TRENTE-TROISIEME LEÇON. INSURRECTION DE
SoMMAIRE :—Lord Gosford, gouverneur.—Rôle de Papineau.— Troubles : A Montréal, A Saint-Eustache —A Saint-Penoît et à Sainte-Scholastique —A Saint-Denis, —A Saint- Charles.—Emeute dans le Haut-Canada.—Conseil spécial.
Lord Gosford, gouverneur.—Aylmer, rappelé en Angleterre, fut remplacé par lord Gosford (1835), qui, en arrivant, sut, par sa politesse et son affabilité, gagner l'estime des Canadiens. Le nouveau gouverneur, venant en qualité de commissaire royal et ayant pour adjoints Grey et Gipps, était chargé de préparer un rapport très détaillé ae l’état de la colonie. Malheureusement, son compte rendu tout hostile aux Canadiens, eut écho dans les communes anglaises. La destitution de Papineau et de plusieurs officiers de milice, auxquels furent décernés les honneurs du triomphe, exaspéra les mécontents et amena une révolte générale.
Role de Papineau.—/Jouis Papineau, que son éloquence populaire à fait surnommer l'O‘Connell du Canada, convoqua de tous côtés des assemblées qu'il excita à la rébellion. Il parcourut plusieurs paroisses du district de Montréal, se rendit à Québec, puis à Æamouraska, en s'arrêtant à Saint-Charles, à Saint:
Thomas et à l’Islet. Son arrivée à Saint- Thomas fut une véritable ovation; on le salua comme un libératour. Lafontaine, Morin et Girouard parcoururent les campagnes de la côte du nord et gagnèrent beaucoup d'hommes à leur cause. ZL'Assomption, Lachenaie, l'Acadie, Missisquoi, Deschambault passèrent des résolutions condamnant la politique anglaise.
Les jeunes gens de Montréal formèrent l'association secrète des Fils de la liberté, dont le serment obligeait à se mettre à la tête du mouvement de résistance.
Pour calmer les esprits, Mgr Lartiguel, premier évêque de Montréal, publia un mandement dans lequel il recommandait à ses ouailles de ‘ne pas se laisser sé- ‘“ duire si quelqu'un voulait les engager à la rébellion “ contre le gouvernement établi.”
Le gouverneur, effrayé, fit venir des troupes du Nouveau-Brunswick et arma 600 volontaires.
Troubles: À Montréal.—Le 7 novembre 1837, des troubles éclatèrent à Montréal entre les Constitu- | tionnels1 et les F'ls de la liberté. Plusieurs personnes
furent blessées dans le tumulte. Des mandat: d'arrestation lancés contre vingt-trois des coryvi‘:: de la révolte, obligèrent Papineau, O'Callaghan, Brown, des Rivières et Perrault à se réfugier à l’Acadie.
A Saint-Eustache.—Le docteur Chénier et Girod, avec 250 Canadiens ramassés de tous côtés, se rendirent à Saint-Eustache, et se barricadèrent dans l'église et le couvent pour y attendre les Anglais de pied ferme.
1 Le diocèse de Montréal fut canoniquement érigé le 5 mai 1836 ; jusque là, Mgr Lartigue n'avait été que le coadjuteur de l’évêque de Québec.
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Plusieurs, n'ayant pas d'arrnes, s'en plaignirent à Ché6nier qui les rassura en disant: “ Soyez tranquilles, il ÿ en aura de tués et vous prendrés leurs fusils.”
John Colborne!, surnommé le mieux brélot, con: mandant 2000 hommes de troupes royales, se chargea d'aller les déloger. Les édifices occupés par les rebelles furent cernés, canonnés et incendiés Les infortunés qui voulurent échapper aux flammes trouvèrent la mort dans les rangs pressés des assiéveants. Chénier tomba sous un coup de feu, en traversant le eimetière, On vit de malheureuses victimes, à moitié brûlées, se sauver à toutes jambes sur la glaces, braver une grêle de balles dirigées sur eux, puis enfa succomber aa momeut d'échapper aûxt vainqueurs Les insurgés perdirent. soixante-dix kommes, et les troupes, trois L'ine cendie, qui dura toute la nuit, consama la plus grande partie du village.
À Saint-Beroit et à Sainte-Seholastique.— Après les désastres de Saint-Eustache, Colbernne marcha sur le village de Saint-Benoîtt, qu'il trouva désert ; la peur avait éparpillé les troupes, et le commandant Girod avait fai le premier. Le village fut livré aux flammes. Une députation de Sainte-Scholastique obtint grâce de Colborne, à condition de ne pas tirer un coup de fusil sur les troupes, autrement, dit le genéral ; ‘“ tout sera mis à few et à sang.” Malheureusement, ke mot d'erdre ne fut pas observé et le village fut incendié.
Pour ne pas tomber entre les mains de l'ennemi qui le poursuivait, Girod se donna lui-même la mort.
1 John Coiborne fut lieutenant-gouverneur du Haut-Canada (1826-1838), administrateur du Bas-Canada (1838), et gouver- | neur en attendant l'arrivée de lord Sydenham (1838-1839).
À Saint-Denis.—La révolte s'aggravait de jour en jour ; le clergé fit des efforts pour l'enrayer, mais il était trop tard, les digues du torrent révolutionnaire étaient rompues. Des députés des comtés du Sud plantèrent solennellement à Saint-Charles le poteau de la liberté, et arborèrent le bonnet rouge et la cocarde tricolore. Des camps d'insurgés, commandés par MWelson et Brown, s'établirent à Saint-Denis et à Saint-Charles. Le colonel Gore fut repoussé à Saint-Denis par le docteur Nelson, après un combat de six heures (23 novembre). L'atta ne fut si vive que les 500 hommes de Gore durent se retirer en désordre.
A Saint-Oharles.—Les troupes d’insurgés, retranchées à Saint-Charles au moyen d'abatis d'arbres jetés à la hâte, furent attaquées dans leur camp par le colonel Wetherall, commandant 300 hommes, soutenus de deux petites pièces de canon. Les révoltés, forcés de vaincre ou de mourir, soutinrent un combat acharné pendant deux heures ; l'artillerie causa d'affreux ravages, et le major Ward emporta plusieurs positions à la baïonnette. Les insurgés eurent 200 morts, 300 blessés et 60 prisonniers. On ne connaît pas au juste la perte des troupes ; mais elle doit être assez considérable, puisque on entendit dire aux officiers que les Canadiens tiraient juste et ferme, et que, s'ils eussent été bien armés et bien dirigés, la victoire eut été à leur avantage.
Sur ces entrefaites, Colborne publia la loi martiale, et les prisons regorgèrent bientôt de patriotes, victimes de projets insensés et séditieux.
Emeuts dans le Haut-Canada.—McKenzie, mécontent contre l'Angleterre, souleva une émeute dans
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le Haut-Canada, forma la Convention provinciale, attira un renfort d'Américains, et se réfugia à Navy-Island, île située à deux milles au-dessus de Niagara ; mais MeNab, 1 malgré la vive résistance qu'on lui opposa, délogea bientôt McKenzie de ses retranchements.
Ce fut aussi sans succès que les insurgés attaquèrent Western District, Kingston, et Fighting Island, au Détroit.
Un parti de factieux débarqué à la pointe Pelée, dans le lac Erié, fut mis en déroute par le colonel Maitland, après une lutte opiniâtre : on se battit même à la baïonnette.
Après toutes ces tentatives infructueuses, McKenzie se retira aux Etats-Unis.
Conseil spécial. —Les troubles qui venaient d'éclater engagèrent l'Angleterre à suspendre la constitution de 1791. Colborne reçut l’ordre de former un conseil spécial, chargé de pourvoir aux besoins les plus pressants. Sur vingt-deux membres, onze étaient Canadiens.