‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 5 sur 77 · JACQUES CARTIER · texte numérisé non relu

JACQUES CARTIER

3.—L’'Amérique avait été découverte en 1492, bar Christophe Colomb, célèbre navigateur génois, au service de l'Espagne. Cependant ce ne fut que près d’un siècle plus tard, que la France voulut, elle aussi, comme les espagnols, les portugais et les anglais, prendre sa part dans la nouvelle découverte. 4—En 1534, par ordre de François Ier, roi de France, Jacques Cartier, habile navigateur français, partit de St-Malo, le 3 mai, pour le Nouveau-Monde, avec deï:x vaisseaux montés par 61 hommes. Après avoir passé les côtes de Terreneuve, il pénétra le 3 juillet dans la Baïe des Chaleurs, et le 16 du même mois dans celle de Gaspé. Les naturels qui habitaient ce pays, qu’ils nommaient HoNGuÉDo, le reçurent fort amicalement. Leur chef consentit même à ce que Cartier emmenât ses deux fils en France pour les ramener l’année suivante.

5—Avant de quitter le pays, Cartier voulut en rendre possession au nom de la France ; il fit done riger une grande croix, que tous vénérèrent en présence de la tribu sauvage, en la baisant à genoux, et

fit attacher au croisillon de cette croix un écusson aux armes de la France, portant écrit en grosses lettres : VIVE LR ROI DE FRANCE.

6.—Cartier fit encore deux autres voyages au Canada, et à chaque fois, il y passa l'hiver; mais à chaque fois aussi, sa petite troupe décimée par le scorbut durant l'hiver, le força au printemps à reprendre la route de l’Europe, sans pourvoir y fonder d'établissement permanent.

7.—A son second voyage en 1536, Cartier avait trois vaisseaux : la Grande-Hermine, la Petite- Hermine et l’Emérillon. IL pénétra dans le golfe le 10 août, et lui donna le nom de St-Laurent, du nom de la fête du saint de ce jour ; baptisa en: passant l’Ile-aux- Coudres et l’Ile-d’Orléans, qu'il appela île de Bacchus, et pénétra jusqu'à Stadaconé, qui était une bourgade sauvage, à l’endroit même où est aujourd'hui Québec. Il fit entrer ses vaisseaux dans la rivière St-Charles, qu'il appela rivière Ste-Croix, et pendant qu’une partie de ses hommes était occupée à préparer les logements pour l'hiver, il se rendit avec les autres jusqu’à Hochelaga, où il trouva une bourgade sauvage encore plus considérable que celle de Stadaconé. On lui fit Ià aussi uhe réception fort amicale. Il fit l'ascension de la montagne qu’il nomma Mont-Royal, et tenta de pousser son exploration plus loin, mais arrivé au Sault-St-Louis, il ne put franchir l’obstacle et revint de là à son campement.

8.—A son troisième voyage en 1541, Cartier établit son campement au Cap Rouge, pour y passer l’hiver. Il appela le lieu Charlesbourg-Royal, et s'établit sur la langue de terre que forme la petite rivière, à sa rive droite, en se jetant dans le St-Laurent. Découragé par les souffrances endurées durant l’hiver, Cartier ne voulut pas même attendre les secours qu’on devait lui envoyer de bonne heure au printemps, et reprit la route de l’Europe aussitôt que la navigation put le lui permettre.

1542] ROBERVAL. d

9.—Cartier trouva tout le territoire qu’il découvrit occupé par des peuplades indigènes, vivant presque exclusivement de pêche et de chasse, et se faisant souvent la guerre entre elles. Ces naturels partageaient le pays en trois royaumes, savoir : le Saguenay en bas, le Canada au milieu, et Hochelaga en haut. Les principales de ces tribus sauvages étaient ainsi disposées. Au sud des lacs Erié et Ontario, les Iroquois, les plus féroces parmi les autres sauvages. Au nord des mêmes lacs, les Hurons, qui furent constamment les plus fidèles alliés des français. Les Outaouais habitaient les bords de la rivière du même nom. Sur la rive sud du St-Laurent, entre Montréal et Québec, se trouvaient les Abénaquis, et sur la rive nord les Algonquins, et plus bas les Montagnais. Les M'-macs ou Souriquois habitaient la rive sud du bas du fleuve et le Nouveau- Brunswick.

10.—Toutes ces peuplades sauvages étaient de bonne taille et de formes bien proportionnées. Ils se couvraient de fourrures l’hiver et allaient presque nus durant l’été. D’un caractère généralement doux, ils devenaient cruels et féroces dans la guerre, jusqu’à faire souffrir à leurs prisonniers les tourments les plus horribles. Ils croyaient tous à l’existence de Dieu et à l’immortalité de l’âme. Ils appelaient Dieu le Bon Manitou, et lui reconnaissaient un rival dans le Mauvais Manitou, qu’ils vénéraient presque à l’égal du premier. Ils pratiquaient la polygamie, et tenaient les femmes à peu près sur le pied de l’esclavage, bien que d'ordinaire ils leur épargnassent les mauvais traitements.

JEAN FRANÇOIS DE LA ROQUE, SEIGNEUR DE RoBERVAL, 1542-1543.

Page 1