‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 61 sur 76 · ET RTE RE POELE · texte numérisé non relu

ET RTE RE POELE

produisit aucun bien en Angleterre, et fit perüre peut-être le Canada à la cause de la confédération : en se déclarant contre les lois françaises et contre la religion catholique, le congrès armait nécessairement contre lui la population canadienne, et violait lui-même ces règles de justice éternelle sur lesquelles il voulait asseoir sa déclaration des droits de l’homme.

Il adopta ensuite trois adresses, l’une au roi, l’autre au peuple de la Grande-Bretagne, pour justifier l'attitude qu’il avait prise, et la troisième aux Canadiens, dans laquelle il exprima des sentiments to". contraires à ceux qu’il avait manifestés dans les résolutions dont nous venons de parler. Il leur exposait les avantages que procurerait une constitution libre, et les défauts que renfermait celle qu’on venait de leur donner. Il invoquait le témoignage de Montesquieu, pour condamner un pareil gouvernement. Il les invitait à se joindre aux autres colonies pour défendre leurs droits crmmuns, et à envoyer des délégués pour les représenter au congrès qui devcit s’assembler prochainement. ‘“ Saisissez, disait-il, l’occasion que la Providence elle-même vous présente; si vous agissez de façon à conserver votre liberté, vous serez effectivement Hbres. Nous connaissons trop les sentiments généreux qui distinguent votre nation pour croire que la différence de religion puisse préjudicier à votre amitié pour nous. Vous n’ignorez pas qu’il est de la nature de la liberté d'élever au-dessus de toute faiblesse ceux que son amour unit pour la même cause. Les cantons suisses fournissent une preuve mémorable de cette vérité : ils sont composés de catholiques et de protestants, et cependant ils jouissent d’une paix parfaite, et par cette concorde, qui constitue et maintient leur liberté, ils sont en état de défier et même de détruire tout tyran qui voudrait la leur ravir.”

L'adresse du congrès fut envoyée à un riche négociant de Montréal nommé Cazeau. (C'était un homme influent, non-seulement parmi les Canadiens, maïs aussi parmi les sauvages, à cause de l'étendue de son commerce et du nombre de ses employés. Cazeau, qui était Français de naissance, avait éprouvé de grandes injustices de la part du gouvernement anglais : aussi embrassa-t-il avec ardeur le parti des colonies insurgées. Dès qu'il eut reçu leur adresse des mains de Thomas Walker,

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autre marchand de Montréal, qui avait pris sur lui de représen- ® ter le Canada au congrès des Américains, il s’emnressa de la faire répandre dans toutes les parties du pays. Quoiqu'elle contint probablement la véritable pensée du congrès, elle ne put détruire entièrement l’effet de la résolution qu’il avait adoptée contre le catholicisme. Dans leur juste défiance, la plupart des meilleurs amis de la cause de la liberté restèrent indifférents ou refusèrent de prendre part à la lutte qui commençait. Beaucoup d’autres Canadiens, gagnés par la loi de 1774, promirent de rester fidèles à l'Angleterre et tinrent parole. Ainsi une seule pensée de proscription, mise au jour avec légèreté, fut cause que la confédération américaine voit aujourd’hui la dangereuse puissance de son ancienne métropole se consolider dans le Nord, pour peser sur elle de tout son poids et la menacer sans cesse de ses guerrières légions.

Carleton, fait général-major et chevalier du Baïn en témoignage de sa bonne conduite, revint en Canada dans le mois d'octobre 1774, et inaugura la nouvelle constitution. Il composa le conseil législatif de vingt-trois membres, dont le tiers étaient catholiques. Ce conseil siégea deux ou trois fois et fut ajourné. Plusieurs Canadiens furent élevés aux charges publiques, qui avaient été occupées jusqu’alors exclusivement par des Anglais ou par des Suisses, à l’exception de celles de grand voyer et de secrétaire français, dont les émoluments étaient peu de chose et pour lesquelles il fallait des hommes versés dans la langue et les usages du pays. Le régime féodal fut conservé, et les séminaires furent reconnus suivant les règles de leur fondation.* Mais les Canadiens savaient que ce n’était que par politique qu’on leur faisait partager ainsi quelques-unes des faveurs du gouvernement; que malgré le changement de constitution, ils seraient toujours exclus des principaux emplois, et que pour le petit nombre de ceux qui leur seraient abandonnés, on saurait choisir des instruments dociles, dont la conduite ferait assez voir à quelles conditions leur acquisition aurait été faite.

Cependant à peine le gouverneur avait-il eu le temps de prendre connaissance de l’état du pays, dont il avait été absent pendant plusieurs années, et de compléter les arrangements

* Instructions royales de 1775.

rendus nécessaires par la loi de 1774, que son attention fut appelée sur les frontières et sur la propagande que les Américains cherchaient à faire en Canada, où leur adresse avait pénétré par plusieurs voies à la fois.

Les beaux noms de liberté et d'indépendance nationale ont toujours fait une vive impression sur les âmes nobles et généreuses ; le cœur ne les entend jamais prononcer sans une émotion profonde. Le citoyen policé de Paris, le pâtre grossier de la Suisse, sentent de la même manière à cet égard. L'adresse du congrès, malgré l’imprévoyance d’une partie de sa rédaction, fit la plus grande sensation parmi les Canadiens de la campagne, et parmi les Anglais des villes, lesquels, n’espérant plus dominer exclusivement, songèrent pour la plupart à se faire révolutionnaires. La situation de Carleton devint excessivement difficile. Heureusement pour lui, le clergé et la noblesse avaient été inviolablement attachés à l’Angleterre par la coufirmation de la tenure seigneuriale et de la dîme, deux institutions qu'ils n’espéraient point conserver dans le mouvement niveleur d’une révolution ; et avec ces deux classes marchait la bourgeoisie des villes, peu riche et peu nombreuse.

Par la crainte d'exposer leur religion et leur nationalité, en entrant dans une confédération à la fois anglaise et protestante, crainte qui n’était pas chimérique, puisque cette confédération achève de noyer les Français à la Louisiane, le clergé et les seigneurs résolurent de s'opposer à toutes ses attaques et de défendre leur pays pour le conserver à l'Angleterre monarchique, située à mille lieues d'eux, et à cause de cela même moins menaçante pour l'existence de leurs institutions.

Au surplus, lors même que les Canadiens n'auraient pas été offensés par la déclaration du congrès contre la religion catholique et les lois françaises, ils conservaient toujours dans leur cœur cette haine pour tous les Anglais, quels qu'ils fussent, qu’ils avaient contractée dans nos longues guerres, et ils confondaient dans la même pensée ceux du Canada avec ceux des pays voisins ; ils ne voyaient dans les uns et dans les autres qu’une même race d’onpresseurs turbulents et ambitieux. Instrnit de ces sentiments, le gouverneur put croire que la majorité de la population serait entraînée par les classes supérieures et par l'estime personnelle qu’elle lui portait, et que, si elle n’était pas

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tendait d’eux, quelques-uns seulement répondirent à leur appel ; le plus grand nombre déclarèrent qu’ils ne porteraient pas les armes contre les Américains. ‘ Nous ne connaissons, dirent ces neutres, ni la cause, ni le résultat de leur différend : nous nous montrerons loyaux et fidèles sujets par une conduite paisible et par notre soumission au gouvernement sous lequel nous nous trouvons ; mais il est incompatible avec notre état et notre condition de prendre parti dans la lutte actuelle.” Quelques jeunes seigneurs, pleins de zèle,voulurent les menacer dans quelques endroits; on leur fit comprendre que cette conduite avait des dangers pour eux, et ils furent obligés de s’enfuir précipitamment. :

Cependant les événements devenaient plus graves de jour en 4 jour, et loin d’aller attaquer les Américains dans leur pays, comme il l’aurait peut-être fait avec les troupes et les Canadiens, si ces ii derniers eussent montré de la bonne volonté, le gouverneur se PE vit tout à coup menacé d’une invasion par un corps d’insurgents.

, Le sang avait déjà coulé à Lexington et à Concord, dans le mois | d'avril 1775, et les troupes avaient perdu près de 300 hommes. ja Les Américains couraient partout aux armes, et s’emparaient te des forts, des vivres et des arsenaux. Le colonel Ethan Allen, “| aidé du colonel Arnold, avait surpris ainsi le fort Ticonderoga, FF gardé par une cinquantaine d'hommes, et y avait trouvé plus de 118 pièces de canon; c’était une acquisition précieuse. Le colonel Warner s’empara de son côté de Crown-Point, et acheva de rendre les insurgents :naîtres du lae Champlain dès le début des hostilités et sans qu’ils eussent essuyé de pertes. Le fort Saint-Jean tomba aussi en leur pouvoir; mais il fut repris le surlendemain par M. Picoté de Belestre, à la tête de 80 volontaires canadiens. #

Le congrès se réunit à Philadelphie le 10 juin. Gomme la # mère patrie était décidée à faire triompher sa politique par la 4 force des armes, il prit les mesures les plus promptes et les plus +

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énergiques pour lui résister. Le ministère anglais avait dissous le parlement pour avoir l’opinion du peuple de la Grande-Bretagne sur cette grande question. Les nouvelles chambres répondirent au discours du roi qu’elles le soutiendraient dans ses efforts pour maintenir la suprématie de la législature impériale. On fit des remarques outrageantes sur la bravoure des Américains, dans les débats qui eurent lieu à l’occasion d’une demande de soldats pour porter l’armée du général Gage, à Boston, à dix mille hommes. ‘“ Cette armée est suffisante, dit un ministre, pour faire rentrer dans le devoir de lâches colons.” Franklin, après avoir fait de vains efforts pour ramener l’Angleterre à des sentiments plus pacifiques, rentra dans sa patrie, où il prêta encore le secours de ses lumières à ses concitoyens dans une lutte qu’il avait inutilement travaillé à prévenir. Peu de temps après, les généraux Howe, Burgoyne et Clinton arrivèreat d'Europe avec des renforts.

Le congrès fit mettre toutes les provinces en état de défense. Il ordonna de bloquer l’armée anglaise qui était à Boston et de former une armée continentale, dont le commandement en chef fut donné au général Washington. Il envoya en même temps une nouvelle adresse aux Canadiens pour leur démontrer la tendance pernicieuse de la loi de 1774, et pour excuser la prise de Ticonderoga et de Crown-Point, devenue nécessaire pour le salut de la cause commune.

Pendant que le congrès siégeait encore, se livra, le 16 juin, Ja bataille de Bunker’s hill, dans laquelle le général Gage n’emporta qu’au troisième assaut les retranchements des insurgés, moitié moins forts que lui en nombre. Cette affaire, qui coûta des pertes considérables aux Anglais, fut la plus sanglante et le plus disputée de tout, la guerre ; elle remplit les Américains de confiance en eux-mêmes, les vengea des insultes du parlement impérial, et apprit aux troupes royales à respecter leur courage. Le colonel Arnold, qui avait assisté à la prise de Ticonderoga, proposa alors au congrès d’envahir le Canada ; il promettait de s'emparer du pays avec 2,000 hommes. Le congrès, se voyant menacé d’une attaque de ce côté par Carleton, jugea que le meilleur moyen de prévenir une invasion était de faire marcher une armée sur Québec, dont le chemin était ouvert depuis que les Américains avaient acquis la suprématie sur

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lelac Champlain. Cette audacieuse entreprise devait rendre la guerre offensive. Le congrès était d'autant plus porté à embrasser.ce parti qu’il était informé que les Canadiens, excepté la noblesse et le clergé, étaient fort mécontents du nouvel ordre de choses, et que les insurgents seraient reçus plutôt en libérateurs qu’en ennemis.

Le général Schuyler avait été nommé au commandement de l’armée du Nord. Le congrès lui ordonna de s’emparer de Saint- Jean, de Montréal et de quelques autres parties du Canada, pourvu que cette agression fût possible et ne mécontentât pas les habitants. Il prévoyait que le gouverneur de cette province sortirait de Québec avec ses troupes pour défendre la frontière du lac Champlain; la conquête de Québec, qui était la clef d u pays, devenait alors facile, puisqu'il n’était pas probable que l’Angleterre pût envoyer de renforts avant l’hiver et l’interruption de la navigation du Saint-Laurent par les glaces. Si ses prévisions se réalisaient, même en partie, il ferait faire une tentative sur cette ville, en détachant un corps, qui pénétrerait par les rivières Kénébec et Chaudière. Si l’entreprise ne réussissait point, il comptait toujours obliger Carleton à revenir sur ses pas pour protéger sa capitale, ce qui laisserait sans défense les frontières méridionales du Canada, et les exposerait aux courses des troupes américaines, cominandées par les généraux Schuyler et Montgomery.* En effet ceux-ci débarquèrent sous le fort

Saint-Jean, dans le mois de septembre, à la tête d’environ 1,000 hommes. Après avoir reconnu la force de la place, qu’ils trouvèrent bien gardée, et reçu plusieurs petits échecs de la part d’une bande de sauvages, commandée par les frères Lorimier, ils se retirèrent dans l’île aux Noix. En entrant dans le pays, ils avaient adressé une proclamation aux Canadiens pour les informer qu'ils étaient envoyés par le congrès dans le but de les faire jouir, en leur qualité de sujets britanniques, des droits dont ils

* Ce dernier était le même Montgomery qui servait dans l’armée du général Wolfe en 1759, et qui commandait le détachement anglais envoyé pour brûler Saint-Jonchim. Après la guerre, il s’était établi dans la Nouvelle-York, où il avait épousé une Américaine. Dans les difficultés qui survinrent entre les colonies et l'Angleterre, il embrassa le parti des premières, et, comme ancien officier, il fut élevé aux plus hauts grades de l’urmée révolutionnaire,

avaient été injustement dépouillés et qu'ils devaient posséder, quelle que ‘ii leur religion ; que l’armée du congrès était uniquement des:;.60 à agir centre les troupes royales, et qu’elle respecterait la personne, les biens, la liberté, les autels des Canadiens. Cette proclamation fut répandue partout dans les campagnes.

Aux premières nouvelles de l'invasion, Carleton avait envoyé des troupes vers le lac Champlain. Il n’y avait dans le pays que deux régiments, qui formaient environ 800 hommes. Les habitants du bas de la province, indifférents à tout ce qui se passait, restaient tranquilles ; ceux du haut, plus rapprochés du théâtre des événements, chancelaient et paraissaient pencher du côté de la révolution; mais, pour les motifs que nous avons déjà exposés, ils désiraient garder aussi la neutralité. Quant aux Anglais, que l’on mettait dans la balance avec les Canadiens lorsqu'il s'agissait des faveurs de la métropole, ils ne comptaient point dans la lutte actuelle, à cause de leur petit nombre; d’ailleurs, la plupart tenaient ouvertement ou secrètement pour le congrès,t et le pouvoir n’ignorait pas leurs conciliabules à Québec et à Montréal. Tel était l’état des esprits lorsque le gouverneur proclama la loi martiaie, le 9 juin, et appela la milice sous les armes pour repousser l'invasion et maintenir la paix intérieure. Cette mesure inattendue et sans exemple encore en Canada, eut le plus mauvais effet. Quelques paroisses, ayant été menacées de contrainte par M. de la Corne, se mirent même en défense au passage de Lachenaye. En préjugeant les opinions, en proférant des menaces, on alarma les indifférents, et l’on força ceux qui s'étaient compromis à se déclarer. Le secours du clergé fut invoqué. L'évêque de Québec adressa une ciroulaire aux catholiques de son diocèse, pour les exhorter à soutenir la cause de l’Angleterre et à repousser l’invasion américaine. 11 s’efforçait de leur montrer par des exemples que leur religion n’avait rien à attendre des puritains et des indépendants, s'ils se livraient à eux. Cette vérité était surtout développée dans un long mandement, publié en 1776. Ni la proclamation, ni la circulaire ne purent faire sortir les habitants de leur indifférence.

+ Manuscrit de Sanguinet, avocat de Montréal.—Journals of the provincial congress, provincial convention, committee of safety, &e. ef the State of New-York, vol. II.

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Voyant que la population restait sourde à ses appels, le gouverneur proposa de lever des corps de volontaires pour servir jusqu’à la fin de la guerre. Il offrit les conditions les plus avantageuses: chaque soldat recevrait 200 arpents de terre, s’il était célibataire ; 250, s’il était marié, et 50 pour chacun de ses enfants ; son engagement durerait jusqu’à la fin des hostilités, et les terres ainsi données seraient exemptes de toutes charges pendant vingt ans. Ces offres firent peu de prosélytes, et Carleton se vit forcé de chercher ailleurs des secours. Il envoya des émissaires chez les sauvages ; il s’adressa surtout aux Iroquois. Quinze années de paix semblaient avoir fortifié leur confédération, qui reprenait son ascendant sur les autres tribus : leur exemple pouvait entraîner ces dernières et procurer à la Grande-Bretagne d’autres auxiliaires. Mais il fallait de l'adresse et de puissants moyens de séduction pour déterminer les cantons à prendre part à une guerre dans laquelle ils n’avaient aucun motif de préférence pour l’un ou pour l’autre parti. Les vieillards regardaient cette lutte civile comme une expiation des maux que les Européens leur avaient fait souffrir. ‘ Voilà, disaientils, la guerre allumée entre les hommes de la même nation : ils se disputent les champs qu’ils nous ont ravis. Pourquoi embrasserions-nous leurs querelles, et quel ami, quel ennemi aurionsnous à choisir? Quand les hommes rouges se font la guerre, les hommes blancs viennent-ils se joindre à l’un des partis ? Non; ils laissent nos tribus s’affaiblir et se détruire l’une par l’autre; ils attendent que la terre, baignée de notre sang, ait perdu ses habitants pour la saisir. Laissons-les, à leur tour, épuiser leurs forces et s’anéantir ; nous recouvrerons, quand ils ne seront plus, les forêts, les montagnes et les lacs qui appartinrent à nos ancêtres.”

Voici ce que Cazeau leur faisait dire par ses émissaires, pour les empêcher d’embrasser la cause de l’Angleterra : ‘ C’est une guerre de frères ; après la réconciliation, vous resteriez ennemis des uns et des autres.” Mais le chevalier Johnson, MM. Campbell et de Saint-Luc les travaillaient dans

un sens opposé, et ils se firent surtout écouter des jeunes gens. Campbell leur prodigua les présents: l'or fit son effet, et Johnson finit par engager la plupart des chefs à descendre à Montréal pour prendre la hache. Ils s’obligèrent à entrer en cam-

pagne le printemps suivant, lorsque les Anglais auraient terminé les préparatifs de guerre qu'ils avaient commencés. Pendant que le gouverneur était à Montréal, il vit arriver une troupe d’Iroquois; le colonel Guy Johnson, qui la commandait, fit voir la nécessité de mettre les sauvages en campagne, parce que ces peuples n'étaient pas accoutumés à rester dans l'inaction en temps d’hostilités. Carleton répondit que ses forces étaient trop faibles; que le pays dépendait de la milice pour sa défense; qu'il espérait pouvoir en réunir bientôt un corps assez considérable, et qu'il fallait en attendant amuser les sauvages, parce qu'il ne jugeait pas qu'il fût prudent de sortir encore de la province.*

Le gouverneur voulait aller au secours de Saint-Jean avec quelcues habitants des campagnes des Trois-Rivières et de Montréal ; mais on a déjà pu voir qu’il devait peu espérer de les trouver disposés pour cela. Les paroisses de la rivière Chambly, allant plus loin qu’elles n'avaient voulu d'abord, étaient déjà emportées par le torrent, et se déclaraient pour les rebelles ; elles avaient même envoyé des émissaires dans toutes les autres paroisses pour les engager à en faire autant, et pour les presser de ne point s’opposer à ceux qui venaient pour renverser l'oppression britannique. Presque tout le district des Trois-Rivières refusa de marcher à l’ordre du gouverneur. Les royalistes, au nombre de quelques centaines, répondirent à son appel en se rendant à Montréal ; mais, s'étant aperçus que le gouverneur paraissait douter de leur fidélité, ils s’en retournèrent pour la plupart dans leurs foyers. Les habitants de Chambly se réunirent aux insurgés américains, commandés par les majors Brown et Levingston, et que le général Montgomery avait détachés pour prendre le fort qu’il y avait dans ce village. Le fort fut lâchement livré, après un jour et demi de siége, par le major Stopford, quoique les murailles n’eussent pas été endommagées, que la garnison, comparativement nombre‘se, n’eût pas perdu un seul homme, et que ce poste fût abondamment pourvu de toute sorte de munitions.t Stopford livra ses armes

*“ Extracts from the records of indian transactions under the superintendency of colonel Guy Carleton, during the year 1776.

+ Journal tenu pendant le siége du fort Saint-Jean par un de ses défenseurs, M, Antoine Foucher.

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HISTOIRE DU CANADA. déi

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et sos drapeaux aux vainqueurs, qui trouvèrent dans le fort dixsept bouches à feu et une grande quantité de poudre, dont manquait le général Montgomery. Cette conquête inattendue mit ce général en état de continuer plus vigoureusement le siége de Saint-Jean. Après la prise de Chambly, les habitants de ce lieu allèrent renforcer l’armée américaine. Ainsi cette guerre,

is 0 par la division des Canadiens, prenait déjà le caractère d’une ientôt un guerre civile. La plupart des Anglais tenaient dans l’automne, à anses ouvertement ou secrètement, pour la cause des insurgés. Une udent de grande partie des habitants de la campagne l'avaient embrassée ou faisaient des vœux pour son succès; le reste voulait rester ban: àvsé neutre, Seuls le clergé et les seigneurs, avec une portion de la où de bourgeoisie des villes, demeuraient franchement attachés au spérer de gouvernement établi, et leur influence réussit à maintenir la à sie majorité des Canadiens dans la neutralité. Aussi peutd'abord, on dire que c'est le clergé qui fut, à cette époque, le véripeur:les table sauveur des intérêts de la métropole dans la colonie. hs:toutes Le gouverneur persistait toujours à vouloir secourir le fort 6h biur k Saint-Jean, où une partie de la garnison n'avait que des barapour Ten ques en planches pour se mettre à l’abri. (Ce fort était la elef tiot:-des de la frontière du côté des provinces en armes. Il ordonna rares au colonel McLean, qui con.mandait à Québec, de lever des à dirent à milices et de monter à Sorel, où il irait le joindre lui-même. rqus que Cet officier parvint au rendez-vous avec environ 300 hommes, n heloai, qui commencèrent aussitôt à déserter. Le gouverneur en avait Hante ds réuni de son côté 800, sous les ordres de M. de Beaujeu ; mais ndés par au lieu de descendre à Sorel, il voulut traverser à Longuei!, tgomery sur la rive droite du Saint-Laurent, en présence d’un petit > village. corps américain avantageusement placé. Il allait faire opérer jége, par le débarquement lorsqu'il fut arrêté par la crainte de voir passer nétdies. ses gens à l’ennemi. Il se retira après avoir reçu quelques se, n’eût coups de fusils et de canons en passant près de la rive, et anatisnt laissé aux mains de l’ennemi les Canadiens et les sauvages qui natlède avaient sauté à terre.

Le colonel McLean devait marcher en même temps sur Saint- > superin- Jean; ils’avança jusqu’à Saint-Denis; mais trouvant les ponts du he. rompus et les paroisses soulevées, il jugea à propos de retourner

à Sorel, où ses gens, gagnés par les émissaires de Chambly, l’abandonnèrent presque tous ; ce qui l’obligea de se retirer au

plus vite à Québec, après avoir fait enlever les armes et les poudres qu’il y avait à Sorel et aux Trois-Rivières. Le fort Saint-Jean, n'ayant plus d’espoir d’être secouru, se rendit après un siége de 45 jours. La garnison, au nombre de 500 hommes, demeura prisonnière; le vainqueur permit aux officiers des troupes et aux volontaires canadiens de garder leurs armes eomme un témoignage honorable de leur courage.

Les succès inattendus qui couronnaient la cause des Américains dès le commencement, leur coûtèrent à peine quelques soldats, en comptant même ceux qu’ils perdirent à la Longue- Pointe, près de Montréal, lorsque le colonel Allen et le major Brown voulurent surprendre cette ville à l’aide des intelligences qu'ils avaient dans sn enceinte. (Cette entreprise hardie manqua faut: d'ensemble dans les mouvements. Allen seul put traverser dans l’île à la tête de 110 hommes. Rencontré par le major Carden, sorti de Montréal avec 300 volontaires canadiens et une soixantaine de soldaës et de miliciens anglais, * il fut cerné, battu et fait prisonnier avec une partie de ses gens, Pendant le combat, le gouverneur et le général Prescott se tenaient dans lu cour des casernes de la ville avec le reste des troupes, qui avaient le sac sur le dos, afin de s’embarquer pour Québec si les royalistes étaient défaits. (Cette victoire ne retarda néanmoins la retraite du gouverneur que de quelques jours ; car le général Montgomery ne fut pas plutôt maître de Saint-Jean, qu’il poussa ses troupes en avant vers Montréal, Sorel et les Trois-Rivières. La défection des habitants et la retraite du colonel McLean laissaient Carleton presque sans défenseurs. Se voyant abandonné, il se jeta sur un petit bâtiment qu’il y avait dans le port de Montréal, et partit avec une centaine d'officiers et de soldats et quelques habitants pour Québec. Mais les vents contraires l’ayant arrêté à La Valtrie, à quelques lieues de Montréal, il fut obligé de se déguiser en villageois et de monter sur la berge à rames d’un caboteur nommé Bouchette, pour s'échapper au milieu de la nuit. {lne s'arrêta que quelques heures aux Trois-Rivières, où il parut en

* Memoir of colonel Ethan Allen. Une trentaine de marchands anglais seulement voulurént marcher, les autres refusèrent: Mémoires de Sanguinet.—# C’est là, dit ce royaliste, où l’on reconnut le plus ouvertement les traîtres”—(Manuacrit).

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fugitif, comme le colonel McLean quelques jours auparavant, et en repartit au moment où les Américains allaient y entrer.*

Tandis que le gouverneur fuyait, Montréal avait ouvert ses portes à Montgomery, à qui les faubourgs protestèrent de leur sympathie pour la cause de la révolution.

La ville des Trois-Rivières, dépourvue de soldats, suivit l’exemple de Montréal. Les citoyens envoyèrent des députés demander au général américain de les traiter comme il avait traité ceux de Montréal. Montgomery répondit qu'il était fâché de leur causer des craintes pour leurs propriétés ; qu’il était venu pour conserver non pour détruire, et que si la Providence continuait à favoriser ses armes, il espérait que cette province, bientôt plus heureuse, jouirait d’un gouvernement libre. Une partie de la population anglaise se joignit aux insurgents, et les Canadiens, ralliés à la révolution, désarmèrent les royalistes de cette petite ville. Les Américains qui descendaient à Québec dans la flottille qui avait suivi le gouverneur à Lavaltrie et qu’ils avaient enlevée sans coup férir, se réunirent au corps du général Arnold à la Pointe-aux-Trembles. Arnold, qui trahit ensuite la cause de sa patrie, avait été marchand de chevaux. Il tenait de la nature un corps robuste, un esprit ardent, un cœur inaccessible à la crainte. Dans les circonstances fâcheuses où il s'était souvent trouvé, il avait acquis une assez grande connaissance des hommes, qui compensait chez lui le défaut d’éducation. Une grande réputation de courage et de talents militaires le fit choisir par Washington pour commander le corps qui devait se détacher de l’armée devant Boston, et pénétrer par la rivière Kénébec et la rivière Chaudière jusqu’à Québec, suivant le plan mentionné plus haut. Ses instructions, semblables à celle du général Montgomery, lui défendaient de troubler’

sous aucun prétexte la tranquillité des Canadiens ou de blesser leurs préjugés. Elles lui ordonnaient de respecter leur religion, de payer libéralement toutes les choses dont il pourrait avoir besvin, et de punir avec rigueur les soldats qui commettraient des désordres. Il mit six semaines à passer la chaîne des Al. léghanys et à se rendre de Cambridge à Québec. Il traversa

“ Journal tenu sux Trois-Rivières en 1775-6 par M, Badeaux, notaire et royaliste. —(Manuacrit.)

le fleuve au Foulon.: et parut, le 13 novembre, dans les plaines d'Abraham avec 650 hommes seulement. Obligé de cheminer dans un pays complétement sauvage, et de suivre des rivières remplies de rapides et de dangers, il n’avait pu surmonter tous ces obstacles qu’en sacrifiant la plus grande partie de ses munitions et de son bagage, et 5n se réduisant à vivre de fruits sauvages et de feuilles d'arbre. Arrivé à la source de la rivière Kénébec, il renvoya les malades et tous ceux qui ne se sentaient pas la force ou le courage de le suivre plus loin. Trop faible pour attaquer Québec seul, il remonta la rive gauche du Saint- Laurent jusqu’à la Pointe-aux-Trembles afin d'opérer sa jonction avec le général Montgomery. Quoique les deux corps réunis ne formassent qu'environ 1,000 à 1200 soldats, ils se rapprochèrent aussitôt de la capitale, qu'ils investirent dans les premiers jours de décembre.

Le gouverneur y était rentré le 13 novembre, après avoir manqué une troisième fois d’être pris à la Pointe-aux-Trembles, où il avait voulu mettre pied à terre. Il n’avait eu que le temps de se dérober aux troupes du colonel Arnold, qui entraient alors dans le village. Il trouva la population de la ville partagée en deux camps, et fort indécise sur le parti à embrasser. Il y avait eu déjà plusieurs assemblées. Le 13 novembre, il s’en était tenu une dans la chapelle du palais épiscopal, pour discuter la question de savoir si l’on devait défendre la ville. Le colonel McLean apprit en arrivant à Québec qu’elle délibérait ; il entra dans la chapelle et trouva le nommé Williams, premier signataire de le pétition que les marchands anglais avaient adressée àu roi l’année précédente, qui cherchait du haut de la chaire où il était monté, à persuader aux habitants de livrer la ville à l’armée du congrès ; le colonel McLean le fit descendre, dissuada l’assemblée de suivré un si lâche conseil et la congédia. Le bruit courait que les citoyens anglais avaient préparé une capitulation pour l’offrir au colonel Arnold. Aussitôt que le gouverneur fut rentré dans Québec, il fit tout ce qu’il put pour mettre cetté ville en état de défense, et pour encourager les ci- .toyens à faire leur devoir en restant fidèles au gouvernement. 11 assembla la milice bourgeoise et en parcourut les rangs, en commençant par les Canadiens, qui occupaient la droite, et auxquels il demanda s'ils étaient résolus à se défendre en bons et

plaines loyaux sujets ; tous répondirent affirmativement par des acclaheminer mations. Les miliciens anglais en firent ensuite autant. Mais rivières comme il restait bien des gens encore mal affectionnés, qui dési- LE

er tous raient le succès de la révolution, le gouverneur ordonna, le 22 ‘if >s muni- novembre, à tous ceux qui ne voulaient pas prendre les armes que its sau- de sortir de la ville. Nombre de marchands anglais, Adam Hi}

rivière Lymburner à leur tête, se retirèrent dans l’fle d'Orléans, à ME

Charlesbourg, et dans d’autres campagnes, attendant le résultat de la lutte, pour crier, Vive le roi! ou, Vive la ligue !

entaient p faible Saint- Sa joncorps rérapproles pre-

ir manbles, où temps nt alors agée en Il y

il s’en discue. Le rait; il niér siadreschaire a ville re, disigédia.

réparé 5t que 6 pour les ciment.

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