‹ Histoire du Canada [microforme]Chapitre 9 sur 77 · LE KERTK · texte numérisé non relu

LE KERTK

femme qui consentait à partager son sort. Hélène Boullé, la vertueuse épouse du vaillant Champlain, n’était âgée que de 22 ans. Elle étonna les sauvages par sa beauté et l’affection qu’elle leur montra, leur faisant elle-même le catéchisme et soulageant leurs misères autant qu’elle le pouvait. C’est en son honneur que l’île Ste-Hélène, en face de Montréal, porte son nom. Madame de Champlain retourna en France après quatre ans de séjour à Québec, et après la mort de son époux, elle se fit religieuse Ursuline à Meaux, dans un couvent qu’elle avait fondé.

28.—En 1628, la guerre venait d’éclater entre la France et l’Angleterre, lorsque David Kertk, huguenot français au service des anglais, se montra dans le golfe avec une flotte considérable et s’empara de Tadoussac. Il envoya de 1à sommer Champlain d’avoir à lui livrer Québec, mais il en reçut une réponse si fière, qu’il n’osa pas aller plus loin. L’année suivante, la flotte anglaise parut de nouveau dans les eaux du St-Laurent, et Champlain, privé de secours et réduit à une telle famine qu’on avait dû mettre chaque homme à la ration pour passer l’hiver, offrit de se rendre à la première sommation, sans tenter aucune défense, regardant les anglais plutôt comme des sauveurs que comme des ennemis. Il se contenta d’exiger des conditions où l’honneur national n'aurait rien à souffrir. Tous les français devaient retourner en France avec tout ce qui leur appartenait. Il n’y eut que ceux qui s'étaient livrés à l’agriculture qui consentirent à demeurer sous la domination anglaise. On n’en comptait encore que cinq familles alors, savoir : Hébert, Couillard, Martin, Desportes et Pivert, formant en tout 22 personnes.

29.—Champlain, conduit en Angleterre sur la flotte de David Kertk, apprit, en y arrivant, que la paix entre la France et l’ Angleterre avait été cv. clue

plus de deux mois avant la reddition de Québec ;

cependant ce ne fut qu’en 1632, par le traité de St- Germain-en-Laye, que le Canada fut rendu à la France, de sorte qu’il ne demeura pas plus de trois ans sous la domination des anglais. Champlain en fut de nouveau nommé gouverneur général ; cependant il ue put y revenir que l’année suivante. En attendant, Louis Kertk, le gouverneur anglais, remit à de Caen, le gouvernement de la colonie.

30.—Champlain revint au printemps de 1633 avec 200 nouveaux colons pour reprendre les établissements abandonnés quatre ans auparavant. Il amena surtout des cultivateurs, sur lesquels seuls il pouvait compter pour former des établissements durables ; car les autres, commerçants et artisans, n’y venaient que dans l'espoir d’y faire promptement fortune pour retourner ensuite en France.

Champlain ramena aussi avec lui les Jésuites, pour poursuivre l’œuvre de l’évangélisation des sauvages, à laquelle ils avaient déjà travaillé de concert avec les Récollets.

31.—Les Pères Récollets, dès leur arrivée en Canada en 1615, étaient montés au pays des Hurons, sur les bords du lac qui porte leur nom, pour leur annoncer l’évangile. Les Jésuites qui remplacèrent les Récollets au retour de Champlain en 1633, ne tardèrent pas d’aller arroser de leurs sueurs cette terre où leurs dévanciers avaient jeté la semence évangélique. Hélas ! ils ne savaient pas alors que plusieurs d’entre eux auraient aussi la gloire de l’arroser de leur sang. Dociles à la voix de leurs zélés apôtres, les Hurons formaient des bourgades que gouvernaient leurs missionnaires et où l’on voyait se reproduire la foi et la piété des chrétiens de la primitive église. |

32.—Cependant les sauvages alliés des français, Hurons, Algonquins et Montagnais, privés de leurs supports durant l’interrègne anglais, avaient eu

grandement à souffrir de leurs ennemis les Iroquois, qui avaient trouvé l’occasion favorable pour se venger des pertes qu’ils avaient subies de la part de leurs ennemis aidés de leurs alliés. C’est pour se mettre davantage en sûreté contre les attaques de ces redoutables ennemis, que Champlain envoyait, le 4 juillet 1634, Laviolette jeter les fondations des Trois-Rivières, et qu'il fortifiait aussi un petit flot dans le rapide Richelieu, entre Deschambault et Lotbinière.

33.—Champlain, aidé par ses co-associés de la Compagnie de la Nouvelle-France, avait fait un choix rigoureux de ceux qu’il destinait à devenir les pères de la nouvelle colonie. Il fallait être catholique, de mœurs irréprochables, et capable de gagner sa vie par un travail quelconque, pour être admis à émigrer au Canada. Les fem. es n'étaient acceptées qu'avec un certificat de leur curé attestant leur bonne conduite, et surtout l’accomplissement des devoirs religieux. Les mêmes règles furent observées par la suite pour les autres renforts qu’on amena de temps à autres. Et c’est sans doute à cette sage précaution que nous devons d’avoir formé un peuple distingué par sa moralité, ses habitudes paisibles, et, surtout un grand fond de religion, qualités qui nous ont permis de résister avantageusement à une foule de traverses et d'épreuves, où une vertu moins forte aurait pu succomber. L’homme n’est véritablement grand que par la religion, et c’est dans ce sentiment que les nationalités, comme les individus, trouvent leur force dans les épreuves et leur sauvegarde dans les dangers.

34.—Champlain avait fait vœu, en laissant le Canada, que si la Providence lui permettait d’y revenir, il y bâtirait une chapelle dédiée à la sainte Vierge. A peine réinstallé dans son poste, il s’occupa de l’accomplissement de son vœu, el bâtit en consé-

Lé

quence, en 1634, tout près du Château-St-Louis, une chapelle qu’il appela Notre-Dame-de-Recouvrance. D’après Laverdière, cette chapelle aurait été érigée à l'endroit où se trouve aujourd’hui le chœur de la basilique.

35.—Une nouvelle ère de prospérité semblait se lever pour la colonie. Les Iroquois paraissaient redouter les nouvelles forces qu’on pouvait employer contre eux, des défrichements se commençaient en divers endroits, notamment à Beauport, dans la côte de Beaupré, et même sur la rive sud du fleuve, et ce qui réjouissait surtout tout le monde, c’est qu’on venait de fonder à Québec un collège, où la jeunesse pourrait recevoir une éducation classique, et où l’on avait espoir de pouvoir aussi amener les nations sauvages à profiter de l'instruction pour prendre rang dans la civilisation parmi les autres nationalités. En effet, le P. de Rohaut, fils du marquis de Gamache, jetait les fondements du collège des Jésuites dès 1635.

36.— Mais le 25 décembre de cette même année 1635, Champlain, après deux mois et demi de maladie, rendait sa belle âme à Dieu, en faisant subir à la colonie la perte la plus douloureuse qu’elle eût encore soufferte. Champlain était un noble caractère, franc, loyal, d’un courage invincible dans les difficultés. Conciliant et d’un abord facile, il relevait toutes ces qualités par une foi vive et une piété sincère qui faisaient le fond de son caractère. Il n’était encore âgé que de 68 ans.

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