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ÉTAT DE LA COLONIE

SommMAIRE :—Colonisation. — Agriculture. — Inäustrie. — Commerce.—Politesse des Canadiens.—Instruction publique — Coup d'œil général.

Colonisation.—La plupart des Canadiens ont eu pour origine d'honnêtes familles de paysans, de différentes provinces de France, apportant avec eux les mœurs, les habitudes, les locutions de leurs cantons, qui se sont conservées parmi nous au point d'étonner encore aujourd'hui les touristes français.

Des soldats, des officiers, des bourgeois et des seigneurs devinrent le noyau de cette race forte et vigoureuse, que l'on touvait échelonnée sur les bords du Saint-Laurent comme sur ceux de l'Ohio et du Mississipi, et sur tous les points importants de la Nouvelle- France. |

De la fondation de Québec (1608) à Ja perte de la colonie (1760), le nombre d'immigrants français s'éleva à veu près à 10,000. Les persécutions religieuses et les discussions politiques amenèrent les premiers immigrañts anglais en Amérique. Les tentatives furent infructueuses jusqu'en 1620. Le fanatisme des puritains,! sous Charles I, grossit démesurément le chiffre, et le porta même jusqu’à 2,000, en certaines années.

Mais la valeur d'une population ne se mesure pas plus par le nombre que la valeur des années, et, si les colons anglais étaient plus nombreux, l'histoire nous montre, dit

1 Les puritains firent de l'immigration une œuvre de sainteté. Le récit des prernières traversées forment un livre inititulé: Pigrims Purchases.

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Rameau, que les colons français étaient “plus vigoureux de corps, plus énergiques d'esprit, et plus ingénieux que leurs voisins; ils étaient même, ce qui heurte bien plus l'opinion commune, plus entreprenants et plus intelligents ; leur société était plus virile.”

Agriculture.—Les faibles secours reçus de France forcèrent les colons à exploiter les ressources du pays. Les terres étaient divisées comme elles le sont aujourd'hui ; des potagers et des vergers se trouvaient autour des habitations. On cultivait toutes espèces de céréales, et de vastes prairies donnaient du foin en abondance. Les melons et les citrouilles se disputaient les jardins des fermes ; on recherchait les pommes fameuses de Montréal, le fromage affiné et les prunes bleues de l'ile d'Orléans. Les trois mets les plus exquis des Canadiens de ce temps étaient la patte d'ours, la queue de castor et le mufle d'orignal. La charrue, la faux, la faucille, le rateau et la herse toute de bois étaient les instruments aratoires alors en usage. Les machines ingénieuses dont on se sert maintenant pour les travanx agricoles étaient loin d’être connues.

Industrie.— Le peu de marchandises importé de France porta les familles à faire des . roguets et surtout de la toile avec du filet de la laine du pays. Cette industrie prit un tel développement, qu'en 1714, des métiers à tisser fonctionne ient sur tous les points de la colonie ; on fabriquait des étamines très fines, de l'étoffe no re pour les soutanes des prêtres et de la bleue pour le costume des collégiens. Pour subveuir au besoin des pauvres, on confectionnait des couvertures avec de l'écorce de certains arbres, de la grosse toile avec du fil d'ortie

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et une espèce de droguet avec la laine des moutons du pays Le tannage des peaux,introduit vers le même temps, donna naissance aux mocassins de cuir rouge, que les cultivateurs portent encore aujourd’hui. Les vêtements d'étoffe grise, ou de toile blanche du pays, ne sentaient point le luxe effréné qu'étalent de nos jours les habitants des plus humbles hameaux.

Heureux sont les peuples qui se contentent de peu et trouvent dans leur propre industrie ce qui est nécessaire aux besoins de la vie!

Commerce.—On voit qu'à la paix d'Utrecht (1713), le commerce de la colonie était sur une petite échelle ; l'argent manquait, le roi devait de lourdes sommes qu'il ne pouvait payer. Les Canadiens surent pourtant entretenir des alliances intimes avec les tribus de l'Ouest.

Quelques années plus tard, le commerce pritde l'extension, et le Canada exportait des quantités considérables de grains en France et aux Antilles.

Selon l'historien Garneau, les exportations de pois et de farine atteignirent, en certaines années, le chiffre de 250,000 francs.

Politesse des Canadiens.—Les relations de famille étaient embaumées de cette exquise courtoisie qui caractérisait la vie de nos ancêtres. Kalmi admire la politesse des Canadiens : “Un étranger entre-t-il dans la maison d'un paysan ou cultivateur, celui-ci se lève a:ssitôt, salue le visiteur, l'invite à s'asseoir, puis il remet son chapeau et se rassied lui-même. Ici tout le

1 Célèbre naturaliste suédois, qui visita le Canada en 1749 ; il

était grand ami du comte de la Galissonnière, qui était aussi un naturaliste distingué.

monde est Monsieur ou Madame ; le paysan aussi bien que le gentilhomme, la paysanne comme la plus grande dame.”

M. Aubert de Gaspé a écrit avec beaucoup de raison : “Conservons toujours ces vieilles ei touchantes traditions, cette belle politesse française, que nous ont lécuée R nos pères, les plus polis des hommes.”

Instruction publique.—A vant la prise de Québec | par les Kertk, les pères Récollets, aidés plus tard È des pères Jésuites, apprenaient à lire et à écrire aux enfants des familles québecquoises.

Nous avons vu que les pères Jésuites avec l’aide du } marquis de Gamache, établirent un collège à Québec k (1635). À ce propos, le père C. Lalemant écrivait : “J’espère, si nous pouvons avoir du logement, de voir trois k classes à Xébec ; la première de petits Français, qui se- | ront peut-être de vingt à trente écoliers ; la seconde, de quelques Hurons, et la troisième, de Montagnais.” Les jeunes filles françaises et indiennes purent bénéficier de } la fondation des Ursulines (1639). |

À cette époque, le Canada avait des précepteurs. D'a- Ë près M. Faillon, le chapelain des Hospitalières, M. Jean Le Sueur, quittait son emploi pour faire l'éducation des enfants de M. Jean Bourdon.

Dans une maison voisine des pères Jésuites, et probablement sous leur protection, M. Martin Boutet établit une école pour les enfants des familles françaises (1651).

La fondation de la sœur Bourgeoys eut tant de succès, qu'elle ouvrit un pens'orin°t (1659), où furent formées, dès l’âge le plus tendre, la pl'ipart des personnes de condition de Vills-Marie et des environs.

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Outre les séminaires et le pensionnat de Saint-Joachim qu'il avait fondés, Mgr de Laval envoyait aussi des maîtresses aux Trois-Rivières, pour y tenir les écoles. Louis XIV félicita le digne prélat du soin qu'il apportait à l'éducation des enfants, et, par l’entrenise de Colbert, lui expédia 6,000 livres pour le soutien de ses œuvres.

Mgr de Saint-Valier, qui établit les Ursulines aux Trois-Rivières (1697), fait remarquer que les maîtresses d'école, formées par les sœurs de la Congrégation, font beaucoup de bien dans les campagnes.

MM. de Saint-Sulpice engagèrent les Frères hospitaliers de Saint-Joseph de la Croix ou Frères Charront à ouvrir plusieurs écoles dans les environs de Montréal. Le mauvais état des finances et la pénurie des sujets firent tomber cette congrégation en 1745.

A proprement parler, aucun système d'instruction publique n'exista sous la domination française ; mais, comme on le voit, l'éducation des garçons fut plus négligée que celle des filles.

Ooup d'œil général.—Malgré la valeur et le dévouement désintéressé de nos premiers fondateurs, à proprement parler, la colonie ne commença qu'à la formation du Conseil supérieur. Sous la puissante impulsion de Talon, l'argriculture prit du développement, les

1 Les trois pieux laïques, Charron, le Ber et Frédin, ne se contentèrent pas d'établir un hôpital à Ville- Marie, mais, avec l’agrémunt de l’évêque, ils fondèrent une congrégation de Frères injirmiers-instituteurs. Cette congrégation tenta de se fusionner avec l'institut des Frères des Ecoles chrétiennes, mais le mauvais état de ses finances fit échouer je projet.

mines furent exploitées, at les vastes et fertiles contrées de l'Ouest, colonisées. Les importantes découvertes des hardis explorateurs Marquette, Joliette et de la Salle, furent garanties des barbares incursions iroquoises et des jalouses prétentions anglaises, par l'alliance des tribus de l'Ouest et par une longue chaîne de forts, reliant la Louisiane à la province de Québec. L'ombrage que prit Courcelles de la supériorité de Talon, l'impétuosité de la première administration de Frontenac, la faiblesse de la Barre, la violence de Denonville envers les chefs des cing cantons, paralysèrent bien ün peu le mouvement colonisateur et rairent la Nouvelle-France en danger ; mais la bravoure chevaleresque de Frontenac dans sa deuxième administration, les brillantes conquêtes de l'intrépide d’Iberville à la baie d'Hudson, dans le Maine et à Terreneuve, et le grand traité de paix conclu avec les farouches Iroquois (1701), relevèrent l'honneur du pavillon français, et permirent à la colonie de travailler avec avantage à son développement. Cet état dschores ne dura que quelques années. Malheureusement, la guerre de la succession d'Autriche employa les forces de la France et lui fit négliger ses colonies. L'Angleterre en profita, au contraire, pour étendre et fortifier les siennes, prévoyant que le nombre déciderait de l’avantage des dernières luttes. Le trop fameux Pitt, deveny premier ministre de l'Angleterre, comprit l'importance des colonies d'Amérique et jura d'en faire la conquête pour sa patrie. Il se fit alors l'âme du mouvement, et mit 60,000 hommes sur pied pour envahir à la fois tous les principaux postes de la Nouvelie-France. Montcalm, Bougainville et Lévis, avec des forces dix fois moindres en nombre que leurs adversaires, ne se laissent pas re-

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buter, font des prodiges de valeur et tiennent tête à l'ennemi. Enfin, quand après une suite de victoires ou de défaites pour les deux nations rivales, Montcalm, épuisé par ses héroïques triomphes, réclame un secours plus sérieux, on lui répond avec froideur : “Le roi n’a plus de troupes ni d'argent pour l'Amérique ; à vous de tirer de la situation le meilleur parti possible.” C'est ainsi que s'évanouirent les beaux rêves de Richelieu, de Colbert et de Vauban : créer une Nouvelle-France heureuse et forte. Riende surprenant, l’ordre du jour à Versailles semblait être de tout sacrifier à la personne royale etaux caprices de la cour. Louis XIV avait dit : “L'Etat, c'est moi.” Louis XV tirait la dernière et misérable conséquence de cette expression hautaine en disant : “Après moi, le déluge.”

Le dénouement de la lutte suprême amena la mort de Montcalm. Ce héros, touchant à ses derniers moments, souleva sa tête toute sereine, salua la France et expira. Seul le drapeau de Carillon eût été digne de servir de linceul à celui qui fut enseveli sous les ruines de la colonie qu'il avait tant aimée, et pour laquelle il versason sang.

Le nom glorieux de Montcalm, gravé par le ciseau ennemi sur un obélisque à Québec, est écrit en lettres d'or dans le cœur de tous les véritables Canadiens-français, pour qui le nom de Patrie est inséparable du nom d Dieu, |

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