont pas fatigués, ou envoyezÿ Saint-Martin avec 100 hommes des Trois-Rivières. Je vous jure que 100 hommes postés arréteront l’armée et nous donneront le temps d'attendre le jour et d'y marcher par notre droite ; la moindre chose cette nuit, je marcherai À vous avec Guyenne et Béarn, qui seront campés demain en ligne ;

faites éclairer cette nuit par des canots, et, si la nuit est obscure, par des feux,”

Sillery jusqu’à la Pointe-aux-Trembles ; c'était l’élite des tron-

pes. On lui réitéra l’ordre de suivre attentivement tous les

mouvements de l’ennemi, qui, depuis plusieurs jours, menaçait

à la fois le camp de Beauport, la ville et les magasins de l’armée.

Cependant les choses avaient encore assez bonne apparence

du côté de Québec ; mais les nouvelles qu’on recevait du lac

Champlain et du lac Ontario étaient moins rassurantes. Bour-

lamarque, qui commandait sur la frontière du lac Champlain,

avait sous ses ordres 1500 soldats et 800 Canadiens. D’après

ses instructions, il devait se replier si l'ennemi se présentait

avec des forces supérieures. Le général Amherst opérait de ce

côté avec une armée imposante. Le souvenir de la sanglante défaite de l’armée anglaise à Carillon l’excitait à la prudence. Ce général rassembla ses troupes à Albany, et, le 6 juin, il vint camper sous le fort Édouard, en ordonnant à chaque régiment de se couvrir d’un blochaus, tant il craignait les surprises des Français ; le 21, il se porta à la tête du lac Saïint-Sacrement, où son ingénieur en chef, le colonel Montresor, traça le plan du fort George sur une éminence, à quelque distance du lac et de l'emplacement qu'avait occupé le fort William-Henri. Le général Amberst s’y embarqua, le 21 juillet, avec 12,000 hommes, dont 5,700 réguliers, et 54 bouches à feu, et vint descendre au pied du lac sans coup férir. Après quelques petites escarmouches d'avant-garde, il parvint au bout de deux jours en vue de Carillon. M. de Bourlamarque, qui s'était replié en bon ordre sur ce fort, fit mine de vouloir s’y défendre pour couvrir sa retraite. Le lendemain, il partit pour Saint-Frédéric, laissant au fort Carillon 400 hommes, qui l’évacuèrent le 26, après avoir fait sauter une partie des murailles. Cette importante position ne coûta qu’une soixantaine d’hommes aux Anglais. Bourlamarque, craignant d’être tourné par l’ennemi, fit sauter aussi le fort Saint-Frédéric et se retira dans l’île aux Noix. Aussitôt, le 4 août, le général Amherst se porta avec le gros de son armée dans le poste évacué, et y fit élever un nouveau fort, qu’il nomma Crown Point et qui devait protéger cette partie du pays contre les irruptions des bandes canadiennes. En même temps, voulant obtenir la supériorité sur le lac Champlain, il donna l’ordre de construire des vaisseaux et de relever

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les barques françaises qui avaient été coulées avant l'évacuation de Carillon : cela le retint jusqu’au mois d'octobre.

De son côté, Bourlamarque, qui s'attendait à être attaqué d’un moment à l’autre à l’île aux Noix, prenait tous les moyens pour retarder ia marche de l’ennemi, soit par des embarras dans le bas du lac, soit par des fortifications sur l’île où il était luimême. Mais, là comme à Québec, on regardait cette frontière comme perdue si le général Ambherst montrait un peu de vigueur.

Les nouvelles du lac Ontario et de Niagara étaient encore plus mauvaises. Le capitaine Pouchot, qui était parti pour le dernier poste l’automne précédent, et qui n’avait pu alors aller au delà de la Présentation, reçut ordre de se remettre en route au commencement du printemps, afin de pouvoir atteindre Niagara en temps convenable pour relever M. de Vassan. Il partit de Montréal à la fin de mars avec environ 300 soldats et Canadiens, attendit en passant à la Présentation deux corvettes de 10 canons, qu’on se hâta d'achever. et parvint le 30 avril à Niagara. Il fit aussitôt travailler aux réparations de la place, dont les murailles étaient en ruine et les fossés presque comblés. Chargé de faire replier les postes de l’Ohio s'ils étaient attaqués, et n’entendant parler d'aucun mouvement dans cette direction, il envoya un renfort avec des vivres et des marchandises à Machault, où commandait M. de Ligneris; son dessein était de faire détruire les forts anglais de Pittsburgh et de Loyal-Hanna, si l’occasion s’en présentait. La plus grande agitation régnait toujours parmi les tribus sauvages de l'Ohio et de lacs, parce qu’il y en avait qui s’obstinaient à tenir pour les Français, malgré les traités conclus avec les Anglais. Les succès de ces derniers allaient donner une solution à tous ces débats, dans lesquels perçaient les doutes, les inquiétudes, les projets des aborigènes pour l’avenir. Troublés par ce qui se passait sous leurs yeux, ils se voyaient écrasés par les deux grandes nations belligérantes sans oscr les offenser. Le commandant de Niagara eut de nombreuses conférences avec eux sans qu’il en résultât rien d’important. Les cinq nations se rapprochaient complétement des Anglais; de sorte que ce commandant ne pouvait avoir aucun renseignement exact sur les mouvements des ennemis qu’il

croyait encore loin, lorsque, le 6 juillet, ils arrivèrent tout à coup dans son voisinage.

Suivant le plan de campagne adopté par l'Angleterre, une armée devait aller mettre le siége devant Niagara. Le chef de brigade Prideaux fut chargé de cette entreprise. Il partit de Schenectady le 20 mai avec cinq bataillons d'infanterie, un détachement d'artillerie et un corps considérable de sauvages, sous les ordres de sir William Johnson. Il laissa le colonel Haldimand à Oswégo pour y bâtir un fort, et s’embarqua luimême sur le lac Ontario le 1er juillet; il débarqua à six milles du fort Niagara, sans avoir été aperçu des Français. Ce fort, bâti sur une pointe de terre étroite, était facile à investir. Le capitaine Pouchot venait de finir les remparts ; mais les batteries des bastions, qui étaient à barbette, n'étaient pas encore terminées. Il les formait de tonneaux remplis de terre. Ilrenforça par des blindages une grande maison du côté du lac pour y établir un hôpital, et couvrit par d’autres ouvrages les magasins à poudre. La garnison était composée d’un peu moins de 500 hommes.* Aussitôt qu'il se fut assuré de la présence des ennemis, il expédia un courrier pour ordonner à Chabert, au fort du Portage, à Ligneris, au fort Machault, et aux commandants du Détroit, de la Presqu'île, de Venango et de Le Bœuf, de se replier sur Niagara avec ce qu’ils avaient de Français et de sauvages. Ainsi l’on abandonnaïit encore une autre vaste étendue de territoire et l’un des plus beaux pays du monde. Chabert brûla son fort et atteignit Niagara le 10 juillet, Dans la nuit même, les assiâgeants commençaient une parallèle à 300 toises des murailles. Depuis le 13 jusqu’au 22, ils ouvrirent successivement le feu de plusieurs betteries de mortiers et de canons et parvinrent au mur d’enceinte. La mort du général Prideaux, tué par un mortier qui éclata, ne ralentit point les travaux du siége, que sir William Johnson, qui remplaça ce commandant en attendant un successeur, poussa avec la plus grande énergie malgré la vivacité du feu des assiégés. Bientôt:les bastions du fort furent en ruine et les batteries complétement rasées. Les Français étaient réduits à faire des embrasures avec des paquets de pelleteries, et à bourrer les ca-

* Mémoires sur la dernière guerre de l'Amérique septentrionale, etc. par Pouchot, 1771.

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nous avec des couvertures et des chemises. Cependant le feu àe l’ennemi augmentait à chaque moment de violence et d'efficacité, et les murailles s’écroulaient de toutes parts. Déjà la brèche était praticable sur un large espace, et l’on n’avait qu’un homme par dix pieds pour la garnir. Depuis dix-sept jours per: sonne ne s'était couché ; un grand nombre d'hommes étaient hors de combat. Pouchot n’avait plus d'espoir que dans les renforts qui arrivaient des postes supérieurs. Le 23, il avait reçu des lettres d'Aubry, commandant du Détroit, et de Ligneris, qui l'informaient qu’on arrivait à son secours avec 600 Français, dont 300 tirés des Illinois, et 1,000 sauvages. Malheureusement l’ennemi savait tout ce qui se passait chez les assiégés par la perfidie des courriers d’Aubry et de Ligneris, qui avaient même eu avec les sauvages alliés des Anglais une entrevue, à laquelle Johnson avait assisté. Celui-ci, informé par eux de l’approche de ces secours, résolut de leur tendre une embuscade pour les intercepter. Il cacha la plus grande partie de ses troupes derrière des abatis d’arbres, sur la gauche du chemin qui conduisait de la chute au fort de Niagara. Les Français, qui avaient laissé 150 hommes au pied du lac Érié pour la garde des bateaux, s’avançaient sans soupçon, au nombre de 450 avec le millier de sauvages, lorsque des ennemis furent aperçus. A la vue des Iroquois, les sauvages refusèrent de marcher en avant, sous prétexte d'accord avec les guerriers des cantons. Quoique abandonnés ainsi de leur principale force, Aubry et Ligneris ne crurent pas devoir interrompre leur marche. Ignorant l’embuscade qu’on leur avait tendue, et croyant que les sauvages qu’on apercevait n'étaient que des hommes isolés, ils continuaient à cheminer rapidement dans un sentier étroit, lorsqu'ils déconvrirent des troupes plus nombreuses devant eux. Ils voulurent alors mettre leurs hommes en bataille, mais le temps et l’espace leur manquèrent. Au premier choc, ils forcèrent les Anglais, sortis de l’abatis pour les attaquer, à fuir précipitamment, et ils allaient les charger à leur tour derrière ce retranchement, lorsqu'ils se virent assaillis de front et de flanc par près de 2,000 hommes. La queue de leur colonne, incapable de résister, se replia et laissa la tête exposée aux coups de l’ennemi, qui dirigea sur elle tout son feu et l’écrasa. Une cinquantaine d'hommes seulement restèrent debout et essayèrent de se retirer en combattant;

0930 HISTOIRE DU CANAUA.

mais ils furent chargés à la baïonnette et la plupart restèrent sur

la place. Le reste fut poursuivi avec vigueur. Les sauvages.

qui avaient refusé de combattre, furent exposés comme les vaincus à la vengeance de l'ennemi, et un grand nombre tombèrent sous ses coups dans les bois. Presque tous les officiers furent tués, blessés ou faits prisonniers, Aubry, Ligneris et plusieurs autres chefs tombèrent blessés entre les mains des Anglais. Ceux qui échappèrent au massacre, se rallièrent au détachement de M. de Rocheblave, et tous ensemble ils rétrogradèrent vers le Détroit et les autres postes de l'Ouest.

Après ce désastre, Pouchot reçut de sir William Johnson une liste des officiers faits prisonniers. Ne pouvant ajouter foi à tout ce qui venait d’avoir lieu, il envoya un officier, qui s’assura de la vérité. Alors la garnison, réduite du tiers et épuisée de fatigue, accepta la capitulation honorable que lui offrait Johnson, qui désirait se rendre maître du fort avant l’arrivée dun général Gage, déjà en chemin pour venir remplacer le général Prideaux.

Niagara était l’une des places fortes les plus considérables du Canada, et le poste le plus important des lacs par sa situation. Sa perte sépara les lacs supérieurs du bas de la province, et les Français se trouvèrent, par cet événement, refoulés, d’un côté, jusqu’au Détroit, et, de l’autre, jusqu'aux rapides du Saint-Laurent au-dessus de Montréal, car ils n’avaient pas eu le le temps de relever le fort Krontenac. La possession du lac Ontario appartint de ce moment aux ennemis. Les progrès des Anglais jeta naturellement M. de Vaudreuil dans un grand embarras, Dans la situation critique où il se trouvait, il fallait donner quelque chose à la fortune. Il résolut d’envoyer le chevalier de Lévis faire un tour d’inspection vers le haut de la province, afin d'examiner et d’ordonner ce qu'il convenait de faire pour retarder la marche de l’ennemi sur le Saint-Laurent et sur le lac Champlain. Il lui donna 800 hommes, tirés de l’armée de Beauport, dont 100 réguliers, pour gressir les troupes de M. de la Corne, qui commandait au-dessus du lac Saint-François. M. de Lévis partit le 9 août de Québec, et laissa, en passant à Montréal, 400 hommes pour aider à récolter les grains jusqu’à ce. qu’on eut reçu des nouvelles positives de la marche des Anglais, Il encouragea en même temps les femmes, les prêtres,

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les religieux et les religieuses, à prendre part aux travaux de la moisson, dont dépendait le salut de la colonie pour les subsistances. Cet officier général poussa sa reconnaissance jusqu'à Frontenac ; il examina tout, indiqua les endroits qu'il fallait défendre ou fortifier, depuis le lac Ontario jusqu’à Montréal, et ordonna à M. de la Corne de disputer le terrain pied à pied aux Anglais, qui avaient 6,000 hommes sur cette ligne.

Lévis visita ensuite le lac Champlain, et approuva tont ce que Bourlamarque y avait fait.

Il était de retour à Montréal depuis le 11 septembre, lorsque, le 15, à 6 heures du matin, il reçut un courrier extraordinaire du gouverneur, qui lui faisait savoir le funeste résultat de la bataille d'Abraham du 13 septembre et la mort du général Montcalm. Le courrier lui apportait en même temps l’ordre de descendre au plus vite pour prendre le commandement de l’armée.

M. de Bougainville épiait les évolutions des Anglais devant Québec ; ceux-ci faisaient divers mouvements pour mieux cacher leur dessein. Le 7, le 8 et le 9 septembre une douzaine de leurs vaisseaux remontèrent le fleuve et jetèrent. l’ancre au cap Rouge; les troupes qu’ils portaient envoyèrent des détachements en divers endroits du rivage pour diviser l’attention des Français. La moitié des soldats fut débarquée sur la rive droite du fleuve, pendant que les officiers examinaient attentivement la rive gauche, depuis Québec jusqu’au cap Rouge, et découvraient le chemin qui conduit de l’anse du Foulon au fond des plaines d'Abraham. Dans le même temps deux soldats français désertaient et informaient le général Wolfe qu’un convoi de vivres pour Québec devait passer dans la nuit du 12 au 13.

Depuis que les Anglais étaient maîtres du fleuve au-dessus de la capitale, l’approvisionnement de l’érmée était devenu presqu'impossible par eau. Il fallait faire venir les vivres des magasins de Batiscan et des Trois-Rivières par terre, et comme il n’était resté dans les campagnes que les petits enfants, les femmes et les vieillards, auxquels leurs infirmités n'avaient pas perwis de prendre les armes, c'était avec le secours de bras si faibles qu’il fallait opérer le transport. On charria ainsi sur 271 charrettes, de Batiscan à l’armée, l’espace de 18 lieues, 700 quarts de lard et de farine, la subsistance ds 12 à 15 jours; tmais

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on fut effrayé des difficultés que ce service entraînait; beaucoup de charrettes étaient déjà brisées, les femmes et les enfants qui les conduisaient, rebutés d’un travail si rude, ne laissaient point espérer qu’ils pussent le soutenir longtemps, et les hommes revenus de l’armée ne pouvaient abandonner les travaux des champs qui pressaient. On essaya donc de se servir encore une fois de la voie du fleuve, toute hasardeuse qu'elle était, pour faire descendre des vivres, et c’est à la suite de cette résolution que fut expédié le convoi dont nous venons de parler. Malheureusement les déserteurs communiquèrent la consigne que les bateaux de ce convoi devaient donner en passant aux sentinelles placées sur le rivage, et, pour comble de disgrâce, ce fut le 12 au soir que Montcalm, sans en prévenir le gouverneur, rappela le bataillon qu'il avait enfin consenti à envoyer sur les hauteurs de Québec deux jours auparavant. Le général Wolfe voulut profiter de ces heureuses circonstances pour jeter son armée à terre dans l’anse du Foulon et s'emparer des hauteurs voisines. Pour mieux cacher son dessein, il ordonna qu’un grand nombres de barques fissent des mouvements en face du camp de Beauport, comme si une descente allait avoir lieu, et que les vaisseaux restés au cap Rouge s’approchassent de Saint-Augustin, afin d'attirer de ce côté l'attention du colônel Bougainville. Ces ordres donnés, il ne songea plus qu'à opérer son débarquement. Le 13, à une heure du matin, par une nuit noire, une partie des troupes, embarquées de la veille sur les vaisseaux, descendirent dans des bateaux plats et se laissèrent dériver dans le plus profond silence, avec le reflux de la marée, jusqu’au Foulon. Les officiers parlant le français avaient été choisis pour répondre aux Qui vive? Ils répondirent au cri des sentinelles : ‘ Ne faites pas de bruit, ce sont les vivres !’’ Et dans l'obscurité celles-ci laissèrent passer les bateaux. Les vaisseaux de l’amiral Holmes suivaient à trois quarts d'heure de distance avec le reste des troupes. Rendus au point indiqué, les Anglais débarquèrent sans coup férir entre le poste de Saint-Michel et celui du Foulon. L’infanterie légère, en mettant pied à terre, avec le général Wolfe à sa tête, força le corps de garde qui défendait le pied du chemin conduisant au sommet de la falaise, gravit l’escarpement, parsemé d’arbres et de broussailles, et, parvenu sur le plateau, surprit et dispersa après quelques

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HISTOIRE DU CANAPMA. 0933

coups de fusils le poste qui y était placé et dont le commandant fut pris dans son lit.* Pendant ce temps-là les bateaux, retournés aux vaisseaux, amenuieut le reste des troupes, sous les ordres du général Townshend. A la pointe du jour l’armée anglaise était rangée en bataille sur les plaines d'Abraham.t M. de Montcalm reçut la nouvelle inattendue de ce débarquement à six heures du matin ; il ne put y croire. Il pensa que c'était quelque détachement isolé, et, emporté par sa vivacité ordinaire, il se mit en marche avec une partie seulement de ses troupes, sans faire savoir ses dispositions an gouverneur, Dans ce moment, l’armée de Beauport se trouvait réduite à 6,000 combattants environ, parce qu’on en avait détaché différents corps. Dans sa plus grande force elle avait atteint le chiffre de 13,000 hommes, Huit cents étaient partis avec le chevalier de Lévis. Le colonel Bougainville en avait 3,000 avec lui, tous soldats d'élite, outre la cavalerie. La garnison de Québec ne prit point de part à la bataille, et elle comptait 7 à 800 hommes; enfin un grand nombre de Canadiens avaient obtenu la permission d'aller faire les récoltes, tandis que les plus âgés et les plus jeunes, croyant le danger passé, étaient retournés chez eux; de sorte que l’armée était réduite de plus de moitié. Le général Montcalm prit avec lui 4,500 hommes $ et laissa le reste dans le camp. Ces troupes défilè. rent par le pont de bateaux établi sur la rivière Saint-Charles, entrèrent dans la ville par la porte du Palais, au nord, traversèrent la ville, sortirent par les portes Saint-Jean et Saint-Louis, à l’ouest, du côté des plaines d'Abraham ; et arrivèrent à huit

# Ce commandant était l'inepte Vergor, qui, trois ans auparavaut, avait

rendu le fort de Beauséjour aux Anglais. Accusé devant une cour mar-

tiale pour la reddition de ce fort, il avait été acquitté, grâce aux intrigues de l’intendant. Il était capitaine dans les troupes de la marine, C’est à ce favori bien digne de lui, que Bigot écrivait un jour en partant pour la France, d'où il n'aurait jamais dû revenir: “Profitez, mon cher Vergor, de votre place : taillez, rognez, vous avez tout pouvoir ; afin que vous puissiez bientôt venir me joindre en France et acheter un bien à portée de moi,”

+ Après la bataille, les officiers anglais dirent aux officiers français qu’ils n'avaient pas compté réussir ; que le général Wolfe avait tenté le dé. barquement au-dessus de Québec pour qu'il fût dit qu'il avait fait cette entreprise, mais qu'il ne devait sacrifier que son avant-garde de 290 hommes, Sans la surprise du poste, Québec et le Canada étaient sauvés.

$ Correspondance officielle,

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Do4 HISTOIRE DU CANADA.

heures sur ces plaines à la vue del’ennemi. Montcalm aperçut, non sans surprise, toute l’armée anglaise rangée en bataille et prête à le recevoir. Par une précipitation funeste, il résolut de brusquer l’attaque, malgré tous les avis contraires qu’on put lui donner ; malgré l’opinion de son major général, le chevalier de Montreuil, qui lui représentait qu’on n’était pas en état d'attaquer avec des troupes si peu nombreuses, et malgré l'ordre positif du gouverneur, qui lui écrivait d'attendre pour commencer le feu qua toutes les forces fussent réunies, et lui annonçait qu'il marchait lui-même à son secours avec les troupes laissées pour la garde du camp. Mais ce général, craignant que les Anglais ne se retranchassent dans les plaines et ne s’y rendissent inexpugnables, donna l’ordre du combat. Les Anglais étaient deux contre un; ils comptaient plus de 8,000 hommes présents sous les armes.* Mais Montcalm aimait à braver la fortune, elle pouvait encore couronner son audace, comue elle l’avait fait à Carillon.

Il rangea ses troupes en bataille sur une seule ligne de trois hommes de profondeur, la droite sur le chemin de Sainte-Foy et la gauche sur le chemin Saint-Louis, sans corps de réserve. Les réguliers, dont les grenauiers étaient avec M. de Bougainvilie, formaient le centre de cette ligne. Les milices des gouvernements de Québec et de Montréal occupaient la droite, celles des Trois-Rivières et ur2 partie de celles de Montréal occupaient la gauche. Des pelotons de troupes de marine et de sauvages furent jetés sur les deux ailes. Puis, sans donner le temps aux troupes de reprendre haleine, il donna l’ordre de marcherà l'ennemi, Elless’avancèrent si précipitamment que leurs rangs se rompirent et que les bataillons se trouvèrent en avant les uns des autres, de manière à faire croire aux Anglais qu’elles s’avançaient en colonnes, surtout celles du centre.

L'armée du général Wolfe était rangée en carré en face des buttes à Neveu, qui lui cachaïent la ville, la droite appuyée au bois de Samos et à une petite éminence sur le bord de l’escarpement du Saint-Laurent, la gauche, à la maison de Borgia. L'un des côtés du carré faisait face aux buttes ; un autreregardait le chemin de Sainte-Foy, le long duquel il était rangé, et un troi-

* Le 24 décembre, les 10 régiments anglais formaient encore 8,204 hommes, saus compter les officiers.

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sième était tourné vers le bois de Sillery. Wolfe avait fait commencer, le long du chemin de Sainte-Foy, une ligne de petites redoutes en terre, laquelle se prolongeait en demi-cercle en arrière. Six régiments, les grenadiers de Louisbourg et deux pièces de canon formaient le côté qui faisait face à la ville. Trois gros régiments, disposés en potence, garnissaient les deux autres côtés. Les montagnards écossais en faisaient partie avec deux pièces de canon. C'était le 78e régiment, fort à lui seul de quinze à seize cents hommes. Un autre régiment, distribué en huit divisions, était placé en réserve dans le centre des lignes.

L'action commença par les tirailleurs canadiens et quelques sauvages. Ils firent un feu très-vif sur la ligne anglaise, qui Fessuya sans s’ébranler, mais en faisant des pertes. Le général Wolfe, convaincu que la retraite était impossible s’il était battu, parcourait les rangs de son armée et l’animait au combat. Il fit mettre deux balles dans les fusils et ordonna de ne tirer que lorsque les Français seraient à vingt pas. Ceux-ci, qui avaient perdu toute leur consistance lorsqu'ils furent à la portée des Anglais, ouvrirent d’une manière irrégulière, et dans quelques bataillons de trop loin, un feu de peloton qui fit peu d’effet. Ils ne continuèrent pas moins à avancer ; mais, arrivés à quarante pas de leurs adversaires, ils furent assaillis par un feu si meurtrier, que, dans le désordre où ils étaient déjà, il fut impossible de régulariser leurs mouvements, et, en peu de temps, tout tomba dans la plus étrange confusion. Le général Wolfe saisit ce moment pour charger à son tour, et, quoique déjà blessé au poignet, il prit ses grenadiers pour aborder les Français à la baïonnette. Il avait à peine fait quelques pas lorsqu'il fat atteint par une seconde balle, qui lui traversa la poitrine. On le porta en arrière, et ses troupes, dont la plupart: ignorèrent sa mort jusqu’après la bataille, continuèrent la charge; elles se mirent à la poursuite des Français, dont une partie, n’ayant point de baïonnettes, pliait dans le moment même malgré les efforts de Montcalm et des principaux officiers. Une des personnes qui étaient auprès de Wolfe s'écria: ‘Ils fuient !””—« Qui?” demanda le général mourant, et sa figure s’anima tout à coup. ‘“ Les Français !”” lui répondit-on. * Quoi déjà ! alors je meurs content,” dit le héros et il expira,

Presqu’en même temps le colonel Carleton était blessé à la tête ; le chef de brigade Monkton, atteint d’un coup de feu, quittait le champ de bataille, et le général Townshend, troisième en grade, lui succédait à la tête de l’armée.

Les vainqueurs pressaient alors les fuyards de {outes parts la baïonnette ou le sabre à la main. La résistance ne venait guère plus que des tirailleurs. Le chef de brigade Senesergues et M. de Saint-Ours, qui remplissait le même grade dans cette bataille, tombèrent mortellement blessés au pouvoir des ennemis. Le général Montcalm, qui avait déjà reçu deux blessures, faisait tous ses efforts pour rallier ses troupes et régulariser la retraite ; il se trouvait entre la porte Saint-Louis et les buttes à Neveu, lorsqu'un coup de feu, qui lui traversa les reins, le jeta mortellement blessé en bas de son cheval. Il fut:emporté par des grenadiers dans la ville, où se jetaient une partie des Français, tandis que le plus grand nombre fuyaient vers le pont 4 de bateaux de la rivière Saïint-Charles. Le gouverneur arriva # de Beauport au moment même où les troupes se débandaient. K Il rallia mille Canadiens entre les portes Saint-Jean et Saini- Louis, se mit à leur tête et arrêta pendant quelque temps les enpemis par un feu très-violent, qui sauva les fuyards.* La déroute ne fut complète que parmi les troupes régiées. Les Canadiens combattirent toujours quoiqu’en retraitant ; ils forcèrent, à la faveur des petits bois dont ils étaient environnés, plusieurs corps anglais à plier, et ne cédèrent enfin qu’à la supériorité du nombre. Ce fut dans cette résistance que les vainqueurs éprouvèrent les plus grandes pertes. Trois cents montagnards écossais, qui revenaient de la poursuite, furent attaqués par eux sur le coteau de Sainte-Geneviève, et obligés de reculer jusqu’à ce qu'ils eussent été dégagés par deux régiments qu’on envoya à leur secours.

Le colonel Bougainville, qui était au cap Rouge, ne reçut qu’à huit heures du matin l’ordre de marcher sur les plaines d'Abraham ; il se mit aussitôt en mouvement avec à 5eu près la moitié de ses troupes, qui se trouvaient dispersées jusqu’à la Pointe-aux-Trembles, mais n’ayant pu arriver assez tôt pour prendre part à la bataille et voyant tout perdu, il se retira. Les Anglais ne jugèrent pas à propos de profiter de la confusion

* Dépêches de M. de Vaudreuil et de quelques autres officiers au ministre,

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de leurs adversaires pour péuctrer dans Québec ou pour s’emparer du camp de Beauport, que purent regagner ensuite les troupes qui s'étaient retirées dans la ville.

Telle fut l’issue de la première bataille d'Abraham, qui décida de la possession d’une contrée presqu’aussi vaste que la moitié de l’Europe. La perte des Français dans cette fatale journée fut considérable ; elle se monta à près de mille hommes, y compris 250 prisonniers, qui tombèrent entre les mains des vainqueurs avec la plupart des blessés. Trois officiers généraux moururent de leurs blessures. La perte des Anglais s’éleva à un peu moins de 700 hommes, parmi lesquels se trouvaient le général en chef et les principaux officiers de l’armée.

Le général Montcalm reconnut, mais trop tard, la faute qu'il avait faite. Il pouvait attendre l’arrivée du colonel Bougainville, faire venir de la ville et du camp les troupes qu’il y avait laissées pour leur garde, et, avec toutes ses forces réunies, at- ‘aquer les ennemis en tête et en queue, comme semblait l'avoir appréhendé le général Wolfe en rangeant son armée en carré. Il pouvait aussi se retrancher sur les buttes à Neveu, et, comme la saison était avancée, attendre les Anglais dans ses lignes, ce qui les aurait mis dans l’obligation de combattre avec désavantage, car le temps les pressait. Après ces premières fautes, il en commit une autre presqu’aussi grave en rangeant son armée sur une seule ligne, sans se donner le temps de tirer l'artillerie de campagne qu'il y avait dans la ville, afin de contre-balancer l’infériorité de ses troupes sous le rapport de la discipline et du nombre. On lui reproche encore, son armée étant en partie composée de milices, d’avoir voulu combattre en bataille rangée. On dit “ qu’il devait attendre l’ennemi, et profiter de la nature du terrain pour placer par pelotons, dans les bouquets de broussailles dont il était environné, les Canadiens, qui, arrangés de la sorte, surpassaient par l'adresse avec laquelle ils tiraient toutes les troupes de l’univers.”

Quoiqu'il en soit de ces fautes, il sewibla qu'il les avait suffisamment expiées par sa mort; et devant ses cendres on ne voulut se rappeler que ses triomphes et sa bravoure. Les Canadiens et les Français pleurèrent sa perte comme un malheur public. Il avait su acquérir une grande influence sur les uns et

sg

KKte HIS OIRE DU CANADA.

sur les autres par la vivacité de sa parole et par l’entraînement de son courage. On ne croyait que lui capable de livrer une bataille et de la gagner. On semblait ignorer qu’il restait un officier général qui lui était supérieur sous bien des rapports, le chevalier de Lévis, celui-là même qui devait, quelques mois plus tard, laver la bonte de la défaite qu’on venait d’éprouver. Montcalm, après avoir réçu tous les sacrements de l'Église avec beaucoup de piété et de religion, rendit le dernier soupir le lendemain matin, 14 septembre, au château Saint-Louis, et fut enterré le soir du même jour, à la lueur des flambeat : , dans l’église des religieuses ursulines en présence de quelq::s officiers, dans une fosse faite le long du mur par le travail de la bombe. Montcalm a\- ‘t une très-petite taille, une jolie figure qu’animaient des yeux * trêmement vifs. Un chef sauvage, étonné que celui qui faisait des prodiges, ne fût pas de grande stature, s’écria

Ja première fois qu'il le vit: ‘“ Ah, que tu es petit! mais je vois

dans tes yeux la hauteur du chêne et la vivacité des aigle .. ? Doué d’une imagination ardente,* il était plus brillant par les avantages d’une mémoire ornée, que profond dans l’art de la guerre ; il était brave, mais peu entreprenant ; il négligea la discipline des troupes et ne proposa jamais aucune entreprise importante. Il ne voulait pas attaquer Cswégo ; il y fut forcé, pour ainsi dire, par les reproches que lui fit sur sa timidité M. Rigaud, homme d’un esprit borné, mais officier plein de valeur et d'audace, accoutumé à la guerre des bois ; il auraït abandonné le siége du fort William-Henri saas le chevalier de Lévis; et, devant Québec, n’osänt se flatter de pouvoir résister au premier effort du général Wolfe, il parlait de lui abandonner cette place dans le moment même qu'il en faisait dépendre le sort du Canada. Ses divisions avec le gouverneur, dont il était jaloux et dont il affectait de dédaïgner les avis, eurent aussi des suites dé-

plorabtes. La popularité qu’il avait su acquérir parmi les ha-

bitants et les soldats, l’avait rendu de plus en plus indépendant du chef de la ‘colonie. Il n'avait cessé de le décrier auprès de ceux qui faisaient sa société ; il le traitait d’homme incapable, irrésolu, sans foi, et, par un artifice qui ne réussit que trop souvent, il établissait sa réputation en ruinant celle de son su- -* Portrait de Montcalm, par Moreau de Saint-Méry, dans un éloge du chevalier de Lévis. F

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périeur. Dans des notes attribuées à M. de Bourlamarque et déposées au bureau de la guerre à Paris, il est dit que la précipitation avec laquelle Montcalm attaqua sur les plaines d’Abraham, vint de la jalousie. Vaudreuil donna l’ordre d'attendre qu’il eût réuni toutes les forces ; il n’en fallut pas davantage, dit M. de Bourlamarque, pour déterminer un général qui eût volontiers été jaloux de la part que le simple soldat eût pu avoir à son succès. Son ambition était que son nom seul parût partout, et cette passion ne contribua pas peu à lui faire traverser les entreprises dont il ne pouvait avoir tout l'honneur. ‘ De ce germe de jalousie naquit bientôt entre les différents corps une mésintelligence à laquelle le partage de l'autorité dans le commandement prépara les voies pour remonter de grade en grade jusqu'aux chefs, où elle produisit les ravages dont les suites devaient êire si funestes.””

Au reste Montcalm avait le goût du travail et possédait des connaissances étendues dans les lettres et dans les langues. Il avait conservé l’amour de la science au milieu même des travaux de laguerre. Il aimait le luxe et il était désintéressé. Il devait au trésor 10,000 écus, qu’il avait empruntés pour soutenir son rang et pour soulager ses officiers dans la disette où l’on se trouvait en Canada. Son ambition et le désir trop peu caché de supplanter M. de Vaudreuil, furent en partie les causes de la désuniou à laquelle peut être attribué principalement le désastre qu'on venait d’essuyer.

Le soir même de la bataille, le gouverneur tint un conseil de guerre, dans lequel la plupart des officiers opinèrent à ce que l’armée se retirât derrière la rivière Jacques-Cartier, pour s’assurer une retraite et des voies de communication avec les magasins de l’armée. Le gouverneur, l’intendant et le colonel Bougainville furent seuls d’une opinion contraire; ils voulaient tenter une seconde fois le sort des armes ; mais la majorité l’emporta. Montcalm, que l’on consulta, répondit qu’il restait trois partis à prendre, attaquer l’ennemi une seconde fois, se retirer à Jacques-Cartier ou capituler pour toute la colonie.

Après cette résolution, le marquis de Vaudreuil envoya 120 soldats pour renforcer la garnison de Québec, composée de citoyens et de matelots et qui, pendant la bataille, avait soutenu

une vive canonnade contre les batteries de la Pointe-Lévi; il

écrivit à M. de Ramesay pour le prévenir de ne pas attendre que l'ennemi l’emportât d'assaut, et d’arborer le drapeau blanc aussitôt qu’il manquerait de vivres. L’armée, craignant à tout instant d’être coupée de ses magasins, commença sa retraite à l’entrée de la nuit. Faute de moyens de transport, elle abandonna une partie des bagages, l'artillerie et les munitions, et défila dans le plus profond silence par la jeune ct l’ancienne Lorette, traversa Saint-Augustin et arriva à la Pointe-aux-Trembles le 14 au soir. Afin que les Anglais ne s’aperçussent pas de ce funeste mouvement, elle avait laissé les tentes dressées dans le camp de Beauport. Le colonel Bougainville, qui commandait l’arrière-garde, s'établit à Saint-Augustin. Cette retraite était fatale de toute manière : elle laissait Québec sans soldats et sans provisions de bouche ; elle affaibiissait l’armée, parce que les miliciens de cette partie du pays ne voulurent pas abandonner leurs familles sans pain et le peu qui avait été épargné de leurs récoltes, pour aller on ne savait où. Aussi la désertion fut-elle considérable; les cultivateurs quittaient les drapeaux pour rentrer dans leurs foyers, et beaucoup d’autres, pour piller dans les campagnes. Le lendemain, le gros de l’armée atteignit Jacques-Cartier, et l’arrière-garde, la Pointe-aux-Trembles : on résolut d’attendre en ces lieux le chevalier de Lévis, qui descendait en toute hâte, com;ñe on l’a dit plus ha

F1 arriva le 17 au quartier général. En partant de Montréal il avait mandé aux commandants sur la frontière de l’Ouest d'envoyer sans délai à l’armée battue les outils, l’artillerie et les munitions de guerre et de bouche qui étaient encore dispouibles. Dans une entrevue qu'il eut avec le gouverneur, il lui représenta qu’il fallait absolument suspendre la retraite et rebrousser chemin, si l’on voulait mettre fin à la désertion et au désordre qui régnait, et qu’on devait tout hasarder pour prévenir la prise de Québec. Il ajouta que les Anglais n'étaient pas assez nombreux pour investir eomplétement la place etempêcher d'y pénétrer ; il fallait profiter des bois du eap Rouge, de Sainte- Foy et de Saint-Michel pour s'approcher d’eux ; se trouvant entre deux feux, ils n’oseraient pas faire de siége et viendraient attaquer l’armée française ; si l’on était battu, l’on retraiterait vers le haut du cap Rouge, en laissant un gros détachement dans le has de la rivière et en facilitant la sortie de la garnison

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après qu’elle aurait incendié la ville. Le marquis de Vaudreuil approuva tout, et ces deux chef dépêchèrent en toute hâte des courriers au commandant de la ville pour l’informer qu'on marchaïit à son secours. Le départ de l’armée fut différé jusqu’au lendemain faute de vivres. Comme on savait que la ville en manquait aussi, et que la ration y était réduite à un quarteron de pain, M. de la Rochebeaucourt fut chargé d'y pénétrer avec cent chevaux portant des sacs de biscuit. Le 18, le corps principal des troupes bivaqua à la Pointe-aux-Trembles, et M. de Bougainville avec l'avant-garde, sur la rivière du cap Rouge.

Le général Lévis prenait le commandement de l’armée au moment où les affaires étaient dans une situation désespérée ; mais c'était un de ces hommes dont les circonstances difficiles font ressortir avec éclat les talents et l’énergie. Il était né au château d’Ajac en Languedoc, de l’une des plus anciennes maisons de France. Entré de bonne heure au.service, il s'était fait remarquer par son activité et par sa bravoure. En Canada il avait montré un esprit sobre, réfléchi, attentif à ses devoirs et sévère pour la discipline des troupes, qualité rare à cette époque dans les armées françaises. ‘ Il était doué par la nature, dit M. Moreau de Saint-Méry,* de cet art heureux qui rend propre à apercevoir les choses sous leur véritable face. Montcalm avait la prudence de l’interroger dans les cas importants. Des réponses simplement exprimées, mais dont l'événement confirmait

‘la sagesse, avaient rendu cette confiance encore plus entière.”

Le lendemain, 19, il marcha sur Lorette, et M. de Bougainville, sur la rivière Saint-Charles, où celui-ci apprit que la ville venait de se rendre à l'ennemi, quoique le commandant eût reçu l'ordre positif de rompre les négociations, et qu'il eût promis de s’y conformer. Cette nouvelle parvint au général en chef à Saint-Augustin. Ilne put contenir son indignation, qu’il exprima dans les termes les plus amers. Mais le mal était sans remède,

L’abandon du camp de Beauport avait jeté la désolation dans la ville. Les négociants, qui composaient les officiers de la milice, s’assemblèrent chez M. Daine, lieutenant général de

__# Éloge du chevalier de Lévis,

police et maire de Québec,* et présentèrent à M. de Ramesay une requête pour l’engager à capituler.t Cet officier, interprétant d’une manière trop large les instructions du gouverneur de ne pas attendre l’assaut pour se rendre, eut la faiblesse de consentir à cette demande.

La reddition de Québec fut la conséquence du découragement que les propos inconsidérés de Montcalm avaient répandu parmi les troupes. Un seul des officiers de la garnison, M. de Piedmont, jeune homme dont le nom mérite d’être conservé, fut d'avis dans le conseil de guerre qu’on se défendit jusqu’à la dernière extrémité. Quoique la ville manquât de vivres et qu’elle pût être facilement enlevée par un coup de main, l'ennemi n'avait encore rien fait qui pôt faire craindre un assaut, et l'on y savait que le général Lévis arrivait.

En effet les Anglais ne songeaient point à emporter Québee par escalade, Immédiatement après la bataille, ils achevèrent les redoutes qu’ils avaient commencées autour de leur camp, et se mirent en frais d'élever des batteries sur les buttes à Neveu, en face du rempart, qu’eiles commandaient dans sa plus grande longueur, pour le battre en brèche. Il leur fallait encore deux ou trois jours pour achever ces batteries, qui auraient consisté en 60 pièces de canon et en 58 mortiers, lorsqu'ils virent aveo surprise arborer le drapeau blanc. A l’aspect d’une colonne de troupes en marche et des plus gros vaisseaux de la flotte anglaise qui s’avançaient, la garnison se crut menacé d’une dou-

ble attaque du côté de la campagne et du côté du port, et, gui- :

dée par l'intérêt meroantile, elle s'empressa de proposer une capitulation, dont le général Townshend accepta tous les articles,

# On voit apparaître ici tout à coup un maire, Depuis lougtemps on n’en entendait plus parler. 11 fallait un grand év‘rement pour faire sortir ce nom, totalement éelipsé par le titre plus éclatant et plus réel de lieutenant de police.

ï “ Mémoire du sieur de Ramesay, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, ci-devant lieutenant pour le roi, commandant à Québec, au sujet de la reddition de cette ville, qui a été suivie de la capitulation du 18 septembre 1757 ;—présenté à la cour après son retour en France.” Cette famille était malheureuse. M. de Ramesay était fils de Ramesay qui avait été gouverneur des Trois-Rivières dix ans et de Montréal vingt ans. Ses trois frères étaient morts au service. L’aîné avait été tué à la bataille de Rio- Janeiro; le second avait été massacré par les Chéraquis ; le troisième avait péri capitaine dans le naufrage du Chameau.

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excepté le premier, qui portait que la garnison sortirait avec les honneurs de la guerre et huit pièces de canon pour aller rejoindre l’armée française à Jacques-Cartier, et qui fut modifié de manière à ce qu’elle fût transportée en France. Le lendemain, 18 septembre, la ville fut remise aux assiégeants, qui furent obligés de fournir six boucauts de biscuit pout la nourriture du peuple et de 4 à 500 blessés, qui étaient dans les hôpitaux et qui n’avaient rien eu à manger depuis 24 heures. Par les termes de cette capitulation, les habitants conservaient leurs priviléges, leurs biens et le libre exercice de leur religion jusqu’à la paix définitive. Ainsi la faiblesse d’un conseil de guerre, composé d'officiers subalternes, rendit irréparables les suites d’un échec qui aurait pu être réparé.

Malgré la perte de leur capitale, que les Canadiens attribuàrent à la trahison, ‘ ces braves gens, dit Sismondi, aussi Françaïis de cœur que s’ils avaient vécu au milieu de la France,” ne désespérèrent point. Quoique Québec eût été détruit par le bombardement; que les côtes de Beaupré, l’île d'Orléans et 36 lieues de pays établi, contenant 19 paroisses, sur la rive droite du fleuve, eussent été incendiées ; que les habitants eus-

gs" perdu leurs vêtements, leurs meubles, leurs instruments

d'agriculture, presque tous leurs chevaux et tous leurs bestiaux, et qu’ils fussent obligés en retournant sur leurs terres avec leurs femmes et leurs enfants de s’y cabaner à la façon des sauvages ; quoiqu’un grand nombre d'habitants de Québec et des campagnes, faute de vivres, se vissent dans la nécessité d’émigrer dans les gouvernements des Trois-Rivières et de Montréal, les Canadiens ne parlèrent point de se rendre ; ils demandèrent à marcher encore au combat : c'était l'opiniâtreté vendéenne, c'était la détermination indomptable de cette race à laquelle appartiennent une partie des Canadiens, et dont Napoléon appréciait tant la bravoure, le caractère et le dévoûment sans bornes.

Après la reddition de la capitale, le général Lévis ne vit point d’autre parti à prendre pour le moment que de se fortifier sur la rivière Jacques-Cartier, à neuf lieues de distance, et il y rétrograda en laissant quelques petits détachements sur différents points de la route. Il fit commencer un fort sur la rive droite de cette rivière, qui le couvrait et dont le passage était

facile à défendre. L'armée resta dans cette nouvelle position jusqu’à la fin de la campagne. M. ’e Vaudreuil avait transporté le siége du gouvernement à Montréai, où il s'était retiré lui-même. Les Canadiens regagnèrent leurs fers dans les derniers jours du mois d'octobre. Peu de temps après les troupes quittèrent de toutes parts les frontières pour venir prendre leurs quartiers d'hiver dans le gouvernement de Montréal et dans celui des Trois-Rivières. On laissa seulement de petits détachements dans les postes avancés, dont la situation indique ce qui restait à la France à la fin de 1759 de ces immenses territoires qu'elle était naguère encore si fière de posséder. Trois cents hommes restèrent chargés de la garde du fort de Lévis, situé dans une île, un peu au-dessous de la Présentation, à la tête des rapides du Saint-Laurent; 400 hommes, commandés par M. de Lusignan, reçurent l’ordre de se maintenir à l’île aux Noix, sur le lao Champlain, où le général Amherst n'avait fait aucun progrès ; ils devaient être soutenus par 300 hommes, placés à Saint-Jean ; enfin 600 hommes furent laissés à Jacques-Cartier sous le commandement de M. Dumas, major général des troupes de la marine.

Après avoir ainsi réglé la disposition de ses troupes pour l'hiver, le général Lévis rejoignit le gouverneur à Montréal le 14 novembre, et tous deux députèrent à Paris avec leurs dépêches le commandant de l’artillerie, M. Le Mercier, pour instruire le roi de la situation du Canada et des secours dont il avait besoin. Cet officier s’embarqua à Montréal sur un navire, qui passa inaperçu devant Québec et qui parvint en France sans accident,

Après la capitulation de Québec, les troupes anglaises restèrent campées dans les environs, en attendant qu'on eût pourvu à leur logement dans l’intérieur de la ville. Elles ne songèrent point à pousser plus loin leur succès pour cette année. Il fut résolu de relever ou de réparer sans délai 500 maisons, et de garder toute l’armée en garnison dans la ville jusqu’à la prochaine campagne, excepté les trois compagnies de grenadiers de Louisbourg et cinq compagnies de rangers, qui se rembarquèrent sur la flotte et firent voile pour l’Angleterre ou pour les colonies anglaises. Le général Murray fut nommé gouverneur de Québec. La garnison se composait, le 24 décembre, après le départ des huit compagnies dont nous venons de parler, de

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8,200 hommes de troupes de ligne, sans compter les officiers, l’artillerie, et les rangers qui restèrent, le tout formant encore plusieurs centaines de combattants.® On débarqua aussitôt de la flotte des vivres pour une année, les munitions et le matériel nécessaires. On déblaya les rues ; on niveia les redoutes éle vées dans les plaines d'Abraham ; on en éleva d’autres, ox face du rempart, sur le sommet de la falaise qui borde le Saint-Laurent ; enfin on fortifia le rempart déjà existant, et on le couvrit d'artillerie pour pouvoir soutenir un siége.

T'el fut le résultat de la campagne de 1759. Les Français se trouvèrent coupés de la mer et resserrés entre Québec, la tête du lac Champlain et le bas du lac Ontario. Ils marquaient de soldats, d’argent et de munitions de guerre et de bouche. Les deux armées anglaises qui avaient attaqué le Canada par mer et par terre, ne se trouvaient plus qu’à environ 70 lieues l’une de l’autre ; elles allaient tomber sur le centre du pays le printemps suivant avec un grand accroissement de forces. Le général Ambherst, qui s'était avancé jusqu’au fort Saint-Frédéric, n'avait pu pénétrer au delà. Il laissa de fortes garnisons à Crown-Point et au fort Carillon, dont il avait relevé les ruines et changé le vom pour celui de Ticondéroga, et il alla passer l'hiver à New-York, afin d’être à portée de communiquer plus facilement avec la métropole et les différentes colonies,

Quant au Détroit et aux autres postes supérieurs, ils étaient encore, il est vrai, en notre pouvoir ; mais, par la perte de Fron-

‘ tenac, ils ne devaient plus attendre de secours que de la Loui-

* M. Suwith, dans son hist ire du Cnnada, dit 5,000, quoique les auteurs qu'il a suivis presque textuellement, Knox et Mate, disent plus de 7,000 hommes, Les archives du secrétariat provincial à Québec contiennent un registre des ordonnances de payement des troupes sous les ordres du général Murray, qui doit résoudré désormais cette question. Ces ordonnances contiennent le chiffre exact de chaque régiment, sauf les officiers; voici se qu'il était le 24 décembre 1769:

; Hommes. Hommes 41e régiment. ..,..., 680 2d bataillon de fusiliers. ...... 871 85e F 0.0. 876 8e Le Co sssossoose 980 43e 6 osooosr 698 28e régiment ,.,..... PARTIE T 628 58e Ress . 653 48e " EL ssssesses 882 8e (montagnards 6c0s- 108 ..,,0000.0060660: 619

sais)..,.,,.,.., 1377

siane, qui devint dès lors leur point d'appui et le seul refuge pour leurs garnisons en cas de malheur,

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