‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 8 sur 77 · L.—SAMUEL DE CHAMPLAIN, GOUVERNEUR · texte numérisé non relu

L.—SAMUEL DE CHAMPLAIN, GOUVERNEUR

15.—La deuxième époque, quoique assez restreinte en étendue, est cependant celle qui nous présente les plus grandes figures de notre histoire. Les fondateurs de notre notionalité s’y montrent tous avec leur noble caractère, leurs brillantes qualités. Ce sont: Champlain, le fondateur de Québec ; Madame de la Peltrie, fondatrice des Ursulines et la célèbre Marie de l’Incarnation qui en fut la première supérieure ; de Maisonneuve, fondateur de Montréal : les Pères Jésuites Jogues, Daniel, Brébeuf, Lalemant, qui arrosent de leur sang la semence de vérité qu’ils avaient jetée en cette terre ; Mademoiselle Manse, fon- . datrice de l’'Hôtel-Dieu de Montréal ; Marguerite Bourgeoïs, fondatrice de la Congrégation Notre-Dame ; Mgr de Laval Montmorency, le premier évêque de Québec, etc., etc.

16.—Champlain, natif de Brouage en Saintonge, était un des plus habiles marins de son temps. Envoyé par de Monts en 1608 pour fonder un établissement permañent en Canada, il arriva à Québec le 3 juillet, après avoir laissé Pontgravé à Tadoussac pour commander là. La bourgade que Cartier avait trouvée à Stadaconé en 1535 était disparue, le promontoire était désert. “Je cherchaiï, dit Champlain, un lieu propre pour notre habitation ; mais n’en pus

trouver de plus commode, ni de mieux situé que la pointe de Québec (1), ainsi appelée des sauvages, laquelle était remplie de noyers.” 17.—C'est à l’endroit où se trouve actuellement l’église de la basse-ville, que Champlain jeta les fondations de son nouvel établissement. On se mit activement à l’œuvre, les uns abattant les arbres, les autres préparant les bois de charpente, creusant les caves, sciant les planches, ete. On construisit de grands magasins pour loger les provisions qu’on débar arqua des vaisseaux, et on dressa un rempart qu’on garnit de pièces d artillerie pour résister aux attaques des sauvages en Cas de besoin.

| “ES. — Champlain était à peine installé dans son nouvel établissement, qu'il fut sollicité par les Algonquins, les Montagnais et les Hurons de se joindre à eux, pour aller combattre leur ennemi commun, les

Iroquois. Les nouveaux colons crurent qu'ils ne de-

valent pas refuser une alliance avec ces tribus au

milieu desquelles ils se trouvaient ; la neutralité entre ces nations rivales étant impossible, il valait

mieux s’en attacher quelques-unes pour combattre les autres, que de les avoir toutes pour ennemis. 19.—Dès le printemps de 1609, Champlain partit

donc, avec deux de ses compagnons seulement, pour

suivre les guerriers de ses nouveaux alliés qui s’en

allaient combattre les Iroquois, jusque sur leur

propre territoire. Ils remontèrent la rivière Richelieu, qu’on appelait alors rivière des Iroquois, et parvin-

rent jusqu’au lac auquel Champlain donna son nom, et sur les bords duquel ils rencontrèrent leurs ennemis et leur livrèrent bataille. On 3e préparait de part et d’autre à un combat opiniâtre, mais à peine

(1) Kébec, dans la langue algonquine, signifie : les eaux qui se resserrent, qui se ferment.

les deux armées furent elles en face, que les Troquois, voyant leurs chefs tomber aux premières détonations des arquebuses des français, furent saisis d’une telle frayeur qu’ils prirent tous la fuite. Les alliés enlevèrent la chevelure à une trentaine de blessés laissés sur le terrain et firent une douzaine de prisonniers, auxquels ils infligèrent les tourments les plus horribles.

26.—Deux ans après, Champlain ne fut pas moins heureux dans un autre combat qu’il livra aux mêmes Iroquois sur les bords de Ja rivière Richelieu. Mais en 1615, étant allé de nouveau attaquer les ennemis dans leurs propres foyers, sur la rive est du lac Ontario, il dut à l’indiscipline de ses alliés, d’échouer dans une attaque contre leurs forts et d’en revenir avec deux blessures de flèches, au genou et à la jambe, qui le forcèrent à passer l’hiver dans le pays des Hurons.

21.—Champlain profita de ce séjour parmi les Hurons pour mieux étudier le caractère des sauvages et explorer les pays avoisinants. C’est alors qu’il découvrit les lacs Sirucoe, Nipissing et presque tout le pays qui forme aujourd’hui la Province d’Ontario.

22.—Champlain qui était passé en France en 1614, en revint le printemps suivant avec trois Pères Récollets et un Frère, car jusque là, la petite colonie était demeurée sans secours religieux. Ces enfants du pauvre d’Assise étaient : les Pères Jamay, Dolbeau, et le Caron, avec le frère Duplessis. Les Pères Jamay et le Caron s’arrêtèrent à peine à Québec, et continuèrent incontinent jusqu’au Saut St-Louis, pour rencontrer les Hurons qui y étaient rendus pour la traite, et remonter avec eux dans leur propre pays ; tandis que le Père Dolbeau restait à Québec pour la desserte des colons. Ce fut lui qui célébra, le 26 juin, la première messe qui depuis Cartier fut dite

Québec. Dieu qui avait donné mission à St Franois de régénérer le monde par la sainte vertu de auvreté, ne voulut pas permettre qu'aucun coin de a terre fût privé de l’exem pe des vertus et des fruits e zèle apostolique des enfants du grand patriarche. 1 voulut qu’en même temps que certains de ces aints religieux évangélisaient l'Afrique et les Indes, ‘autres eussent la gloire d’arrose. les premiers de eurs sueurs la terre du Nouveau-Monde.

23.—Jusque là la petite colonie ne s’était soutenue u’avec les provisions apportées de France, auxuelles on joignait les produits éventuels de la chasse t de la pêche; mais nul ne s'était encore livré à la culture du sol. En 1617, arriva à Québec Louis ébert, pharmacien, mais décidé à se faire laboueur, et à qui revient aussi l'honneur d’avoir été le remier à cultiver le sol de la Nouvelle-France. ontraint d'abandonner Port-Royal, en Acadie, en 607, Louis Hébert venait tenter une seconde fois établir sa famille dans le Nouveau-Monde. Sa amille se composait de sa femme, Marie Rollet, et e ses trois enfants, Anne, Guïillemette et Guillaume. ette famille a fait souche tellement féconde, qu’aujourd’hui les descendants et les alliés s’en élèvent à lusieurs milliers dans notre Province.

24,— Après la mort de de Monts, qui quoique alviniste s'était cependant engagé à ne favoriser que l'établissement des catholiques dans la Nouvelle- France, Champlain eut successivement pour proteceurs auprès de la cour de France: le Comte de Soissons, le Prince de Condé, le Duc de Montmorency et le Duc de Ventadour. Celui-ci était entré dans les ordres sacrés, aussi avait-il moins à cœur en acceptant la vice-royauté de la Nouvelle-France, les profits qu’il pouvait retirer du commerce, que l’extension du christianisme. C’est dans ce but que, sur a demande même des Récollets, il fit passer en

Canada en 1625, les Jésuites Massé, Lalemant et et Brébeuf, pour associer les enfants de St Ignace à ceux de St François, dans l’évangélisation des tribus indigènes.

25.—Les différentes compagnies qu’on organisait en France pour la traite des pelleteries prétendant toutes avoir le droit exclusif du commerce, étaient souvent l’occasion de querelles et de dissentions graves entre leurs représentants au Canada, ce qui nuisait grandement au succès de la colonisation.; C’est pour se mettre à l’abri de toute éventualité, que Champlain jeta en 1620 les fondations du Château St-Louis, où il serait en sûreté et en moyen de résister à toute attaque. Il passa ensuite en France pour trouver un remède aux maux dont on avait si souvent à se plaindre. M. de Caen, alors principal agent de la Compagnie-des-Marchands qui exploitait le commerce des pelleteries, fut chargé, quoique calviniste, du gouvernement pendant son absence.

26.—Le Cardinal de Richelieu avait succédé au Duc de Ventadour dans la vice-royauté de la Nouvelle-France. De concert avec Champlain, il remplaça la Compagnie-des-Marchands, à la tête de laquelle étaient les frères huguenots de Caen, par une nouvelle société qui avait nom des Cent-Associés ou Société-de-la-Nouvelle-France, et à laquelle il concéda, à perpétuité, le Canada et la Floride. Cette compagnie avait droit de gouverner ces pays et d’y faire la traite des pelleteries durant quinze ans. De son côté, la compagnie s’engageait à favoriser les établissements dans la Nouvelle-France, et à y transporter 4,000 colons dans l’espace de ces quinze ans. Le roi lui donna pour la favoriser dans ses entreprises Far gros vaisseaux et ennoblit douze de ses mem-

res.

Page 1