‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 8 sur 76 · PRES LES · texte numérisé non relu

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plus cruel qu'il était commis au préjudice d’un peupie que sa faiblesse même devait protéger. Mais, dans le premier moment, M. de Callières crut la péninsule acadienne sauvée, et il ne pensait plus qu’à la province qu’il avait immédiatement sous ses ordres, lorsqu'il mourut le 26 mai 1703. Il fut vivement regretté des Canadiens, qu’il servait avec beaucoup de diligence et d’habileté depuis plus de vingt ans. Il avait été nommé gouverneur de Montréal, en 1684, sur la présentation du séminaire de Saint-Sulpice, investi de ce droit comme seigneur de l’île. Il avait remplacé Perrot, que sa violence avait fait destituer. M. de Callières avait ensuite succédé, en sa qualité de second officier militaire du pays, à M. le comte de Frontenac à la tête du gouvernement de toute la Nouvelle- France. Son administration avait duré quatre ans et demi. Ayant fait du Canada sa patrie adoptive, il contribua beaucoup, par ses actes et probablement par ses conseils, à déterminer la France à mettre dans les Caradiens cette confiance qu’ils ne trahirent jamais.

Le marquis de Vaudreuil, gouverneur de Montréal, fut choisi à la demande des habitants pour succéder à M. de Callières. Ce ne fut pas sans quelque répugnance qu’on lui accorda cet honneur, car, en 1706, le ministre, qui le blâmait de :.ontrer trop de faiblesse pour des parents auxquels il laissait faire la traite contre les ordonnances, lui écrivit que le roi avait eu de la peine à se décider à le nommer à cette haute charge, parce que sa femme était du Canada. Plus tard on verra faire les mêmes observations à l’occasion de son fils. Mais la règle dont il est question ici fut ensuite abandonnée, et il est digne de remarque que la cour de Versailles suivit en cela une conduite contraire à celle de Londres ; car, tandis que celle-ci cherchait à soustraire aux colonies une partie de leurs libertés, et leur ôtait le droit d'élire leurs gouverneurs, la France se faisait comme une loi de nommer aux fonetions publiques des hommes qui étaient nés dans ces provinces lointaines, ou qui y avaient fait une longue résidence.

La confédération iroquoise était alors à l’apogée de sa gloire ; elle voyait tour à tour les Anglais et les Français briguer son alliance: ce qui plaisait à son orgueil et flattait son ambition. Elle se crut l'arbitre des deux peuples. Un de s°s

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chefs, mécontent de la guerre qui venait d’éclater, disait avec une fierté naïve: ‘“ Il faut que les Européens aient l’esprit bien mal fait : ils font la paix entre eux et un rien leur fait reprendre la hache ; pour nous, quand nous avons fait un traité, il nous faut des raisons puissantes pour le rompre.” Ces peroles, qui renfermaient un reproche, faisaient connaître assez cependant au gouverneur que les Iroquois respecteraient le traité de Montréal, au moins pendant quelque temps. Fidèles à leur ancienne politique, ils voulaient jouer le rôle de médiateurs, et M. de Vaudreuil, qui avait pénétré leur dessein, en avait informé le roi. Louis XIV lui fit répondre que, si l’on était sûr de faire la guerre avec succès, sans encourir de trop fortes dépenses, il fallait rejeter les propositions des cantons qui voulaient comprendre les Anglais dans la neutralité ; mais que, si le succès de la guerre était douteux, il fallait ménager cette neutralité sans passer par la médiation des Iroquois.

On resta sur la défensive dans la partie occidentale du Canada. Comme on était trop faible pour attaquer les colonies anglaises, le ministre manda au gouverneur de mettre toute sa politique à maintenir ses alliés en paix ensemble et à conserver sur eux l'influence française, double tâche qui exigeait autant d'adresse que de prudence. M. de Vaudreuil possédait ces qualités ; il connaissait surtout parfaitement le caractère des indigènes : un air de froide réserve de sa part dans certaines circonstances qu’il savait choisir, lui ramenaït quelquefois des tribus près de l’abandonner.

Rassuré du côté des cinq cantons, il tourna ses regards vers les contrées occidentales. Les Hurons paraissaient pencher vers les Anglais, et les Outaouais et les Miâmis cherchaient à guerroyer avec la confédération iroquoise, dont ils attaquèrent même quelques bandes près de Cataracoui. La paix fut en danger pendant quelque temps. Les sauvages du Détroit avaient envoyé des députés à Albany. Le colonel Schuyler, l’homme le plus actif du parti de la guerre dans la Nouvelle-York, et l’ennemi le plus acharné des Français, faisait tous ses efforts, jusqu'à compromettre sa fortune, pour rompre l'alliance qui existait entre les Iroquois et le Canada. Sans les Abénaquis, il aurait gagné une partie des Iroquois chrétiens du saut Saint-Louis et de la Montagne ; il avait même réussi, par ses intrigues, qu’il

étendait de tous côtés, à engager, en 1704, quelques sauvages à mettre le feu au Détroit et à disperser les colons qui s’y étaient 3 et

établis. Tont annonçait enfin une crise, peut-être un soulève- 4 po ment général. Mais une fois que M. de Vaudreuil eut entre D av les mains les fils de ces menées, il sut par des négociations mul- 4 tipliées et conduites avec la plus grande habilité, non-seulement fé. e conjurer l’orage qui le menaçait, mais tourner les armes des Iro- 4 {4 quois chrétiens qui avaient été près de l’abandonner, contre à Ou {ne ceux-là mêmes qui les avaient soulevés, contre les Anglais. à à ; Maintenir les nations sauvages en paix, c'était toujours À ens

une tâche très-difficile ; mais c'était presque une tâche impossible lorsque la France et l’Angleterre avaient les armes à la | main. Le marquis de Vaudreuil ne pouvait donc pas compter | sur un long calme dans l'Ouest. En effet, à peine venait-il d’en réconcilier les tribus, que des difficultés fort graves s’élevèrent tout à coup, en 1706, entre les Outaouais et les Miâmis, par la faute de M. de la Mothe-Cadillac, commandant du Détroit. Ces difficultés pouvaient allumer la guerre entre la première de ces nations et les Français: ce qui aurait probablement fait prendre les armes aux cinq cantons. Les Miâmis tuèrent quelques Outaouais. Les compatriotes de ces victimes demandèrent vengeance à Cadillac, qui répondit qu’il allait faire informer. En les quittant, quelques jours après, pour se rendre à Québec, il leur dit que tant qu'ils verraient sa femme au milieu d’eux, ils pourraient demeurer tranquilles ; mais que, si elle partait, il ne répondait pas de ce qui pourrait arriver. Ces paroles énigmatiques leur parurent une menace ; ils crurent qu’on voulait les punir d’avoir attaqué les Iroquois à Cataracoui. Les paroles et la conduite de l'enseigne Bourgmont, qui

vint remplacer temporairement T'onti, lieutenant de Cadillac, Le ha les confirmèrent dans cette idée, et lorsque cet officier leur à ch proposa de marcher contre les Sioux et les Hurons, ils crurent bi de qu’il voulait les attirer dans un piége pour les massacrer. Un à Al {ll accident fortuit vint encore augmenter leurs soupçons. Ë F: [l Pendant une audience, un d’eux betcit le chien de Bourgmont, À tr qui l'avait mordu à la jambe; Bourgmont, outré de colère, se 4 gt jeta sur le sauvage et le frappa avec tant de fureur qu'il en à ui mourut. Cette conduite atroce combla la mesure. Ils dissi- 4 p

mulèrent néanmoins sur le moment, et firent semblant de partir ;

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mais ils revinrent aussitôt sur leurs pas, attaquèrent les Miâmis et les poursuivirent jusqu’au fort, qui fut obligé de tirer sur eux pour les éloigner. Nombre d'hommes furent tués des deux côtés avec quelques Français’'et un missionnaire, le P. Constantin.

La nouvelle de cet événement jeta M. de Vaudreuil dans un embarras extrême, qu'augmenta l’arrivée d’une députation des cantons, qui le faisaient prier d'abandonner à leur vengeance ces Outaouais perfides. Il commenca par repousser cette demande, à laquelle toutes sortes de raisons s’opposaient. Il exigea ensuite des ambassadeurs outaouais envoyés auprès de lui pour expliquer la conduite de leurs compatriotes, qu'ils lui remissent les coupables, auxquels Cadillac, de retour au Détroit, avait eu l’imprudence de faire grâce. Mais comment les saisir? Les Miâmis, qui voulaient leurs têtes à tout prix, outrés de ce que leur vengeance restait sans satisfaction, accusèrent ce commandant de trahison, et tuèrent les Français qu’il y avait dans leur bourgade. Cadillac se disposait à aller les punir, lorsqu'il apprit que les Hurons et les Iroquois s’étaient entendus pour faire main basse sur les Français qui se trouvaient dans la contrée, Il fut alors obligé de dissimuler faute de moyens suffisants pour leur imposer. Il fit une paix fourrée avec les Miâmis, qui, méprisant Sa faiblesse, n’en observèrent point les conditions. Mais cette paix avait rompu le complot des sauvages : dès qu’il vit les Miâmis seuls, il marcha contre eux avec quatre cents hommes pour venger leur premier crime et la violation du traité qui les avaient soustraits à Sa vengeance. Ces barbares, complétement battus et forcés dans leurs retranchements, se soumirent sans condition à la clémence du vainqueur.

T'andis que le gouverneur tenait avec une main souple et habile les rênes de cette multitude de tribus, qui, comme des chevaux indomptés, étaient toujours près, dans leur folle ardeur, de se jeter les unes sur les autres, il ne perdait pas de vue les Abénaquis, que la Nouvelle-Angleterre cherchait à détacher des Français. Pour déconcerter ces intrigues lorsqu’elles allaient trop loin, il fallait quelquefois jeter les sauvages dans une guerre, chose après laquelle ils soupiraient sans cesse. (C'était un recours extrême; mais la sûreté, l'existence même de la population française était une raison suprême qui faisait taire toutes les autres.

Au commenement de la guerre des relations s'étaient établies secrètement entre Boston et un petit nombre d’Abéna- 4 | quis, lesquels y avaient conclu la paix: pour la rompre, M. de 3 HULL Vaudreuil réunit en un corps des guerriers de cette nation 1

et quelques Français sous les ordres de M. Beaubassin, et les } lança, en 1703, du côté de Boston. Ce corps ravagea le pays 1 fu depuis Casco jusqu'à Wells. ‘“ Les sauvages, dit M. Bancroft, À divisés par bandes, assaillirent avec les Français toutes les 1 PE A! places fortifiées et toutes les habitations à la fois, n’épargnant, À |! selon les paroles du fidèle chroniqueur, ni les cheveux blancs 4 | de la vieillesse, ni l'enfant sur le sein de sa mère. La cruauté À devint un art, et les honneurs récumpensèrent l’auteur des + | tortures les plus rafinées. Il semblait qu’à la porte de chaque maison un sauvage caché épiât sa proie. Que de personnes furent massacrées ou traînées en captivité! Si des hommes armés, las de leurs attaques, pénétraient dans les retraites de ces barbares insaisissables, ils ne trouvaient que des solitudes. La mort planait sur les frontières.” L'excès des À maux donna un moment d'énergie à ces malheureux. Ils attaquèrent les Abénaquis à leur tour dans l'automne, et ne leur donnèrent aucun quartier. Ils massacrèrent tous ceux qui tom- 4 bèrent entre leurs mains, pour se venger, disaient-ils, de leur à cruauté et de leur trahison. Les Abénaquis, se voyant pressés É de près, firent demander des secours au gouverneur du Canada, qui leur envoya dans l'hiver 350 hommes sous les ordres de M. Hurtel de Rouville, officier réformé. Ce détachement, prenant à travers les bois à la raquette, traversa les Alléghanys, et tomba, dans la dernière nuit de février, sur Deerfield, bourgade défendue par une palissade de vingt arpents de circuit. Dans cette enceinte se trouvaient plusieurs maisons entourées d’une ceinture de pieux. Il y avait quatre pieds de neige sur la terre, et le vent en avait amoncelé des bancs jusqu’à la hauteur des palissades ; les assaillants, au moyen de leurs raquettes, entrèrent dans la place comme si elle n’avait été protégée par aucun obstacle. Les habitants furent pris ou tués, et la bourgade fut livrée aux flammes. La plus grande partie des prisonniers furent emmenés en Canada, où, malgré le cruel mode de guerre qu’on suivait à cette époque, on accueillait toujours bien ces malheureux. Les enfants et les jeunes gens faits ainsi ; . prisonniers, étaient tendrement traités par les Canadiens, et 4

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finissaient souvent par embrasser la religion catholique et par se fixer dans le pays. On accordait à ces Anglais, devenus Français, des lettres de naturalisation. Nos archives renferment de ces lettres qui contiennent des pages entières de noms.*

En 1704, une nouvelle attaque contre la Nouvelle-Angleterre fut résolue à Montréal dans une assemblée de tous les chefs sauvages chrétiens. Plus de cent Canadiens, sous les ordres de MM. de Saint-Ours-Deschaillons et Hertel de Rouville, devaient faire partie du corps d'expédition. Mais la plupart des sauvages refusèrent de marcher, et deux cents hommes seulement sé mirent en route ; ils remontèrent la rivière Saint- François, passèrent les Alléghanys, les Montagnes-Blanches, et descendirent dans le pays ennemi en se rapprochant du lac Nikissipique pour donner la main aux Abénaquis. Ces sauvages, qui devaient les rejoindre, ne se trouvèrent pas non plus au rendez-vous: ce qui priva les Français d’une autre partie importante de leurs forces pour l’attaque de Portsmouth, qui est situé sur le bord dé la mer, et qu’ils avaient résolu d’enlever. La petite colonne, trop faible pour se porter vers cette ville, prit le parti de tomber sur Haverhill, bourg palissadé baigné par les eaux du Merrimac, à 4 ou 500 milles de Québec. L'ennemi venait d’y envoyer des renforts, et était conséquemment sur ses gardes. Rouville, ne pouvant pius compter sur une surprise, passa la nuit avec sa troupe dans une forêt voisine. Le lendemain matin, ayant rangé ses gens en bataille, il exhorta ceux qui pouvaient avoir ensemble quelque différend à se réconcilier. Ils s’agenouillèrent ensuite au pied des arbres qui les dérobaient aux regards de l’ennemi pour faire leur prière, puis ils marchèrent à l’attaque du fort. Après un combat très-vif, ils l’enlevèrent la hache à la main. Tout fut saccagé.

Le bruit du combat ayant répandu l'alarme au loin, la campagne se couvrit bientôt de fantassins et de cavaliers, qui cernèrent les Canadiens. Ceux-ci furent obligés de se battre à l’arme blanche jusqu’à ce que la victoire, longtemps douteuse, se déclara en leur faveur. Hertel dé Chambly et Verchères, deux jeunes officiers de grande espérance, restèrent sur le champ de bataille. Les vainqueurs opérèrent leur retraite assez tranquillement.

* Registres du couseil supérieur.

En peignant ces scènes de carnage, n'oublions point les beaux traits de l'humanité, sacrifiée si souvent dans ces guerres cruelles, Parmi les prisonniers qu'on emmenait, se trouvait la fille du principal habitant de Haverhill. Ne pouvant supporter les fatigues d’une longue marche, elle aurait succombé sans un jeune volontaire de Québec, nommé Dupuy, qui la porta une partie äu chemin et conserva ainsi ses jours.

Les attaques des bandes canadiennes répandaient: le désespoir dans les colonies anglaises. Schuyler fit en leur nom les remontrances les plus vives à M. de Vaudreuil. “Je n’ai pu m’empêcher de croire, ajoutait-il, qu’il est de mon devoir envers Dieu et envers mon prochain de prévenir, s’il est possible, ces cruautés barbares, qui n'ont été que trop souvent exercées sur les malheureux habitants.” Mais, tout en élevant la voix au nom de l'humanité contre les excès de ces guerriers farouches, il intriguait lui-même auprès des cantons iroquois et des autres alliés français, pour les engager à rompre leur alliance et à prendre les armes contre le Canada, c'est-à-dire pour les engager à répéter les scènes dont il se plaignait lui-même avec tant d'énergie. Aussi a-t-il été remarqué que Schuyler avait été assez instruit de tout ce qui s'était passé depuis cinquante ans dans cette partie de l'Amérique, pour savoir que c'étaient les Anglais qui avaient réduit le Canada à la dure nécessité de laisser les sauvages descendre dans la Nouvelle-Angleterre ; qu’il ne pouvait ignorer non plus les horreurs auxquelles s’étaient portés les Iroquois à leur sollicitation pendant la dernière guerre ; qu’à Boston même les Français et les Abénaquis retenus prisonniers, étaient traités avec une cruauté qui ne le cédait guère à cette barbarie dont il se plaignait si amèrement, et que les Anglais enfin avaient plus d’une fois violé le droit des gens et les capitulations signées dans les meilleures formes, lorsque les prisonniers appartenant à leur nation, ne recevaient au contraire que de bons traitements de notre part et de la part de nos alliés.

Nous avons dit que le fort de la guerre se passa dans les provinces voisines du golfe. M. de Brouillan, gouverneur de Plaisance, avait remplacé en Acadie le chevalier de Villebon, mort au mois de juillet 1700. M. de Brouillan avait reçu l’ordre d'augmenter les fortifications de La Hève, et d'encourager le commerce en empêchant les Anglais de pêcher sur les côtes.

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HISTOIRE DU €AKADA, 835

Ne pouvant espérer de secours de France, il fit alliance avec les corsaires, qui firent de La Hève leur lieu de refuge, Les affaires y prirent aussitôt un grand accroissement ; l'argent y abonda, et la ville put récompenser les sauvages qui faisaient des courses dans la Nouvelle-Angleterre pour venger les dégâts que les vaisseaux anglais commettaient sur les côtes acadiennes.

») Le gouvernement de Boston, voulant user de représailles pour

le massacre de Deerfield) chargea le capitaine Church d'aller attaquer l’Acadie. (Cet officier, que le récit des ravages des Français avait rempli d'indignation, était venu à cheval, malgré son grand âge, d’une distance de soixante-et-dix milles pour offrir ses services au gouverneur Dudley.) 2:11 mit à la voile avec trois vaisseaux, dont l'un de 48 canons, quatorze transports, et trentesix berges, portant 550 soldats, et tomba sur les établissements des rivières Penobscot et Passamaquoddy, où il mit tout à feu et à sang. Il cingla de là vers Port-Royal, où il fut repoussé par une poignée d'hommes. 11 vouiut ensuite aller prendre les Mines et ne fut pas plus heureux. En présence de cette opposition vigoureuse, il changea de tactique; il rechercha les endroits sans défense, et dirigea d’abord sa course vers la rivière d’Ipiguit, qu'il dévasta sans rencontrer d'obstacles. A Beaubassin, les habitants, prévenus de son approche, l’empêchèrent, malgré leur petit nombre, de faire beaucoup de mal. Church passa ainsi une partie de l’été à opérer des descentes sur divers points du littoral. Il fit une cinquantaine de prisonniers de tout âge et de tout sexe, et ne prit guère de butin, car que pouvait-il y avoir à piller chez les pauvres Acadiens® mais il découvrit la faiblesse de cette colonie. Les Anglais résolurent d’en faire la conquête trois ans après. Mille hommes furent levés dans le Nouveau- Hampshire, le Massachusetts et le Rhode-Island, et, le 6 juin 1707, deux régiments sous les ordres du colonel Marck parurent devant Port-Royal sur vingt-trois transports convoyés par deux vaisseaux de guerre,

M. de Subercase y avait succédé à M. de Brouillan mort l’année précédente. Cet officier arrivait de T'erreneuve, où il s'était distingué durant la guerre. L’ennemi avait fait ses préparatifs avec tant de secret et de diligence, que M. de Subercase fut surpris en quelque sorte dans la ville ou plutôt dans le

ÿ6 HISTOIRE DU CANADA.

bourg décoré du nom pompeux de capitale de l'Acadie, Les murailles de Port-Royal tombaient en ruines. Pour donner le temps de les réparer, Subercase disputa le terrain pied à pied aux 1500 hommes débarqués du côté du fort et aux 500 mis à terre du côté de larivière. Après deux ou trois jours passés en reconnaissances, les ennemis investirent la place et ouvrirent la tranchée. Un détachement de 400 hommes, qu'ils avaient envoyé pour tuer les bestiaux dans la campagne, fut abordé par Saint-Castin à la tête d’un corps d'habitants et de sauvages, et mis en déroute, Le sixième jour du siége, on remarqua beaucoup de mouvement dans la tranchée : ce qui fit soupçonner que les assiégeants formaient quelque dessein pour la nuit suivante. En effet, vers les 10 heures du soir, au milieu du profond silence qui régnait dans la ville et sur les remparts, un bruit sourd causé par des masses d'hommes en marche, annonça tout à coup l'approche des colonnes d'attaque. La garnison était préparée. Dès que les assaillants furent à portée, elle ouvrit sur eux un feu d’artillerie et de mousqueterie si bien nourri qu'ils reculèrent, et furent obligés d'aller chercher un abri contre les balles dans les ravines du voisinage, où ils restèrent tapis toute la journée suivante après s’y être retranchés. Saint-Castin et soixante Canadiens arrivés quelques heures avant les Anglais, furent d’un grand secours: ce fut à oux principalement que Port- Royal fut redevable de sa conservation.

Le surlendemain de l'assaut, l'ennemi leva le siége. Onne doutait point à Boston du succès de l’entreprise, et l’on y avait fait d'avance des réjouissances publiques. La nouvelle de la retraite des troupes y causa la plus vive indignation. Le colonel Marck, n’osant paraître devant ses concitoyens, était resté avec la flotte à Kaskébé; il reçut l’ordre de ne point débarquer son monde et d'attendre de nonvelles instructions. Il fut résolu de venger sur-le-champ l'échec qu’on venait d’essuyer. Trois vaisseaux et 5 à 600 hommes furent ajoutés à l’escadre de Marck, et, dès le 20 août, il reparut devant Port-Royal. La surprise et la consternation y furent au comble parmi les habitants, qui regardèrent comme une témérité d'essayer à se défendre contre des forces si supérieures, M. de Subercase seul ne désespéra point, et son assurance releva le courage des troupes ; le premier moment de surprise passé, chacun ne songea plus qu’à remplir

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fidèlement son devoir, Les ennemis attendirent au lendemain pour opérer leur débarquement, et c'est ce qui sauva la ville en donnant le temps d'appeler les hommes de la campagne.

Les Anglais descendirent à terre de l’autre côté de la rivière, et s’y retranchèrent. Les détachements que Subercase avait envoyés pour les surveiller, les empêchèrent de s'éloigner de leur camp, que les bombes les obligèrent ensuite d'évacuer, Dans une marche ils tombèrent, au nombre de 14 à 1500, dans une embuscade, que leur avait tendue Saint-Castin avec 150 hommes ; ils se retirèrent alors dans un second camp où ils se fortifièrent. Le corps de Saint-Castin fut porté à 420 hommes, et le gouverneur en prit lui-même le commandement, pour charger l'ennemi dès qu’il voudrait se rembarquer, dessein que paraissait indiquer le mouvement des chaloupes de la flotte. Mais un officier brûlant de combattre, commença trop tôt l'attaque avec quatre-vingts hommes. Il emporta d'assaut les premières lignes ; excité par ce succès, il sauta dans un second retranchement, où il fut blessé de deux coups de sabres. Le combat ainsi engagé, il fallut le soutenir. MM. de Saint-Castin et Saillant arrivèrent pour y prendre part. On se battit corps à corps, à coups de haches et de crosses de fusils. L'’ennemi fut repoussé plus de cinq cents verges vers ses embarcations. Honteux de fuir devant si peu de monde, il revint sur ses pas ; mais on le chargea de nouveau avec tant de furie qu’il fut enfin mis en pleine déroute et obligé de se rembarquer précipitamment,

Le jour même une partie de la flotte leva l’ancre, et le lendemain le reste s’éloigna. Les Anglais avaient éprouvé des pertes considérables tant par les combats que par les maladies. Le mauvais succès de cette expédition dispendieuse, dont on attendait un grand résultat, causa un mécontentement général dans le Massachusetts; elle augmenta beaucoup la dette de cette province, et blessa vivement l’amour-propre national.

Tandis que l’Acadie et la Nouvelle-Angleterre voyaient ainsi la baïonnette et la hache de guerre passer hautes et sanglantes sur leur territoire à la clarté des incendies, l’île de Terreneuve était en proie aux mêmes désolations.

A la première rupture de la paix, les Anglais avaient fait, comme en Acadie, des dégâts considérables sur les côtes françaises de l’île. Ce ne fut qu’en 1703 que les Français purent

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commencer à prendre leur revanche. D'abord ils attaquèrent et prirent d’assaut en plein jour le Forillon, poste assez important de la partie anglaise de l’île, et où quelques navires furent incendiés. Dans l'hiver, ils continuèrent les ravages en faisant subir de grandes pertes au commerce de l’ennemi; mais ce n'étaient là que les préludes d’attaques beaucoup plus sérieuses. M. de Subercase, qui y avait remplacé M. de Brouillan, passé au gouvernement de l’Acadie, avait repris, avec l’agrément de la cour, le projet formé par d’Iberville de mettre toute l’île sous la domination française ; et, pour lui en faciliter l'exécution, le roi fit mettre sous ses ordres cent Canadiens et douze officiers, commandés par M. de Beaucourt, qui débarquèrent à Terreneuve dans l’automne. Il se trouva bientôt à la tête de 450 soldats, Canadiens, flibustiers et sauvages, tous gens déterminés et accoutumés à faire de longues marches en hiver. Il se mit en campagne le 15 février, et se dirigea vers Saint-Jean. Le 26, cette troupe intrépide était à Rebou, à quelques lieues de cette ville; elle avait traversé quatre rivières au milieu de glaçons qu’elles charriaient, et souffert cruellement du froid. Les habitants effrayés, en voyant paraître ces guerriers que les obstacles avaient rendus plus farouches, tombèrent à genoux et demandèrent quartier. Après avoir pris deux jours de repos à Rebou, Subercase se remit en chemin, et arriva devant Saint-Jean vers le soir. Quoiqu'il fit toujours extrêmement froid, il fut défendu de faire du feu; on campa dans un petit bois de sapins pour s’abriter un peu ; les soldats mirent leurs souliers sous eux pour les faire dégeler par la chaleur de leur corps. Le lendemain, ils se présentèrent devant la ville, qui fut prise sans coup férir. Mais les deux forts qui la protégeaient se défendirent si courageusement qu’il fallut en abandonner l’attaque. Après avoir mis le feu à Saïint-Jean,* les Français se rejetèrent sur la campagne, qu’ils ravagèrent en tous sens. Ils brûlèrent le bourg du Forillon, épargné l’année précéd'zte; et Montigny, suivi d’une partie des Canadiens et des sauvages, réduisit en cendres tous les établissements de la côte. La terreur était si grande parmi les pauvres habitants, que les Français n’eurent que la peine de recueillir les prisonniers. I! ne resta plus aux Anglais à Terreneuve que l’île de la Carbonnière et les forts qu’on n'avait pu

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prendre à Saint-Jean. Cette irruption toutefois ne fut qu’un orage. Le calme revenu, les flots débordés se retirèrent; on enleva les débris qu’ils avaient faits, et tout rentra dans l’ordre. Cinq ans à peine s'étaient écoulés cependant depuis l’expédition de Subercase, que Saint-Ovide, lieutenant du roi à Plaisance, proposa à M. de Costebelle, gouverneur de ce poste, de faire une nouvelle tentative sur les forts de Saint-Jean, que l’on convoitait toujours parce qu’ils servaient d’entrepôt général aux Anglais dans l'île. Il offrait d'exécuter cette entreprise à ses propres frais. Sa proposition fut agréée. Il rassembla environ 170 hommes, parmi lesquels il y avait des Canadiens et des soldats, et s’étant mis en route sur la neige le 14 décembre, il arriva, dans la nuit du 1er janvier 1709, à quelque distance de la place, qu’il alla reconnaître à la clarté de la lune. Il fit ensuite avancer ses troupes pour donner l'assaut ; ses soldats s’excitaient les uns les autres. On fut près d’échouer par la trabison des guides. M. de Saint-Ovide, qui ét:it en tête, fut découvert à trois cents pas des premières palissades, d’où on lui tira des coups de fusils ; mais, sans se laisser intimider, il continua toujours d'avancer, et pénétra ainsi jusqu’à un chemin couvert que les ennemis avaient oublié de fermer, et dans lequel il se précipita aux cris de Vive leroi! Ses gens traversèrent le fossé malgré le feu des deux forts, qui blessa dix hommes. Ils plantèrent des échelles contre les remparts, qui avaient vingt pieds de hauteur; Saint-Ovide monta le premier suivi de six hommes, dont trois furent grièvement blessés derrière lui. Au même instant, une autre colonne atteignait le sommet de la muraille sur un autre point, et s’élançait dans la place ; cette colonne était conduite par les Canadiens Despensens, DuPlessis, La Chesnaye, d'Argenteuil, d’Aïlleboust et Johannis. Les Français s’emparèrent du corps de garde et de la maison du gouverneur, qui fut fait prisonnier après avoir reçu trois blessures. Le pont-levis fut baissé et le reste des assaillants pénétra dans Saint-Jean. L'ennemi voyant tout perdu rendit les armes. Aïnsi, en moins d’une demi-heure, on prit deux forts qui auraient pu arrêter une armée entière, car ils étaient garnis de 48 pièces d'artillerie, et défendus par plus de quatre-vingts soldats et huit cents miliciens bien retranchés ; mais la porte souterraine par où ceux-ci devaient passer, se trouva si bien fermée

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4||| Hi LEE LUTTE

qu'ils ne purent l’enfoncer assez tôt. Il restait un troisième fort élevé à l’entrée du port et gardé par une compagnie de soldats ; il renfermait des vivres pour plusieurs mois, et était muni de canons, de mortiers et de casemates à l’épreuve des bombes; cependant il se rendit au bout de 24 heures.*

M. de Saint-Ovide écrivit immédiatement en France et au gouverneur, M. de Costebelle, pour annoncer sa conquête. Ce dernier se trouva offensé de ce que son lieutenant eût pris sur lui d'écrire directement à la cour sans son ordre. Il envoya une frégate pour transporter les munitions de guerre, les prisonniers et l’artillerie de Saint-Jean à Plaisance, et ordonna à Saint-Ovide de revenir après avoir fait sauter les fortifications. Le roi, qui avait d’abord approuvé la décision de Costebelle, partagea ensuite le sentiment de Saint-Ovide, qui voulait que l’on gardât Saint-Jean ; mais il était trop tard.

L'île de la Carbonnière était le seul poste qui restât à l'ennemi dans Terreneuve. M. de Costebelle, pour en faire la conquête, organisa deux détachements, qui se mirent en route l’un par terre et l’autre par eau, sous les ordres d’un corsaire de Plaisance, nommé Gaspard Bertrand. Ils parvinrent à la baïe de la Trinité, dans le voisinage de la Carbonnière, sans avoir été découverts. Dans la baie se trouvait une frégate de 30 pièces de canon et de cent trente hommes d'équipage, qui avait convoyé une flotte marchande. Bertrand ne put étouffer à sa vue le désir d’en tenter l’abordage. Trois chaloupes, chargées chacuno de vingt-cinq hommes, se dirigent rapidement à force de rames, en plein jour, vers la frégate à l’ancre. Bertrand !* premier saute sur le pont ennemi. En un instant, le capitaine anglais est tué, tous les officiers sont mis hors de combat et l’équipage T7 # Lettres du major Lloyd datées d'octobre et de novembre 1108, c’est-à-dire écrites deux à trois mois avant le siége. Elles sont consignées dans un registre mavuscrit, qui a appartenu à M. Pawnall, et qui se trouve maintenant dans les archives provinciales, Ce registre est composé principalement d'extraits des procès-verbaux du Bureau des plantations, On y lit ce qui suit sur la situation de Saint-Jean :-—“ The garrison was in as good a condition as he desired ; the company (80 men besides the officers) was complete ; there were near 800 of the inhabitants under the covert of the fort, and all things were in as good posture, ete. Captain Moody and others

say that there were 48 pieces of canon, mortars, &e., and a great quantity of ammunition of war.”

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est rejeté dans l’entre-pont, où il se défend longtemps avec vaillance. C’est alors que fut tué l’intrépide Bertrand ; sa mort fit chanceler sa troupe; mais un de ses lieutenants prit aussitôt sa place et se rendit enfin maître de la frégate. Au même instant deux corsaires, l’un de 22 et l’autre de 18 canons, arrivèrent à toutes voiles au secours de la frégate, et se mirent à canonner les Français. Mais ceux-ci, trop fatigués pour recommencer un second combat, coupèrent les câbles et profitèrent d’un vent favorable pour sortir de la baie avec leur prise; ils ne furent point poursuivis. Le détachement venu par terre se jeta alors sur les habitations, les pilla et retourna à Plaisance chargé de butin, de sorte que la Carbonnière, protégée par sa situation reculée, échappa encore une fois au sort qui la mesaçait.

Ainsi, depuis presque le commencement de la guerre, ies Français se promenaient en vainqueurs d’un bout à l’autre de T'erreneuve sans pouvoir s’en assurer la conservation, vu la petitesse de leur nombre. Il ne leur restait que la gloire d’avoir déployé un courage admirable, et d’avoir empêché peut-être l’ennemi d’aller les attaquer dans leurs propres établissements. Il n’est guère permis de douter que si la France eût été maîtresse des mers, toute l’île ne fût passée sous sa domination.

Cependant les colonies anglo-américaines se sentaient humiliées des échecs sans nombre qu’elles avaient éprouvés dans ceite guerre. La conquête de toute la Nouvelle-France était, suivant eux, l’unique moyen d’en prévenir à jamais le retour. Elles ne cessaient point de faire des représentations à leur métropole dans ce sens. L'assemblée de la Nouvelle-York présenta à la reine Anne, en 1709, une adresse, dans laquelle el!e disait: Nous ne pouvons songer sans les plus grandes appréhensions, au danger qui menace les sujets de Votre Majesté dans ces contrées: en effet, si les Français, après s’être attaché peu à peu les nombreuses nations indigènes qui les habitent, se jettent sur les colonies de Votre Majesté, il sera presque impossible à toutes les forces que la Grande-Bretagne pourra envoyer contre eux, de les vaincre ou de les réduire.” Le moment paraissait propice pour exécuter cette grande entreprise ; car, après une suite de revers inouïs éprouvés en Europe, la France était presque tombée dans un état d’anéantissement; ses ressources étaient épuisées, son crédit était détruit, et le rigoureux hiver de F

cruelle, C'était le moment pour l’Angleterre de se rendre aux vœux de ses colonies et de s’emparer du Canada. Pendant que Louis XIV sollicitait la paix auprès de ses nombreux adversaires, la reine Anne donnait des ordres pour recueillir une des dépouilles du grand roi.

Le colonel Vetch paraît avoir été l’auteur de ce nonveau projet. Quelques années auparavant, en 1705, le gouverneur du Massachusetts, M. Dudley, l'avait envoyé avec M. Livingston à Québec, pour régler l'échange des prisonniers et pour proposer à M. de Vaudreuil un traité de neutralité entre la Nouvelle-Augleterre et la Nouvelle-France, traité que le roi avait trouvé avantageux dans le temps et qu’il avait perinis de conclure, pourvu que la gloire et l’honneur de la nation ne fussent point compromis et qu’il ne donnât lieu à aucun commerce. Mais cette députation n’était qu’un prétexte pour examiner le pays et pour gagner du temps. À la faveur de cette mission, plusieurs personnes s'étaient glissées en Canada pour étudier ses forces et ses moyens de défense : ce qui étant parvenu aux oreilles des ministres à Paris, aîtira des reproches au gouverneur sur sa facilité impolitique. Vetch lui-même avait sondé le Saint- Laurent en remontant jusqu’à la capitale. Il avait ensuite proposé au ministère anglais une nouvelle tentative contre le Canada par une double attaque faite par mer et par terre; il assurait que le succès ne serait pas douteux. En effet, le pays, qui n’avait reçu aucun sec. irs de la France depuis le commencement des hostilités, n’était guère capable de résister si on l’attaquait sérieusement : la proposition de Vetch fut donc bien reçue, et l'on se mit à travailler sans délai aux préparatifs de la eampagne. Le plan de Vetch fut adopté. Cinq régiments de ligne, auxquels furent joints douze cents miliciens du Massachusetts et du Rhode-Island, reçurent l’ordre de s’avancer par le

fleuve contre Québec. Quatre mille hommes, dont deux mille sauvages, devaient attaquer Montréal par le lac Champlain. La coopération de tant de sauvages était certaine dans le moment, parce que le colonel Schuyler venait de réussir à faire rompre le traité qui existait entre les Français et la confédération iroquoise, et à engager quatre des cinq cantons à prendre part à la campagne, qui promettait d’être aussi profitable que

1709 achevait de désespérer la nation en proie à une famine

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ce nouveau ) gouverneur M. Livingsiers et pour entre la Noule roi avait rmis de conn ne fussent merce. Mais er le pays et on, plusieurs ses forces et oreilles des neur sur sa lé le Saintvait ensuite e contre le ar terre ; il f'et, le pays, le commensister si on it donc bien iratifs de la giments de Massachuncer par le deux mille hamplair, ans le mossir à faire confédéraà prendre itable que

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glorieuse. Toutes les colonies anglaises étaient dans l’enthousiasme. ‘ La joie, dit un de leurs historiens, animait la contenance de tout le monde ; il n’y avait personne qui ne crût que la conquête du Canada ne fût achevée avant l’automne.” On ne comptait pour rien les sacrifices, et c’est à cette occ1<ion que le Connecticut, la Nouvelle-York et le Nouveau-Jer: 1, dont le trésor était vide, fabriquèrent pour la première fois du papiermonnaie.

L'armée de terre se réunit sur les bords du lac CFamplain, dans le mois de juillet, sous les ordres du gouverneur N'colson ; elle commença à élever des forts, des blockhaus, des magasins, et à se construire des * veaux et des canots pour traverser le lac. Jamais le Carada n’avait vu tant de forces se déployer sur ses frontières pour faire sa conquête. En faisant l’énumération de leurs soldats et de leurs vaisseaux, les ennemis se croyaient capables d’expulser les Français de toute l'Amérique ; car leurs troupes étaient quatre fois plus nombreuses que celles du Canada.

Tandis que les Anglais, à la vue de leur supériorité numérique, se flattaient de triompher, les Canadiens, inquiets et silencieux, se préparaient à faire tête à l’orage. L'ordre fut donné d’.rmer Québec et de tenir les troupes et les milices prêtes à marcher au premier signal. Les forces totales du pays montaient à 4,150 hommes, outre 700 matelots et sauvages. M. de Vaudreuil alla lui-même à Montréal, dans le mois de janvier, pour faire opérer des reconnaissances vers le lac Champlain, et pour surveiller les mouvements des Anglais de ce côté.

Le ministre, lord Sunderland, avait écrit au commandant de Boston de tenir les troupes prêtes à marcher au premier ordre ; que les renforts étaient sur le point de s’embarquer pour l'A. mérique. Les Bostonnais s'étaient empressés d’exécuter ces injonctions, ainsi que les habitants de la Nouvelle-York; mais les secours annonués ne parurent point au temps fixé, et, après une longue attente, pendant laquelle on s’était perdu en eonjectures, les murmures et les maladies éclatèrent dans l’armée anglaise campée sur le lac Champlain. Peu accoutumée à la discipline, elle se lassait de la contrainte et de la sujétion militaire, et ce ne fut qu’avec peine qu’on put la retenir jusqu’à la fin de l'été. Alors l'assemblée de la Nouvelle-York, ne voyant

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44 HISTOIRF DU CANADA.

rien arriver d'Europe, et trouvant la saison trop avancée pour entrer en Canada, présenta une adresse au gouverneur, pour rappeler les milices dans leurs foyers. Peu de temps après, on apprit la prise du générai Stanhope avec cinq mille Anglais à Brihuega, et la défaite de Stahremberg par le duc de Vendôme à Villa-Viciosa en Portugal, double revers qui avait obligé la cour de Londres d'envoyer les troupes destinées contre Québec au secours des alliés dans la Péninsule. Ainsi ia victoire de Villa-Viciosa ent le double avantage de consolider le trône de Philippe V et de sauver le Canada.

Ce qu’on rapporte de l’empoisonnement de l’armée de Nicolson par les Iroquois sur le lac Champlain, paraît sans fondement. Aucun historien amérieain ne parle de cette circonstance ; et, deux ans après, les guerriers de ces tribus se joignirent encore aux Anglais. Il est probable que l’astuce iroquoise donna naissance à ce rapport dans un but pelitique. Ces barbares craignaient et haïssaient également leurs deux puissants voisins ; mais ils étaient divisés à leur sujet, ou plutôt ils voulaient ménager l’un et l’autre sans laisser percer leurs motifs. En conséquence, une partie de la confédération tenait pour les Français, et l’autre partie pour leurs adversaires. La même tactique fut adoptée l’année suivante : car, dans hiver, les Onnontagués et les Agniers envoyèrent une députation en Canada, où l’on n’était pas en état de repousser avec dédain les excuses de ces belliqueux suppliants. Le gouverneur, tout en les menaçant de lâcher ses alliés sur eux s'ils bougeaient, reçut leurs ambassadeurs de manière à les laisser partir salisfaits de son accueil.

Tandis que les cinq nations allaient ainsi d’un camp à l’autre, et donnaient des assurances trompeuses aux deux partis, le général Nicolson avait passé en Angleterre pour la presser de reprendre son projet de conquête : ce que le cabinet de Windsor lui avait promis de faire au printemps, mais n’exécuta point, car aucune flotte ne parut. Nicclson était revenu en Amérique avec cinq ou six vaisseaux de guerre, qui portaient un régiment de marine ; ayant vainement attendu la flotte jusqu’à l’automne, il se vit contraint d'abandonner encore une fois son entreprise favorite. Mais, pour ne pas achever l’année sans exécuter quelque chose, il proposa de risquer uge tentativa sur l’Acadie avec

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les forces qu’on avait déjà.* Une cinquantaine de vaisseaux ou transports, portant quatre ou cinq bataillons de troupes provinciales, qui formaient 3,400 hommes, sans compter les officiers, firent voile de Boston le 18 septembre 1710. Ils parvinrent devant Port Royal six jours après, et les troupes opérèrent leur descente sans rencontrer de résistance.

M. de Subercase n’avait pu, comme on l’a dit, se maintenir à Port-Royal qu’en s’alliant avec les flibustiers, qui éloignaient l’ennemi par leurs courses, entretenaiert l’abondance dans la ville et lui fournissaient de quoi faire de riches présents aux sauvages. Mais ces corsaires l’abandonnèrent au moment du danger, et il se conduisit lui-même ensuite comme s’il eût voulu provoquer le désastre qui arriva. Il voyait depuis longtemps l’orage se former contre lui. Deux fois il avait repoussé l’ennemi avec une poignée de braves; mais, depuis cette époque glorieuse, un changement inexplicable s'était fait en lui. On aurait dit que pour se venger de l'oubli dans lequel on le laissait, il désirait la perte du pays commis à ses soins. Il avait reçu des recrues de France et des secours de Québec, peu considérables il est vrai, mais qui auraient pu lui être très-utiles dans un moment de danger ; il les renvoya sous prétexte qu’il ne pouvait s’accorder avec leurs officiers, qui, de leur côté, se plaignaient de sa manière d'agir à leur égard. La retraite de ces renforts, la mauvaise disposition des habitants, son inaction lors de l’apparition de l’ennemi, tout cela coïncidant avec le départ des fiibustiers, le fit soupçonner dans le temps de trahison, et, malgré sa justification, il ne put jamais reconquérir la pleine confiance de ses compatriotes.

Qu'il trahît ou non son devoir, il est certain qu’il n’avait pas deux cents hommes de garnison, lorsque le général Nicolson parut devant Port-Royal avec des forces dont l’immense supériorité était un hommage éclatant rendu aux talents et à la bravoure du gouverneur français. Ilse laissa bombarder, malgré les murmures et la désertion de ses gens, jusqu’au 16 octobre qu’il capitula. La garnison, épuisée par la faim, sortit de la ville, au nombre de 156 soldats, avec les honneurs de la guerre. Ni-

* Quelques auteurs disent qu’il devait faire cette conquête seul, et qu’en-

suite les forces de la Grande-Bretagne devaient étre envoyées pour preudre Québec,

colson regretta de s'être trop pressé de signer la capitulation, lorsqu'il vit défiler ce petit nombre d'hommes au visage pâle et amaigri, que la disette lui aurait livrés à discrétion, car, dès le lendemain, il fut obligé de leur faire distribuer des vivres. Les soldats et les habitants, au nombre de quatre cent quatrevingts personnes, furent transportés à La Rochelle. Subercase, ne pouvant emporter les mortiers et les canons réservés par un article du traité, les vendit aux Anglais pour payer les dettes qu'il avait contractées au nom de son gouvernement. Ainsi Port-Royal, gardé par 200 soldats minés par une longue famine, tomba devant une flotte de 54 voiles et quatre mille hommes de débarquement.

Les vainqueurs donnèrent à Port-Royal le nom d’Annapolis, en l’honneur de la reine Anne. Cette ville pouvait avoir alors une demi-lieue d’étendue en tous sens ; mais les maisons, fort éloignées les unes des autres, n’étaient que de mauvaises huttes surmontées de cheminées en terre; l’église ressemblait plutôt à une grange qu’à un temple.*

L'expédition de Port-Royal coûta à la Nouvelle-Angleterre Æ23,000, que le parlement impérial lui remboursa. Le colonel Vetch resta gouverneur de la conquête avec 450 hommes. Cependant il n’était question dans le traité que du fort de Port- Royal avec le territoire qui était à la portée de son canon; Njicolson prétendit que le traité embrassait toute la province. Ne pouvant s’entendre avec Subercase, ces deux chefs envoyèrent le colonel Livingston vers le marquis de Vaudreuil, qui, à la simple explication des faits, exigea l’exécution de la capitulation à la laitre. Le colonel Livingston se plaignit aussi des cruautés qu’exerçaient les alliés des Français, et dit que si ces barbares continuaient leurs affreux massacres, les Anglais seraient obligés de faire mettre à mort les principaux habitants de l’Acadie. M. de Vaudreuil lui répondit qu'il n’était pas responsable des actes des sauvages; que les Anglais ne devaient imputer la guerre qu’à ceux qui avaient refusé la neutralité: entre les deux couronnes, et que, s’ils mettaient leur menace à exécution, il userait de représaiiles sur les prisonniers qu’il avait en sa possession. M. de Vaudreuil ne se contenta point de

# Etat de l'Acadie en 1710 tel que décrit par un Français à un jésuite : The travels of several missionaries of the society of Jesus, etc.

la capitulation, 1 visage pâle et ion, car, dès le er des vivres.

e cent quatree. Subercase, éservés par un iyer les dettes ement. Ainsi longue famine, Ile hommes de

1 d’Annapolis, ait avoir alors maisons, fort uvaises huttes 1blait plutôt à

le-Angleterre Le colonel 450 hommes, fort de Port.

n Canon; Nila province.

sS envoyèrent il, qui, à la la capitulahit aussi des it que si ces les Anglais x habitants n’était pas ne devaient à neutralité:

r menace à s qu’il avait a point de

à un jésuite :

faire cette réponse à l’envoyé américain, il chargea MM. de Rouville et Dupuy d'aller la porter à Boston, et leur donna l’ordre d'examiner le pays en cas qu’il fût nécessaire d’y porter

la guerre. Il nomma le baron de Saint-Castin son Heutenant en Acadie, avec mission d'y maintenir le reste des habitants dans l'obéissance à la France, et d'engager les missionnaires à redoubler de zèle pour conserver l'attachement des sauvages et des Acadiens, recommandation inutile, parce que la tyrannie du colonel Vetch faisait plus à cet égard que les prières les pres pressaptes du gouverneur français. Au reste, de son fort de Pentagoët, l’infatigable Saint-Castin continuait les hostilités. Un détachement de 40 sauvages, qu’il avait envoyé en course, tailla en pièces un corps d’Anglais beaucoup plus nombreux, occupé à brûler dans la campagne les maisons de ceux qu refusaient de se soumettre aux vainqueurs de Port-Royal. e détachement, renforcé par quelques Canadiens et Français, osa investir Port-Royal même, dont la garnison se trouvait dans le moment très-affaiblie par les maladies,* et on allait envoyer de Québec le marquis d’Alognies, avec 11 officiers et 200 hommes d'élite, en aide aux assiégeants, lorsque l'apparition de la flotte de l'amiral Walker dans le fieuve Saint-Laurent fit contremander ce secours, qui aurait Lan Tin de remis Port-Royal sous ination de ses anciens maîtres.

à ne seulement que le plus grand nombre des Acadiens firent leur soumission aux Anglais, qui, suivant leur coutume, envoyaient des troupes pour incendier les habitations de ceux qui refusaient de les reconnaître. Un de ces partis fut atteint et détruit par les sauvages dans un endroit auquel ce massacre à fait donner le nom de l’anse du Sang. Ce coup de main fit prendre de nouveau les armes à 310 Acadiens, qui, avec les sauvages qu'ils purent rencontrer, se tinrent prêts à tomber sur Port-Royal dès que le gouverneur de Plaisance leur aurait envoyé un chef capable de les commander. Mais ce gouverneur les fit informer qu’il avait besoin de tout son monde, et qu’il ne 7 # D'après le rapport des déserteurs, les deux tiers de la garnison étaient Eh gen os … Voir la dépêche [traduction] interceptée de M. l’Hermite à M. de Pontchartrain du 22 juillet 1711, dans l’Appendice du Journal de l'expédition de l'amiral Walker.

+ Ibid.

pouvait laisser partir un seul officier. Ils durent alors abandonner leur entreprise, et se soumettre entièrement pour sauver leurs récoltes, qui étaient leur seul moyen de subsistance. La perte de l’Acadie fut très-sensible à la France. Jérôme Phéli-

peaux de Pontchartrain, qui avait succédé, en 1699, à son père’

Louis Phélipeaux de Pontchartrain, au ministère de la marine, écrivit à M. de Beauharnais, intendant de La Rochelle et de Rochefort : ‘Je vous ai fait assez connaître combien il est important de reprendre Port-Royal avant que les ennemis y soient solidement établis. La conservation de toute l'Amérique septentrionale et le commerce des pêches le demandent également : ce sont deux objets qui me touchent vivement, et je ne puis trop exciter le gouverneur et l’intendant de la Nouvelle-France à les envisager avec les mêmes yeux.” Le ministre aurait voulu que le Canada se chargeât de reconquérir Port-Royal avec ses seules milices et le peu de troupes dont il pouvait disposer. M. de Vaudreuil ne demandait cependant pour grossir ses forces, que deux vaisseaux avec ce qu’ils pourraient porter de soldats, et l’on ne fut pas capable de les lui donner. M. de Pontchartrain, réduit aux expédients pour accomplir ses projets, voulut former alors en France une société de marchands assez puissante pour remettre l’ Acadie sous la domination du roi, et pour y former des établissements solides ; mais personne ne goûta une entreprise dont les avantages ne paraissaient certains que pour l'État, et rien ne fut fait; ce qui n’empêcha pas cependant les fidèles et malheureux Acadiens, si dignes d’un meilleur sort, de faire dire secrètement à M. de Vaudreuil que le roi n’aurait jamais de sujets plus dévoués qu'eux, paroles qui auraient dû soulever la France d’un bout à l’autre pour l’honneur de ce noble esprit national, qui fait la force et la véritable grandeur des peuples. Après la prise de Port-Royal, le général Nicolson était retourné à Londres pour presser l’Angleterre de conquérir le Canada, qui était le grand boulevard des Français dans l’Amérique continentale, et pour y appuyer les démarches du colonel Schuyler, qui avait été envoyé en Angleterre, l’année précédente, par la Nouvelle-York dans le même but. Cinq chefs iroquois l’accompagnaient. Dans les discours que ces chefs prononcèrent devant la reine Anne, ils l’assurèrent de leur fidélité, et demandèrent son appui contre leur ennemi commun.

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La Grande-Bretagne se rendit sans peine à des sollicitations qui

flattaient ses secrets désirs. M. Saint-John, depuis vicomte de Bolingbroke, homme d'État qui avait plus d'imagination que de jugement, était alors ministre, T1 promit tout ce que l’on voulut. I1 s'intéressait à l’entreprise comme s’il en avait été l'auteur, et se vantait d'en avoir formé le plan. Ji fit faire des préparatifs proportionnés à la grandeur du projet. Le chevalier Eovenden Walker mouilla dans le port de Boston, le 25 juin 1711, avec une flotte portant un bataillon de soldats de marine et sent régiments de vétérans tirés de l’armée du duc de Marlborough, sous les ordres du général Hill, frère de Mme. Marsham, qui avait remplacé la duchesse de Marlborough auprès de la reine. Lorsque M. Saint-John apprit que la flotte s'était rendue heureusement à Boston, il s’empressa d'écrire au comte d’Orrery : ‘ Vous pouvez être assuré que nous sommes maîtres à l’heure qu'il est de toute l'Amérique septentrionale.” La nouvelle de la venue des secours d'Angleterre attendus avec impatience depuis si longtemps, se répandit avec rapidité dans toutes les colonies anglaises, et fut reçue avec des transports d'ivresse ; l’assembléo de la Nouvelle-York vota des remercîiments à la reine, et envoya une députation pour féliciter le général Nicolson sur le succès de sa mission. Dans l’espace d’un mois ces colonies mirent sur pied deux armées complétement équipées et approvisionnées.#*

Deux régiments de troupes provinciales se joignirent aux réguliers du général Hili, et portèrent son armée à 6,500 fantassins, munis d’un train d’artillerie et de toutes sortes de machines de guerre. La flotte, composée de 88 vaisseaux et transports, mit à la voile pour Québec le 30 juillet. Peu de temps après, le général Nicolson s’ébranla de son côté, et s’avança jusqu’à Albany avec quatre mille hommes et six cents Iroquois, pour pénétrer en Canada par le lac Champlain : c'était le plan d'invasion de 1690. Rendu sur les bords du lac Saint-Sacrement, il s'arrêta

* M. de Costebelle ayait, sur l’ordre de la cour, envoyé vainement M. de la Ronde à Boston pour tâcher de dissuader les habitants de fournir de nouveaux secours à la flotte anglaise destinée à agir contre le Canada. Il fallait que M. de Pontchartrain fût dans une grande ignorance des sentiments de ces habitants. Lettre interceptée de M, de Costebelle à M. de Pontchartrain du 23 juillet 1111, laquelle se trouve dans les pièces de la dé. fense de l'amiral Walker.

ITU ML:

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50 HISTOIRE PDU CANADA.

pour attendre l’arrivée de l'amiral Walker devant Québec. Le 4 de Canada semblait perdu sans ressource." Aux quinze on seize 4 de mille soldats et matelots qui marchaient pour l’envahir, il pou- q vait à peine opposer einq mille hommes capables de porter les armes. La Providence le sauva.

La prise de Port-Royal avait produit une sensation pénible et | profonde en Canada, moins à cause de l'importance de ce poste, fe qui était réellement peu de chose en lui-même, que parce qu’elle Hu dévoilait d’un côté la faiblesse ou l’apathie de la mère patrie, et il de l’autre, la résolution des colonies anglaises d’exclure entière- AE ment la France de ce continent. Mais lorsque les Canadiens se | virent attaqués de tous les côtés, ils se rappelèrent qu’ils avaient 4

fl eux-mêmes porté plus d’une fois la guerre dans le pays de leurs 4

h | envahisseurs; qu'ils avaient vu fuir leurs soldats devant eux 4

| dans la Nouvelle-York, dans la Nouvelle-Angleterre, à Terre-

| neuve, dans la baie d'Hudson, et, leur ancienne énergie repre-

nant son. empire, à la voix du gouverneur, ils coururent aux

armes,

Pour imposer aux Iroquois, qui menaçaient la partie supérieure 14 osû du pays; M. de Vaudreuil avait fait appeler les sauvages occi- É sea dentaux : quatre à cinq cents de leurs guerriers descendirent 4 ave avec MM. de Saint-Pierre, T'onti et quelques autres Canadiens. ÿJ fer: Le baron de Longueïl et MM. de Joneaire et de la Chauvigne- pu" m0

rie furent envoyés dans les cantons pour y soutenir les partisans à de | des Français, et pour rompre les intrigues de Schuyler, en en- à rac gageant les Iroquois à observer la neutralité. M. de Vaudreuil \ prè donna à Montréal un festin solennel à huit cents sauvages alliés, à jus qui, à la fin du repas, levèrent la hache et entonnèrent le chant pu: | | de guerre. Sans perdre de temps, le gouverneur descendit à | cu Québec, suivi des Abénaquis des villages de Saint-François et À à € FD Me An PR eg JR 4 Gouvernement de Montréal, ........ .. 1,200 hommes de 16:à 70 aus : ca! “ Trois-Rivières. . 400 « de « Québec. .....,, 6 2200 « # pa Troupes,.. .,..... 850 ‘ toi Matelots, ...,....., 200 “

Sauvages, ,..... 1e nee

Québec. Le iinze on seize ivahir, il poude porter les

ion pénible et 2e de ce poste, parce qu’elle ière patrie, et elure entière- Canadiens se qu’ils avaient pays de leurs s devant eux rre, à Terremergie repreoururent aux

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à Chauvigneles partisans yler, en ende Vaudreuil ivages alliés, ent le chant descendit à François et

15 à 70 ans

MISTOIRE DU CANADA. 51

de Bécancour, fondés au commencement de la guerre, pour servir

de digues aux irruptions des Iroquois. La capitale était en:

état de résister à un coup de main. {1 y avait plus de 100 pièces de canon en batterie. Les rives du fleuve au-dessous de Québec étaient si bien gardées, que l'ennemi n'aurait pu y opérer de débarquement dans les lieux » ::.s saus livrer un æombat fort périlleux. Au-dessus de 11 ill, les Anglais ne pouvaient guère s'aventurer au loin. Lu. yosition des troupes était réglée. Chacun avait son poste marqué, et devait s'y rendre à l’apparition de Ja flotte. On attendait déjà depuis longtemps l'ennemi, lorsqu'un habitant vint annoncer, un soir du mois de septembre, qu'il avait vu entrer 90 à 96 voiles dans le bas du fleuve.

C'était l'amiral Walker qui remontait le Saint-Laurent. Il s’avançait moins comme un capitaine qui entreprend une campagne difficile, que comme un conquérant qui n’a que de faciles lauriers à recueillir. L'attaque de Québec n'était pour rien dans les préoccupations de sonesprit. Il ne croyait pas même qu'on osût s'y défendre. Iln’était occupé quedel’hivernage de ses vaisseaux dans le climat rigoureux où il croyait passer l'hiver. Après avoir roulé plusieurs plans dans sa tête, il s'arrêta à celui-ci: il ferait dégréer et démâter ses vaisseaux ; ensuite il les ferait monter à sec sur le rivage, hors de l’atteinte des glaces, à l’aide de chameaux et d’autres puissants appareïls. C’est lui-même qui raconte ses inquiétudes. 11 croyait que le Saint-Laurent, qui a près de cent pieds de profondeur dans le port de Québec, gelait jusqu’au fond de son lit.

Un grand désastre tira bientôt l'amiral Walker de ses préoccupations oiseuses. Un gros vent de sud-est s'était élevé tout à coup et une brume épaisse avait enveloppé la flotte ; les pilotes me pouvaient plus se reconnaître. Un ancien navigateur canadien, retenu prisonnier à bord du vaisseau amiral, avertit de ne pas courir trop au nord. Il ne fut pas écouté. Cela se passait dans la nuit du 22 du mois d'août. Le vent augmentait toujours. Bientôt la flotte se trouva au milieu d'îles et de rescifs dans le danger le plus imminent, et personne ne s’en doutait. Un officier de l’armée de terre, qui se trouvait par hasard sur le pont du vaisseau amiral, aperçut tout à coup des brisants sur sa droite, et courut en informer Walker, qui pensa que c'était

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