‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 15 sur 61 · ETAT SOCIAL · texte numérisé non relu

ETAT SOCIAL

SOMMAIRE :—Les premiers fondateurs.—Emigrâtion.—Colonisa. tion.—Mœurs et coutumes des premiers Canadiens.—Habi. tations.— Vêtements. —Nourriture.

Les premiers fondateurs.—La Providence veilla d'un œw jaloux sur la fondation de la colonie, en faisant échouer les différentes tentatives de la France pour la peupler avec des repris de justice. La croix, qui présida à la découverte de l'Amérique, présida aussi à celle du Canada et à l'établissement de tous les principaux postes.

La grande pensée d'établir le règne de Jésus-Christ au sein des forêts indiennes paraît être le mobile unique des premiers fondateurs. Au premier rang, figure Champlain, qui consacra la plus grande partie de son existence au succès de cette entreprise, et voulut mourir au milieu des peuplades barbares qu'il contribua puissamment à arracher aux erreurs grossières de l'idolâtrie.

À côté de ce grand nom, on peut placer celui de Pontgravé, qui l'aida énergiquement dans la fondation des colonies de l’Acadie et de Québec. Les relations du père Lejeune, publiées en France, suscitèrent les établissements de Sillery, du collège des Jésuites, des Hospitalières, des Ursulines et enfin de Ville-Marie, qui en fut le couronnement.

Ces différentes fondations, insnirées ei soutenues par des hommes que la grandeur d'âinc mettait au-dessus des intérêts égoïstes et personnel: axenèrent sur

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nos plages des martyrs de la charité. comme les pères Brebeuf et Lalemant ; des héroïnes comme Madame de la Peltrie, Marie de l'Incarnation, Mademoiselle Mance et Marguerite Bourgeois ; des âmes magnanimes comme de Montmagny, de Maisonneuve et Mgr de Laval. Ces héros de la charité et du dévouement laissent loin derrière eux les grands hommes de Rome païenne.

Emigration.—L'histoire constate qu'aucune famille ne se tixa définitivement au Canada avant la fondation de Québec (1608). Cependant, quelques-unes, qui devinrent la souche de la nation, s’y établirent d’une manière permanente avant l'arrivée de Louis Hébert (1617).

Charlevoix dit que de 1634 à 1639, le Canada comprenait le fort de Québec, environné de quelques méchantes maisons et quelques baraques ; deux ou trois cabanes dans l’île de Montréal, autant peut-être à Tadoussac et en quelques autres endroits sur le Saint- Laurent, pour le commerce des pelleteries et la pêche; enfin un commencement d'habitation, aux Trois-Rivières.

Dolhier de Casson porte la population française à 200 âmes, en 1641, et à 675, en 1653.

Colonisation.—Ta colonisation du Canada fut une œuvre éminemment chrétienne et nationale. L'œil vigilant du prêtre et des fondateurs ne souffrait rien de la part des colons qui pût porter atteinte aux tribus indiennes qu'ils voulaient convertir et constituer en société.

Aussi, voit-on Champlain renvoyer en France des familles oiseuses et dont les mœurs laissaient à désirer.

Le Canada se développz au moyen de seigneuries 1 concédées à des gentilshommes en état de créer par eux-mêmes des centres de population. L'habitant ? n'avait rien à débourser d’abord ; il trouvait même sur sa terre tout ce qui était nécessaire aux premiers défrichements. Ce ne fut que quelques années plus tard qu'il commença à payer une redevance annuelle.

Il ne faut pas considérer les seigneurs comme des hommes de cour, vivant dans le luxe, la mollesse, les honneurs et les divertissements, mais bien comme des pionniers infatigables, ne cherchant que la gloire de l'oubli et du désintéressement.

Mœurs et coutumes des premiers Canadiens.

—Les premiers Canadiens ne dégénérèrent pas de leurs ancêtres. La piété présidait au foyer domestique. La prière se faisait en commun, le Benedicite et les Grâces se récitaient à chaque repas, et on ne commençait aucune action importante sans faire le signe de la croix.8 La

1 Henri IV accorda au marquis de la Roche (1598) le droit de concéder des terres. Richelieu obtint aussi le même privilège (1627), moyennant confirmation par le roi. En 1645,le Canada comptait 25 seigneuries peuplées par une certaine de familles, au lieu de 5000 colons, qu'il y aurait eu si les compagnies avaient tenu leurs engagements,

2 Les paysans furent toujours connus au Canada sous le nom d'habitants. Bougainville écrivait à ce propos (1757): “Les simples habitants du Canada seraient scandalisés d’être appelés paysans. En effet, ils sont d’une meilleure étoffe et ont plus d’éducaion que ceux de France. Ils ne payent aucun impôt et vivent lans une espèce d'indépendance.’

3 M. dé Gaspé fait l'observation suivante : ‘“ La pieuse coutume des habitants de faire une prière avant de commencer un ouvrage qui peut les exposer à quelque danger: telle que l'érection du com-

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gaieté vive et franche de l'esprit gaulois régnait dans les familles. Des divertissements honnêtes, des repas qui, comme les agapes des premiers chrétiens, réunissaient les parents et les amis, la visite des malades, l'assistance des pauvres et des orphelins, faisaient, pour ainsi dire, de chaque paroisse, une communauté religieuse. Le jour de l'an amenait, comme aujourd’hui, des souhaits, des vœux, des cadeaux et des réjouissances. Le journal des Jésuites (1645-1668) note les aubades, les compliments, les présents qu'on se faisait.

Les enfants ne manquaient pas, la nuit de Noël, de suspendre un de leurs bas à la tête de leurs lits, pour recevoir les étrennes du petit Jésus.

Tous ces usages, embaumés de la charité la plus tendre, de l'affection la plus cordiale et de la piété la plus sincère, rendaient aux premiers Canadiens la Nouvelle- France aussi chère que la Gaule l'était aux Francs.

Habitations.—Les maisons ressemblaient à celles que l'on voit encore aujourd'hui dans les campagnes éloignées des villes. D'après M. Boucher, les unes étaient en pierre et couvertes de planches ou ais de pin ; d’autres étaient bâties de colombages ou charpentes, et maçonnées entre les deux; puis un certain nombre étaient entièrement de bois, et couvertes de planches. La main-d'œuvre était chère. La mère de l'Incarnation écrivait (1651) : ‘“ C’est une chose bien étonnante, combien les artisans et les manœuvres sont chers ici; nous en avons à quarante-cinq, à cinquante-cinq sols

ble d’un édifice, etc., existe encoie de nos jours. C’est un spectacle imposant de les voir se découvrir, s’agenouiller et d'entendre un vieillard réciter, à voix haute, des prières auxquelles tous réponden # |

par jour. Les manœuvres ont trente sols par jour, avec leur nourriture.”

L'usage des poëles n'était pas connu ; on se chauffait au feu de la cheminée. Pendant la rude saison de l’hiver, les prêtres tenaient des chaufferettes sur les autels quand ils célébraient.! Quelques paroissiens apportaient des réchauds pour les mettre sous leurs pieds. Il n’y avait pas, non plus, de bancs dans les églises ; on se tenait à genoux, ou debout, ou assis sur le carreau. Au lieu de chaises, dans les maisons, on se servait d'escabeaux, de bancelles et de longs bancs à dossier.

Vêtements. — Les Canadiens fabriquaient éuxmêmes, au moyen de métier, la flanelle, le droguet et la toile dont ils confectionnaient leurs vêtements. Lés bottes molles de cuir rouge canadien étaient les chaussures en usage. Plus tard, ceux qui voulurent se payer de luxe, firent venir des souliers français et des bottes malouines. Une tuque de laine tricotée était la coiffure des habitants. M. Faillon nous dit, qu'en dehors des grandes circonstances, M. de Maisonneuve portait une capote de serge grise, ? à la mode du pays. Un soù avait plus de valeur pour nos ancêtres qu'un louis pour leurs descendants.

Nourriture.— La nourriture des premiers Canädiens était à peu près celle de nos campagnes aujourd'hui. D'après M. Boucher, les boudins, les riches pâtés, les saucisses, les Saintes-Menehoulds, les cochons de lait et les cretons étaient déjà en faveur parmi les

1 Les poëles ne furent introduits dans les éghses que vers l'année 1800.

3 Cette serge grise n’est rien autre que la fameuse éloffe du pays.

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colons. Cependant, la colonie de Montréal se bn la gène à ses débuts. ‘“ Dès le commencement, it Dollier de Casson, on avait bien semé ün peu de pe e du blé-d'nde, et on continuait fort cette agricu ji tous les ans, mais cela n'était rien à tant de monde ; ils consommaient outre cela beaucoup de vivres qui venaient de France, éncore cela n'était-il pas sufisant. La soupe était le mets par excellence des D Cette soupe aux pois et aux haricots, dont dur $ conservé parmi nous, peut faire, à elle seule, l'éloge de is nadienne. | | £ Ge ne fat qu'en 1645 qu'on commença à faire le pain avec le blé du pays.

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