RENAISSANCE ET DÉVELOPPEMENT DE LA COLONIE | DE QUÉCEC
SoMMAIRE :—Traité de Saint-Germain-en-Laye—Champlain revient au Canada.—Notre-Dame de la Recouvrance.—Seigneurie de Beauport.—Fondation des Trois-Rivières.— Mort de Champlain—M. de Montmagny.—Collège des Jésuites —Bourgade de Sillery.—Arrivée des Ursulines et des Hospitalières,
Traité de Saint-Germain-en-Laye.—Les Kertk s'étaient emparés de Québec après la prise de {a Rochelle par Richelieu, laquelle portait le dernier coup au protestantisme en France, amenait le traité de Suse!, quiannulait la conquête des Kertk? par le traité de Saint-Germain-en-Laye (1632). “
Champlain revient au Canada.—Abprèsle traité
de Saint-Germain-en-Laye, la France se demanda si ë elle devait continuer à coloniser les déserts de bois et de d neige, où ses tentatives, jusque-là, n'avaient eu aucun N succès. La pensée de laisser à des mains étrangères les Ê contrées découvertes, et de rester confinée dans d'étroi- {| b
tes limites tandis que les pays limitrophes se partage-
1 Le traité de Suse (24 avril 1629) établissait la paix entre la à France et l'Angleterre.
3 Les Kertk avaient pris Québec le 19 juillet 1629, [
DLONIE
mplain reince.—$Sei- Rivières. — ollège des rsulines et
es Kertk la Rocoup au e Suse!, aité de
letraité anda si ns et de | aucun res les d'étroiartage-
entre la
deux mois es de cette |
raient les terres de l'Ouest, lui fit reprendre courageusement son projet de colonisation, dont le but principal était d'étendre le règne de Jésus-Christ.
Champlain revint au Canada (1633), amenant 200 colons, parmi lesquels se trouvaient un bon nombre de cultivateurs. Le bruit du canon du fort annonça son arrivée. La vue du drapeau fleurdelisé, flottant au gré des vents, réjouit toutes les familles françaises. Le fanatique huguenot de Caen, venu l'année précédente, ! remit solennellement les clés du fort à Champlain. Le père de Brebeuf, faisant partie del'expédition, fit l'éloge le plus pompeux du cardinal de Richelieu et du fondateur de Québec.
Champlain voulut donner un cachet vraiment chrétien à sa colonie. Aussi, voyait-un figurer ensemble, à la table du commandant, les épaulettes militaires et les robes cléricales. La cloche de la chapelle appelait régulièrement à la prière, aux offices, même à la confession.
La France voulait vaincre les tribus indiennes par la croix et non par l'épée. Au lieu de les erterminer, elle voulait les conserver et les gagner à Jésus-Christ.
Notre-Dame de la Recouvrance.—Après avoir établi un poste de traite de pelleteries près de la pointe de Sainte-Croix,? Champlain retourna à Québec et se mit en devoir d'accomplir un vœu qu'il avait fait à la très sainte Vierge, d'ériger une chapelle sous son vocable, si elle le ramenait un jour dans ces contrées. Cham-
1 Pour dédommager Emery de Caen des pertes qu’il avait éprouvées, on lui accorda le monopole de la traite des pelleteries pendant un an. Il reprit Québec au nom de la France (5 juillet 1632).
2 Ce poste établi sur un 1lot, au bas des rapides du Richelieu, était pour empêcher les sauvages de faire la traite avec les Anglais,
68 PREMIERS ÉTABLISSEMENTS GOLONIAUX.
plain fit donc construire le sanctuaire de Notre-Dame de la Recouvrance, que la piété des fidèles devait plus tard transformer en basilique.
Seigneurie de Beauport.—Pour favoriser le courant d'émigration au Canada, plusieurs associations 8e formèrent jusqu'au centre même de la France. L'une des plus considérables, fut celle de Mortagne, établie par Robert Giffard 1 (1634), qui, en récompense de son dévouement, obtint la seigneurie de Beauport. Gaffard % vint s'établir sur sa seigneurie avec sa famille, ses censitaires # et l'abbé Le Sueur.
On vit bientôt s'élever un manoir pour le seigneur et des maisonnettes pour les censitaires. Beauport fut transformé en un charmant village se dressant gaiement en face de Québec, au-dessus de la magnifique nappe d'eau qui forme la rade. Ces pionniers français ont été la souche de la plupart des preux Canadiens 6 qui, par leur bravoure sur les champs de bataille ou leurs entreprises audacieuses, ont illustré les fastes de notre histoire.
Fondation des Trois-Rivières.—Au commencement de la colonie, les Français établirent un poste de
1 Giffard vint à Québec plusieurs fois sur des vaisseaux français et fut même fait prisonnier sur celni de Roqueront (1628).
3 La concession d'immenses étendues de terrain, à titre de tenure seigneur'ale, fut le premier mode de colonisation au Canada. Ces seigneuries donnèrent naissance à des centres de population.
8 Il partit de Dieppe sur les vaisseaux de Duplessis-Bochart,
4 On appelait censitaires ceux qui, en retour des terres reçues d’un seigneur, devaient payer une redevance annuelle.
5 Le Moyne, Hertel, Le Gardeur, Jychereau, Godefroy, Jolliet, Couture, Marguerie, etc,
re- Dame ait plus
" le coutions ge . L'une établie e de son 3 Gif.
famille,
eigneur ort fut iement nappe ont été ui, par entre- ‘e his-
nenceste de rançais itre de
on au res de
traite aux Trois-Rivières, vulgairement appelé par les sauvages Âétaberoutin. Les Algonquins, les Attikamègues et les Montagnais passaient une partie de l'été à chasser et à pêcher dans cet endroit. Afin d'en faire un établissement fixe, Champlain chargea La Violette (1634) de faire construire un fort et une habitation sur l'emplacement d'une ancienne bourgade algonquine détruite par les Iroquois.
Les pères Lejeune et Buteux, jésuites, s'y fixèrent, la même année, dans unerésidence appelée Conception, et commencèrent à tenir les registres paroissiaux, qui n'ont n’ont pas été interrompus jusqu'à nos jours.
Mort de Champlain.—La mort de Champlain, arrivée le jour de Noël (1635), plongea la colonie dans le deuil. Durant toute sa maladie, les pères Lejeune et Lalemant lui prodiguèrent les soins les plus assidus.
Jusqu'à son dernier soupir, Champlain porta le plus tendre intérêt à la colonie fondée au prix des plus grands sacrifices, Il fut regretté des Français et des Sauvages. Ses obsèques se firent avec toute la pompe possible : chacun voulait rendre un dernier hommage aux restes mortels de celui qui appréciait plus le salut d'une âme que la conquête d'un royaume. Le père Lejeune prononça l'oraison funèbre, Le même père, en écrivant une courte notice sur la mort et les funérailles de son ami, disait : “ Hors de son pays natal, la France, son nom n'en sera pas moins glorieux aux yeux de la postérité.”
Le corps de Champlain fut inhumé sous une voûte de pierre faite exprès1.
1 On est porté à croireque cette voûte, d'abord recouverte d'une petite chapelle, fut ensuite détruite par le feu. Cet endroit à été dWoouvert accidentellement par des ouvriers (1856),
Québec doit s’honorer d'avoir eu pour fondateur un homme qui a donné l'exemple de toutes les vertus. Habile marin, guerrier valeureux, célèbre cosmographe, il employa tous ses talents à la conversion des tribus indiennes. Sa constance était à la hauteur de son esprit d'abnégation et de désintéressement. L'’abandon des compagnies, les courses des Iroquois, les invasions anglaises ne le découragèrent jamais. Sa devise enfin nous
révèle toute l'impersonnalité de son dévouement au ser-
vice de Dieu : Tout pour sa cause, rien pour moi.
M. de Montmagny.—M. Antoine Bras de fer de Châteaufort administra la colonie, en attendant M. de Montmagny,! chevalier de Malte, qui arriva à Québec le 11 juin 1636, eu qualité de gouverneur, de vice-roi et de juge. Au bruit de la petite artillerie, il fut conduit processionnellement à l'église, où l'on chanta le Te Deumn.
Après la cérémonie, il «2° rendit au château Saint- Louis, et M. d: Chäteaufort lui remit les clés du fort.
Peu de temps avaat :1 mort, M. de Champlain avait fait renouveler les palissades de la petite forteresse et réparer la batterie qui tenait la rade en respect. De Montmagny agrandit l'enceinte du fort, devenue trop étroite, traça lui-même les rues au cordeau et les propriétaires réparèrent leurs maisons. Québec présenta un aspect plus gai, et les familles de Repentigny et de La Potherie, toutes deux prospères et pleines d'avenir, venaient augmenter sa petite population.
1 Les sauvages lui donnèrent le nom d’'Ononthio, signifiant Grande- Montagne (Mons Magnus). Le nom d'Ononthio passa À tous les gouverneurs du Canada. Le roi de France était le Grand Ononthio,
leur un us. Haraphe, il bus inn esprit lon des ons anfin nous au seron.
Jer de , M. de Québec yice-roi ut con- , le Ze
Saint-
fort.
avait esse et . De e trop y prossenta et de venir,
nifian ASSE à Frand
PREMIERS fTABLISSEMENTS COLONIAUX. 61
Collège des Jésuites.—La fondation du collège des Jésuites (1635) attira l'attention de M. de Montmagny. Il présumait que cet établissement engagerait plusieurs familles à passer au Canada, où elles pourraient procurer à leurs enfants une éducation en rapport avec leur condition. Douze arpents de terre, près du château Saint-Louis, furent concédés aux pères pour l'érection de leur collège. René Rohault,! fils du marquis de Gamache, mit 6000 écus d'or à la disposition des Jésuites.
Bourgade de Sillery.—La lecture des relations des pères Jésuites engagea le commandeur Noël-Wichel Brülart de Sillery? à jeter, près de Québec, les bases d'une bourgade destinée à recevoir les néophytes algonquins et montagnaïs et à les affermir dans la foi chrétienne (1637). Cette mission, qui avait pour but de fixer les tribus nomades, prit le nom de Saint-Joseph.
Le nom de J£. de Sillery est resté attaché à l'endroit où il fonda sa bourgade, témoin de tant d'exemples de vertu.
Arrivée des Ursulines et des Hospitalières,— Les Ursulines et les Hospitalières vinrent au Canada (1639) pour y fonder, les premières, une école pour les
1 Ce jeune gentilhomme, sur le point d’entrer dans la Compagnie de Jésus, obtint de son père la perxission d'employer ainsi une partie de ses biens,
2 M. de Sillery, ancien ambassadeur de France à Madrid et à Rome, dégoûté des honneurs de ce monde, embrassa l’état ecclésiastique et se livra à toutes sortes de bonnes œuvres. Son grand âge l'empêcha de venir au Canada. Il mourut (26 septembre 1648) sans avoir pu achever l’œuvre commencée sur l'avis du père Lejeune, mais que ses proches complétèrent,
jeunes filles, et les secondes, un hôpital “ dédié au Fils de Dieu, dont le sang a été versé pour la merci de l'humanité entière.”
Madame de la Peltrie!, fondatrice du couvent des Ursulines, trouva dans Marie de l'Incarnation, ursuline de Tours, une femme accomplie par ses vertus et ses talents, capable de la seconder dans ses pieux desseins. Les sœurs Marie de saint Joseph et Cécile de la Croix, de la même communauté l’accompagnaient.
La duchesse d'Aiguillon? fonda un établissement pour les malades. À sa demande, trois hospitalières : les sœurs Marie Guenet de saint Ignace, supérieure, Saint-Bernard et Saint-Bonaventure, vinrent ouvrir l'Hôtel-Dieu de Québec. (Ces religieuses et les pères Vimont, qui venait en qualité de supérieur général de la mission, Poncet et Chaumonot s'embarquèrent à Dieppe.
L'arrivée des sœurs fut une véritable ovation. En mettant pied à terre, elles baisèrent le sol qu'elles étaient prêtes à arroser de leur sang. Après le chant du Te Deum, on les conduisit à Sillery. où se trouvaient
1 Murie- Madeleine de Chauvigny, veuve de Charles Grivel de La Peltrie, obtint de ses parents, avec beaucoup de difficultés, ia permession de fonder une maison d'éducation destinée à instruire les petites filles sauvages du Canada. Saint Vincent de Paul, qu’elle réncontra à Paris, l’encouragea à poursuivre son œuvre avec énerzie.
2 Marie-Madeleine Wignerod, nièce du cardinal de Richelieu, partagea la bienveillance du grand ministre pour le Canada, Devenue veuve très jeune et sans enfant, elle consacra sa fortune à la fondation de l’Hôtel-Dieu,
au Fils nerci de
vent des n, Ursuertus et 2ux desécue de aient,
issement talières :
érieure, ; Quvrir s pères néral de èrent à
ovation.
qu'elles hant du uvaient
Grivel de ultés, 1a instruire de Paul, h œuvre
ichelieu, Canada.
fortune
leurs résidénres.! Plus tard, ces deux communautés g'installèrent à Québec. On voit encore aujourd'hui le chêne, plus de deux fois séculaire, à l'ombre duquel la vénérable mère de l’'Incarnation, considérée comme la Thérèse du Canada, catéchisait les petites indiennes.