‹ Histoire du Canada, pour les enfants, à l'usage des écoles élémentairesChapitre 27 sur 45 · HISTOIEE DU CANADA POUR LES ENFANTS · texte numérisé non relu

HISTOIEE DU CANADA POUR LES ENFANTS

courageuse avec leurs canons et leurs mousquets. L'attaque se renouvela six fois, et chaque fois les soldats anglais furent repoussés avec de grandes pertes. Si Abercromby s'était obstiné à continuer le combat, son armée entière aurait pu être détruite, quoique l'armée française comptât moins de 400 combattants ; mais voyant que toutes ses tentatives étaient inutiles, il se replia vers la nuit, et se retira à la hâte au lac George, après avoir perdu environ 2000 hommes, tant tués que

La victoire de Carillon fit beaucoup d'honneur au

fénéral Montcalm; Abercrombie, au contraire, fut lamé, et son commandement lui fut ôté.

1*79. Malgré la défaite complète des Anglais à Carillon, ils eurent du succès ailleurs. Une petite armée, sous le colonel Bradstreet, traversa le lac Ontario au nord, et s'empara aisément du fort Frontenac. Une autre armée, sous le général Forbes, se dirigea de la Virginie sur le fort Duquesne. Les soldats de la garnison française se retirèrent, sans attendre son arrivée; les uns descendirent l'Ohio pour se rendre à la Louisiane; les autres gagnèrent Yenango. Cette affaire laissa les Anglais maîtres de la vallée de l'Ohio.

180. Mais c'est à Louisbourg qu'en 1758 les Anglais obtinrent le plus beau succès. Louisbourg était un havre fortifié sur la côte orientale du Cap-Breton. Les Français en avaient fait un poste presque imprenable, après y avoir dépensé des sommes immenses, et fait de vastes travaux. Une flotte anglaise, portant une armée à bord, fut envoyée pour s'en emparer. L'armée avait pour chef le général Amherst. Sous lui servait le général James Wolfe.

La place était défendue par une garnison de soldats, de milices et de Sauvages. Le siège dura près de deux mois. Wolfe, qui était l'idole des troupes anglaises, conduisit la plupart des attaques de terre, et contribua puissamment par son com^age, son zèle et son habileté à amener la reddition de Louisbourg, vers la fin de juillet. La garnison était commandée par M. Drucour.

Après la prise de Louisboui-g par les Anglais, il ne resta plus de havre pour les vaisseaux français sur les côtes orientales de l'Amérique du Xord. Dès lors le Canada se vit presque sans moyen de communication avec la France, puisque les flottes anglaises commandaient toute la côte maritime et l'entrée du fleuve St. Laurent

CHAPITEE XL.

Détresse au Canada. — M. Bigot, IntenUant-Rojral.

181. Depuis 1*754, il n'y avait toujours eu que de mauvaises récoltes au Canada. Joignons à cela que, par suite de la guerre, les travaux des champs avaient dû ètro faits prii^ uipalement par des vieillards et des enfants. La paide la plus valide de la population était absente, à l'armée, depuis les premiers joui-s du printemps jusqu'à la venue de l'hiver. Aussi, la nom*riture était rare et chère. La viande de cheval était la seule que bien des familles pouvaient se procurer, et l'on en vint à fixer la ration de pain à deux ou trois onces par jour poui' chaque personne.

La disette ne fit qu'augmenter tous les ans jusqu'en 1758. Alors ce fut la famine. Pour comble de malheur, la petite vérole était ti-ès-commune.

Les navires qu'on envoyait de France chargés de provisions étaient souvent capturés par les Angiais en se rendant au St. Laurent.

172. Bigot avait à cette époque la charge d'intendant-royal au Canada. Il était de son devoir d'avoir l'œil à toutes les affaires de finances et de commerce de la colonie et de prendre dans les magasins du roi, pour les distribuer aux soldats, provisions de bouche, habillements et autres articles. Il avait aussi le pouvoir de fixer les prix d'achat et de vente de toutes sortes de mai'chandises. Mais M. Bigot était un malhonnête intondant. Son premier soin, c'était do s'enrichir. A

l'aide d'autres fonctionnaires, qui étaient ses agents, il réalisa d'énormes profits sur les fournitures destinées à l'armée et aux différents forts. Il usait de son antorité d'intendant pour prendre aux gens de la campagne leurs grains et leurs fourrages, moyennant les prix qu'il avait fixés lui-même.

Par ces moyens, M. Bigot et ses agents firent de grosses fortunes.

La conduite de Bigot paraîtra bien plus mauvaise, quand on saura que les troupes régulières et les milices étaient souvent à court de vivres, de bardes et d'autres articles de première nécessité, tandis qu'il en faisait payer fort cber au roi des quantités beaucoup plus considérables qu'elles n'auraient pu consommer.

On rapporte qu'au temps même où l'armée et le peuple souffraient du manque de nom-riture, lui et ses agents menaient la vie la plus somptueuse.

^ Avant de prendre congé de cet homme, il est bon de dire qu'il fut subséquemment traduit devant les tribunaux en France et puni.

CHAPITEE XLI.

Anciens sièges de Québec. — Sicge do 1759.

183. Nos jeunes lecteurs se souviendront que la belle capitale de la ]N"ouvelle-France, Québec, fut fondée par Samuel de Cbamplain en 1608. Environ 20 ans après, les Anglais vinrent la prendre; mais elle fut renduo aux Français. Soixante ans plus tard encore, du temps du gouverneur Fi-ontenac, les Anglais, sous l'amiral Phipps, se présentèrent de nouveau pour s'emparer de la place. Cette fois, cependant, elle fut sauvée, grâce à la bravoure du vieux gouverneur qui, ainsi que nous l'avons vu, battit Phipps et contraignit sa flotte & s'éloigner.

Une troisième fois, en ITOO, les Anglais envoyèrent

des vaisseaux de guerre et des soldats, sous l'amiral Walker dans le but de prendre la cité. De Yaudreuil était alors gouverneur et prêt à combattre pour la défense de sa capitale, comme l'avait fait Frontenac. Mais les vents et les flots la tirèrent de danger; les navires de Walker firent naufrage avant même qu'il en fut à une distance de 500 milles.

Il s'était encore écoulé un laps de temps de quarante neuf années, lorsque les Anglais firent leur quatrième et dernière tentative. C'était en 1759. Un autre de Yaudreuil, fils de celui que nous avons cité j)lus haut, gouvernait au Canada. Il lui était réservé, ainsi que nous allons le raconter, d'être témoin de la prise de la ville par les Anglais et de survivre aux derniers jours de la Nouvelle-France.

184. A la fin de juin 1759, une flotte d'environ cinquante vaisseaux de guerre anglais remonta le St. Laurent.

En gagnant le haut de l'Ile d'Orléans, l'amiral et le général ne tardèrent pas à voir quelle rude tâche ils auraient à remplir. Eu dehors de l'enceinte de la cité, et de l'autre côté de la rivière St. Charles s'échelonnaient les troupes de Montcalm postées derrière des retranchements qui, partant de l'embouchure de cette rivière, s'étendaient au loin vers les chutes de Montmorency. Eu égard au peu de profondeur de l'eau, les gros navires anglais ne pouvaient pas pénétrer dans la rade pour faire feu sur elles. Il n'y avait pas non plus possibilité de faire débarquer des soldats en bateaux pour les combattre; car les Français pouvaient aisément balayer à couj^s de mousquets et de canons un nombre quelconque d'hommes enfoncés jusqu'aux genoux dans le sable et la vase.

185. Les deux commandants remontèrent le fleuve en bateau, le long de la rive sud. De là, ils trouvèrent que la rive opposée était partout escarj^ée et surveillée par les Français. Bref, la place qu'ils venaient prendre était par sa position natui-elle si forte, et si bien gardée, qu'ils ne savaient pas de quelle manière ils pourraient

iXfÔ HISTOIRE DU CANAl^A l'OUll LES ENFANTS.

y arriver. Le seul plan auquel ils pussent songer, c'était de la bombarder de la Pointe-Lévi, située de l'autre côté du fleuve, et en même temps de chercher à faire sortir Montcalm de son camp retranché pour livrer bataille.

Le plan d'attaque ainsi arrêté, une partie des troupes anglaises fut stationnée à la Pointe-Lévis, où elle établit un camp et rangea des batteries de canons de gros calibre pour tirer sur la ville. En même temps, l'ennemi forma un autre camp, au delà de la rivière Montr morency, à son embouchure, et non loin des chutes. Enfin, il s'en établit un troisième au haut de l'île d'Orléans, dans le but surtout d'y recevoir et d'y soigner les malades et les blessés.

187. Dans un petit livre comme celui-ci, il serait impossible de relater tous les détails du siège. Cependant, il est fiacile de voir que ce fut une affaire bien autrement grande qu'aucune des anciennes attaques dont il a question au commencement de ce chapitre.

Tous les jours, et généralement aussi toutes les nuits, pendant environ dix semaines, le canon de la Pointe- Lévis ne cessa de vomir les boulets et les bombes sur Québec. La Basse-Yille fut bientôt ruinée. A la Haute-Yille, les édifices i)ublics, les églises et des centaines d'habitations bourgeoises furent détruites ou fort endommagées. Les rues ne présentaient que des ruines. Tous les habitants, en état de le faire, quittérent la ville.

188. Comme Montcalm ne voulait pas abandonner sa position pour combattre les Anglais à n'importe lequel de leurs camps, Wolfe prit le j^arti de l'attaquer là où il était. La tentative eut lieu le 31 juillet, aux retranchements les plus rapprochés de l'embouchure de la rivière Montmorency; mais ce fut une affaire complètement manquée. Les Anglais furent repoussés, après avoir perdu plusieurs centaines d'hommes, tant tués que blessés et prisonniers. Bientôt après, Wolfe tomba malade de fièvres et faillit mourir.

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