GUERRE AVEC LES ANGLO-AMÉRICAINS, X
SoMMAIRE :—Retour du comte de Frontenac.—Triple corps expéditionnaire dirigé dans la Nouvelle-Angleterre.— Première invasion du Canada Acadie.—Siège de Québec. —Combats de la Canardière et de Beauport.— Retraite des Anglais. — Combat de Repentigny.—Deuxième invasion du Canada.— Combat de Laprairie.—Reprise de Port-Royal.
Retour du comte de Frontenac.—En 1689, de Frontenac arrivait pour la seconde fois à Québec, en
qualité de gouverneur, avec la double mission de ré- \
duire les Iroquois et de porter la guerre contre les Anglais.1 La population québecquoise, qui voyait en lui un homme ferme et énergique, malgré ses défauts de caractère, l'accueillit avec joie.
Triple corps expéditionnaïire dirigé dans la Nouvelle-Angleterre.—Le faux brillant d'éphémères triomphes mit Louis XIV dans l'impuissance de veiller aux intérêts sérieux de la Nouvelle-France. De Frontenac, n'ayant que 1300 hommes de troupes régulières pour tenir en échec les colonies de la Nouvelle-Angleterre, fut vigoureusement secondé par les Canadiens et les sauvages alliés Afin de venger l'hon-
1 Guillaume III, d'Orange, en supplantant Jacques II (1688), le dernier souverain catholique de ce royaume, rompit l'alliance française qui remontait à Henri IV et à Elisabeth. La Grande- Bretagne entra dans la coalition d'Augsbourg contre la France, et le Canada devait être une des victimes de cet’e lutte, qui mit l'Europe en feu.
neur des ärmes françaises, il organisa trois petits corp Pre
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Le premier, composé de 200 guerriers, sous les ordre...
de d'Ailleboust de Mantet, de Sainte-Hélène et d'Ibeg ville, quitta Montréal (février 1690) pour aller attaques Corlar.1 Après avoir parcouru une centaine de lieues dans d'épaisses forêts couvertes de neiges, ces brave arrivèrent à Corlar pendant la nuit, emportèrent le fort d'assaut et revinrent à Montréal chargés de butin Une soixantaine d'Anglais trouvèrent la mort, autant furent faits prisonniers, et ceux qui réussirent à s'échay per semèrent la terreur du côté d'Albany. Siè Le second corps, de 52 hommes commandés par lin vaillant Hertel, se dirigea des Trois-Rivières sur Sa-Deux mon-Falls ? (janvier 1690). Ce fort, malgré la résis-] Win tance des défenseurs, fut enlevé et livré aux Aammessur M Deux cents Anglais, venus d’un bourg voisin pour cou-JAvec per la route aux vainqueurs, furent défaits, et Hertesièse opéra sa retraite avec un bon nombre de prisonniers. de F1
Enfin le troisième corps d'armée composé de 60 sant < Français sous les ordres de Portneuf, partit de Québec La fl pour se rendre à Casco® (janvier 1690). Ce bourg, Un muni de huit canons et défendu par 100 hommes, per- rendi dit la moitié de ses défenseurs dans une embuscadeR'ent tendue par deux Français et quatre sauvages, La tran- ‘cit chée que les assiégeants pratiquèrent dans un rocher Pren: garantissant le fort, porta le reste de la garnison à & dit-il
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rendre sans coup férir. acte Ç A quoi 1 Aujourd’hui Schenectady, dans l’état de New-York. dre
3 Aujourd'hui Portsmouth, dans le New-Hampshire,
8 Fort situé à l'embouchure du Kénébec, dans le Maine, à F
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Première invasion du Canada: Acadie. — Les succès de Frontenac attirèrent la vengeance des Anglais. Ayant pour eux le nombre et la richesse, ils etèrent d'abord les yeux sur l’Acadie, et confèrent ne flotte de sept voiles à Phipps, qui vint attaquer Port-Royal (1690).
Le gouverneur de cette place, ÆMenneval, n'étant pas en état de se défendre, demanda une capitulation fvorable et l'obtint; mais Phipps, ne tint point parole, il pilla la contrée environnante et retourna à Boston chargé de dépouilles.
Siège de Québec.—La conquête de l'Acadie déter mini l'Angleterre à s'emparer de la Nouvelle-France. Deux armées furent mises sur pied (1690). Le général Winthrop, commandant 3000 hommes, devait marcher sur Montréal, par le lac Champlain, tandis que Fhipps, avec 35 vaisseaux portant 2000 hommes, ferait le siège de Québec. Informé du danger qui le menagçait, de Frontenac mit la ville sur la défensive, tout en laissant quelques compagnies à Montréal, en cas d'attaque. La flotte parut devant Québec le 16 octobre.
Un messager, portant le drapeau parlementaire, se rendit au château Saint-Louis et présenta au gouverner alors entouré de tous les officiers et de l'élite de la société une lettre qui le sommait de rendre la ville. Prenant ensuite sa montre en main: “ Il est dix heures, dit-il, et il me faut une réponse pour onze heures.” Cet acte audacieux révolta l'assistance, mais de Frontenac,
quoique son sang bouillit, sut se contenir et répon-
Hdre fièrement : ‘Allez avertir votre général que je
vais lui répondre par la bouche de mes canons.” À peine le messager fut-il parti, qu'un coup de.
canon, pointé par Sainte-Hélène, abattit le pavillon de l'amiral. Voyant cette précieuse dépouille flotter au gré des flots, d'intrépides Canadiens se jettent aussitôt à la nage pour l'aller chercher, et malgré une pluie de balles lancées sur eux, la rapportent glorieuse à la vue de la flotte ennemie.l Phipps commença alors à bombarder la ville, mais les avaries qu'il éprouva l'obligèrent à se replier sur l'ile d'Orléans.
Combats de la Canardière et de Beauport.— Pendant que Phipps couvrait Québec de ses feux, 1500 Anglais, s'étant portés en chaloupes sur le rivage de a Canurdière, furent deux fois vigoureusement repoussés par 300 Canadiens. Les Anglais se retirèrent en jurant contre les Français qui, disaient-ils “se battent derrière
les haies et les broussailles comme les Indiens!” Quatre !
des plus gros vaisseaux (17 octobre) mouillèrent en face
de la ville, pour recommencer le bombardement qui }
dura jusqu'à huit heures du soir et fut encore repris
le lendemain matin, mais les vaisseaux, criblés de tous k
côtés, furent obligés de s'éloigner.
Les troupes débarquées sur la côte de Beauport, demeurées inactives pendant lacanonnade,se dirigèrent sur Québec, dès l'aube du jour; mais 200 Canadiens, sous les ordres de Longueil et de Sainte-Hélène? leur coupèrent le passage et les obligèrent à battre en retraite (20 octobre). Les Anglais tentèrent un dernier effort du côté de la rivière Saint-Charles; mais ils
1 Ce pavillon demeura sttaché à la voûte de la basilique jusqu'en 1759.
3 Sainte-Hélène fut blessé à mort; sa perte fut vivement regret-
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Retraite des Anglais.—Phipps, voyant que tous ses efforts avaient été vains, leva l'ancre pendant la nuit du 21 au 22, pour faire voile vers Boston. Il avait perdu 600 hommes, et était forcé d'abandonner son artillerie et ses munitions.
Louis XIV, ne voulant pas laisser sans récompense cette brillante victoire, fit frapper une médaille pour en perpétuer le souvenir.
Quant à Winthrop, la petite vérole qui ravagea son armée et le peu d'entente des chefs le forcèrent à camper au lac Georges.
Combat de Repentigny.—Les Iroquois ne ces- |
saient pas d'exercer leurs ravages sur l'ile de Montréal et aux environs. Quelques partis promenaient la torche incendiaire entre Repentigny et le lac Saint-Pierre, quand de Vaudreuil, Bienville et 100 hommes, se mirent à leur poursuite et les surprirent à Repertigny, dans une maison abandonnée. Sans éveiller leurs soupçons, les Français les cernèrent et donnèrent le sigral de l'attaque. La lutte fut chaude, et Bienville tomba mort percé d'une balle. De Vaudreuil mit le feu à la bicoque et tous les Iroquois devinrent la proie des flammes. Sept ou huit Français périrent dans cette valeureuse action.
Deuxième invasion du Canada.—Les Anglais, voulant pénétrer dans l'intérieur de la colonie, poussèrent les Iroquois à lever une grande armée qui devait se joindre à eux pour attaquer Montréal.
L'orateur des cinq nations répondit ainsi aux ambas-
sadeurs anglais. “Il y a longtemps, Corlar,! que tu nous jettes seuls dans le danger; aujourd'hui, tu dois marcher le premier. Pars, et nous te suivrons.” Cette fois, les Anglais comprirent qu'il fallait joindre les actes aux paroles. Après de nombreux pourparlers, les Agaiers prirent part à l'expédition.
Combat de Laprairie. — Le major anglais Schuyler, commandant 300 hommes, attaqua 700 à 800 soldats campés à Laprairie (1691). Les Français reculèrent d'abord; mais l'intrépide de Chassaigne, qui arriva avec un bataillon d'élite repoussa les ennemis, . En opérant sa retraite, Schuyler rencontra de Varennes qui, accouru de Chambly avec un détachement, le mit dans une déroute complète.
C'est dans cette valeureuse action que le jeune et vaillant Le Ber Duchéne fut blessé grièvement,
Reprise de Port-Royal.—Les Anglais, voulant à tout prix conquérir les immenses territoires du Sud, négligeaient l’Acadie. Villebon en profita pour reprendre Port-Royal et s'emparer, sur la rivière Saint-Jean, d’un navire sur lequel se trouvait Melson,? rhef d'un parti opposé à celui de Phipps.
1 Nom que les Iroquois donnaient au gouverneur de la Nouvelle-Angleterre.
3 Nelson, qui s'était toujours montré bien disposé envers les | Français, fut traité loyalement par de Frontenag, ; eu
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