HISTOIRE DI! CANADA
la peur qui le faisait agir et ne voulnt pas le croire. L'officier
- redescendit une seconde fois, en le priant avec instance de monter, que l’on voyait des écueils de toutes parts. ‘“ Sur ces importunités répétées, et entendant plus de bruit et de mouvement qu'à l'ordinaire, dit l'amiral, je passai ma robe de chambre et mes pantoufles et je montai sur le pont. En effet, j'y trouvai tout le monde dans une frayeur et une confusion étranges.” La direction des vaisseaux fut immédiatement changée ; mais huit transports se brisèrent sur l’île aux Œufs, l’une des Sept-Iles, et près de neuf cents hommes périrent sur les dix-sept cents soldats qu’ils portaient. On reconnut parmi les noyés rejetés sur le rivage par les vagues, deux compagnies entières des gardes de la reine, et plusieurs familles écossaises venues pour s'établir dans le pays. On trouva aussi un grand nombre de copies imprimées d’une proclamation, que Charlevoix rapporte tout au long, et dans laquelle le général Hill déclarait que les Canadiens étaient sujets anglais en vertu de la découverte de l'Amérique septentrionale par Cabot, la France n’ayant possédé le pays qu’à titre de fief relevant de l’Angleterre! Jamais on n’avait tant abusé de l’esprit que dans cette guerre.
Après ce désastre, Walker rebroussa chemin, et alla jeter l'ancre dans la baie des Espagnols au Cap-Breton. Comme la traversée de Boston avait été extrêmement longue et qu’il ne restait plus de vivres que pour dix semaines, il fut résolu à l’uranimité dans un conseil de guerre, d'abandonner l’entreprise sur Québec et sur Plaisance, qui devait être attaqué après la prise de la capitale. En conséquence de cette résolution, les Américains furent Gébarqués à Boston, et la flotte cingla vers Portsmouth, où, peu après son retour, le vaisseau amiral, l'Edgar, de 79 canons, sauta avec quatre cents hommes, outre un grand nombre de personnes qui étaient venues à bord pour visiter leurs amis Cans le port de Spithead. Dans le même temps, le Feversham, de 36 canons, et trois transports qui avaient suivi la flotte, se perdaient dans le golfe Saint-Laurent.
La nouvelle de la retraite des Anglais fut apportée à Québec par des pêcheurs de Gaspé ; le gouverneur renvoya aussitôt M. de Ramesay à Montréal avec six cents hommes, et s’y rendit lui-même bientôt après avec un pareil nombre de soldats. Il assembla une petite armée de trois mille hommes, qu’il plaça
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dans le voisinage de Chambly, afin de s’opposer au général Nicolson, s’il venait à déboucher par le lac Champlain. Mais le commandant américain, en apprenant les malheurs de la flotte, s'était retiré avec ses troupes, qui reprenaient, pour la seconde fois depuis deux ans, le chemin de leurs provinces sans avoir brûlé une amorce. Alors les craintes du Canada passèrent dans les colonies anglaises ; la terreur plana sur leurs frontières. Les gouvernements de ces colonies s’empressèrent de faire réparer les forts avancés ; ils retinrent la milice sous les armes, et firent travailler de tous côtés à opposer une digue au torrent de Canadiens et de sauvages qu’ils croyaient voir déhorder d’un moment à l’autre.
Maïs on pensait seu en Canada à aller attaquer l’ennemi sur son territoire. M. de Vaudreuil était satisfait d’avoir été délivré d’un danger dont il avait redouté les suites, et qui lui paraissait encore plus grand, maintenant qu’il pouvait en mesurer toute l'étendue avec sang-froid. Il ne voulait point le braver en tentant une agression avec des forces si inférieures. D'ailleurs le résultat de la guerre devait le satisfaire; les provinces anglaises se trouvaient accablées de dettes et réduites à défendre leurs propres foyers.
Pendant que l'Angleterre dirigeait ainsi son épée droit au cœur de la puissance française en Amérique, sa politique avait armé, par l'intermédiaire des Iroquois, contre le Canada, une nation brave, indomptable et cruelle, les Outagamis, qui erraient dans les savanes situées au delà du lac Michigan. Ils vinrent se fixer à une portée de pistolet du fort du Détroit pour pouvoir mieux exécuter leur dessein. ‘“ Ce peuple, dit un auteur, aussi brave que l’Iroquois, moins politique, beaucoup plus féroce, qu’il n’avait jamais été possible ni de dompter ni d'apprivoiser, et qui, semblable à ces insectes, qui paraissent avoir autant d’âmes que de parties de leur corps, renaissent, pour ainsi dire, après leur défaite,” ce peuple se trouvait partout, et était devenu l’objet de la haine de toutes les nations de ce continent. Il avait promis de brûler le Détroit, et de massacrer tous les Français qui se trouvaient dans cette contrée. Les Kikapous et les Mascoutins, qui avaient en haine les Outaouais du Détroit, étaient entrés dans le complot. Les Outaouais venaient de détruire sur la rivière Saint-Joseph 60 guerriers, 60 femmes et 100
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