‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 29 sur 61 · COMMENCEMENT DE LA GUERRE DE SEPT ANS · texte numérisé non relu

COMMENCEMENT DE LA GUERRE DE SEPT ANS

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BowMAIRE :—Fondation d'Halifax.—Le comte de Vaudreuil.— M. Duquesne de Menneville—Campagne de l'Ohio.— Question des frontières—Assassinat de Jumonville.— t Prise du fort Nécessité-—Dilapidation des deniers publics—Invasion des possessions françaises: Monckton en Acadie.—Exil et dispersion des Acadiens.—Le général Braddock.—Bataille de 13 Monongahéla—Le colonel

Johnson.—M. de Vaudreuil. gouverneur.—Prise du fort

Bull.

Fondation d'Halifax.—La question des limites de l'Acadie annula bientôt le traité d'Aix-la-Chapelle et ralluma la guerre entre les deux nations rivales.

Pour assurer la presqu'île à sa patrie, lord Halifax jeta à Chibouctou les bases d'une ville (1749) à laquelle il donna son nom, et, sous les aspects les plus séduigants, y attira 3800 émigrants des plus fanatiques. Afin de ne pas exposer leur foi, un bon nombre d'’Acadiens quittèrent leurs foyers pour aller s'établir aux environs de Québec et à l'île de Saint-Jean. f

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Le comte de Vaudreuil.— Le comte de Vaudreuil,! monté sur l'Intrépide,? soutint vaillamment l'honneur de la marine française contre dix-sept vaisseaux anglais, rencontrés à 90 lieues du cap Finistère.

Les Anglais, favorisés du vent, donnent le signal de l'attaque et portent leurs coups sur les vaisseaux de l'arrière-garde française. De Vaudreuil, voyant le Tonnant$ entouré d'ennemis et en partie démâté, vire tout à coup de bord et brave le feu des Anglais sur toute la ligne pour aller le secourir. Cette manœuvre audacieuse arrête pour un instant le combat, qui reprend ensuite avec plus de vigueur qu'auparavant. Aprèsune lutte opiniâtre de plusieurs heures, les Anglais voyant leurs vaisseaux criblés de tous côtés abandonnèrent la lutte.

L'Intrépide prit le Tonnant à la remorque et retourna au port de Brest.

Cette nouvelle eut du retentissement en Europe, et détermina la France à ne pas se désister de ses droits.

M. Duquesne de Menneville.—Les plaintes portées à la cour contre le marquis de la Jonquière lui aîtirèrent des reproches, qui lui firent demander son rappel. La peine qu'il éprouva le conduisit au tom-

1 M.de Vaudreuil, né à Montréal, était fils du gouverneur de ce nom; il entra d'abord dans l’armée (1698) et fut nommé enseigne de vaisseau (1711).

3 L’'Zntrépide était l’un des huit vaisseaux du roi commandés par M. Des-Herbiers de l'Estanduère et destinés à escorter une flotte de 252 navires marchands, qui devaient se distribuer dans les différentes îles françaises de l'Amérique,

8 Nom du vaisseau du chef d’escadre.

4 De la Jonquière favorisa trop les membres de sa famille: i força même l'évêque à nommer son neveu à la cure de Québec. Quoique millionnaire, il s’immisça dans les affaires comme rciales et fit fermer des :naisons soupçonnées de lui faire concurrence.

beau avant l’arrivée de son successeur, le marquis de Duquesne (1752). Le nouveau gouverneur marcha sur les traces du comte de la Galissonnière, et n'épargna rien pour mettre la colonie en état de lutter avantageusement contre l'Angleterre.

Campagne de l’Ohio.—Après bien des démélés, Georges Washington,! officier de mérite, se rendit dans la vallée de i'Ohio et somma les Français de l'évacuer. Le jeune major, accompagné d'un détachement de soldats, se dirigen sur le fort de la Rivière aux Bœufs, commandé par le Gardeur de Saint-Pierre, qui refusa de discuter avec lui: ‘Je suis ici, dit-il, par les ordres de mon général, et je m'y conformerai en tous points et avec énergie.” Le retour de Washington fut pénible. Les neiges et les glaces lui firent courir mille dangers.

Les Anglais, considérant la fourche de l'Ohio comme la clé du pays à conquérir, commencèrent à y ériger un fort; rnais de Contrecœur, à la tête de 600 à 700hommes, chassa les ouvriers et les soldats occupés aux travaux, et continua pour les Français ie fort commencé, et le nomma Duquesne.? Pour se venger de cet outrage, Washington fit élever le fort Mécessité, sur la rivière Monongahéla, à douze lieues de Duquesne.

Aseassinat de Jumonville.— Villiers de Jumonville, accompagné de trente-quatre hommes, se dirigea vers le fort Nécessité, pour sommer les Anglais d'évacuer la vallée de l'Ohio. Washington, informé de l’approche des Français, se porta à leur rencontre avec une

1 Washington, âgé de 21 ans, s'était déjà fait remarquer par l’ardeur de son patriotisme et l'énergie de son caractère.

2 Duquesne, aujourd’hui Pittsburg, est situé au confluent de la Monongahéla et de l'Ohio.

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troupe d'Anglais et de sauvages, et les investit pendant la nuit du 27 au 28 mai. Confiants dans le drapeau parlementaire qu'iis portent, les Français saisissent les armes. Jeu! crie Washington, et les Anglais font deux décharges de mousqueterie, avant que les Français aient le temps de se reconnaître. De Jumonville, en agitant les dépêches qu'il tient en main, fait comprendre qu'il veut parler. Le feu cesse pour un instant, puis reprend, et de Jumonville est frappé mortellement par une balle. Neuf de ses compagnons trouvèrent aussi la mort, et les autres furent faits prisonniers.

Un seul réussit à s'échapper, pour porter cette affreuse nouvelle au fort Duquesne.

La noblesse de caractère de Washington ne nous permet pas de jeter sur lui tout l'odieux de cet acte de télonie, qui retombe plutôt sur le peu de contrôle qu'il exerçait sur son armée indisciplinée.

Prise du fort Nécessité.—De Contrecœur, commandant du fort Duquesne, chargea de Villiers de venger la mort de son frère. La vue des Français, scalpés, tout meurtris et gisant encore autour du fort Nécessité, excita la soif de la vengeance dans le cœur des 600 Canadiens et des 100 sauvages qu'il commandait. Le combat s'engagea de nouveau. Washington, enfermé dans le fort avec 500 hommes et 10 pièces de canon, soutint la lutte avec acharnement, pendant dix heures ; mais le feu meurtrier des Canadiens, qui tiraient du haut des arbres, l'obligea à capituler (3 juillet 1754). “ Nous pourrions venger un assassinat, dit de Villiers à # Washington, mais nous ne le voulons pas,”

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Dilapidation des deniers publics.—L'intendant Bigot! profita de sa charge pour s'enrichir. La guerre, a famine, la désolation de la colonie, ne l'empêchèrent pas de voler impunément l'Etat.

Les charges lucratives furent confiées à ses amis, qui l'aidèrent à jouer son rôle. Une de ses lettres à Vergor? le peint admirablement. “Profitez, mon cher Vergor, profitez de votre place; taillez, rognez, vous avez tout pouvoir ; afin que vous puissiez bientôt me venir joindre en France, et acheter un bien à portée de moi.” Les bals et les festins se succédaientau château de Bigot. On y jouait aussi gros jeu: un seul coup faisait perdre Jusqu'à 1000 louis. Lors de la conquête, Bigot trouva moyen de passer en France, emportant avec lui des sommes immenses. La cour, instruite de ses fraudes, le fit jeter à la Bastille où il passa onze mois. Après avoir vu leurs biens confisqués Bigot et ses complices furent bannis pour toujours du royaume de France,

Invasions des possessions françaises.—$Sans toutefois déclarer la guerre, Louis XV fit équiper douze raisseaux et deux frégates qui amenèrent dans la coloaie 3150 hommes de vieilles troupes et beaucoup de munitions. Ces soldats, commandés par 209 officiers sous les ordres du baron Dieskau,$ étaient pleins d'ardeur.

1 Bigot, q i remplaça Hocquart, était originaire de Guienne et

descendait d’une famille illustre dans la robe. Avant d’avoir la charge d'intendant, Bigot avait été commissaire ordonnateur à Louisbourg, où il s'était rendu tristemcnt célèbre par ses dilapidations.

2 Vergor était l’une de ses créatures ; ill’avait fait élever au commandement du fort Beauséjour.

8 Cebaron saxon, ancien lieutenant-colonel du régiment de Sax2-Cavalerie, mécontenta ses troupes en l2s commandant à l’allemands. Ilse livra entièrement à Péan, l'une des créatures du fameux Ligot,

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De son côté, l'Angleterre confiait à Boscawen, une flotte destinée à intercepter les secours envoyés au Canada par la France (1755).1 D'épais brouillards permirent à l’escadre de Dubois de la Mothe? d'échapper à Boscawen, croisant sur les côtes de Terreneuve. Cependant deux vaisseux séparés des autres, l'Alcide et le Lys, tombèrent en son pouvoir, après avoir perdu beaucoup de monde.

La position s’aggravait de jour en jour ; l'Angleterre votait plus de 100,000,000 de francs pour soutenir la guerre ; Franklin publiait des articles de journaux et des brochures terminés par ces mots : “ Point de repos, point de repos à espérer pour nos treize colonies, tant que les Français seront maîtres du Canada.” Au moyen de ses piratertes, l'Angleterre s'empara de 10,000 matelots et pour plus de 300,000,000 de livres de marchandises, puis se décida à envahir le Canada par quatre endroits différents (1755): Monckton devait attaquer les forts Beauséjour et Gaspareauxen Acadie; Braddock, le fort Duquesne ; Johnson, le fort Saint-Frédérie (Crown-Point),sur le lac Champlain, et Shirley, Niagara.

x Monckton en Acadie:—Monckton s'étant emparé

des forts Gaspareaux et Beauséjour,® souilla sa victoire par sa conduite barbare envers les malheureux Acadiens. La ruse présida à la cruelle spoliation de ces derniers. Attirés dans les églises des différentes paroisses sous le spécieux prétexte d'entendre une communica-

1 Cette flotte prit le devant sur Dieskau, qui ne quitta Brest que le 3 mai.

2 Son escadre portait les troupes du baron Dieskau et des approvisionnements de toute espèce,

8 Le fort Gaspareaux n'était défendu que par dix-neuf hommes: l'inepte Vergor était commandant du fort Beauséjour.

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tion très importante du gouverneur, ils furent cernés par des troupes cachés dans ie voisinage qui leur signifièrent qu'ils étaient constitués prisonniers de guerre, que tous leurs biens étaient confisqués au nom du roi et que tous seraient expatriés dans les colonies anglaises. Cette nouvelle les terrifia comme un coup de tonnerre. Sans armes, entourés de soldats, écrasés par leurs malheurs, ils n'opposèrent pour toute défense que leurs larmes et leurs sanglots. Le jour de l'atroce exécution arriva le 10 septembre.

Exil et dispersion des Acadiens.—Des roulements de tambours et le son des cloches annoncèrent le jour fatal, et 7,000 Acadiens de tout rang, de tout âge et de toute condition, furent jetés sur des vaisseaux pour être dispersés dans les endroits les plus reculés des Etats-Unis et même en Angleterre.

‘“ Dans le tumulte de l’embarquement, dit Longfellow, des femmes furent séparées de leurs maris, et les mères s’apercevaient trop tard qu'eiles avient laissé sur la grève des enfants, qui, dans un amer désespoir, leur tendaient les bras.”

Le premier moment d'abattement passé, les Acadiens, quoique sans armes, se rendirent maîtres de plusieurs vaisseaux sur lesquels on ies déportait, et s'en servirent pour faire la guerre à l'Angleterre, qui la leur avait déclarée.

Un village reculé, informé de ce qui s'était passé ailleurs, tenta de repousser les Anglais ; mais écrasés par le nombre, les villageois durent se disperser. L'un d'eux, dans sa fuite, perdit successivement sa vieille mère, sa femme et ses enfants. Pour se venger de ceux

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qui avaient été pour lui la cause d’un si amer chagrin, il se rendit auprès du gouverneur de Québec, qui lui confia le commandement d’un vaisseau de guerre. Quand la paix fut faite entre l'Angleterre et la France, il continua la guerre pour son propre compte.

On fit de l’Acadie un véritable désert, en promenant partout le fer et la flamme. Les terres, confisquées au nom de la couronne, furent distribuées à des colons anglais. Les Acadiens échappés à la funeste catastrophe se retirèrent auprès de leurs amis, les Micmacs, pour se disperser ensuitesur différents points du Canada. Sur les ruines de cette contrée désolée, on trouve encore aujourd'hui des rejetons des vieilles souches acadiennes, qui, par leur présence, protestent sans cesse contre la conduite injuste et déloyale de leurs spoliateurs.

Le général Braddock.—Le général Braddock, soldat rude de peu de portée, arrivé à New-York au mois d'avril, avec ses deux régiments, mit cinquante jours à traverser les Alléghanys! et à se rendre à la fourche de l'Ohio. Ses compatriotes le narguaient en disant : “ Braddock n'est guère impatient de se faire scalper.” Son insolence prétentieuse révoltait les troupes américaines placées sous son commandement, et Washington ne semblait pas lui reconnaitre une grande valeur militaire.

Bataille de la Monongahéla.—Après avoir traversé la Monongahéla, les 2,200 hommes de Braddock eurent à mesurer leurs forces contre celles de 146 Canadiens, 72 Français et 600 sauvages, commandés par

1 Les Alléghanys ou Apalaches commencent près du cap Rosier, dans la province de Québec, et traversent les Etats-Unis de l’est jusqu'à la partie nord de l'Alabama,

MM. de Beaujeu, Dumas et de Ligneris, De Beaujeu fut tué à la première décharge.1 Dumas, commandant en second, le remplagça. Alors la bataille devint une véritable boucherie. Les sauvages se précipitèrent sur l'ennemi la hache à la main, le mirent en fuite et assommèrent la plupart des fuyards. Beaucoup se noyèrent dans la Monongahéla, en voulant la traverser à la nage. Braddock eut trois chevaux tués sous lui avant de trouver la mort. Washington et ses miliciens ménagèrent la retraite à ceux qui échappèrent au massacre. La bataille avait duré cinq heures. Les Anglais perdirent 1,300 soldats, 63 officiers, 15 canons, leurs armes, leurs munitions, leur caisse et leurs papiers.? Washington écrivait quelques jours après : “ Nous avons 6t6 battus honteusement par une poignée de Français.” Cette brillante victoire ne coûta qu'une quarantaine d'hommes aux Français de Duquesne.

Le colonel Johnson.—Les armes françaises ne furent pas heureuses du côté du lac Champlain. Le baron Dieskau, retranché avec ses 3,000 hommes au fort Saint-Frédéric, s'avança, avec la moitié de son

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armée, pour couper la marche du colonel Johnson.$ Dieskau battit les Anglais rencontrés hors de leur é camp, mais il fut défait en voulant attaquer leurs re- 1

1 De Beaujeu avait communié le matin, avec la plupart de ses soldats. Habillé à la mode des sauvages, il ne portait d’autre marque de distinction qu’une chaîne d'argent au cou.

2 La prise des papiers de Braddock révéla la trahison de l’ôtage Stobo, qui avait fourni les renseignements. Stobo, quiavait abusé de sa liberté, fut traduit devant un conseil de guerre et condamné à mort.

8 Johnson, afin d’avoir une base d'opération, construisit au çoude de l'Hudson le fort Lydius ou Edouard.

tranchements. Grièvement blessé, il fut fait prisonnier, Malgré l'échec de Dieskau, les ennemis n'osèrent pas attaquer le fort Saint-Frédéric.

Shirley, trouvant la saison trop avancée, remit au printemps suivant l'attaque du fort Niagara,

M. de Vaudreuil, gouverneur.—M. de Vaudreuil, canadien d'origine, fut nommé pour remplacer le marquis de Duquesne (1755). Sa faiblesse de caractère et sa timidité exercèrent une influence funeste sur la série d'événements qui devaient se dérouler sous son gouvernement. Son premier acte administratif fut la construction du fort Curillon (1756), qui, tout en commandant au lac Champlain, garantissait aux Français l'une des principales entrées du Canada.

Prise du fort Bull.—Le fort Bull,i défendu par 90 hommes, fut emporté d'assaut par le baron de Léry (1756), qui y mit le feu, après s'être emparé d'une grande quantité de provisions, dont les Français revinrent chargés.?

1 Ce fort était l’entrepôt des provisions que les Anglais dirigeaient sur Chouaguen.

3 Ces provisions furent bien accueillies, car la misère règnait dans la colonie, Québec était réduit à manger de la chair de cheval. Le pain, très mauvais, était aussi très rare,

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