LA NOUVELLE-FRANCE A LA MERCI DES IROQUOIS
SOMMAIRE :—Ravages des [roquois.—M. de Lauzon, gouverneur. —Recrues pour Montréal.—Sœurs de la Congrégation.— Massacre des Eriés.—M. d'Argenson, gouverneur.—Sulpiciens à Ville-Marie—Mgr de Laval.—Irruptions iroquoises.—Héroïsme de Dollard.—Retraite des Onnontagués.— M. d'Avaugour, gouverneur.—-Tremblement de.terre,
Ravages des Iroquois.—La hardiesse des Iroquois faisait écrite au père Le Mercier : “Depuis la destruction du pays des Hurons, les Iroquois ont toujours avancé leurs conquêtes et se sont rendus s1 redoutables en ce pays que tout plie sous leurs armes. Ils ont encore la force en mains, et il ne tenait qu'à eux de massacrer le reste de la colonie, ne trouvant presque point de résistance, ni du‘côté des Français, n1 du côté des sauvages non confédérés."— (Comme on le voit, l'état du Canada devenait de plus en plus précaire, les Iroquois levaient la tête partout, et exerçaient des ravages sur tous les points de la colonie.
Les colons de Ville-Marie ne pouvaient plus sortir du fort sans s'exposer à être scalpés ou faits prisonniers.
Dans leurs incursions, les farouches ennemis donnèrent la mort au père Buteux (1652) et au frère Liégeois (1655), jésuites, et à M. Duplessis-Bochart, gou-
verneur des Trois-Rivières.
Ils se répandirent sur l'île d'Orléans, massacrèrent
une partie des Hurons qui s'y étaient réfugiés, firent des prisonniers et poussèrent l'audace jusqu'à passer devant Québec en poussant des cris frénétiques et en brandissant comme des trophées glorieux les chevelures .enle-
vées 1F56).
Leur projet de s'emparer des Trois-Rivières par ruse fut déjoué par A. Boucher, gouverneur de cette place, qni les repoussa victorieusement.
Humiliés de cette défaite et informés que cinq de leurs principaux chefs venaient d’être faits prisonniers par les Hurons, ils demandèrent la paix. Après plu: sieurs entrevues, un traité fut signé. Le père Le Moyne, envoyé l’année suivante par le gouverneur général pour ratifier le traité, fut reçu avec de grandes démonstrations.
M. de Lauzon, gouverneur.—M. Jean de Lauzon, l'un des principaux membres de la compagnie des Cent: Associés, vint à Québec, en qualité de gouverneur (14 octobre 1651). Ses deux fils, Charny, grand-sénéchal, et M. de in Citière, l'accompagnaient. D'Ailleboust, heureux de quitter un poste qui lui avait coûté tant de peines, vint se tixer à Montréal.
Recrues pour Montréal.—Les invasions iroquoises aux environs de Ville-Marie forcèrent M. de Maisonneuve à demander quelque renfort à M. de Lauzon, qui ne lui envoya que dix soldats, et encore, au dire de M. Dollier de Casson, ‘on les prenait pour des spec- ‘tres vivants qui venaient, tout squelettes qu'ils étaient, affronter les rigueurs de l'hiver” (1652). M. de Maisonneuve passa alors en France pour obtenir des recrues, et revint à Montréal (1653) avec 100 hommes de bonnes mœurs, robustes, courageux, et sachant manier la houe et le fusil.i La paix signée avec les Iroquois (1653) permit à M. de Maisonneuve de mettre
1 Mme de Baullion, en remettant une somme considérable à de Maisonneuve contribua au recrutement de la colonie,
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ses hommes à l'ouvrage en arrivant: l'hôpital fut agrandi et mis en état de défense par deux redoutes construites à proximité. Ville-Marie devint comme le bouclier de la colonie et la sauva en 1660.
Sœurs de la Congrégation. — Mademoiselle Marguerite Bourgeois! venue de France avec M. de Maisonneuve (1653), devint pour Ville-Marie un ange de miséricorde, et, le jour de la Sainte-Catherine (30 avril 1657), ouvrit sa première école, dans une étable. S'étant adjoint plusieurs compagnes, elle jeta les bases de l’'admirable Congrégation de Notre-Dame qui, de grain de sénevé jeté dans une terre consacrée à Marie, est devenue un grand arbre. Des milliers de jeunes filles fréquentent aujourd'hui les écoles tenues par les Sœurs de la Congrégation et puisent dans ces établissements la sève chrétienne qui fait éclore la vertu. La sœur Bourgeois mourut à Ville-Marie, en odeur de sainteté (1700). Un auteur protestant, Hawkins, dit à ce sujet : “ L'histoire du Canada, dans les premiers temps, abonde en exemples de courage religieux, de zèle et d'héroïsme. Des femmes jeunes et délicates, s'arrachant aux douceurs de la civilisation, vont rendre aux malades les services les plus bas; elles Abportent à ces sauvages étonnés les secours de la médecine pour les corps, et les enseignements de la foi pour les âmes.”
Massacre des Eriés.—La paix conciue avec les cinq nations semblait mettre les Eriés? à l'abri de leurs
1 Marguerite Bourgeois, native de Troyes, était alors âgée de trente-trois ans.
2 Cette tribu, appelée aussi nation du Chat, habitait la rive méridionale du lac qui porte encore son nom,
coups meurtriers. Malheureusement, le massacre d'un Iroquois par un Erié fut le signal d'une guerre à outrance. On ne chercha abirs des deux côtés qu'à faire des prisonniers. Un chefonnontagué, condamné à mort par le conseil des Eriés, éleva la voix du haut de l’échafaud et dit : “Ecoutez, Eriés, ma mort sera vengée; en me brûlant, vous allez brûler un peuple entier.” En apprenant cette nouvelle, les Onnontaguésvoulurent tout de suite venger la mort de leur chef: le carnage fut si affreux, qu'à certains endroits, on marchait dans le sang jusqu'aux genoux (1655).
M. d’Argenson, gouverneur. — M. de Lauzon, courbé sous le poids des années et fatigué des hostilités sans cesse renaissantes des Iroquois, laissa le gouvernement à son fils Charny (1656) qui, devenu veuf peu de témps après et résolu dé recevoir les ordres sacrés, confia les rênes de l'administration à M. d’'Ailleboust
(1657), en attendant l’arrivée de M. d’Argenson (1658). Le nouveau gouverneur, issu d’une famille distinguée, avait des mœurs sévères et était doué d'une grande sagesse. Dès le lendemain de son arrivée, d'Argenson poursuivit, sans pouvoir l'atteindre, un détachement d'Iroquois qui avait massacré des Montagnais sous le canon du fort.
Sulpiciens à Ville-Marie.—$Sur la demande de M. d’Argenson,! la compagnie de Montréal concéda l'île aux Messieurs de Saint-Sulpice dont quatre membres : les abbés de Queylus,? Souart, Galinier et d'Allet, envoyés par M. Olier, fondèrent à- Ville-Marie (1659) ure
1 M. d’Argenson avait quitté le Canada depuis deux ans. 2 M: Gabriel de Thubière de Léry-Queylus, abbé dë Ldé-Dieu, docteur en théologie, venait en qualité dè supériéür.
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maison appelée séminaire, pour léur résidence. Les Sulpiciens, comme les Jésuites, eurent leurs martyrs. Deux d'entre eux, MM. Lemaître et Vignal, devinrent les victimes d'Iroquois embusqués : le premier eut là tête tranchée, le second fut rôti et dévoré.
Monseigneur de Laval.—En 1659, la jeune colonie saluait l'arrivée de son premier évêque, Mgr François de Laval,! sacré évêque de Pétrée? (8 décembre 1658), et envoyé en qualité de vicaire ayostolique de la Nouvelle-France. Le gouverneur, accompagné de la population, se rendit sur la rive pour le recevoir. Il fut conduit au bruit de l'artillerie à la chapelle, et, après le chant du Te Deum, reçut les compliments des Français et des Hurons chrétiens. La cérémonie religieuse fut suivie d'un grand banquet, et Monseigneur servit lui-même les Algouquins et les Hurons qui yassistaient,
L'année suivante, plusieurs prêtres séculiers vinrent remplacer les Jésuites dans les cures paroissiales.
Hruptions iroquoises.—Les Agniërs, ayant réussi à force d'intrigues, à délivrer leurs prisonniers de Québec, recommecercut les hostilités avec plus d'acharne-
1 Mpr laval, 6 en 1623 et issu de l'illustre famille dé Montmoreuvy, «x. donna à la France six connétables et douze maréchaux, comptait parmi ses ancêtres le premier baron qui reçut le baptème avec Clovis, des mains de saint Remi. Il fit ses études à la Flèche, dans le collège dirigé par les Jésuites, et fut désigné (1656) pour être vicaire apostolique aux Indss orientales ; mais les guerres qui éclatèrent en Asie obligèrent les missionnaires à se retirer.
2 Petra, en Arabie,
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ment que jamais. Ils s'emparèrent, aux Trois-Rivières, de huit Français, qu'ils conduisirent dans leur canton pour y être torturés. Un Iroquois, capturé dans les îles de Richelieu et amené à Québec pour y être brûlé vif, déclara dans sa chanson de mort que sa nation avait juré de raser les forts de Québec, de Montréal et de Trois-Rivières, et d'exterminer tous les Français de la colonie. La terreur régnait partout. Les habitants des campagnes quittèrent leurs maisonrettes pour venir se mettre à l'abri des forts.
Héroisme de Dollard.— Dollard,1 plein d'une ardeur guerrière, trouva seize braves qui voulurent aller avec lui pour arrêter dans leur marche les Iroquois campés à la Roche-Percée, près de Montréal (1660). La veille du départ, tous se confessèrent, communièrent, firent leur testament, et se jurèrent fidélité jusqu'à la mort. Le lendemain (19 avril), les généreux défenseurs de la colonie, quittaient, en cänots, Ville-Marie, pour entreprendre leur glorieuse expédition. Après avoir surmonté toutes sortes de difficultés, ces valeureux soldats arrivèrent au Long-Sault (1er mai) où ils campèrent dans un réduit abandonné, pour y attendre l’ennemi qui, nécessairement, devait s'arrêter au pied de ce rapide. Six Algonquins et quarante Hurons, commandés par le brave Anahotaha, obtinrert de M. de Maisonneuve la permission d'aller pitager les dangers et la gloire des héros de Ville-Marie.
Les éclaireurs signalèrent bientôt deux canots iroquois, par une décharge générale en fleurant la rive:
1 Dollard des Ormeaux, qui avait servi dans l’armée en France, était venu au Canada avec le désir de s'illustrer dans les guerres contre les Iroquois,
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c'étaient les avant-coureurs de 2000nnontagués, qui les suivaient de près, en poussant des cris et des hurlements épouvantables.
Un chef, s’avançant sans arme vers le fort, demanda : Qui est 1à ?—Des Français, des Hurons et des Algonquins, qui viennent au-devant des Nez-Percés.—Jugeant alors le combat inévitable, les Iroquois se firent des
| retranchements et les Français réparèrent leur palis-
sade. Des attaques meurtrières, mais toujours à l'avantage des Français, commencèrent. Exaspérés, à la vue des têtes grimaçanies de leurs chefs dont les Français avaient couronné leur palissade, les [roquois revinrent à la charge pendant sept jours, mais furent toujours repoussés avec vigueur. Sur le point de jâcher prise et d'abandonner la place, ils reçurent des îles de Richelieu un renfort de 500 guerriers, dont l'arrivée fut saluée par des cris et des bravades insolentes. A cette vue, les trente Hurons découragés sautèrent par dessus la palissade pour aller grossir les rangs des ennemis. Alors informés du petit nombre de Français et d'Algonquins, les Iroquois, trépignant de rage, tentèrent un suprême effort en se portant tous ensemble autour de la palissade, pour l'emporter d'assaut. Les plus braves, la hache d’une main, tenant de l’autre une bûche, en guise de bouclier pour se préserver des balles, ouvraient la marche, et se ruèrent sur le fort avec l'impétuosité des flots courroucés contre le pied d’un rocher qui les brave. La palissade ébranlée résista cependant. Les Français quoique fatigués, harrassés, exténués de faim et de soif, redoublèrent d’ardeur, et mirent en œuvre tous les moyens suggérés par leur courage et leur expé-
rience. Des canons de fusils, bourrés jusqu’à la gueule, furent lancés au milieu de l'ennemi, dont la résistance
semblait invincible. Pour la maîtriser, Dollard s’avisa de lancer au-dessus de la palissade un gros mousqueton, chargé jusqu’à la gueule, et armé d'une fusée qui devait jeter la terreur parmi eux; malheureusement, une branche repoussa le projectile dans le fort, et l'explosion donna le coup de mort au plus grand nombre des défenseurs. Dans la mêlée, un des neveux d'Anahotaha, passé du côté de l'ennemi, l'invita à le suivre: “J'ai donné ma parole aux Français, répondit-il, je mourrai avec eux.” Peu après cette fière réponse, il tomba mort. Les [roquois profitèrent de ce moment de confusion pour enfoncer la porte du fort et s'y précipiter. De leurs mains défaillantes, les Français assommèrent encore plusieurs ennemis, mais, finalement durent céder à la force. Alors les Troquois se livrèrent à toutes les horreurs de leur barbarie, Un Français, trouvé à peine blessé, fut réservé pour la torture dans leurs cantons ; deux autres, respirant encore, furent déposés sur des charbons ardents pour y être brûlés vifs.
Effrayés de la résistance que leur avait opposé un si petit nombre de Français dans un faible réduit, les Iroquois renoncèrent au projet d'attaquer le fort de Québec defendu par des canons.
Retraite des Onnoutagués. — ;:eux canots onnontagués, surmontés d’un pavillon blanc, vinrent, à la grande surprise des colons de Montréal, demander la paix (1661). En témoignage de leur sincérité, ils rendirent la liberté à plusieurs prisonniers français, et der: andèrent des robes noires pour les évangéliser. Le père Simon Le Moyne eut charge de cette mission. Ce bon père fut heureux de rencontrer dans cette bourgade des familles huronnes chrétiennes qui, après douze an-
À s’avisa squeton, i devait it, une l'explobre des Anahosuivre :
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canots ent, à der la s renis, et r. Le n, Ce rgade 8 an-
nées de captivité, avaient conservé le précieux dépôt de la foi.
M. d'Avaugour, gouverneur.—Le baron d'Avaugour, vieux soldat, franc, loyal, brave, mais d’une opiniâtreté peu commune, succéda au vicomte d'Argenson (1661).
Le nouveau gouverneur, soutint d’abord Mgr de Laval défendant le trafic de l'eau-de-vie, sous peine d'encourir les censures de l'Eglise. Une pauvre femme, surprise en contravention et jetée en prison, demanda sa grâce par l'entremise du père Lalemant. Le gouverneur, blessé de cette démarche, répondit au père avec humeur : “Si pour cette femme la faute n'est pas punissable, elle ne le sera plus pour personne.” Malheureusement il tint parole, et les désordres devinrent si grands que Mgr de Laval jugea à propos de passer en France pour s'en plaindre au roi, et d'Avaugour fut rappelé.
Tremblements de terre.—L'intervention du ciel vint justifier les sages mesures de l'évêque. Pendant six mois, à différents intervalles, des tremblements de terre se firent sentir avec violence sur une étendue de 200 lieues. Durant ces secousses terribles, les animaux affolés, couraient de tous côtés en poussant des cris et des hurlements sinistres. La population épouvantée se rendait aux églises, entourait les confessionnaux et se livrait à la pénitence en criant miséricorde. Le sol fut entièrement bouleversé, mais ce qu’il y a de plus extraordinaire, c'est que personne ne perdit la vie. À cette
occasion, le père Lalemant écrivait : “ Le ciel et la terre nous ont parlé bien des fois depuis un an.”
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