‹ Histoire du Canada, pour les enfants, à l'usage des écoles élémentairesChapitre 13 sur 45 · PORTRAIT DE CHAMPLAIN · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE CHAMPLAIN

73. Quelques-uns des nouveaux colons furent envoyés aux Ti'ois-Rivières. Là aussi, Champlain fit construire des édifices, et élever une plate-forme sur laquelle il fit monter des canons. Afin de tenir les Iroquois où échec, il envoya plusieurs de ses gens bâtir un petit fort sur un îlot du nom d'Ile Eichclicn, dans le St. Laurent, à-pcu-près à mi-route entre Québec et les Trois-Eivières.

74. Personne ne ressentit une plus grande joie du retour de Champlain que les Indiens. Il vinrent en foule'lui souhaiter la bienvenue. Les chefs qui i'iwaient connu dans la région de l'Outaouais, et au Lac Hui'on,

firent des voyages à Québec, exprès pour le revoir. Le commerce des fourrures était tombé pendant Voecupation du pays par les Anglais. Dès ce moment, il se releva. Les Outaouais et les Hurons revinrent en canots chargés de pelleteries faire le trafic à Hochelaga, aux Trois-Eivières et à Québec.

^75. Mais Champlain ne vécut pas longtemps après son retour. En Octobre, 1635, il tomba malade. Incapable d'aucun mouvement, il resta au lit plusieurs semaines ; bien qu'il reconnût tous ceux qui l'approchaient, il lui était impossible de vaquer aux affaires ou de signer son nom. Il expira le jour de ]N"oël.

Il fut administré, à ses derniers moments, par un prêtre jésuite qu'il aimait, et qui s'appelait le Père Lejeune.

Quand il fut mort, tout le peuple de la colonie fut en deuil. Chacun comprenait qu'il venait de perdre un père et un ami.

CHAPITEE XY.

Qualités de Ghamplain. — Ses tribulations et ses efforts. — Ses manières agréables. — Sa durnière maladie et ses fuHérailles.— Sa voûte et ses ossements découverts 221 ans après sa moit.

TG. Nos jeunes lecteurs ne seront pas fâchés d'avoir encore un chapitre sur Samuel de Champlain, car c'était mi homme dont on peut à peine parler trop longuement ou avec trop d'éloges. Ils ne trouveront pas non plus de noms danà l'histoire du Canada, ni même dans l'histoire d'aucun p^ys qui méritent davantage qu'on en garde le souvenir et qu'on les mentionne avec respect. Bref, il y eut tant de bonté dans son caractère et dans ses actes ; il fit preuve de tant de fidélité dans l'accomplissement de ses devoii-s ; il donna pendant sa vie tout entière tant d'exemples de patience et de persévérance, qu'il mérite de n'être jamais oublié.

HISTOIRE DU CANADA POUR LES ENTANTS. 4d

*77. Champlain était né en France, en l'année 1567, dans un endroit nommé Brouages. Il avait donc 41 ans. lorsqu'il fonda Québec, et 68 ans lorsqu'il mourut.

78. La tâche qu'il avait entreprise de fonder une colonie au Canada, lui coûta près de 30 ans de sa vie. Il dut endm-er bien des fatigues. Il fit au moins 15 voyages à travers l'Atlantique, enti-e le Canada et la France. L'aller et le retour s'effectuaient à bord depetits navires, chargés outre mesm*e, et sur lesquels on ne songerait pas aujom-d'hui à faire une traverséemême de quelques jours. A cette époque, la traversée de l'Atlantique prenait d'ordinaire de deux à trois mois. Souvent les petits bâtiments et les équipagesqu'honorait la présence de ce noble personnage étaient ballottés par la tempête au point que tout le monde à bord courait risque de périr. Parfois on se voyait à com-t de provisions, de vivi-es et d'eau. En général^ on souffrait ; et il se produisait même des cas de mor^ talité, causés par le scorbut.

79. La plus étonnante qualité de Champlain fut peut^ être la persévérajice. Alors que tout le monde semblait disposé à oublier le Canada, il ne perdit jamais courage pom* le défendre. Il en parlait toujours favorablement,, en public et dans l'intimité, dans les palais des grands, au camp et à la cour du roi. Aux uns il recommandait le Canada comme im bon pays j^om' s'y fixer, à d'autres qui étaient pleins de zèle pour la religion, il parlait du devoir d'apprendre aux pauvres Indiens ù connaître Dieu. Il disait qu'il valait mieux contribuer k sauver ime seule âme qu'à fonder un empire.

80. Il avait la conversation et les manières fort agréables. Cette double qualité, ainsi que ses nombreux voj-ages et les relations écrites qu'il en donne le firent bien connaître et aimer en France. Xon-seulement le clergé et la noblesse, mais encore le roi, se sentirent disposés, 2oar égard pour lui, à s'intéresser vivement au Canada et à ses habitants. Les Sauvages le trouvaient toujom's plaisant. Les chefs étaient enchantéâ du ton amical et badin de ses discours. L'un d'eux lui

disait : vous nous plaisez continuellement, et vous nous faites rire. Une fois, pour leur être agréable, il fit préparer de la chair d'ours et essaya d'en manger. Naturellement, les Sauvages étaient au comble de la joie ; mais Ohamplain ne se sentait pas beaucoup de goût pour ce genre de nourriture, car il dit à un prêtre qui était avec lui : que dirait-on en France d'une pareille drogue, comme friandise ? Nous avons déjà raconté quelles grandes distances les chefs parcouraient pour le voir et lui souhaiter la bienvenue, à son retour au Canada, en 1633.

81. Le jour de I^oël, 1635, Champlain mourut, après avoir été malade environ dix semaines. Durant sa maladie, les pères jésuites, Charles Lallemand et Paul Lejeune, le soignèrent. Bien qu'il ne pût se mouvoir ni même signer son nom, il donna maintes preuves de sagesse et de l'intérêt qu'il prenait au bien-être de la colonie. Ses restes mortels furent suivis à l'église par le peuple, les soldats, les chefs Indiens et les Sauvages convertis, tous désireux de montrer leur affection pour sa personne et leur respect pour sa mémoire. Le service funèbre terminé, le père Lejeune ouvrit et lut à haute voix une lettre qui avait été confiée à èes soins quelque temps auparavant. Cette lettre faisait connaître au peuple le nom de l'officier qui devait gouverner, en attendant que le successeur de Champlain arrivât de France.

82. Le corps de Champlain fut déposé dans une voûte de pierre faite exprès. On pense qu'une petite chapelle fut ensuite bâtie au-dessus. Mais cette chapelle ayant été détruite par le feu, le site exact du lieu de sépulture resta inconnu jusqu'en 1856, époque à laquelle des ouvriers découvrirent accidentellement la voûte et les ossements du fondateur de Québec. Lejeune, qui donne une courte notice de la mort et des funérailles de Champlain, observe que, bien que décédé " hors de son pays natal, la France, son nom n'en sera pas moins glorieux aux yeiwc de la postérité." Quoiqu'il en soit, on est heureux d'avoir eu un tel homme pour premier gouverneur.

^JHÏPITEETKYI.

Oonyemeurs après Champlain.

S3. 'Après la mort du vaillant et fidèle Champlain, la Compagnie des Associés envoya de temps en temps d'autres gouverneiu's poui' administrer la colonie. Nous donnons à la fin de ce Chapitre une liste de ces gouverneui'S jusqu'à l'année 1663. C'étaient tous d'anciens officiers, pieux et braves, qui avaient servi dansles armées du roi de France.

84. Chaque nouveau gouverneur amenait avec lui quelques soldats. Les prêtées, les gens de la colonie et les Indiens avaient coutume de le recevoir, comme si c'eût été le roi lui-même, lorsqu'il débarquait sur la rive, au pied du Cap Diamant et du Fort St. Louis. On tirait le canon, et l'on présentait au nouvel arrivé les clefs du fort. Ensuite, tout le monde se mettait processionnellement en marche pour monter la côte. En route, on avait à passer près d'une grosse croix de bois plantée sui' une éminence. Arrivé en face de cette croix, le nouveau gouverneui* et sa suite s'agenouillaient quelques moments, après quoi tous se dirigeaient vers une petite église ou chapelle située sur la hauteur, où le service divin était célébré. De ?à, îe gouverneur et ses officiers se rendaient au fort qui devait leur servir de résidence.

85. Mais, dans ces temps-là, non-seulement le i^ays tout entier était sauvage et inculte, mais le pouvoir réel du gouverneur qui l'administrait était en vérité bien restreint. La population peu nombreuse de la colonie, ainsi que les Indiens du Canada, étaient obéissant, et loyaux. Mais partout, excepté dans le voisinage immédiat de Québec, c'étaient les Ii*oquois qui possédaient véritablement le sol. Dès le moment où Champlain avait prêté main-forte aux Hurons, aux Algonquins et aux Montagnais contre ces farouches Sauvages, les Français et leurs alliés Indiens ne farent jamais à l'abri d'attaque. . Quelque fois les Ii'oquQis poussaient

l'audace jusqu'à s'approclier des enclos français, près de l'embouchui-e de la rivière St. Charles. Plus d'une fois, un gouverneur nouvellement arrivé eut à se lever en hâte de la tablé de banquet du Fort-St.-Louis, afin de donner la chasse, lui, ses officiers et ses soldats à quelque bande rôdeuse de guerriers Iroquois. En ces occasions, les Sauvages s'échappaient sans peine dans les bois, emmenant peut-être quelques prisonniers et emportant quelques chevelures.

Au fait, si braves que fussent ces vieux gouverneurs, ils étaient à peine en état de maintenir la colonie en existence.

86. La raison pour laquelle les gouverneurs pouvaient faire si peu pour la protection de la colonie et pom' sa pros|)érité n'était autre que la négligeance de la Compagnie des Associés. La Compagnie ne se souciait réellement de la colonie que pour en tirer profit au moyen du trafic des fourrures. Elle n'y envoyait pas assez de soldats. Bien qu'entre les années 1628 et 1663, elle fût tenue d'envoyer quatre mille colons ou défricheurs, elle n'en envoya en réalité que quelques centaines. Aussi, à moins d'autres causes de développement, la colonie, sous l'administration de la Compagnie des Associés, n'aurait-elle 'pu échapper à une ruine complète.

87. Dans les chapitres suivants, nous lirons le récit détaillé des événements les plus intéressants dont le Canada fut le théâtre, tout le temps que la Compagnie des Associés fut chargée de l'administration. Les g'ouverneurs de cette époque qui succédèrent à Champlain furent, comme suit :

M. de Montmagnv de 1636 à 1648

M. d'Ailleboust..." " 1649 à 1651

M. de Lauzon (père et fils), " 1651 à 1658

M. d'Argenson " 1658 à 1661

M^d'Avaugour " 1661 à 1663

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