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LÜTIÉ SUPRÈMÉ. 165
d'Abraham, afin d'attirer Montcalm de ce côté et de
surprendre la ville. Le va-et-vient des vaisseaux anglais
avait souvent inquiété de Bougainville, chargé d'em-
pêcher les débarquements. Dans la soirée du 12 sep-
tembre, plusieurs vaisseaux jetèrent l'ancre en face du
cap Rouge, trois lieues au-dessus de Québec. A la fa-
veur de la nuit, Wolfe et 5,000 soldats d'élite s’embar-
quèrent dans des chalands cachés à bord des vaisseaux,
et se laissèrent aller à la dérive avec la marée baissante.
“Qui vive?” crie l’inepte Vergor, créature de Bigot, qui faisait sentinelle.—" France, bateaux de vivres ;” répondirent les harques.1
Wolfe débarqua ses troupes au Foulcn, et gravit la falaise du cap Diamant par un sentier abrupt et presque inaccessible. | Le lever du soleil découvre à la ville 5,000 soldats
bien rangés, en face des buttes à Neveu, et prêts à livrer bataille. Bourlamaque est à l'île aux Noix, Bougainville au cap Rouge et Lévis aux rapides du Saint-Laurent. Montcalm réunit ses débris de troupes, comptant à peine 4,500 hommes, et s’avance vers l'ennemi, en franchissant la vallée de la rivière Saint-Charles. À quarante pas de distance, le feu s'engage. Après l'échange de trois ou quatre décharges, la droite de l’armée française plie et entraîne le reste de la ligne. Wolfe commande à ses grenadiers une charge à la baïonnette. Une balle lui a déjà brisé le poignet, une seconde, puis une troisième l'atteignent à la poitrine ; il chancelle : “Soutenez-moi, dit-il,
1 Les Anglais savaient que des ordres avaient été donnés aux Français du cap Rouge de descendre des provisions pendant cette nuit-là.
i66 LUTTE SUPRÈME.
que les soldats ne me voient pas tomber.” Comme on l'emporte, le mourant entend dire: “Ils fuient |"— “Qui ?” demande-t-il.—"Les Français,” lui répond-on.— 4 Je meurs content,” murmure le héros et il expire.
Pendant ce temps les agiles montagnards écossais poursuivent comme des démons furieux les Français débandés et vaincus, puis Montcalm, atteint de trois balles, et baigné dans son sang, rentre à Québec. Aux chirurgiens, qui sont appelés à la hâte, Montcalm demande : “Combien de temps ai-je à vivre ?’’—#“Quelques heures seulement, mon général.” — “Tant mieux, je ne verrai pas les Anglais à Québec.” Ramesay, gouverneur de Québec, et ls commandant du Royal-Roussillon, viennent demander des ordres au héros étendu sur son lit de mort: ‘‘Mes ordres, répond-il, je n'en ai plus à donner; j'ai trop à faire à ce grand moment, et mes heures sont très courtes. Je vous recommandeseulement de ménager l'honneur de la France.”—Dans son agonie il s'écria : “Ma consolation est d'avoir été vaincu parun ennemi aussi brave.”
Pour rendre hommage à ces deux héros, l'Angleterre à fait élever à Québec (1827) un obélisque de soixante pieds de hauteur, sur lequel sont gravés les deux noms: Wolfe et Montcalm.
Au bruit de la canonnadeetàlalueur des flambeaux, Montcalm futenterré le soir du lendemain dans l'église des Ursulines, C’est ainsi que la mort arrêta sur son passage celui qui touchait à la gloire. Le nom de ce martyr de l'honneur national est encore vivace au milieu des populations canadiennes: nos poètes l'ont chanté, et
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Québec, par souscription nationale, lui a élevé un tombeau (18659).
Oapitulation de Québec. — Après la mort de Montcalm, M. de Vaudreuil convoqua le conseil de guerre, et il fut décidé que M. de Ramesay resterait à Québec avec une garnison de 1,700 hommes, et que le reste de l’armée se replierait la nuit suivante, vers la rivière Jacques-Cartier, De Ramesay capitula lâchement (18 septembre), avant même que les Anglais eussent investi la place, et au moment d'être secouru par le chevalier de Lévis. L'acte de capitulation stipusait que les habitants conserveraient leurs biens, leur religion, et ne seraient pas déportés comme les Acadiens,
De Lévis.—En apprenant la mort de Montcalm, de Lévis, d'une bravoure léonine, revint en toute hâte pour se mettre à la tête de l’armée. Arrivé & la rivière Jacques-Cartier (17 septembre), il bläma les troupes d’avoir opéré leur retraite, et les ramena avec lui à Québec, où il apprit en arrivant que de Ramesay, malgré l'assurance de secours prochains, avait déjà capitulé. Indigné de cet acte de poltronnerie, de Lévis rotourna au poste de Jacques-Cartier, où il laissa 1,000 hommes, et conduisit le reste de ses troupes à Montréal, pour y passer l'hiver.
La flotte anglaise partit pour Lowisbourg, laissant à Québec une garnison de 8,000 hommes bien approvisionnés.
Bataille de Sainte-Foye.—Au milieu d’un rigoureux hiver canadien, sous le coup d'une cruelle défaite, sans argent, presque sans pain et sans munitions, de Lévis et una voignée de vaincus, ne songeaient qu'à faire les préparatifs nécessaires pour reprendre Québec.
A la fin d'avril, dès que le chenal du fleuve futouvert, deux petites frégates, l’Atalante et la Pomone, suivies de quelques transports, descendirent de Montréal avec un pauvre matériel de siège. 3,000 soldats de ligne et 2,000 canadiens et sauvages, suivirent sur la rive, enfonçant jusqu'aux genoux dans la neige fondante, et trainant avec de prodigieux efforts trois pièces de canons. Arrivés à leur dernière étape, les soldats français, à demi-morts de fatigue, trouvèrent un champ de bataille au lieu d'un bivouac. Murray, à la tête de 4,000 hommes protégés par vingt-deux pièces d'artillerie, sortit de Québec pour tâcher d'écraser l'ennemi dans sa marche. Le choc eut lieu sur les plaines d'Abraham (28 avril 1760). La charge furieuse et désespérée des troupes de Lévis décida la victoire. Les Anglais, culbutés, enfoncés, s'enfuirent derrière les murs de Québec, laissant sur la place leur artillerie et 1,500 morts ou blessés, Les Français perdirent 700 hommes, parmi lesquels se trouvaient tous les grenadiers et 104 officiers.
Une colonne monumentale portant ces mots : “Aux braves de 1760,” a été élevée pour perpétuer la mémoire de ce fait héroïque (1862).
Le siège de Québec commença aussitôt : l'arrivée d'un seul vaisseau français eutsuffi pour en obtenir la reddition. Le 15 mai, des voiles parurent sur le fleuve ; on observa assez longtemps des deux côtés avant de pouvoir distinguer quel pavillon flottait aux mâts: c'était celui des assiégés : des hourras frénétiques lesaluèrent, De Lévis, l'amertume dans le cœur, sereplia sur Montréal.
Capitulation de Montréal. — Le 5 septembre, 20,000 hommes de troupes anglaises entouraient Mont-
ouvert, suivies Sal avec ligne et ive, enante, et de cafrançais, bataille OU hom- >, sortit sa maram (28 es trouutés, enlaissant blessés, quels se
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réal, qui n'avait pour se défendre que 3,500 hommes et douze mauvaises pièces d'artillerie. Sur l'avis du conseil de guerre, de Vaudreuil hissa le drapeau blanc. L'acte de capitulation fut signé le 8 septembre 1760. Les honneurs furent refusés à ce débris d'armée, mutilé pour sauver la patrie. Ceux dont les noms devraient être écrits en lettres d'or dans les fastes de notre histoire, furent condamnés par le cynique Ambherst à mettre bas les armes devant l'armée anglaise. De Lévis et les principaux officiers s’y refusèrent, offrant tous de s'immoler plutôt que de subir une pareille humiliation. Amherst demeura inexorable, et de Vaudreuil n’osa pas déchirer la convention.
Dès l'automne, le gouverneur, l'intendant, les fonctionnaires de j'administration, 185 officiers, 2,400 soldats quittèrent la colonie. Le drapeau britannique remplaça le drapeau aux trois lis d'or, arboré sur nos rives 226 ans auparavant par Jacques-Cartier.
La France accueillit de Lévis comme un héros, et lui donna le bâton de maréchal (1783).
Beairiamaque, le rude soldat tout mutiié, fut nommé gouverneur 3 la Guadeloupe.
im brillaur Bougainville, devint amiral, membre de l'Académie des Sciences, sénateur, et mourut âgé de 83 ans.
1 L'acte de capitulation conservait aux habitants le libre exercice de leur religion, leurs lois et leurs propriétés. Les séminaires et les communautés de religieuses furent maintenus dans la possession de leurs biens, privilèges et immunités; mais ces avantages furent refusés aux Jésuites et aux Sulpiciens, jusqu’à ce que le roi eût fait connaître sa volonté. ou
Lu: g f{ Préparatifs des Anglais et plan d'invasion,
La 3 f: . = à 4, Ê Pertes éprouvées dans la catn.
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à. & [ Réorganisation de l’armée française, gnet
d 4 |< Reprise des ; Bataïlle de Sainte-Foye. ; JU |3 hostilités. | ère de Québec. F0 | la Retraite sur Montréal, Sair | É Reddition du reste de la colonie. sissi ï 2 | Capitulation ; Concentration de l’armée anglaisé. Fra À & générale, Capitulation de Montréal. I je L'armée française retourne en France.
1 colo ï peu L. CUS re ang : Jus : Ne fe =— jus à s #
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