L'ACTE D'UNION
SomMAIRE:—Lord Sydenham, gouverneur. — Inauguration de
l'acte d'union et élections—Première session.—Charles
Begot, gouverneur.—Ministère Lafontaine-Baldwin.—Sir
“Charles Metcalfe, gouverneur.—Lord Cathcart, gouverneur.
— Evénements religieux. — Province métropolitaine de Québec.—Incendies à Québec.
Lord Sydenham, gouverneur. — M. Poulett Thompson, depuis, lord Sydenham, nommé gouver- ‘neur en 1839, n'arriva à Québec que l'année suivante. Il était chargé de mettre en vigueur l’édit impérial réu- -fissant les deux Canadas en une seule province avec un ‘gouvernement responsablel. Chaque province avait “droit’à 42 représentants, et la langue anglaise devenait la seule parlementaire. L'acte accordait à la chambre ‘le contrôle des revenus publics, avec certaines réserves, ‘etrdéclarait qu'il faudrait le vote des deux tiers des membres de la chambre législative pour changer la division électorale ou le chiffre de la représentation.
1'Dans un gouvernement responsable les ministres sont choisis dans le parti politique qui prédomine à la chambre des députés.
Sa Majorité leur fait défaut, les ministres doivent se retirer de Yäadministrätion: Jusqu’à l’acte d'union, le gouverneur n'avait été “que lé répréséfitént ou l’agènt du ministère impérial et du bureau colonial, et les conseillers n’avaient été responsables qu'au gotvèrueur et non aux chambres.
238 LE CANADA UNITATEE.
Si le but de la constitution de 1791 avait ét6 de sous-
traire la petite population anglaise du Haut-Canada à la domination des Canadiens-français, celui de l'acte d'union était, au contraire, de soumettre les Canadiensfrançais à la domination des Anglais, qui prenait un accroissement considérable, Mais heureusement, la réalisation de ce projet fut plutôt fictive que réelle; car, dit Rameau: “On ne détruit pas une nation tant qu'elle “veut vivre ; le maintien des populations en masses ‘ compactes et unies, leur croissance et leur expansion, “ leur développement moral et intellectuel dans un esprit “ patriotique et indépendant, voilà ce qui constitue les ‘ nations et les grandit. Tout peuple qui s'élèvera ‘ ainsi ayant conscience de lui-même, de son accroisse- ‘“ ment et de sa moralité, comptera toujours dans le ‘ monde, et avec lui le monde devra compter. La “ vive sollicitude de chacun pour ses mœurs, sa langue, “sa race et son pays, c'est l'essence d’une nation.”
Inauguration de l’acte d'union et élections.
—Sydenham inaugura la nouvelle constitution (10 février 1841) ; il choisit Kingston pour siège du gouvernement.
Les élections occasionnèrent de vives agitations. Du côté des unionistes, la corruption s’en mêla ; on en vint même aux voies de fait, et plusieurs des principaux candidats durent céder à la force. Vingt-trois Abéraux1 et dix-neuf conservateurs furent élus au Bas-Canada.
1 On appela d'abord libéraux ceux qui, étant opposés à l’union, défendirent avec ardeur et sagesse les grands principes de notre nationalité; le nom de conservateurs fut Ponns à ceux qui étaient en faveur de l'union.
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Dans le Haut-Canada, où se passèrent aussi des choses fort regrettables, on élut vingt-six réformistes! et seize conservateurs. Si, d'un côté, les élections donnèrent assez de conservateurs et de réformistes à Sydenham pour soutenir ses actes, de l’autre, les libéraux avaient à leur tête des champions? capables de lutter avec avantage.
Le conseil législatif comptait vingt-quatre membres, dont huit Canadiens. |
Première session--Le Parlement, convoqué à Kingston (1841), nomma Cuvillier orateur de la chambre d'assemblée.
Sydenham s'y rendit en grande pompe pour lire son discours d'ouverture ayant surtout pour objet le développement des ressources du pays. À cette occasion, presque tous les Canadiens-français protestèrent énergiquement contre les clauses iniques contenues dans l'acte d'union.
Cette session s’occupa surtout de l'éducations, du commerce#, des lois criminelles5, du cours monétaire et
1 Dans le Haut-Canada, ceux qui étaient pour l'union furent appelés réformistes, et ceux qui lui étaient opposés, conservateurs lorys.
Les principaux étaient : Viger, Neilson, Morin, Quesnel, Berthelot, Cuvillier, Taché, Aylwin, Parent, Turcotte et Christie.
8 La chambre décida que les écoles de chaque paroisse seraient sous le contrôle de commissaires élus. par le peuple, et que trois surintendants auraient la direction générale des études, Les trois premiers surintendants furent l'honorable R. Simpson, Jameson, président, le Dr Meilleur, pour le Bas-Canada, et M. Murray,
our le Haut. Æ£50,000 par année furent votés pour le soutien es écoles.
4 Afin de faciliter le commerce, la chambre vota £1,659,682 sterling pour les canaux Welland, Cornwall, Lachine et Burlington, le creusement du lac Saint-Pierre, et l'ouverture des chemins des cantons de l’Est et de la Baie des Chaleurs.
5 Les lois criminelles furent modifiées, la peine du pilori, abolie, et celle de la déportation, remplacée par le pénitencier,
ÉB'CANADAONITAIRE.
dwrevenu rdes donnes! .: La dette "de :21,000:0001du Haut-Canada, "retomba:sur “les: deux provinces. - ‘ha Ovuronne: accorda:£1600,000 pour :venir“en-atletu Canada.
SSydénham, “uimoôtrènt dés ‘suites: d'une”CHitte”de
chéval" (1841); erñporta dans la: tombe les régrets”tiniversels?.
‘Chattes Bägot; gouverneur. —Lebaronnet Charles Bagot, se montra mieux disposé envers les Canadiéns que sbn prédécesseur, “étnonima ‘juge en chef M. Vallières de Suint-Rédl. ‘Il troùva la chambre divisée en deux camps : les réformistes et les torys ; les premiers voüläïént l'application" franche’ et libérale de la constitution, tändis que les Sécoñds chierchaiènt plutôt à s'en- Mn qu'à” véillér aux:véritables intérêts du peuple.
T “Ministère Lafontäine-Baldwin.— Lafontaine et Baldwin®, remarquables par leurs talents et leur patriotisme, furent placés à la tête du ministère* (1842). Lafontaine revendiqua ‘les droits de la. langue française
1 La chambre imposa des droits de 24 % à 5 %, aurles marchandises bèches//augitiéhta °téux:qui éfistaiént eur les spiritueux, ‘les
vins et le‘8ütre”ét préleva tmié tété'de 1'Z sur les billets de banque en circulation dans-les provinces,
2 Sydenham était âgé de 42 ‘ans, et venait de recevoir les insignes de l'ordre du: Bain.
‘8 Sous Manion; le ministère comprend toujours deux chefs de partis alliés, l’un du Bas, l’autre du Haut-Canada, et s’énônce comme suit: Lafontaine-Baldwin, Macdonald-Cartier, ete. A tour de rôle, le nom: du premier ministre du Haut ou du Bas-Canada figure le premier 4 chaque changement de cabinet.
4 Dé premier "ministère fut celui de Draper-Ogden ; vient'ensuite celui de Zafontaine- Baldwin, qui fut coupé par ceux de Viger-Draper (1843-45), Draper-Daly (1845-47) et -Sherwood
Buy (1845448).
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LEÇANADA UNITAIRE,; 241
en s'exprimant.daus ces termes : “ Quand même.la con-. ‘ naissance. de la langue anglaise me serait aussi, fami- ‘ lière que celle de la langue française, je n'en ferais pas ‘“ moins mon premier discours dans la langue de mes ‘ compatriotes, ne fût-ce que pour protester contre cette. “ cruelle injustice de l'acte d'union qui tend à proscrire, ‘“ ma langue maternelle.”
M. Morin! fut aussi nommé ministre. À cette occa-. sion.lJe Herald écrivait : ‘“ La conduite des Canadiens- “ français mérite tout éloge, d'autant plus qu'elle est ‘“ marquée au coin du bon sens, de la modération et “ de. la courtoisie, et qu'elle est digne de l'imitation ‘ générale.”
La chambre. prit des mesnres pour prévenir la cor-
ruption dans les élections?.
Sir Charles Metcçalfe, gouverneur.—Avant de venir remplacer Bagot (1843), le baronnet Charles Metcalfe avait déjà gouverné autocratiquement la Jamaïque et les Indés occidentales.
Le siège, du Parlement fut transféré de. Kingston à Montréal.
En, vertu. de nouvelles lois, la plupart des fonctionnaires publics$ n'étaient éligibles qu'à moins de résigner leurs:plages salariées, les juges devenaient indépendants
1 Augusin- Norbert Morin (1803-1865), joua un grand rôle dans la politique.
2.Le ,Chambre réglait qu'il y aurait un bureau de votation (poll)-dans chaque paroisse, tandis que l'ancienne loi n’en exigeait qu'un;par comté.
8 Ces fonctionnaires publics étaient les juges, les shérifs, les protonotaires, les greffiers, les régistrateurs, les officiers de douane et d’accise, les maitres de poste des villes, les .sous-empioyés des départements publics, etg,
de la couronnet, la détention pour dettes était abolie, des cours de circuit, dans une vingtaine de paroisses, remplaçaient celles de district 2, et le gouverneur ne pouvait plus nommer personne à une fonction publique sans consulter le conseil. Cette dernière clause, devenue lettre morte pour Metcalfe, souleva une discussion orageuse qui fit résigner tous les ministres et ferma les chambres pendant neuf mcis. Metcalfe forma le cabinet Viger-Draper, et la “rénalité desnouvelles élections confirma, sa politique injuste et révoltante.
La session de 1844 s'occupa des municipalités8, et vota. des sommes assez considérahles pour l'exécution de certains travaux publics et indemniser les Haut- Canadiens des pertes éprouvées pendant les troubles de 1837 et 38.
Lord Cathcart, gouverneur.—Metcalfe, éprouvé par un chancre qui lui dévorait la figure, passa en Angleterre et fut remplacé par lord Cathcart (1845-47). L'administration du nouveau gouverneur ne fut signa- Jée que par le règlement de la liste civilet, l'emploi des
1 Alors les juges ne devaient plus subir le contrôle absolu et souvent aïbitraire du gouvernement,
2 En 1811, des cours de district et de division avaient été établies ; lés premières réglaient les affaires civiles au-dessus de
£20, et les secondes au-dessus de £6 5 0. Cet acte resta en vigueur jusqu’en 1844.
8 À partir de cette époque, chaque paroisse ou canton (township) forma une corporation municipale représentée par un conseil de sept membres, élus par le peuple. Le président, choisi par le conseil, devait s'appeler maire.
4 Une liste civile fut votée pour réinunérer les fonctionnaires pubiics de la province,
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biens des Jésuites et l'abrogation de la clause proscrivant l’nsage de la langue française dans les chambres.
Evénements religieux.—A la demande de Mgr Bourget, les Jésuites vinrent fonder un collège à Montréal en 1842. Le retour de ces pionniers de l'évangile au Canada causa une grande joie aux catholiques.
La même année, les Dames du Sacré-Cœur?, s'occupant spécialement de l'éducation des jeunes filles de la société, mais n'excluant point de leurs œuvres l’instruction des classes pauvres, ouvraient à Saint-Jacques l'Achigan, un pensionnat transféré plus tard au Saultau-Récollet.
Ce fut en 1842 que la société nationale de Saint-Jean- Baptiste prit naissance à Québec ; le docteur Bardy en fut le premier président, et il y eut de grandes démonstrations le 24 juin.
En 1843, mademoiselle Durocher, aidée de quelques compagnes, jetait à Longueil les bases de la communauté des Sœurs des SIS. Noms de Jésus et de Marie, qui, après ses premières épreuves, se développa rapidement.
Les Clers de St-Viateur, qui tiennent aujourd’hui plusieurs écoles au Canada, fondèrent le collège de Joliette en 1846.
Province métropolitaine de Québec.—Les diocèse de Québec, de Montréal, de. Kingston et de To-
1 Malgré les réclamations de l’épiscopat canadien, la chambre décida que £5,500 des revenus des biens des Jésuites seraient dépensés, chaque année, pour le soutien des écoles catholiques et protestantes.
2 Madeleine-Louise-Sophie Barat, distinguée par ses nobles qualités du cœur et de l'esnrit, fut la fondatrice de la Société du Sacré-Cœur de Jésus (1800). na
ronto., furent. érigés, en, prowiude.ecclésiastiquesle. 127 juillet 18444 Mgr Signay!, premier.archayéque, reçué, solennellement Je. pallium. dans, Ja, cathédrale:dac Menréal, le 24, novembre de. la;même année.
Incendies à Québec.—La ville, da Québec:peut: être regardée.comme;le théâtre des conflagrationss.. En 1845; un incendie,réduisait: en cendres: le.fauhouxg Saint-Roch, une:partie du, quartier:du:: Palais et: una soixantaine de maisons.du.fauhourg. Saint-Jean: Lane, née suivante, tout Saint-Jean etune:partie.du. faubourg, Saint-Louis davenaignt aussi da proie. des flammes. Les secours considérables offerts aux 20,000 infortunés-des ces daux.catastrophes.permirené à Québec.dese relexer assez vita.deises ruines,
Quaxante. personnes..trouvèsept+aussi. la: mort dan: l'incendie du théâtre de Saint-Jean (1846}
1 Mgr Signay remplaça (1844), à Québec, Mgr Panet, successeur, (1829) de Mgr Plessis,
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