‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 11 sur 61 · HUITIEME LEÇON ABANDON ET PERTE DE LA COLONIE · texte numérisé non relu

HUITIEME LEÇON ABANDON ET PERTE DE LA COLONIE

SOMMAIRE : — Compagnie de Montmorency. — Courses des Iroquois. — Les Jésuites à Québec. — Missions des Récollets. — Compagnie des Cent-Associés. — Conquête de la Nouvelle-France par les Anglais : Prise de Port-Royal. — Sommation de David Kertk.— Capitulation de Québec.

Compagnie de Montmorency. — Voyant que la compagnie de Rouen s'occupait peu de la colonie, le ducde Montmorency en fonda une autre (1621) qui acceptait les

« Ce château, qui subit des réparations à différentes reprises, devint la demeure des gouverneurs français et anglais jusqu’en 1834, époque où il fut détruit par un incendie.

2 Champlain avait épousé Hélène Boulé, en 1610. De calviniste elle devint catholique. Les sauvages, tout étonnés de la beauté et de la noble tenue de Mme de Champlain, voulaient l’adorer comme une divinité Mme de Champlain employa les quatre années qu'elle passa au Canada à faire le catéchisme aux femmes indiennes et à leurs enfants. Après la mort de son mari, elle entra chez les Ursulines, fonda un couvent de cet ordre à Meaux, et mourut en

odeur de sainteté,

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obligations de la première et jouissait de $es privilèges. Les calvinistes Guillaume de Caen, et &on neveu Emery,étaient les chefs de la compagnie de Montmorency. Le premier navire de cette compagnie arriva à Québec au printemps de la même année, pour informer Champlain de ce changement. Les membres de l compagnie de Rouen en furent piqués, et prirent des attitudes menaçantes. Les prétentions des deux compa- Champlain remédia à ce déplorable état de choses, en envoyant en France le père Georges Le Baïllif? pour exposer au roi la situation précise du pays. La fusion des deux compagnies fut le résultat de cettè démarche. Le calme passager qui s'en suivit permit à Champlain de prescrire des règlements pleins de sagesse et de nature à maintenir dans l'ordre et le devoir ceux qui auraient été tentés de s'en écarter.$

Vers le même temps, le vice-roi concédait uné certaine étendue de terre aux pères Récolleist et à Louis Hébert.5 Les missions prenaient un nouvel essor, et le père

1 Loin de s'occuper d'amener au Canada des colons pour défricher la terre, la compagnie de Rouen ne songea qu’à s'enrichir en faisant la traite des pelleteries.

2 Ce père, aussi distingué par l'éclat de sa naissance que par ses qualités, fut bien accueilli de Louis XIII.

8 Champlain renvoya en France deux familles que la paresse et l'inconduite rendaient à charge à la colonie (1621),

& Ce terrain était situé sur ls rivière Sainte-Croix, que les Récollets nommèrent Saint-Charies, en mémoire d’un de leurs bienfaiteurs, Charles des Boues, grand vicaire de Pontoise.

5 Louis Hébert, qui avait abandonné Port-Royal en 1607, voulu tenter un autre essai dans le nouveau monde en venant à Québec avec sa femme et ses trois enfants (1617).

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Nicolas Vid ét le frère Gabriel Sagard,1 récollets, attivaient à Québec (1623).

Courses des Iroquois.—Les Iroquois, jaloux de ce que les alliés des Français recevaient des armes à feu se répandirent par petites bandes dans la colonie, pour y jeter la terreur. Le père Guillaume Poulain fut fait prisonnier près du saut Saint-Louis.? Les barbares attaquèrent le couvent des Récollets à Québec et se retirèrent avec une perte de sept ou huit hommes.#

Les Jésuites à Québec.—Le duc de Montmorency cèda sa vice-royauté à Henri de Lévis, duc de Ventadour, qui venait de quitter la cour pour entrer dans les ordres sacrés. Le nouveau vice-roi ne songeait qu'à propager la foi parmi les sauvages, Les pères Jésuites, à la demande des pères Récollets, vinrent au Canada (1625).

. La nouvelle recrue d'ouvriers évangéliques comprenait les pères Charles Lalemant, Enmond Masse, Jean de Brebœuf, et les frères François et Gübert. Le père Récollet, Joseph de la Roche D'Aulon, les accompagnait. Les calvinistes, qui souffraient déjà avec peine les Récollets, furent très mécontents de l’arrivée des Jésuites. Les enfants de saint François reçurent leurs

1 Le frère Gabriel Sagärd publia son grand voyage au pays des Hurons (16382) et une histoire du Canada (1636).

2 Des Français qui volèrent à son secours le trouvèrent attaché au poteau de torture Ils obtinrent sa délivrance par l'échange de prisonniers iroquois. Privé du martyre qu'il désirait, ce bon père poussa ses missions jusqu'aux cantons des Nipissiriniens.

8 Le couvent était défendu par un petit fort qu’on venait d’ériger.

€ De Caen leur refusa même l'entrée du port et conseilla aux marchands de ne pas les recevoir dans leurs magasins.

coopérateurs dans le bien sous le toit hospitalier de Jeur humble couvent. Le duc de Ventadour concéda aux Jésuites un terrain situé au nord de la rivière Saint- Charles, où, dès l'automne, ils plantèrent une croix.! Les pères Noirot et de la Noue vinrent de France avec une vingtaine d'ouvriers qui, en peu de temps, purent offrir un abri aux Jésuites.

Missions des Récollets.—De 1615 à 1623, les missions du Canada reçurent dix pères Récollets et un frère convers.? Les principaux missionnaires furent : le père Biard, qui évangélisa les Cannibas, et les pères Le Caron et Viel,8 qui poussèrent leurs courses apostoliques jusqu'au delà du lac Huron.

La vie des missionnaires était pénible à la nature. Pour conserver la foi des sauvages convertis, ils étaient obligés de les suivre dans leurs courses. Montés sur les frêles canots indiens, ils maniaient la pagaie, faisaient le portage ou servaient de portefaix, et couraient .à chaque instant le danger de perdre ia vie. Ils partageaient la nourriture des sauvages. Les meilleurs mets étaient du poisson rôti sur la braise ou séché aux &rdeurs du soleil. Souvent ils n'avaient autre chose à manger, pendant plusieurs jours, que des bourgeons, des écorces tendres et une espèce de mousse appelée tripe de roche. Ils couchaient sur la terre nue, et, pendant l’aiver, dans des trous creusés dans la neige et recouverts d'écorces et de branches de sapins.

1 Cette place prit le nom de Notre-Dame des Anges. 2 Les pères Jamay, Dolbeau, Le Caron, Duplessis, Huet, Poulain, Le Baillif, Galleran, Piat, Viel et le frère Sagard.

8 Ce père fut jeté par les Indiens dans un rapide au nord de l’île de Montréal (1025) : cet endroit porte le nom de Sault-au-Récollet,

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Comme on le voit, les missionnaires en venant dans nos contrées n'avaient d'autres intérêts que ceux de Dieu et la conversion des sauvages ; pour prix de leurs rudes travaux, ils n'enviaient d'autre récompense que la palme du martyre.

Compagnie des Cent-Associés.--— Guillaume et Emery de Caen, ne s'occupant que de la traite des pelleteries, étaient loin de répondre aux engagements contractés avec la compagnie de Montmorency. L'exploitation du sol était entièrement négligée. Le cardinal de Richelieu, dont les vues étaient si larges, informé de ce pénible état de choses, prit le sort de la colonie entre ses mains puissantes et remplaça la compagnie de Montmorency par celle de la Nouvelle-France, connue sous le nom de compagnie des Cent-Associés. Le sieur de Roquemont, le commandeur de Razilly, le sieur Houel! et autres personnages aussi distingués en firent partie. Le Canada et la Floride furent concédés à perpétuité à la nouvelle compagnie, qui, en retour, devait rendre foi et hommage au souverain, lui offrir ainsi qu'à ses successeurs une couronne d'or de huit marcs, et, dans l’espace de quinze ans, porter à 1600 familles la population française au Canada. La compagnie, qui avait le droit de fabriquer de la poudre et des armes, de concéder des terres et de jouir exclusivement du privilège de la traite des pelleteries, s'engageait à nourrir les nouveaux colons pendant trois ans, à leur distribuer des terres défrichées et les premières semences, et à pourvoir pendant quinze ans à l'entretien des missionnaires et aux frais du culte.

Tous les colons devaient être catholiques et français.

1 Houel était contrôleur général des salines en Brouage.

Conquête de la Nouvelle-France pat les Anglais : Prise de Port-Royal.—Le Canada ne jouit pas longtemps de l'ère de prospérité que lui apports Ja compagnie des Cent-Associés. Trois huguenots français David, Louis et Thomas Kertk, mécontents de leur patrie, passèrent au service de l'Angleterre et obtinrent de la couronne six vaisseaux dans le but de s'emparer de toutes les possessions françaises au Canada (1628). Après avoir pris Port-Royal et capturé à Tadoussac un vaisseau français charg de provisions, ils se portèrent sur l'habitation du cap Tourmente,1 qu'ils réduisirent en cendres. Foucher, surveillant de ce lieu, fut maltraité, et plusieurs colons, emmenés captifs.

‘Sommation de David Kertk.— Après avoir »avagé Tadouesac et ses environs, David Kértk envoya des messagers à Champlain pour le sommerde rendre le fort et l'habitation de Québec. Malgré la misère extréhe qui règnait alors, Champlain, attendant des secours prochains de France, fit faire à Kertk cette chevaleresque réponse : ‘“ Ayant encore des gräins, blés d'Inde, pois, fèves, sans cothpter cèque le pays foutüit, donit les s0ldats de ce lieu se passent tout aussi bien que s'ils avaient les meilletires farines di monde, nous vos attendons d'heure à autré pour vous recevoir et empêcher, 8i nous pouvons, les prétentions que vous avéz sûr ces lieux. ”3

Cette fière réponse arrêta l'ennemi. Avant de se retirer les Kertk réduisirent Tadoussac en cendres.

1 Cette habitation avait été fondée par Champlain (1626) pour l'élevage des bestiaux.

3 Cependant Québec n'avait plus qu’une cinquantaine de livres

de poudre, et chacun était réduit à la ration de sept onces de pois

par jour.

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Combat naval.— La flotte de Roquemont, apportant des secours de France,fut attaquée dans le golfe par les vaisseaux des Kertk. Après un combät opiniâtre de six heures, Roquemont dut baisser pavillon et se rendre. Les pères Charles Lalemantet Ragueneau, trois ÆKécollets et les sieurs Robert Giffard et Le Faucheur! étaient au nombre des prisonniers. Les Kertk croisèrent ensuite dans le fleuve et poursuivirent leur route sans oser venir attaquer Québec.

En apprenant la défaite de Roquemont, tous les colons furent dans la consternation. La nisère extrême qui régna pendant l'hiver obligea des Français à mendier quelque nourriture aux sauvages alliés.

Capitulation de Québec.-— L'année suivante (19 juillet 1629 }, David Kertk somma Champlain de rendre la ville. La lettre, écrite en termes polis, promettait une composition honnête et honorable.? Cliamplain, après avoir consulté les principaux citoyens, 8e rendit. Louis Kertk demeura à Québec, et Thomas, emménant sur son vaisseau Champlain, les religieux et un certain nombre de huguenots, partit pour Tadouësac.

David Kértk ratifia l'acte signé par ses frères et traita Champlain avec beaucoup d'égards. En arrivant à Plymouth, les Kertk apprirent avec peine qu'un traité

1 Le Faucheur, bourgeois de Paris, venait résider à Québec avec ga famille,

2 Les messagers étaient Louis et Thomas Kertk. Selon l’âcte, tes Anglais devaient conduire en France tous ceux qui voudraient y retourner ; les officiers pouvaient sortir avee leurs armes, leurs habits et les pelleteries qui leur appartenaient ; les soldats avec lears habits et une robe de castor ; les religieux avec leurs robes et leurs livres,

de paix, signé entre la France et l'Angleterre deux mois avant la prise de Québec, annulait les avantages de cette | capitulation.

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