‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 5 sur 76 · BR + D · texte numérisé non relu

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Nous nous sommes étendu sur cette expédition malheureuse, parce qu’elle servit de prélude à celle de notre compatriote M. d’Iberville dans la Louisiane proprement dite, et que l'historien du Canada doit cette marque de reconnaissance à l’homme qui a sacrifié sa fortune et sa vie pour la cause de la colonisation française en Amérique ; car si La Sale n’a pas fondé, il a du moins beaucoup accéléré l'établissement de la Louisiane aujourd’hui si florissante. Chaque jour aussi ajoute à l'intérêt de l’histoire de ces pères du Nouveau-Monde ; à mesure que ce continent se peuple, que les anciennes colonies, si pauvres, si humbles à leur berceau, se changent en États, en empires indépendants, les noms de leurs fondateurs grandissent et prennent de l'éclat.

La fondation de la Louisiane devait être accompagnée de beaucoup de vicissitudes et de malheurs. L'expérience d’un siècle n'avait point éclairé la politique coloniale de la France ; au contraire, les principes larges et progressifs de Colbert étaient mis en oubli dans le temps même où cette colonie commençait à naître; la pauvreté du trésor la livra à un monopole encore plus dur que celui qui pesait sur le Canada. On ne saurait trop redire à la France, qui cherche aujourd’hui à établir sa race, sa langue et ses institutions en Afrique, ce qui a été la cause de la ruine de ses colonies du Nouveau-Monde, où elle aurait dû prédominer: c’est le manque d’associations pour encourager une émigration de laboureurs par tous les moyens

égitimes; c’est la passion des armes répandue parmi les colons, enfin c’est toujours la faiblesse du commerce et de la marine française. Ce qui retarda la Louisiane, c’est surtout le caractère plus commercial qu’agricole qui fut donné à l’organisation du pays dans le temps même où la France perdait ses flottes dans la guerre de la succession d’Espagne, et avec ses flottes son commerce maritime naissant. On choisit pendant longtemps les endroits de la contrée qui étaient plus favorables au négoce qu’à l’agriculture. On n’abandonna ce système qu'après avoir éprouvé des désastres irréparables. Le gouvernement anglais avait d’abord voulu, comme le faisait la France à l’époque où nous sommes arrivés, empêcher ses nationaux de former des établissements dans l’intérieur du pays et loin de la mer, Les motifs de cette politique, dit M. Barbé-Marbois, sont exprimés dans un rapport qui ne vit le juar que forttard, ‘Les

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contrées de l'Ouest sont fertiles, y remarquait-on, le climat en est tempéré, les planteurs s’y établissent sans obstacles; avec peu de travail, ils pourraient satisfaire à leurs besoins ; ils n’auraient rien à demander à l'Angleterre, et point de retour à lui offrir.” Mais la liberté et les institutions politiques des colons neutralisaient les effets de cette conduite intéressée.

La guerre que terminait la paix de Riswick, avait fait oublier le Texas et la Louisiane à la France ; mais la beauté de ces deux colonies méridionales y avait insensiblement attiré plusieurs Canadiens, qui finirent par s’y fixer et par en devenir ainsi lesfondateurs. Ils s'étaient établis dans le voisinage des bouches du Mississipi et sur la Mobile, pour trafiquer plus facilement avec les Iles françaises. Aussitôt que la tranquillité fut rétablie dans les deux mondes, ia cour reporta son attention sur la Louisiane. Les Espagnols, qui regardèrent de tout temps l'Amérique comme leur patrimoine exclusif, avaient vu l’entreprise de La Sale avec un œil jaloux : ils apprirent sa mort et la dispersion de ses compagnons avec une joie qu'ils dissimulèrent peu, et s’empressèrent de prendre possession du pays pour en éloigner les Français. Ils visitèrent différentes parties de la côts, et choisirent la baie de Pensacola, à l'extrémité occidentale de la Floride, pour y former leur établissement. Ils n’y étaient qe depuis peu de temps, lorsque d’Iberville parut.

A son retour de la baie d'Hudson, en 1697, ce navigateur

avait proposé au ministère de reprendre le projet formé sur 14 Louisiane, M. de Pontchartrain lui donna deux navires pour faire ar mer la découverte de l’entrée du Mississipi. D’Iberviile partit de La Rochelle, accompagné de MM. de Sauvole et de Bienville, dans le mois de septembre 1698. Mais il fut obligé par le mauvais temps de relâcher à Brest. Il remit à la voile à la fin d'octobre, et mouilla à Saint-Domingue au commencement de décembre. Il quitta cette île le 1er janvier 1699, et, le 27, il découvrit les côtes de la Floride. Il passa devant Pensacola, dont les Espagnols lui refusèrent l’entrée, et alla jeter l’ancre dans la baie de la Mobile. 11 revint ensuite à Saint-Domingue, puis il remit à la mer, et, plus heureux que La Sale, trouva enfin, perdue au milieu de terres basses et couvertes de roseaux, l'embouchure du fleuve que l’on cherchait depuis si longtemps. Le nouveau tributaire de l'Océan fut salué au

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chant du Te Deum. ‘“ Poursuivant sa découverte, d’Iberville arriva au village des Bayagoulas, composé de sept cents cabanes. On y voyait un temple, à peu près semblable aux habitations du lieu, en forme de dôme écrasé et de trente pieds environ de diamètre. Le capitaine y pénétra, et aperçut, à travers la fumée épaisse que produisaient dans cette enceinte deux bûches continuellement allumées, une quantité de peaux de divers animaux du pays, que l’on avait déposées devant les bizarres images noires et rouges d’une autre espèce d'animal qui était le dieu des Bayagoulas.”’* Plusieurs jours après, un chef sauvage remit à d'Iberville une lettre de T'onti, adressée à La Sale et datée de 1685 ; elle avait été trouvée dans un arbre.. Cette lettre acheva de le persuader qu’il était sur le Mississipi.

Après s'être avancé assez loin, d’'Iberville retourna sur ses pas. Il fit élever un fort dans la baie de Biloxi, située entre le Mississipi et la Mobile ; il y laissa Sauvole pour commandant et repassa en France. A son retour à Paris, il fut nommé chevalier de Saint-Louis et gouverneur général de la Louisiane, pour laquelle il se rembarqua avec une colonie composée presque entièrement de Canadiens. Il la mit à terre à Biloxi, dans le mois de janvier 1700. Ce pays, dont le climat est brûlant, le soi sablonneux et aride, présente un côte de quarante lieues d’étendue, où les bâtiments ne peuvent aborder. Les Français ne songeaient sans doute qu'aux avantages d’un commerce momentané en choisissant cette situation, et ils croyaient que les inconvénients seraient compensés par la facilité des communications avec les sauvages voisins, les Espagnols, les Iles françaises et enfin avec l’Europe.

La contrée était occupée par de nombreuses tribus: les Passagoulas, les Capinans, Les Chicachas, les Passacolas, les Biloxis, etc. Ces sauvages vinrent en cérémonie présenter le calumet de paix au représentant de la France. En témoignage d’honneur, ils lui frottèrent le visage de terre blanche, et lui donnèrent des fêtes qui durèrent plusieurs jours.

C’est à son retour d'Europe, que d’I'zville apprit l’apparition d’un bâtiment de guerre anglais sur le Mississipi, tandis que des colons de la Caroline s'étaient avancés jusque chez

* Histoire maritime de France par Léon Guérin, vol, 4.

les Chicachas sur la rivière des Yasous. L’attention des Anglais avait été attirée sur la Louisiane par une espèce de trahison du P. Iennepin,* qui, en dédiant au roi Guillaume III une nouvelle édition de sa ‘“ Description de la Louisiane,” avait invité ce prince protestant à prendre possession de ce pays, et à y faire prêcher l'Évangile aux infidèles. Guillaume, qui avait bien accueilli cette suggestion, avait envoyé trois bâtiments chargés de huguenots, pour commencer une colonie sur le Miss'ssipi : ces religionnaires poussèrent jusqu’à la province de Panuca, pour se concerter avec les Espagnols et chasser les Français catholiques de Biloxi;t mais leur projet n’eut point de suite, car ces derniers éprouvèrent à peine quelque opposition de la part des Espagnols ; et les rapports d'amitié et d'intérêt qui s’établirent entre les deux royaumes au commencement du siècle suivant, mirent fin aux réclamations de la cour de Madrid.

Un grand nombre de huguenots s'étaient établis dans la Virginie et dans plusieurs autres provinces anglaises depuis la révocation de l’édit de Nantes. Ils furent une précieuse acquisition pour la Caroline. Le Massachusetts leur donna le droit de représentation dans sa législature. Ils fondèrent plusieurs villes aujourd’hui florissantes. Ces malheureux, qui n’avaient pu perdre le souvenir de leur ancienne patrie, firent prier de nouveau Louis XIV de leur permettre de s'établir dans ses do-

maines : ils lui indiquèrent la Louisiane ; ils promettaient d’y :

vivre en sujets soumis et ne demandaient que la liberté de conscience ; ils l’assuraient que leur grand nombre rendrait en peu d'années ce vaste pays florissant. Louis XIV, qui s’attachait d'autant plus à son sceptre qu’il approchait du tombeau, les refusa. ‘ Le roi, écrivit Pontchartrain, n’a pas expulsé les protestants de son royaume pour en faire une république en Amérique.” Ils renouvelèrent encore leur demande sous la régence du duc d'Orléans ; ce prince dissolu fit la même réponse que son oncle le feu roi, quoiqu'il eût fort peu de religion d'aucune sorte.

Cependant d'Iberville remonta le Mississipi jusque chez les Canadu: Correspondance officielle,

+ Universal History, XI, 2178.

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Natchez, où il projeta de bâtir une ville. Pendant qu'il était chez les Tinssas, voisins des Natchez, il s'éleva un jour un orage épouvantable. Ja foudre tomba sur le temple des sauvages, et y mit le feu. Aussitôt ces barbares accoururent en poussant des hurlements terribles ; ils s’arrachaient les cheveux, levaient les mains vers le ciel, et se frottaient le corps et le visage de terre en invoquant le Grand-Esprit. Les mères apportaient leurs enfants, et, après les avoir étranglés, elles les jetaient dans le temple en flammes. Saisis d'horreur, d’Iberville et les autres Français firent tous leurs efforts pour arrêter ces barbares, et arracher les enfants des bras de leurs mères égarées. Malgré tout ce qu'ils purent faire, dix-sept enfants périrent dans le temple embrasé, qui fut réduit en cendres avec les idoles.*

Après un court séjour dans le pays, d’Iberville retourna à Biloxi, où il établit son quartier général et mit M. de Sauvole pour commandant. Il écrivit à Paris que les hommes d’expérience dans les affaires de l'Amérique étaient d'opinion, que jamais on n’établirait la Louisiane sans rendre le commerce libre à tous les marchands du royaume. Le gouvernement pensait alors tirer de nombreux avantages de la pêche des perles et de la vente du poil de bison, que l’on disait susceptible d’être filé comme la laine. Les rapports sur la découverte de mines d’or, d'argent et de cuivre à l’ouest du Mississipi, entretenaient aussi les espérances les plus éblouissantes. D’Iberville envoya Lesueur, son parent, prendre possession d’une mine de cuivre auprès de la rivière Verte, au nord-ouest du saut Saint-Antoine; mais, comme on ne put l’exploiter avec profit à cause de son éloignement, elle fut bientôt abandonnée. Quant aux prétendues mines d’or et d'argent qui faisaient tant de bruit, mais beaucoup plus en Europe qu’en Amérique, elles se dissipèrent peu à peu comme les illusions qu’elles avaient fait naître. Nous ne dirons rien de ces expéditions qui, ayant été inspirées par le désir d’un gain prodigieux, finissaient le plus souvent par la honte et la ruine : telles furent les tentatives d’un Portugais nommé Antoine, échappé des mines du Nouveau-Mexique, et qu’on employa pendant quelque temps à fouiller sans succès le sol de

RE nn il mérpniatedaninénstiemensiibniess, * Relation ou annale vérilable de ce qui s’est passé dans Le pays de 1699 à 1721,par Penicaut. Documents de Paris : 2de série,

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