GÉNÉRALITÉS.—PROGRÈS
SoMMaAIRE :—-Causes des troubles de 1837-38.—Education.—Journalisme.—Théâtre Immigration.
Causes des Troubles de 1837-38.—Depuis la conquête jusqu'en 1837, les Canadiens eurent d'abord à se plaindre d'un gouvernement oligarchique, voulant les angliciser, leur faire prêter le serment du test, les priver de leurs lois, de leurs coutumes et de leur natiopalité.
Les invasions anglo-américaines, qui menacèrent d'envahir le Canada, forcèrent les Anglais d'accorder aux Canadiens le libre exercice de leur religion, de leurs lois civiles et de leur droits légitimes de citoyens (1774): ces derniers les payèrent de retour en demeurant sourds aux promesses séduisantes des Américains,etencombattant avec les armées anglaises sur les champs de bataille.
Des rivalités de races et la proscription de la langue française dans l'administration des affaires mirent un terme au gouvernement civil absolu qui fut remplacé par le gouvernement représentatif non responsable (1791). Sous ce nouveau régime, des luttes parlementaires, à propos des subsides, tournèrent les représentants du peuple contre les membres du conseil législatif. Les despotiques gouverneurs, Haldimand et Craig, redoublèrent les corvées, voulurent angliciser le pays, méconnurent la liberté de la presse et refusèrent de se conformer aux ordres de l'Angleterre, règlant que les
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juges ne devaient ni voter ni siéger dans les chambres. Le Canadien, qui pensa tout haut dans ces temps orageux, fut suspendu, et ses presses confisquées.
Les guerres américaines (1812-14) mirent trève aux hostilité, qui reprirent leur cours avec plus de vigueur, dès que les Américains eurent tourné le dos,
Pour dissiper l'orage révolutionnaire, l'Angleterre proposa d'unir les deux provinces en une seule, accordant à chacune un égal nombre de députés (1822); mais ce projet fut rejeté avant même la lecture des enquêtes. Dans cette circonstance, la chambre entrainée par l'éloyuence virulente de Louis Papineau, fut sur le point de ne pas voter les subsides.
La situation s'aggravait de jour en jour. La presse, livrée au délire des partis, échauffait les esprits ; on en vint même aux rixes dans le comté des Deux-Montagnes. (Cependant, des rapports circonstanciés des mesures vexatoires du conseil législatif et de certains gouverneurs disposèrent momentanément l'Angleterre en faveur des Canadiens, A cette occasion, les délégués Neilson, Viger et Ouvillier écrivaient de Londres : ‘# Ne heurtez les sentiments de personne.”
Le gouvernement de Dalhousie excita les esprits jusqu’au paroxysme du mécontentement, et le roi réprouva les plaintes de la chambre d'assemblée, Sous Kempt, les mécontents se calmèrent un peu, le ton des journaux s'adoucit, et la session de 1830 fut moins agitée que les précédentes. Toutefois, la parole du docteur ZLabrie 1 fat emflammée et celle de Viger, chaude et véhémente.
1 Jacques Labrie (1783-1831), patriote et publiciste canadien, rédigea le premier ouvrage sur la constitution du pays, et mourut avant de publier son Æistoire du Canada, dont le manuscrit fut perdu pendant les troubles de 1837-38,
Papineau s'éleva avec tant de force contre les pouvoirs exécutif et judiciaire, que ses admirateurs même lui en firent des reproches.
De tous côtés on levait la tête, on blâämait ouvertement les chambres, et on accusait l'Angleterre de vouloir soumettre le Canada au joug tyrannique qui, aujourd'hui ‘encore, fait gémir la catholique Irlande. Enfin, l'esprit de révolte ne connaissant plus de frein, amena les scènes sanglantes de 1837-38, qui firent tant de victimes
Education.—Les nombreuses écoles ouvertes pour angliciser le pays portèrent le clergé à fonder des collèges, où se formèrent ces hommes politiques dont l'habileté et l'énergie étonnèrent souvent leurs adversaires dans les chambres. Le collège de Mont ‘l, fondé et tenu par les Sulpiciens, prit naissance au »resbytère de la Longue-Pointe (1773)1, fut transféré dans le château de Vaudreuil?, puis au marché de Sainte-Anne (1806), et enfin au pied de la montagne, où il s'est développé avec les exigences de notre population. Le séminaire entretenait aussi une école gratuite, comptant jusqu'à
300 élèves.
D'autres collèges furent ouverts à Nicolet (1804),5 à Saint-Hyacinthe (1811)4, à Sainte-Thérèse (1825)5, à Chambly, (182656, à Sainte-Anne de la Pocatière (1827)7, et à l'Assomption (1832)$.
1 M. J.-B. Curateau de la Blaiserie en fut le premier directeur.
2 Le château de Vaudreuil devint la proie des flammes (1803) ainsi que l’église des Jésuites, construite à proximité.
3 Cette maison ouverte à la jeunesse nicolét.ine par M. l’abbé Brassard (1795), fut érigée en collège en 1504. © 4 Fondé par M. l'abbé Girouard
Fondé par M l'abbé Ducharme.
6 pond par M. J'abbé Mignault.
1 Fondé par M. l'abbé Painchaud, 8 Fondé par M. l'abbé Labelle
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Une commission scolaire ouvrit des écoles dans toutes les campagnes et fonda des écoles de comté, où l'on enseignait la grammaire, l'arithmétique, la comptabilité, le jaugeage, la navigation et les autres parties pratiques des sciences exactes.
Sur la demande des Sulpiciens et avec l'agrément de Mgr Lartigue, quatre Frères des Ecoles chrétiennes vinrent fonder une école à Montréal (1837), et de là leur œuvre se répandit dans tous les grands centres du Canada, des Etats-Unis et de quelques autres contrées de l'Amérique, où ils donnent l'instruction à des milliers d'enfants.
Journalisme.—Le journalisme, qui joue un si grand rôle dans les destinées des peuples, prit naissance au Canada sous la domination anglaise. Après l'abolition de Tant pis, tant mieux, la Gazette de Québec fut le seul journal pendant plusieurs années. (Cette feuille, rédigée dans les deux langues, et n'étant ni politique ni polémiste, était loin de répondre à l’idée que l'on se forme aujourd’hui de la presse. John Neilson, qui en devint le rédacteur en chef après la mort de William Brownt, lui donna un cachet plus sérieux. Le Quebec Herald, qui dura peu de temps, parut en 1788. La
Gazette littéraire, fondée à Montréal par Fleury Mesplet, donna l'impulsion à la littérature. Cette feuille trouva son coup de mort en se prononçant en faveur de l'annexion du Canada aux Etats-Unis.
Théatre.—Les études littéraires donnèrent le goût du théâtre, et des représentations se faisaient à Québec et à Montréal,surtout pour la classe instruite. Les collèges avaient aussi leurs séances annuelles.
PA Brown, fondateur de la Gaseite (1764), mourut en
Immigration.—La population, qui en 1765 était de 75,000 âmes, s'élevait à 113,000 en 1784, dont 7 à 8,000 Anglais. Cet accroissement ne provenait quedes naissances et de l'immigration anglaise, puisque les communications avec la France étaient interrompues, Les grandes seigneuries des Deux-Montagnes, de Vaudreuil, de Beanharnois, de Saint-Hyacinthe et les fiefs voisins prenaient de l'importance.
La déclaration de l'indépendance des ÆEtata- Unis amena les ZLoyalistes sur nos rives, et l'immigration anglaise reprit son cours après les guerres américaines de 1812-1814. C'est à cette époque que, dans quelqnes comtés du Bas-Canada, se formèrent des ds ds agricoles anglais.
En ‘831, la population du Bas-Canada atteignait le chiffre de 511,922 habitants, dont 132,000 Anglais. Comme on le voit, la population angiaise avait pris beaucoup d'extension depuis 1784.
Plusieurs groupes canadiens-français, exclusivement occupés du commerce ou fixés sur les frontières, per-
dirent leur langue et l'esprit de leur nationalité. Cependant, les 30,000 Anglais répandus dans les eampagnes, exerçaient peu d'influence ; car les paysans frauçais tenaient peu à parier la langue de leurs vainqueurs, trop souvent devenus leurs tyrans. |
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