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la Louisiane. Le seul résultat de ces expéditions fut de conduire les Français de proche en proche jusqu’à la source des affluents du Mississipi, dans le voisinage des Montagnes-Rocheuses. Ils remontèrent ainsi la rivière Rouge, l’Arkansas et le Missouri, à la poursuite de richesses qui fuyaient sans cesse comme les mirages du désert.
Pour continuer de récompenser les services de d’Iberville, le roi le fit capitaine de frégate, et le renvoya, à la fin de 1701, à la Louisiane avec trois bâtiments de guerre, dont l’un était commandé par son frère Le Moine de Sérigny. Il devait travailler à affermir la colonie qu’il avait fondée, et empêcher les Anglais de s'établir dans la Louisiane. D’Iberville chargea ses frères Sérigny et Bienville de fortifier certaines positions, et d'élever un fort à quatre bastions sur la Mobile. Il parcourut lui-même le pays, en remonta les rivières, nota ses productions, les bois, les pelleteries, les métaux, le chiffre de la population des contrées découvertes par La Sale ou par lui-même. Il recommanda au ministre d'envoyer des colons, surtout des cultivateurs, sur le territoire baigné par les eaux de la Mobile. Il y commenca même une habitation, et Bienville, son frère, devenu chef-résident de la colonie par la mort de M. de Sauvole, car il paraît que d’Iberville en resta toujours gouverneur, retira les habitants des sables arides de Biloxi pour les transporter dans cet établissement. La rivière de la Mobile n’est navigable que pour des pirogues, et le sol qu’elle baigne n’est. propre qu’à la culture du tabac ; mais “suivant le système d’alors, qui était de fixer la colonie hors du fleuve,” on voulait se rapprocher de l’île Dauphine ou île du. Massacre, située. vis-à-vis. Cette île possède un port qui, partage avec Biloxi l'avantage d’être à proximité des Espagnols, des Iles et de l’Europe ; mais elle est sauvage et stérile. La Mobile devint le chef-lieu de la Louisiane.
Petit à petit, cependant, la Louisiane se peuplait sous la protection de son fondateur, qui ne cessa d’exercer jusqu’à sa mort une grande influence sur sa destinée. Les fatigues et la maladie avaient ruiné la santé de d’Iberville. Après avoir été atteint d'une attaque de fièvre jaune en Amérique, il repassa en Europe en 1702. L'activité de son esprit était toujours la même. Il proposa au roi d'attaquer les flottes anglaises de la
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Virginie et de Térreneuve ; son plan de campagne fut agréé ; mais lorsque tout fut prêt, le gouvernement employa ailleurs les forces qu’il devait lui donner. D'Iberville forma un second projet, qu’il allait exécuter avéc trois vaisseaux de guerre, lorsqu'une nouvellé maladie vint le mettre aux portes du tombeau. A peine rétabli, il offrit au cabinet de Versailles d'aller surpendre la Barbade et d’autres îles occidentales, et d'enlever les convois des Anglais dans les mers de l'Amérique. Le gouvernement, liant ce projet à une entreprise qui avait été proposée par le vief d’escadre Ducasse contre la Jamaïque, accorda ce que demandait d'Iberville. Celui-ci parut dans lés Antilles en 1706 ; mais les Anglais, ayant appris le dessein des Français, s'étaient is sur leurs gardes : d’Iberville ne put donc rien entreprendre contre la Barbade. Il sé rejeta alors sur l’île de Nevis, qu’il enleva. Il y prit trente navires lès ans armés en guërre, les autres chargés de marchandises, et fit prisonniers le gouvérneur et tous les habitants, y compris plus de 7,000 nègres. La perte des Anglais fut immense. Cette conquête répandit de grandes richesses dans la Martinique, où d’Iberville alla déposer ses trophées.
Ce capitaine remit à la voile pour aller attaquer lès flottes marchandes de là Virginie et de T'erreneuvé, ét les côtes des colonies anglaisés depuis la Caroline jusqu’au Massachusetts. Il cingla vers la Havane pour tomber sur la flotté de ta Virginie pendant qu’elle s’assemblait pour retournér en Europe. « Mais cette entreprise importante, dit M. Léon Guérin, devait être interrompue par la fin prématurée de son éhéf. D’Iberville, dont la carrière avait été signalée par vingt ans de conibats, dé découvertes et d’utiles fondations, fut victime, à la Havane, d’une seconde attaque d’épidémié. C'était un héros dans toute l'étendue de l’éxpression. Sises campagnes prodigieuses par leurs résultats, obtenus avec les plus faibles moyens matériéls; avaient eu l’Europe pour témoin et not ie n0r8 san$ rétentissement dés voisinages du pôle, il eût eu, !° : à vivant et après sa mort, un nom aussi célèbre que ceux des J'éan Bart, des Duguay-Trouin' et des T'ourville, et füt sans aucun doute parvenu aux plus hauts grades et aux plus grands commandéments dans la marine.”
D'Iberville expira le 9 juillet 1706. Il était né à Montréal en 1662, et était fils de Charles Le Moine, seigneur de Longueil. Sa famille était originaire de Rouen en Normandie, D'Jberville avait commencé à servir son pays dès l’âge de
"torze ans; il avait fait l'apprentissage des armes à une r école, nos guerres avec les sauvages et avec les Anglais. Outre l'intelligence et la bravoure, nécessaires partout aux chefs, il fallait, en Amérique, aux chefs comme aux soldats, une force de corps infatigable, pour résister aux marches prodigieuses qu'ils étaient obligés d'accomplir, au milieu de pays incultes, dans toutes les saisons de l’année. Il fallait savoir manier le fusil comme la hache, l’aviron comme l'épée. Si le fondateur de la Louisiane excellait dans un genre de guerre si difficile et si meurtrier, il n’était pas moins habile sur mer, et, s’il fût né en France, il serait parvenu, comme l’a dit M. Léon Guérin, aux plus hauts grades dans la marine militaire. 11 livra une foule de combats sur mer, quelquefois contre des forces bien supérieures, et resta toujours victorieux. Il ravagea deux fois la partie anglaise de l’île de T'erreneuve et prit la capitale; il enleva Pemaquid, conquit la baie d'Hudson, fonda la Louisiane, et termina, à l’âge de 44 ans, sa carrière en servant glorieusement sa patrie comme chef d’escadre. Depuis la première fois qu'il avait eu la fièvre jaune, sa santé était restée chancelante. Sa mort fut une grande perte pour la Louisiane, qu’il servait puissamment, surtout à la cour, où son influence était toujours considérable dans les affaires de l'Amérique. Il avait dû son avancement au marquis de Denonville et à la faveur du roi. Louis XIV, qui aimait déjà sa noblesse naissante du Canada, l'avait fait capitaine de vaisseau en 1702.*
Deux ans après la mort de d’Iberville, M. Diron d’Artaguette vint à la Louisiane en qualité de commissaire-ordonnateur, charge qui correspondait dans les colonies naissantes à celle d’intendant dans les établissements plus avancés, et qui tenait à la fois, comme celle-ci, du civil et du militaire. Ce nouveau fonctionnaire travailla avec peu de succès à mettre les habitants en état de cultiver le sol. Tout cessa de progresser, la population, le commerce, les défrichements. Cependant en Europe on avait
* Gazette de France du 15 juillet 1702; Notes historiques: manuscrit de M. A. Barthelot.
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la”plus haute idée du pays. Comme on voyait la France s'opiniâtrer à le soutenir au milieu d’une guerre désastreuse, on conjectura qu'elle en tirait des secours prodigieux, et l'île Dauphine attira, dès lors, pour comble de malheur, l'attention des corsaires, qui la ravagèrent en 1711: ils causèrent au gouvernement et aux particuliers des dommages pour 80,000 francs. ‘ Une colonie, dit Raynal, fondée sur de si mauvaises bases, ne pouvait prospérer. La mort de d’Iberville acheva d'éteindre le peu d'espoir qui restait aux plus crédules. On voyait la France trop occupée d’une guerre malheureuse pour en pouvoir attendre des secours. Les habitants se croyaient à la veille d'un abandon total ; et ceux qui se flattaient de pouvoir trouver ailleurs un asile s'empressaient de l’aller chercher. Il ne restait que vingt-huit familles, plus misérables les unes que les autres, lorsqu'on vit avec surprise Crozat demander en 1742 et obtenir pour seize ans le commerce exclusif de la Louisiane.” Mais avant d’aller plus loin dans l’histoire de cette contrée, nous allons reprendre au point où nous l’avons laissée, celle du Canada, que la guerre de la succession d’Espagne vint troubler avant qu'il eût à peine goûté le repos dont il avait tant besoin, après la lutte acharnée qu’il venait de soutenir contre les colonies anglaises et contre les cinq nations.
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