LOUISBOURG
SOMMAIRE : — Reprise des hostilités—Prise de Louisbourg. — Partis de guerre dans la Nouvelle-Angleterre.— Escadre du duc d’Anville—Combat des Mines.—Combat naval du cap Finistère— Le comte de la Galissonnière, — Traité d’Aix-la-Chapelle.
Reprise des hostilités.— La succession au trône d'Autriche! (1740) amena la rupture du traité d'Utrecht et devint la cause de luttes sanglantes au Canada. Les Anglo-Américains, après plusieurs pourparlers,
instruments de pénitence, dont la couleur trahissait le service. Le peuple, qui l'avait à peine vu, lui donna le beau titre de martyr de la charité. Les guérisons obtenues par son intercession ont été constatées dans une enquête canonique.
1 Marie Thérèse, qui succéda à son père, Charles VI, empereur d'Allemagne, vit presque toutes les puissances de l’Europe se liguer contre elle, pour la dépouiller de ses Etats. Aidée des Hongrois, de l'Angleterre et de la Hollande, elle sortit avec honneur de cette guerre et conserva ses possessions. En se déclarant pour elle,
l'Angleterre ouvrit avec la France la guerre dont le çontre-coup
devait se faire sentir au Canada.
succéda Æ décidèrent d'attaquer d'abord Louisbourg. New-York ir pren- À se chargea de l'artillerie, la Pensylvanie des provisions,
-France Retles états du Massachusetts, du Connecticut et de
lusieurs À New-Hampshire, promirent de mettre sur pied une Acadie, armée de 4,000 hommes.
te Le fanatisme puritain présida à cette espèce de croisade dirigée contre les ‘* papistes ” de Louisbourg. La dévastation des couvents et des églises dorait leurs rêves. Le chapelain général de l'armée portait une grosse hache destinée à briser “ tous les signes de l’idolätrie, ” c'est-à-dire les statues et les images des saints. Prise de Louisbourg.—Pepperell, nommé commansoi dant, se rendit à Louisbourg et débarqua ses troupes Escadre M heureusement. Le commodore Warren, selon les ordres sd! naval du d'Angleterre, vint unir ses forces aux siennes. À une Li: Traité Æ armée de 4,000 hommes, Duchambon n'avait à opposer E que 1400 soldats, abattus par les privations de la pauvrehu téquirégnait alorsà Louisbourg. La batterie royale fut en- $ d'U. levée dès le lendemain. L'armée indisciplinée de Pepperell, quoique sans art militaire, dressa d'instinct des batteries | Cana- revêtues de fascines. Les assiégeants trainèrent leurs caarlere, nons dans la boue jusqu'aux genoux. L'aventure seule prédi Lie sidait au siège. Les campements étaient irréguliers. Les martyr soldats couchaient sur la terre nue; des cabanes de gaont été zon et de branchages les protégeaient des brouillards et des rosées. Cependant le siège languissait: les Anglais npereur en étaient irrités. Cinq ou six attaques avaient échoué. ve se li- Quelques centaines d'hommes entreprirent d’enlees ver la place pendant la nuit, mais ils furent vigou- 1 elle, reusement repoussés. De nouvelles batteries s'élèvent re-coup pour surprendre à la fois l'île et la porte ouest de la
ville ; mais cette tentative échoue encore. Alors on tente
un effort suprême : Warren bombardera la place tandis que les troupes prendront la batterie d'assaut. Duchambon aurait pu encore résister à ce double effort, mais la prise du Vigilant, vaisseau français amenant des vivres, des munitions et un renfort de 560 hommes, rendit l'abattement universel, et Duchambon livra la place (17 juin 1745).
C'est ainsi qu'une armée indisciplinée de fermiers, d'ouvriers et de pêcheurs obligea Louisbourg à capituler. Plusieurs vaisseaux de la compagnie des Indes, trompés par le drapeau français que les Anglais laissèrent à dessein flotter sur la citadelle, tombèrent au pouvoir de l'ennemi.
Projet des Anglo-Américains.— La prise de Louisbourg détermina les Ang/-Américains à s'emparer de toutes les possessions : saises en Amérique. L’'Angleterre promit son concours; mais des lenteurs retardèrent l'exécution de ce gigantesque projet.
Escadre du duc d'Anville.— La France, voulant reprendre Louisbourg, confia au duc d'Anville une flotte de onze vaisseaux et de trente transports, portant 3,000 hommes de guerre (1746). Chibouctou fut désigné pour le licu du re1lez-vous. Des vents impétueux dispersèrent les vaisseaux et en firent sombrer plusieurs. Pour comble de malheur, de Conflans, commandant trois vaisseaux de ligne et une frégate, n'ayant aperçu aucune trace de la flotte à Clnubouctou, retourna en France. Frappé de ces désastres, le duc d’Anville mourut d'une attaque d'apoplexie froudroyante. D'Estourmel, qui le remplaça, fut si peiné de ce que le conseil de guerre refusait de retourner en France, qu'il tomba dans un açcs de délire et se perça de son épée,
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De la Jonquière, venant remplacer de Beauharnois, prit le commandement et fit voile sur Port-Royal; mais une violente tempête le repoussa en peu de jours sur les côtes de France. Cette malheureuse expédition coûta la vie à 2,400 hommes.
Combat des Mines.—De Ramesay partit de Québec avec 600 Canadiens, pour aller rencontrer le duc d'Anville à Chibouctou. Ayant appris le désastre de la flotte française, il s'arrêta aux Mines, y laissa 309 hommes sous les ordre de Coulon de Villiers, et se retira à Beaubassin. Intrigués de l'attitude des Canadiens, 500 Anglais de Port-Royal, commandés par le colonel Noble, se rendirent au Grand-Pré,1 pour épier leurs mouvements. De Villiers, qui s'y porta pour les déloger, éprouva une vive résistance et fut grièvement blessé. Le chevalier de la Corne le remplaga, et les Canadiens demeurèrent victorieux.
Les Anglais perdirent 130 hommes; Noble était du nombre.
Combat naval du cap Finistère.—La France, songeant toujours à humilier l'Angleterre et à reprendre ses possessions au Canada, confia au marquis de la Jonquière une escadre de six vaisseaux de ligne et de six frégates, escortant un convoi de trente navires, chargés de troupes et de marchandises. Ayant eu vent de l'expédition française, l'Angleterre lança contre elle une flotte de dix-sept voiles. La rencontre eut lieu au cap Finistère, sur les côtes d'Espagne (3 mai 1747). De la Jonquière fit ranger ses vaisseaux de ligne en ordre
1 Grand-Pré était situé vis-à-vis les Mines, sur la rive opposée de la baie de Fundy.
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de bataille et ordonna aux frégates et aux navires de s'évader à voiles déployées. Une lutte oniniâtre s’engagea, et de la Jonquière dut baisser pavillon, après cinq heures de combat. Neuf vaisseaux du convoi furent pris par l’ennemi. De la Jonquière, qui s'était défendu avec bravoure, passa deux ans à Londres comme prisonnier de guerre.
Le comte de la Galissonnière.—ZLe comte de la Galissonnière, naturaliste et officier de marine très distingué, arriva à Québec, en 1747, pour remplacer le marquis de la Jonquière pendant son absence. Après avoir pris connaissance du pays, il proposa au roi de construire une suite de forts depuis le Saint-Laurent jusqu'à la Louisiane, d'attirer les Acadiens sur le territoire français, de réorganiser la milice, de chasser les Arglais de la vallée de l'Ohio et de coloniser la vallée du Mississipi.
La France, qui dépensait des soiimes fabuleuses pour les fortifications! de Québec, n'envoyait presque pas de colons ; elle semblait oublier que la meilleure citadelle du monde, c'est une population nombreuse et dévouée à la patrie.
“Le gouvernement français, dit M. Garneau, était comme les vieillards dont le génie a survécu à la force; les grandes conceptions de Richelieu, de Colbert et de Louis XIV, relativement aux colonies, se conservaienten France, elles éclairaiers ses hommes d'Etat, qui tâchaient de les suivre, mais leurs efforts échouaient devant le vice des institutions sociales, qui étouffaient à la fois l'énergie et la liberté, l'industrie et l'émigration."”
1 De 1730 à 1740, ln France consacra 1,700,000 livres aux forüfications de Québec.
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Traité d'Aix-la-Chapelle.—Le traité d'’Aix-la- Chapelle (1748) termina la guerre de la succession d'Autriche. La France recouvrait par ce traité Louisbourg et l'île du Cap-Breton, en retour de Madras,? qu’elle rendait à l'Angleterre,
2 Ville de l'empire des Indes et chef-lieu d’une présidence de 129,734 miles carrés.
QUATRIÈME EPOQUE. x
LUTTE SUPRKMK,