BRAVOURE ET HÉROISME DES CANADIENS
SoMMAIRE :—L'héroïne de Verchères.—Echec des Anglais dans le golfe —Campagnes d'Iberville: dans le Maine,—Dans Terreneuve.—Combat naval.—Expédition contre les Iroquois. —Paix de Ryswick.—Mort de Frontenac.
L'héroïne de Verchères.—Pendant l'automne de 1692, les Iroquois se répandirent par petites bandes, à Verchères et dans les environs, pour lever des chevelures et ravager les campagnes. Un jour le fort n'était pas gardé,! M Madeleine de Verchères, âgée de quatorze ans, ses deux jeunes frères, des vieillards, des femmes et des enfants seuls se trouvaient au village. Madeleine, s'étant rendue au bord du fleuve pour donner des ordres à deux domestiques, entendit à quelque distance des coups de fusils trahissant la présence de quarante Iroquois qui se dirigeaient sur elle. Dans une course rapide, elle s'élance vers le fort; les Iroquois font feu, et quarante balles sifflent à ses oreilles sans cependant l'atteindre. Madeleine se précipite dans le fort, en referme la porte, pénètre dans la redoute, distribue des armes et des munitions à ceux qui peuvent s'en servir, puis, par un coup de canon et une décharge de mousqueterie, tient l'ennemi à distance et avertit les moissonneurs et les soldats occupés à faire la chasse
du danger qui les menace. Le fusil au bras et un cha-
peau d'homme crânement posé sur la tête, Madeleine paraît ensuite sur les remparts, pour y fire l'office dè sentinelle. Les Iroquois, croyant le fort bien gardé,
1 M. de Verchères était à Québec, les cultivateurs travaillaient sux champs, et les soldats faisaient la chasse,
n'osèrent approcher pendant le jour. Connaissant leur ruse, Madeleine passa la nuit à épier leurs mouvements. Les ravages qüe ces farouches ennemis exercèrent dansles environs et les cris frénétiques de leur joie féroce n'effrayèrent point son courage. “ Enfin,le jour parut,dit la jeune héroïne dans son mémoire, et le soleil, en dispersant les ténèbres de la nuit, sembla dissiper aussi notre chagrin et le danger qui nous menaçait.” Une semaine entière s'était écoulée lorsque le lieutenant de La Monerie et quarante soldats, envoyés de Montréal par M. de Callières, arrivèrent pour porter secours à celle dont la valeur, selon l'expression du poète, n'avait pas attendu le nombre des années.
Deux ans auparavant, Mme de Verchères avait aussi défendu pendant deux jours le même fort, que Parkman appelle le Château dangereux du Canada.
Echec des Anglais dans le golfe. — Phipps, nommé gouverneur de la Nouvelle-Angleterre, voulut Javer la honte éprouvée à Québec, en attaquant Plai- | se sance, M. Brouillan, gouverneur de cette place, ayant | nm une cinquantaine de soldats, et comptant sur le secours | © que pourraient lui fournir les navires marchands mouil- | e lés aux environs, ne voulut pas se rendre. Les Anglais, | 8: repoussés par des matelots basques, se portèrent en Acadie, où ils n'eurent pas plus de succès (1692).
Villebon, à la tête d'un détachement de Français et de sauvages, mit en déroute, à l'entrée de la rivière Saint-Jean, les 400 hommes envoyés par Phipps, pour s'emparer du fort qui tenait cette rivière en respect.
4 Campagnes d'Iberville : dans le Maine. — Le | ! commerce des pelleteries faisait convoiter et aux Franfais et aux Anglais la possession des régions glacées de | !
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la mer d'Hudson. D'Iberville, qui avait déjà soutenu l'honneur du drapeau français dans ces contrées (1686- 1694), exposait au ministre des colonies (1696) qu'en laissant les Anglais envahir Terreneuve, d'où ils retiraient de si grands profits de pêche, on fermait à la France l'entrée du Canada. Il ajoutait: “ Le véritable moyen d'empêcher les Canadiens de courir les bois,! c'est de les pousser à la pêche et au commerce.” Louis XIV chargea le héros canadien de raser le fort Pemquid,? de ruiner les établissements anglais à Terreneuve et de se rendre ensuite à la baie d'Hudson pour reprendre le fort Bourbon.S
En arrivant en Acadie avec ses deux vaisseaux, d'Iberville apprend que trois navires anglais croisent à la rivière Saint-Jean; il se porte à leur rencontre, s'empare du premier et force les deux autres à prendre la fuite.
Après s'être arrêté à Pentagouet,t pour radouber ses vaisseaux, il se dirigea sur Pemquid; Chubb, conimandant de ce fort, opposa résistance; mais les premiers coups de canon qui criblèrent le fort le déconcertèrent et il se rendit. Le fort fut détruit et les 92 hommes de sa garnison envoyés à Boston.
1 Des centaines de Canadiens menaient la vie nomade des sauvages, et vivaient de pêche et de chasse,
2 Pemquid, situé à l'entrée de la baie de Fundy, avec ses murailles de vingt-deux pieds de hauteur et ses dix-huit canons, était une véritable forteresse.
8 Ce fort, défendu par 20 canons, était situé à l'embouchure de la rivière Ste-Thérèse, sur la baie d'Hudson.
4 Un renfort de 204 Abénaquis et de 25 soldats commandés par de Villieu se rendit à Pentagouet, pour se joindre à d’[berville,
Après cet exploit, d'Iberville échappa à la poursuite de sept vaisseaux anglais, en serrant la côte, dont les° abords aux rochers escarpés effrayèrent les vaisseaux
ennemis.
Dans Terreneuve.—Du fort de Pemqu:d, d'Iberville se rendit à Zerreneuve! (1696). M. de Brouillan, gouverneur de Plaisance, unit ses forces aux siennes. Saint-Jean fut emporté d'emblée. L'acte de capitulation signé, de Brouillan retourna à Plaisance,
D'Iberville, l'idole de son bataillon de 124 Canadiens, qui, selon Charlevoix, ‘“ était la douzième légion qui ne combattait que sous la conduite de César, et à la tête de laquelle César était invincible,” explora l'île en tous sens, rasa tous les établissements anglais, tua 200 personnes et fit 700 prisonniers. Cependant, son petit nombre d'hommes ne lui permit pas d'attaquer Bona Vista et l'île Carbonnière, postes fortifiés dans lesquels s'était refugiée la garnison anglaise.
Combat naval.—Après les brillantes campagnes de Terreneuve, d'Iberville revint à Plaisance, où il trouva son frère Sérigny qui venait d'arriver de France avec trois vaisseaux et un brigantin (1697). Ce fut sur cette petite flotte que d'Tberville s’'embarqua pour aller reconquérir le fort Bourbon ou Nelson, à la baie d'Hudson. A l'entrée de la baie, les glaces écrasèrent le brigantin et bloquèrent les trois autres vaisseaux pendant près d'un mois. La mer devenue libre, d'Iber-
1 Cette île triangulaire de 140 lieues de long sur 100 de large, était à cette époque couverte de forêts impénétrables. Toute son importance venait de ses abondantes pêcheries. Le commerce des Anglais, en 1695, s'élevait à $3,400,000 par an.
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ville, monté sur le Pélican, de 46 canons, prit la route du fort Nelson. Le lendemain matin (5 semptembre), apercevant trois vaisseaux anglais, l'un de 52 canons et les autres de 32, il les attaqua afin de les empêcher de secourir le fort. Le feu dura de neuf heures à midi. D'Iberville, voyant que les forces étaient inégales (car ses deux autres vaisseaux ne l'avaient pas encore rejoint), résolut d'en finir ; il fit pointer tous ses canons à couler bas, aborda vergue à vergue le plus gros vaisseau anglais, lui envoya sa bordée et le fit sombrer ; il en poursuivit ensuite un deuxième qui amena pavillon; le troisième, qui avait pris le large à toutes voiles, lui échappa. Quelques jours après, d'Iberville couronnait ce glorieux exploit en s'emparant du fort Nelson: cette dernière victoire rendait la baie d'Hudson à la France.
Expédition contre les Iroquois. — Depuis le massacre de Lachine (1689), l'audace des Iroquois allait toujours croissant. Ces farouches ennemis 8e tenaient en embuscade sur la lisière des bois, dans les champs, autour des habitations, dévastant tout sur leur passage, levant des chevelures, faisant des prisonniers, qu'ils amenaient dans leurs cantons, pour mieux savourer le plaisir atroce de les torturer. D'impérieuses circonstances avaient toujours empêché Frontenac de leur donner la crainte des armes françaises. Enfin, il jugea le moment venu, leva une armée de 2000 hommes, et se rendit dans les cantons de ces barbares que soutenaient les Anglais (1696). Ayant appris l’arrivée des Français, les Onnontagués mirent le feu à leurs cabanes et s’ensevelirent dans les bois. Les Onneyouts, effrayés, demandèrent la paix, qu'ils obtinrent en donnant en
ôtage cinq de leurs principaux chefs. Les bourgades
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des Onnontagués et des Goyogouins furent réduites en cendres, et leurs champs de maïs dévastés. Frontenac retourna à Montréal, sans attaquer les Agniers, auxquels s'étaient unis les Anglais.
La campagne de Frontenac fortifia l'alliance des Français avec les tribus de l'Ouest, et détacha les Iroquois de la Nouvelle-Angleterre, sur l'appui de laquelle ils n’osaient plus compter.
Paix de Ryswick.—Le traité de Ryswick, signé en 1697, mit une trève aux hostilités assura à la France le territoire de la baie d'Hudson,et rendit à l'Angleterre ses possessions du golfe.
Mort de Frontenac.—Le comte de Frontenac mourut le 28 novembre 1698. “ Il était, dit Charlevoix, dans sa soixante-dix-huitième année ; mais, dans un corps aussi sain qu'il est possible de l'avoir à cet âge, il conservait toute la fermeté et toute la vivacité d'esprit de ses plus belles années. Il mourut comme il avait vécu, chéri de plusieurs, estimé de tous, et avec la gloire | d’avoir, sans pesque aucun secours de France, soutenu | et augmenté même une colonie ouverte et attaquée de toutes parts, et qu'il avait trouvée sur le penchant de sa ruine,”
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